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L'UNAT monte au créneau pour défendre les classes de découverte

Entretien avec Simon Thirot, délégué général de l'UNAT



C'est un programme chargé qui attend l'UNAT en ce début d'année 2022. Alors que le décret régissant les nouvelles aides, annoncées par Bruno Le Maire le 3 janvier dernier, doit sortir incessamment sous peu, l'association se bat pour que les opérateurs de classes de découverte fassent partie du dispositif. Si le dialogue avec les différents ministères est bon, Simon Thirot, le délégué général de l'UNAT, attend désormais des engagements concrets. Nous avons échangé avec lui sur les projets 2022 de l'Union nationale, qui travaille notamment à l'élaboration d'un premier classement pour les auberges de jeunesse et les hostels, avec Atout France. Interview.


Rédigé par le Mercredi 12 Janvier 2022

L'UNAT plaide pour que les opérateurs de classes de découverte qui connaissent des annulations ou des reports soient indemnisés au même titre que toutes les structures qui font l'objet de restrictions administratives - DR : DepositPhotos.com, marina_krk
L'UNAT plaide pour que les opérateurs de classes de découverte qui connaissent des annulations ou des reports soient indemnisés au même titre que toutes les structures qui font l'objet de restrictions administratives - DR : DepositPhotos.com, marina_krk
TourMaG.com - L'UNAT (Union nationale des associations de tourisme et de plein air) est en contact permanent avec le cabinet de Jean-Baptiste Lemoyne, et votre présidente Michelle Demessine, a adressé en décembre dernier un courrier au Premier Ministre, pour l’alerter sur la situation des classes de découverte. Quelles sont vos craintes et avez-vous eu des retours de la part des ministères à ce sujet ?

Simon Thirot :
Nous avons effectivement adressé un courrier au Premier Ministre et à Jean-Baptiste Lemoyne, sur le sujet des organisateurs et des hébergeurs de classes de découverte, qui sont aujourd'hui clairement en danger du fait des annulations en cascade et parce qu'il n'y a pas de nouveaux contrats souscrits pour les semaines et les mois à venir.

Or, ces séjours ne s’organisent pas en dernière minute... Il s'agit donc d'un secteur d’activité qui risque d'être sinistré pour plusieurs semaines, voire pour plusieurs mois et peut-être même jusqu'à l'été 2022. C'est pour cela que nous tirons la sonnette d'alarme.

Après le courrier au Premier Ministre, les échanges se sont poursuivis avec le cabinet de Jean-Baptiste Lemoyne et celui de Sarah El Haïry, la Secrétaire d’État en charge de la jeunesse et de l’engagement, qui ont bien en tête ces difficultés.

Des difficultés sur lesquelles nous sommes spécifiquement intervenus le 3 janvier dernier, lors de la réunion avec Bruno Le Maire, et que partagent par ailleurs les Entreprises du Voyage. Nous ne sommes pas les seuls à porter cette problématique.

Les classes de découverte, une chaîne de valeurs positive et importante

TourMaG.com - Que demandez-vous exactement ?

Simon Thirot :
Nous plaidons pour que les opérateurs qui connaissent des annulations ou des reports - qui sont le fait de décisions de l'administration - soient indemnisés au même titre que toutes les structures qui font l'objet de restrictions administratives.

Ce qui veut dire pour nous : avoir accès au chômage partiel, avoir accès au dispositif coûts fixes et continuer à faire l'objet d'un suivi particulier de la part des autorités publiques.

L'important étant que les autorités les gardent bien en mémoire dans un coin de leur tête et ne les oublient pas, même s'ils font moins de bruit que les discothèques...

En effet, la chaîne de valeurs des organisateurs de séjours scolaires dans les territoires est extrêmement importante, entre les organisateurs, les hébergeurs, mais aussi tous les prestataires comme les écoles de ski ou les organisateurs d'activités locales.

Par ailleurs, cette activité de classes de découverte fait souvent vivre des territoires entre deux périodes de vacances. C'est essentiel pour la continuité de l'activité.

Enfin, on parle beaucoup de tourisme responsable et durable, et c'est aussi une réalité quand on a une activité qui est présente tout au long de l'année, comme avec ces séjours scolaires.

Cette chaîne de valeurs est également très positive et importante d'un point de vue pédagogique. Elle permet de donner accès aux petits Français aux classes de neige ou aux classes de mer, et à la découverte de l'environnement pour les classes vertes.

"Une « bêtise » administrative a été commise"

Simon Thirot, délégué général de l'UNAT - DR : UNAT
Simon Thirot, délégué général de l'UNAT - DR : UNAT
TourMaG.com - Pour accéder aux dispositifs d'aides, les professionnels doivent remplir un certain nombre de critères : perte de 50% du chiffre d'affaires ou faire l'objet de restrictions administratives. Pensez-vous que les organisateurs et hébergeurs de classes de découverte entrent dans ces critères ?

