Didier Arino sur le bilan de l'été du tourisme en France : "Sans le relais des clientèles étrangères, la situation aurait été très mauvaise. Au final, franchement, nous sommes dans le haut de la fourchette de ce que nous avions envisagé dans nos simulations" - Photo Protourisme
TourMaG - Nous nous étions parlé en amont de la saison estivale, le contexte économique, la guerre en Ukraine laissaient présager un été compliqué. A la veille de la rentrée qu'en est-il exactement du tourisme en France ?
Didier Arino : Si nous prenons les grands agrégats, la bonne nouvelle cette année, c’est qu’il y a davantage d’étrangers qui sont venus visiter la France, notamment des clientèles lointaines : des Américains, des Canadiens, des Mexicains. Pas davantage de Brésiliens, d’ailleurs, et je ne sais pas pourquoi, ni d’Indiens.
En revanche, nous avons accueilli davantage de Coréens et de Japonais. Nous avons aussi reçu plus d’Européens : davantage d’Allemands, de Suisses, de Néerlandais et de Belges. Pour les Britanniques, je ne suis pas capable de dire ce qu’il en est, car les retours sont très contrastés. Ils ont choisi des destinations proches de chez eux, sur la Côte d’Opale, en Normandie… En revanche, dans le Sud, ils ont été moins nombreux.
Davantage d’Européens et d’étrangers lointains, c’est une bonne nouvelle pour le tourisme français. Il y a aussi une partie des Français qui avaient envisagé de partir à l’étranger et qui sont finalement restés en France. Ils ont également fait du bien au tourisme français : nous les estimons, sur l’été, entre 700 000 et 800 000 environ. Cela se retrouve bien sûr dans la baisse des départs dans les agences de voyages, même si les agences de voyages ne représentent pas l’essentiel des partants. Il y a donc aussi eu moins de Français qui sont partis à l’étranger, y compris via l’auto-organisation.
Ces Français ont ainsi permis d’amortir en partie la baisse des intentions de départ en vacances des Français.
Didier Arino : Si nous prenons les grands agrégats, la bonne nouvelle cette année, c’est qu’il y a davantage d’étrangers qui sont venus visiter la France, notamment des clientèles lointaines : des Américains, des Canadiens, des Mexicains. Pas davantage de Brésiliens, d’ailleurs, et je ne sais pas pourquoi, ni d’Indiens.
En revanche, nous avons accueilli davantage de Coréens et de Japonais. Nous avons aussi reçu plus d’Européens : davantage d’Allemands, de Suisses, de Néerlandais et de Belges. Pour les Britanniques, je ne suis pas capable de dire ce qu’il en est, car les retours sont très contrastés. Ils ont choisi des destinations proches de chez eux, sur la Côte d’Opale, en Normandie… En revanche, dans le Sud, ils ont été moins nombreux.
Davantage d’Européens et d’étrangers lointains, c’est une bonne nouvelle pour le tourisme français. Il y a aussi une partie des Français qui avaient envisagé de partir à l’étranger et qui sont finalement restés en France. Ils ont également fait du bien au tourisme français : nous les estimons, sur l’été, entre 700 000 et 800 000 environ. Cela se retrouve bien sûr dans la baisse des départs dans les agences de voyages, même si les agences de voyages ne représentent pas l’essentiel des partants. Il y a donc aussi eu moins de Français qui sont partis à l’étranger, y compris via l’auto-organisation.
Ces Français ont ainsi permis d’amortir en partie la baisse des intentions de départ en vacances des Français.
"La canicule a eu un effet booster sur les réservations de dernière minute"
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TourMaG - La météo a été au centre de l'actualité, avec les épisodes de canicule notamment. Quel rôle a-t-elle joué dans les prises de décision des Français ?
Didier Arino : La canicule a eu un effet booster, contrairement à ce que l’on pourrait penser. Elle a notamment stimulé les réservations de dernière minute, de personnes qui n’envisageaient pas forcément de partir et qui se sont dit qu’elles partiraient plus tard. Cela concerne notamment celles qui ont moins de contraintes liées aux vacances scolaires ou aux périodes chargées, et qui n’en pouvaient plus de rester dans les villes.
Cette clientèle de dernière minute a été bénéfique. Elle a bien sûr alimenté une partie du littoral, mais elle a aussi permis de rattraper en partie le retard enregistré dans des destinations comme le Massif central et d’accélérer les réservations à la montagne.
