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RĂ©duction des vacances scolaires : bonne ou mauvaise nouvelle pour le tourisme ? 🔑

Les professionnels du tourisme répondent à Emmanuel Macron


Pendant que les acteurs s'échinent pour préparer une saison estivale qui s'annonce, une nouvelle fois, historique, Emmanuel Macron vient de lancer un pavé dans la mare : le chef de l'Etat souhaite ouvrir le débat du temps scolaire, mais surtout celui de la durée des vacances d'été. Pour lui, ces vacances interminables génÚrent toujours plus d'inégalités. Nous avons demandé à René Marc Chikli, Didier Arino ou encore Jean Virgile Crance, leurs avis.


Rédigé par le Mercredi 28 Juin 2023 à 00:05

Les professionnels du tourisme répondent à Emmanuel Macron sur la réduction des vacances scolaires - Depositphotos @monkeybusiness
Les professionnels du tourisme répondent à Emmanuel Macron sur la réduction des vacances scolaires - Depositphotos @monkeybusiness
Tout va bien, voire mĂȘme trop bien, dans le voyage.

Un ronronnement qui ne pouvait durer, de l'aveu de tous les acteurs du secteur. Une fois n'est pas coutume, c'est au président de la République de venir jeter un voile sur l'embellie et la belle ambiance qui régnait dans l'industrie.

En déplacement à Marseille, Emmanuel Macron a appelé à rouvrir le débat de la durée des vacances scolaires estivales.

Outre les inégalités, les congés de 2 ou 3 mois entrainent de lourdes pertes des connaissances acquises tout au long de l'année.

"La conséquence de tout ça : nous bourrons les semaines de nos enfants. C'est parce que nos enfants partent trop tÎt et que les vacances se sont plutÎt allongées ces 20 derniÚres années.

Ces mĂȘmes enfants, comparativement Ă  nos voisins europĂ©ens, arrivent fatiguĂ©s Ă  la fin de la journĂ©e,
" estime le président de la République.

La réduction de ces vacances devrait permettre d'allonger le temps passé à l'école, mais aussi de pouvoir pratiquer des activités sportives ou manuelles, à l'image de ce qu'il se fait en Allemagne.

Alors que le débat n'est pas encore ouvert au sein du gouvernement et des élus de la nation, nous l'avons amorcé avec les professionnels du tourisme qui sont majoritairement... contre !


René Marc Chikli : "La réduction des vacances non, mais leur étalement oui"

"Il y a dans l'histoire des opérateurs, une grande partie du début des vacances scolaires assez lente à démarrer.

Le début du mois de juillet et les derniers jours du mois d'août sont plutÎt calmes au niveau des départs, je parle du secteur marchand, dans le non-marchand, il n'y a pas ce problÚme.

Ce sont des dates pas évidentes à vendre, avec parfois des creux dans la derniÚre semaine de juillet.

Tous les dĂ©parts se font au mĂȘme moment.
En Allemagne, je ne sais pas si ça existe toujours, mais les gens partent à différentes dates selon les landers.

A lire : Evaneos : la concentration des vacances scolaires frein au voyage durable

Au lieu d'avoir un découpage géographique sur les vacances de Pùques et de février, il serait plusintelligent de faire en sorte qu'une partie de la France ait des vacances en différé, par rapport au reste du pays.

Un zonage du territoire permettrait d'en faire profiter l'Ă©conomie, en Ă©vitant son arrĂȘt brutal en aoĂ»t. De plus ça serait bĂ©nĂ©fique pour le transport aĂ©rien et ferroviaire.

Le sujet n'est pas tabou, comme nous pourrions le croire, mais cela dépend de la tournure du projet.

Les professionnels du tourisme peuvent ĂȘtre favorables Ă  ce genre de proposition, s'il y a une concertation, une rĂ©flexion et une stratĂ©gie.

Si nous Ă©vitons le phĂ©nomĂšne actuel consistant Ă  voir tout le monde partir au mĂȘme moment, tout en permettant que la demande soit toujours aussi importante, alors ce serait intelligent.

En résumé, la réduction des vacances non, mais l'étalement des vacances oui, mais sans concertation, ce sera la catastrophe !

Aujourd'hui vous avez des Français qui rĂȘveraient de pouvoir partir en juin, plutĂŽt qu'en juillet/aoĂ»t,
" estime René Marc Chikli, le président du SETO.

Didier Arino : "Ce dĂ©bat peut ĂȘtre positif pour le secteur du tourisme"

"Si nous réduisons la durée des vacances scolaires, la saisonnalité sera encore plus forte, donc les prix vont exploser, excluant encore davantage de Français des départs en vacances.

D'ailleurs c'est ce qu'il se passe, nous sommes à la limite aujourd'hui des prix pratiqués, alors que nous étions en avance au mois de mars, pour les vacances d'été, au niveau des nuitées.

Actuellement, nous sommes en léger retard, par rapport à 2022, du fait de l'inflation. Une partie de la clientÚle, environ 7 millions de Français, a renoncé pour l'instant, à réserver, car les prix sont trop élevés au regard de leur budget.

Il faut savoir que pour les 3/4, les budgets sont stables ou en hausse.

Si en revanche, nous réduisons la durée des vacances, mais que nous mettons en place un systÚme de zone, comme à Pùques ou février, alors nous entrainerons une saisonnalité estivale plus grande. La fréquentation serait lissée, les prix pourraient flancher.

Le principe des zones existe dans d'autres pays.

Le phénomÚne du surtourisme est grandement amplifié et médiatisé, alors que la réalité est tout autre. Les seuls pics de fréquentation ont lieu lors des week-ends du mois de mai et de l'ascension, puis entre le 9 et le 15 août. Cela ne concerne que quelques sites.