Simon Thirot :
Nous pensons que ces opérateurs doivent pouvoir y accéder mais il y a un problème aujourd'hui : Bercy nous dit que les associations ne pourront pas accéder au dispositif des coûts fixes et qu'il faut créer un dispositif spécifique.

Pour nous c'est un gros problème, qui rime avec attendre, repousser, alors même que ces opérateurs font l'objet de restrictions administratives et qu'ils perdent du chiffre d'affaires et qu'ils devraient être indemnisés pour cela.

TourMaG.com - Pourquoi ne peuvent-ils pas à y accéder ?

Simon Thirot :
Il y aurait eu un problème lors de la transmission de la notification des aides à la Commission européenne.

Autrement dit, les aides notifiées à la Commission ne mentionnaient pas les associations et maintenant, ils ne peuvent plus les intégrer.

Pour moi, une « bêtise » administrative a été commise et il en va de la responsabilité politique des autorités, notamment du ministre du tourisme, de trouver une solution pour que les opérateurs de classes de découverte - de classes de neige notamment - soient particulièrement indemnisés, au même titre que tous ceux qui font l'objet de restrictions administratives et de perte d’activité.

Pour l'heure, le décret qui doit régir les nouvelles aides, annoncées par Bruno Le Maire le 3 janvier, n'est pas encore sorti.

En attendant sa publication, nous multiplions les contacts avec le cabinet de Jean-Baptiste Lemoyne, nous avons même interpellé directement le cabinet du Premier Ministre. On nous assure qu'une solution va être trouvée mais il faut qu'elle arrive !

C'est pour cela que nous restons totalement mobilisés sur le sujet, pour l'un des derniers secteurs qui restent quasiment à l'arrêt du fait de décisions administratives.

"Nous aimerions que l’Éducation nationale sorte d'une forme d'hypocrisie"

TourMaG.com - Au-delà de votre combat pour les aides, êtes-vous également en contact avec le Ministère de l’Éducation Nationale, qui pourrait jouer un rôle dans ce déblocage...

Simon Thirot :
Nous aimerions bien que l’Éducation nationale sorte d'une forme d'hypocrisie.

Car aujourd’hui, les séjours ne sont pas interdits, mais ils ne sont pas encouragés, voire même on incite à ce qu'ils soient reportés, mais il n'y a pas de ligne claire définie par l’Éducation Nationale sur les classes de découverte.

Il faut sortir de l’ambiguïté, de l'hypocrisie, pour que les professionnels sachent exactement à quoi s'en tenir pour les prochaines semaines et les prochains mois.

Cette situation est dramatique d'un point de vue pédagogique pour les enfants et les enseignants, mais aussi pour les professionnels qui les accueillent et pour les territoires, car ces séjours font souvent la jointure entre deux périodes de vacances.

Nous nous battons donc pour obtenir une politique claire aujourd'hui dans la crise, et ambitieuse pour plus tard.

Et même si le dialogue est de très bonne qualité avec les différents ministères, il faut désormais que cela se traduise en actes et que ces acteurs soient soutenus au juste niveau.

TourMaG.com - A propos du fonds de garantie financière de l'UNAT, le Fonds Mutuel de Solidarité (FMS), quel bilan tirez-vous de l'année 2021 ?

Simon Thirot :
Nous tirons un bilan qui est globalement positif, puisque nous avons un nombre de bénéficiaires qui est stable, entre 235 et 240.

Nous nous apercevons aussi que les dispositifs d'indemnisation ont plutôt bien fonctionné. Nous avons des opérateurs pour lesquels le risque porté par les avoirs a eu plutôt tendance à diminuer car les avoirs ont été consommés ou ont commencé à être remboursés dans de bonnes conditions.

Inversement, les PGE ont été un peu moins consommés que ce que nous aurions pu penser.

Nous avons connu un sinistre dans l'année qui a donné lieu à une intervention, ce qui est plutôt rare, puisque nous avons habituellement une sinistralité qui est de zéro la plupart des années.

Un sinistre d'un coût de l'ordre de 15 000€, pour lequel nous avions une contre-garantie. Nous avons remboursé les clients.

Pas de souscription au système de réassurance pour l'UNAT

TourMaG.com - Vous avez échangé avec les autorités publiques à propos du système de réassurance publique qui vient d'être mis en place. Le FMS UNAT va-t-il l'adopter ?

Simon Thirot :
Nous avons besoin d'un secteur et d'un marché dans lequel il y a plusieurs garants, et des garants qui se portent bien.