On a donc eu une bonne répartition des flux entre différents types d’espaces, avec cependant de grands perdants : les destinations « sèches », sans eau, qui ont particulièrement souffert pendant les épisodes de canicule. La France rurale, les campagnes sèches et chaudes, le bilan est plus inquiétant.
Les destinations où l’on pratique des activités de vélo ou de nature en plaine ont notamment pris une claque, en particulier en juillet. Les loueurs de canoë, de pénichettes, la filière du vélo itinérant, mais aussi les sites de visite en extérieur ont tous fortement souffert.
La canicule et le pouvoir d’achat contraint ont également eu un impact sur la restauration : environ 60 % des restaurateurs sont en baisse. Cela donne des commerces qui n’ont pas bien travaillé et des prestataires d’activités qui ont également eu des difficultés.
TourMaG - Paris a été particulièrement touché par la canicule cet été, est ce que cela a eu un impact sur la fréquentation ?
Didier Arino : Concernant le tourisme urbain, Paris constitue un cas à part, car la capitale dépend fortement des clientèles internationales. Paris s’en est donc plutôt bien sorti.
Didier Arino : La canicule a eu un effet booster, contrairement à ce que l’on pourrait penser. Elle a notamment stimulé les réservations de dernière minute, de personnes qui n’envisageaient pas forcément de partir et qui se sont dit qu’elles partiraient plus tard. Cela concerne notamment celles qui ont moins de contraintes liées aux vacances scolaires ou aux périodes chargées, et qui n’en pouvaient plus de rester dans les villes.
Cette clientèle de dernière minute a été bénéfique. Elle a bien sûr alimenté une partie du littoral, mais elle a aussi permis de rattraper en partie le retard enregistré dans des destinations comme le Massif central et d’accélérer les réservations à la montagne.
On a donc eu une bonne répartition des flux entre différents types d’espaces, avec cependant de grands perdants : les destinations « sèches », sans eau, qui ont particulièrement souffert pendant les épisodes de canicule. La France rurale, les campagnes sèches et chaudes, le bilan est plus inquiétant.
Les destinations où l’on pratique des activités de vélo ou de nature en plaine ont notamment pris une claque, en particulier en juillet. Les loueurs de canoë, de pénichettes, la filière du vélo itinérant, mais aussi les sites de visite en extérieur ont tous fortement souffert.
La canicule et le pouvoir d’achat contraint ont également eu un impact sur la restauration : environ 60 % des restaurateurs sont en baisse. Cela donne des commerces qui n’ont pas bien travaillé et des prestataires d’activités qui ont également eu des difficultés.
TourMaG - Paris a été particulièrement touché par la canicule cet été, est ce que cela a eu un impact sur la fréquentation ?
Didier Arino : Concernant le tourisme urbain, Paris constitue un cas à part, car la capitale dépend fortement des clientèles internationales. Paris s’en est donc plutôt bien sorti.
Nouvelle-Aquitaine et Occitanie : deux grandes régions qui pèsent beaucoup et qui sont en retrait
TourMaG - Les vacanciers ont-ils fui le sud comme on l'entend parfois en raison justement de cette canicule ?
Didier Arino : Sur la Côte d’Azur, Nice s’en est bien sortie, avec une très forte progression des clientèles étrangères. Marseille a également cartonné en termes de réservations. Lorsque j’entends dire que les gens ont fui le Sud, je réagis ! Non, ils n’ont pas fui le Sud, ils ont fui la canicule.
Dans le Sud, il y a aussi des territoires comme les Pyrénées. À ce que je sache, les Pyrénées sont dans le Sud, et elles ont enregistré de très bonnes réservations par rapport aux années précédentes, et évidemment par rapport à la moyenne.
Bien sûr, les stations du littoral des Pyrénées-Orientales, et surtout l’intérieur des territoires, ont été impactés. L’Occitanie a été impactée, l’Hérault aussi. Mais certaines stations s’en sont bien sorties, comme La Grande-Motte, par exemple.
Deux grandes régions qui pèsent beaucoup sont en retrait, il s'agit de la Nouvelle-Aquitaine et de l’Occitanie. Et quand la Normandie progresse de 5 %, cela ne suffit pas à compenser les baisses enregistrées en Nouvelle-Aquitaine et en Occitanie, qui pèsent davantage. Je ne sais pas encore ce que donneront les chiffres définitifs.
TourMaG - Si l'on regarde les catégories d'hébergement, le bilan est-il homogène ?