L'idée ne réglera pas tous les problÚmes du secteur.

Ce dĂ©bat peut ĂȘtre positif pour le secteur du tourisme, en cas de zonage.

AprÚs le sujet est plus vaste, car nous pourrions interroger le Gouvernement sur sa politique sociale des vacances : les prix des colonies de vacances sont devenus inabordables à cause des normes. Nous devons favoriser les départs en vacances mais aussi et surtout, la mixité.

Nous ne devons pas nous retrouver avec des colonies de riches d'un cĂŽtĂ© et de pauvres de l'autre, ça n'a pas d'intĂ©rĂȘt,
" explique Didier Arino, le directeur général de Protourisme.

Jean Virgile Crance : "C'est tout ce qu'il ne faut pas faire !"

"Nous sommes contre cette idée.

Nous avons beaucoup échangé, ces derniers jours sur la gestion des flux touristiques et la concentration des populations de voyageurs sur certains lieux. C'est tout ce qu'il ne faut pas faire !

Un des premiers leviers pour mieux gérer les flux, ce sont inévitablement, les périodes dédiées au tourisme qui sont étroitement liées aux périodes de vacances scolaires.

Il est extrĂȘmement important de conserver l'Ă©talement des vacances, pour ce qui des vacances d'hiver, cela permet de fluidifier les dĂ©parts et une meilleure utilisation des structures.

Il y a quelques mois, nous sommes montĂ©s au crĂ©neau auprĂšs d'Olivia GrĂ©goire, pour dire que nous Ă©tions extrĂȘmement attentifs Ă  ne pas
perdre la derniÚre semaine d'août, elle était en arbitrage au ministÚre de l'Education nationale.

A lire : Le séminaire de la CAT se transforme en Comité stratégique

Nous avons demandé à la ministre en charge du Tourisme d'intervenir sur cette question, car la derniÚre semaine permet d'étaler les congés, donc les flux, mais aussi une meilleure fluctuation des tarifs.

Plus la saisonnalité est longue et plus il est possible à un plus grand nombre de pouvoir partir, en raison des prix. La derniÚre semaine affiche des tarifs moins élevés que durant le reste du mois, ce qui joue sur son attractivité.

Nous serons amenés à nous faire entendre, si jamais le sujet arrive au plus haut niveau. Notre volonté est que nous puissions avoir un tourisme pour tous, et que tout le monde puisse partir en vacances.

Avec le zonage, nous complexifierons tout. Les rangs des saisonniers comprennent beaucoup d'étudiants, ces publics peuvent travailler, grùce à ces périodes prolongées.

De plus, le gouvernement doit prendre en compte les familles recomposées, les vacances d'été sont un moment de retrouvailles, pour ces familles,
" analyse Jean Virgile Crance, le président de la Confédération des Acteurs du Tourisme (CAT).

Jean-Pierre Mas : "cela ne va pas réduire les inégalités, mais les accroitre"

"C'est un vrai sujet pour le secteur, mais aussi en faveur de la hausse des inégalités.

La réduction de la durée des vacances ne va pas réduire les inégalités, mais bien les accroitre. Emmanuel Macron n'a pas vraiment compris le sujet. Plus la période de vacances sera réduite et plus l'accÚs aux vacances sera difficile, car les voyages seront plus chers.

Pour les voyageurs ce ne serait pas une bonne nouvelle, mais aussi pour les professionnels du tourisme. AprÚs je ne sais pas si cette remarque du président de la République est le résultat d'une réflexion ou si c'est une remarque à l'emporte-piÚce.

AprÚs si le débat est ouvert, alors nous y participerons,
" affirme Jean-Pierre Mas, le président des Entreprises du Voyage (EDV).

Antoine Bretin : "les consĂ©quences pourraient ĂȘtre importantes sur les dĂ©parts des jeunes"

"Il a parlé des vacances de 2,5 à 3 mois de vacances, donc le ciblage concerne les jeunes terminant les cours début ou mi-juin. Cela dépend si l'établissement de ces élÚves est un centre d'examen ou pas.

Sur le coeur de notre activité, les colonies de vacances et les séjours linguistiques, les départs en juin sont assez faibles. Il n'y a pas vraiment d'enjeu sur cette période.

Par contre si l'idĂ©e est de raccourcir les vacances d'Ă©tĂ©, pour arriver Ă  une pĂ©riode de 4 ou 6 semaines, alors les consĂ©quences pourraient ĂȘtre importantes sur nos activitĂ©s et les dĂ©parts des jeunes.

Ce fameux débat n'est pas revenu depuis un long moment.

AprĂšs si l'objectif est de conserver la mĂȘme saisonnalitĂ© donc juillet et aoĂ»t, cela n'aura pas vraiment d'impact. Mais si ça doit aller plus loin ce sera un sacrĂ© chantier, car le Gouvernement va devoir s'attaquer aux vacances des profs.

Pour réduire, les inégalités sur le sujet des départs en vacances, y a plein d'idées sont sur la table. Il existe par exemple : un pass colo, pour permettre à tout le monde de pouvoir partir en colonies de vacances ou séjours linguistiques. De plus, les comités d'entreprises et des associations diverses s'engagent pour faire partir les jeunes.

Je ne suis pas vraiment convaincu que la réduction des congés réduirait les inégalités.

AprÚs quand nous voyons fleurir tous les sujets sur le surtourisme, nous allons donner du grain à moudre, en concentrant tous les départs sur un faible nombre de semaines.

Il serait possible de profiter du mois de juillet et du raccourcissement des vacances, pour favoriser et valoriser les voyages scolaires,
" imagine Antoine Bretin, le directeur de Verdié Hello.

Romain Pommier Publié par Romain Pommier Journaliste - TourMaG.com
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