Nous avons toujours souhaité qu'une solution puisse être trouvée, notamment pour l'APST, et je crois que le dispositif de réassurance publique est positif et répond plutôt aux besoins de gros garants financiers.

Mais il ne me semble pas très bien adapté à un petit garant comme nous, avec 240 bénéficiaires, notamment car nous avons une assiette de cotisations qui n'est pas très élevée et une sinistralité qui est très faible.

Notre conseil d’administration a donc considéré, après consultation de nos conseils Ernst & Young et Assurinco, de ne pas souscrire au système de réassurance - qui est par ailleurs temporaire -, ce qui ne veut pas dire que nous ne continuons pas à réfléchir sur comment s'améliorer, mieux se garantir.

Cela fait trois ans que nous avons totalement rénové le service, en montant en compétences, en travaillant sur nos outils numériques, sur les analyses financières et métier, sur la qualité des contre-garanties qui sont demandées. Tout ce travail-là va être poursuivi.

Pour autant, nous ne souhaitons pas nous lancer dans une course effrénée à l'adhésion, aux nouveaux bénéficiaires. Nous continuons à prendre au fil de l'eau des structures qui ont besoin d'un garant financier, avec de la prudence sur les contre-garanties, les activités qui restent en difficulté.

Nous continuons à suivre nos bénéficiaires, tous nos dossiers sont analysés complètement tous les ans. Néanmoins, le nombre de bénéficiaires qui ont été mis sous surveillance, et que l'on revoit plusieurs fois dans l'année, est moins important cette année que l'an dernier, notamment parce que le risque lié aux avoirs a décru.

Un nouveau classement réservé aux auberges de jeunesse

TourMaG.com - L'UNAT travaille également au lancement d'un nouveau classement réservé aux auberges de jeunesse et aux hostels. Comment avance le projet ?

Simon Thirot :
C'est un projet important et très positif, dont les discussions ont démarré il y a deux ans, avant la crise, avec les équipes de Guillaume Lemière chez Atout France et les professionnels concernés.

Ensemble, nous avons réfléchi à la création d'un classement et donc à une qualification de l'offre des auberges de jeunesse et des hostels, qui est à 85% constituée par le secteur associatif.

Un tel classement n'a jamais existé, à la différence de ceux existant pour les hôtels, les villages-vacances, les campings, les résidences de tourisme. Or, il s'agit d'un produit à part entière, qui s'adresse à une clientèle particulière, plutôt jeune, de backpackers.

TourMaG.com - A quoi ressemble ce nouveau classement ? Quels en sont les principaux critères ?

Simon Thirot :
Il repose sur une quarantaine de critères obligatoires pour définir ce qu'est, d'un point de vue des équipements et des services, un hostel ou une auberge de jeunesse.

Dans ces critères, une dizaine portent sur le développement durable, sur la question des flux, de la gestion de l'électricité, de l'eau, des produits proposés à la vente, des produits ménagers utilisés, etc.

Il n'y a pas, en revanche, de système de classement avec des étoiles, la pondération n'est pas possible, l’ensemble des critères étant obligatoires - et plutôt basiques.

Les établissements sont donc classés ou ne le sont pas. Nous considérons que les clients qui viennent dans ce type d'établissements ne viennent pas chercher de l'étoile ou du classement.

TourMaG.com - Quand ce classement devrait-il voir le jour et comment sera-t-il mis en place ?

Simon Thirot :
Nous espérons que l'arrêté pourra être pris dans les prochaines semaines, pour une mise en application en milieu d'année 2022. A partir de là, cette offre qui est en pleine évolution, pourra être vraiment qualifiée.

Nous allons dans un premier temps informer les professionnels du contenu du classement afin qu'ils puissent y rentrer. Ils seront ensuite audités pour voir s'ils répondent bien aux critères et, à partir du 2e semestre, ils pourront afficher le classement à l'entrée de leur établissement.

L'idée étant de poursuivre vers de la promotion qui, je l'espère, sera la prochaine étape. Nous aimerions la mener avec l'opérateur en charge de la promotion.

A noter également que l'UNAT organise le 27 janvier 2022, un colloque sur « La transition écologique au cœur des séjours collectifs » sous forme de webinaire.

Il permettra de questionner la place de la transition écologique au sein de ces séjours collectifs à destination des jeunes, alors que ce public est très alerté sur ces questions-là : quel contenu pédagogique et comment organiser un séjour plus respectueux de l'environnement ?

Pour cela, le colloque bénéficiera du regard d'un certain nombre d'experts comme la directrice de Clef Verte, le directeur général des Glénans, ou encore le porte-parole de Youth for Climate.

Pour voir le programme et vous inscrire, cliquez ici.

Anaïs Borios Publié par Anaïs Borios Journaliste - TourMaG.com
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