Didier Arino : En termes de nuitées, elles sont en baisse dans le locatif. Pourquoi ? Parce qu’il s’agit de clientèles qui sont moins parties. La baisse des nuitées est liée à des personnes dont le pouvoir d’achat est contraint : quand on part un peu moins longtemps et qu’il y a un peu moins de partants, cela se traduit rarement par davantage de nuitées.
Pour le camping, ce sera à peu près stable, notamment grâce aux étrangers. Ce bilan n’est pas encore définitif puisqu’il reste le mois de septembre, mais on devrait être sur une tendance plutôt stable, avec peut-être moins de Français et davantage d’étrangers. Après sur la consommation, les campings ont eu davantage de demandes pour des emplacements nus que pour des mobil homes.
L’hôtellerie, en revanche, a plutôt bien fonctionné, grâce à la progression des clientèles étrangères, mais aussi parce qu'une partie des Français qui ne sont pas partis à l’étranger ont choisi l'hôtel. Ceux qui disposent d’un pouvoir d’achat plus important sont davantage susceptibles de séjourner à l’hôtel.
Enfin, la situation est plus contrastée pour certains villages de vacances et certaines résidences de tourisme. Cela dépend des établissements, mais nous ne sommes pas non plus sur une flambée extraordinaire.
Pour résumer, l’hébergement touristique va réaliser un été correct, et même mieux que ce que l’on craignait : le nombre de nuitées devrait être en baisse autour de -2 % en juillet-août, ce qui n’a rien de dramatique. Nous avons donc limité la casse.
Avec un peu moins de partants, cela aurait effectivement pu être la catastrophe. Sans le relais des clientèles étrangères, la situation aurait été très mauvaise. Au final, franchement, nous sommes dans le haut de la fourchette de ce que nous avions envisagé dans nos simulations. Nous sommes au maximum de ce que l’on pouvait imaginer, même si ce n’est pas florissant pour autant.
Didier Arino : Sur la Côte d’Azur, Nice s’en est bien sortie, avec une très forte progression des clientèles étrangères. Marseille a également cartonné en termes de réservations. Lorsque j’entends dire que les gens ont fui le Sud, je réagis ! Non, ils n’ont pas fui le Sud, ils ont fui la canicule.
Dans le Sud, il y a aussi des territoires comme les Pyrénées. À ce que je sache, les Pyrénées sont dans le Sud, et elles ont enregistré de très bonnes réservations par rapport aux années précédentes, et évidemment par rapport à la moyenne.
Bien sûr, les stations du littoral des Pyrénées-Orientales, et surtout l’intérieur des territoires, ont été impactés. L’Occitanie a été impactée, l’Hérault aussi. Mais certaines stations s’en sont bien sorties, comme La Grande-Motte, par exemple.
Deux grandes régions qui pèsent beaucoup sont en retrait, il s'agit de la Nouvelle-Aquitaine et de l’Occitanie. Et quand la Normandie progresse de 5 %, cela ne suffit pas à compenser les baisses enregistrées en Nouvelle-Aquitaine et en Occitanie, qui pèsent davantage. Je ne sais pas encore ce que donneront les chiffres définitifs.
TourMaG - Si l'on regarde les catégories d'hébergement, le bilan est-il homogène ?
Didier Arino : En termes de nuitées, elles sont en baisse dans le locatif. Pourquoi ? Parce qu’il s’agit de clientèles qui sont moins parties. La baisse des nuitées est liée à des personnes dont le pouvoir d’achat est contraint : quand on part un peu moins longtemps et qu’il y a un peu moins de partants, cela se traduit rarement par davantage de nuitées.
Pour le camping, ce sera à peu près stable, notamment grâce aux étrangers. Ce bilan n’est pas encore définitif puisqu’il reste le mois de septembre, mais on devrait être sur une tendance plutôt stable, avec peut-être moins de Français et davantage d’étrangers. Après sur la consommation, les campings ont eu davantage de demandes pour des emplacements nus que pour des mobil homes.
L’hôtellerie, en revanche, a plutôt bien fonctionné, grâce à la progression des clientèles étrangères, mais aussi parce qu'une partie des Français qui ne sont pas partis à l’étranger ont choisi l'hôtel. Ceux qui disposent d’un pouvoir d’achat plus important sont davantage susceptibles de séjourner à l’hôtel.
Enfin, la situation est plus contrastée pour certains villages de vacances et certaines résidences de tourisme. Cela dépend des établissements, mais nous ne sommes pas non plus sur une flambée extraordinaire.
Pour résumer, l’hébergement touristique va réaliser un été correct, et même mieux que ce que l’on craignait : le nombre de nuitées devrait être en baisse autour de -2 % en juillet-août, ce qui n’a rien de dramatique. Nous avons donc limité la casse.
Avec un peu moins de partants, cela aurait effectivement pu être la catastrophe. Sans le relais des clientèles étrangères, la situation aurait été très mauvaise. Au final, franchement, nous sommes dans le haut de la fourchette de ce que nous avions envisagé dans nos simulations. Nous sommes au maximum de ce que l’on pouvait imaginer, même si ce n’est pas florissant pour autant.
"La sociologie du tourisme fait forcément évoluer les choses"
TourMaG - Et qu'en est-il de la montagne, qui semble avoir tiré son épingle du jeu avec l'idée que les vacanciers recherchent de la fraîcheur...
Didier Arino : Depuis le Covid, la montagne repart à la hausse, et c’est une bonne chose. Il suffit d’aller dans les stations de montagne pour le constater. Mais cela dépend de quelle montagne on parle. Les montagnes avec des lacs, les zones qui offrent davantage de fraîcheur, ont effectivement bien fonctionné. Cela a plutôt été une bonne saison pour la montagne, qui a également bénéficié d’une hausse de la fréquentation étrangère.
Quant à la recherche de fraîcheur, il faut quand même rappeler que les vacanciers en été recherchent avant tout du soleil, de la chaleur - et pas de canicule - et de l'eau.
Quand il se met à pleuvoir, les vacanciers ne se disent pas : "C’est génial, il fait frais et il pleut !" Ça, c’est une construction de certains journalistes !
TourMaG - Le comportement des vacanciers et voyageurs est-il en train d'évoluer ?
Didier Arino : La sociologie du tourisme fait forcément évoluer les choses. Nous avons de moins en moins de familles et de plus en plus de seniors. La moitié des vacanciers ont aujourd’hui plus de 50 ans. Les retraités par exemple gardent leurs petits-enfants et peuvent partir à d'autres périodes que juillet et août.
La très haute saison concerne uniquement les 15 jours d'août où l'on sait que les entreprises sont fermées. Mais en juillet, les vacanciers savent qu'ils peuvent trouver facilement de la place et qu’ils peuvent payer moins cher. Cette année, avec les contraintes liées au pouvoir d’achat, il y a eu une sorte de jeu du chat et de la souris, un effet yo-yo : je réserve, j’annule, je trouve un bon plan, ou j’ai peur d’une mauvaise météo...
Didier Arino : Depuis le Covid, la montagne repart à la hausse, et c’est une bonne chose. Il suffit d’aller dans les stations de montagne pour le constater. Mais cela dépend de quelle montagne on parle. Les montagnes avec des lacs, les zones qui offrent davantage de fraîcheur, ont effectivement bien fonctionné. Cela a plutôt été une bonne saison pour la montagne, qui a également bénéficié d’une hausse de la fréquentation étrangère.
Quant à la recherche de fraîcheur, il faut quand même rappeler que les vacanciers en été recherchent avant tout du soleil, de la chaleur - et pas de canicule - et de l'eau.
Quand il se met à pleuvoir, les vacanciers ne se disent pas : "C’est génial, il fait frais et il pleut !" Ça, c’est une construction de certains journalistes !
TourMaG - Le comportement des vacanciers et voyageurs est-il en train d'évoluer ?
Didier Arino : La sociologie du tourisme fait forcément évoluer les choses. Nous avons de moins en moins de familles et de plus en plus de seniors. La moitié des vacanciers ont aujourd’hui plus de 50 ans. Les retraités par exemple gardent leurs petits-enfants et peuvent partir à d'autres périodes que juillet et août.
La très haute saison concerne uniquement les 15 jours d'août où l'on sait que les entreprises sont fermées. Mais en juillet, les vacanciers savent qu'ils peuvent trouver facilement de la place et qu’ils peuvent payer moins cher. Cette année, avec les contraintes liées au pouvoir d’achat, il y a eu une sorte de jeu du chat et de la souris, un effet yo-yo : je réserve, j’annule, je trouve un bon plan, ou j’ai peur d’une mauvaise météo...

















