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Didier Arino (Protourisme) : "Cette année, le prix s'impose plus que jamais comme critère numéro 1"

l'interview de Didier Arino, Directeur général associé de Protourisme


"Moins loin, moins cher, moins longtemps"... la tendance pour les vacances d'été se confime selon Didier Arino qui ajoute que cette année le prix s'impose plus que jamais comme critère numéro un pour les vacanciers. Les opérateurs tablent encore sur les ventes de dernière minute pour limiter la casse. Tour d'horizon avec le Directeur général associé de Protourisme.


Rédigé par le Vendredi 5 Juin 2026 à 07:23

Didier Arino (Protourisme) : "le prix, premier critère de choix des vacances" - Photo Protourisme
Didier Arino (Protourisme) : "le prix, premier critère de choix des vacances" - Photo Protourisme
TourMaG - Nous sommes début juin, les indicateurs du côté des opérateurs du voyage ne sont pas dans le vert. Où est-on des derniers chiffres ?

Didier Arino :
Alors revenons tout d'abord sur les chiffres annuels. Sur 2026, 40,2 millions de Français disent être partis ou vouloir partir en vacances, c'est 2 millions de moins qu'en 2024.

Sur l'été, nous sommes passés de 800 000 qui renonçaient à partir à l'étranger à 1,5 million. Sur les 10 millions qui ont envisagé de partir à l'étranger, cela représente près de 16%, à la fois cela peut paraître beaucoup, mais c'est entre guillemets que 16%.

Quand je dis qu’ils renoncent à partir à l’étranger, il faut aussi prendre cette tendance avec prudence. Certains ont renoncé à la destination étrangère qu’ils envisageaient initialement, notamment en Asie, mais ils restent encore dans l’incertitude. Ils disent renoncer à leur projet de séjour tel qu’il était prévu, mais cela ne signifie pas qu’ils ne choisiront pas, au dernier moment, une destination plus proche en Europe.

A lire aussi : Guerre au Moyen-Orient : jusqu’à 1,3 million de Français pourraient renoncer à voyager à l’étranger

La tendance du « moins loin, moins cher, moins longtemps »

TourMaG - Ces chiffres se répercutent sur les réservations ?

Didier Arino :
Les réservations estivales restent en retrait par rapport aux années précédentes sur la plupart des catégories d'hébergement, à l'exception du camping, dont l'activité se maintient sans pour autant être en progression.

La tendance du « moins loin, moins cher, moins longtemps » se confirme. Les vacanciers privilégient de plus en plus des destinations situées à environ trois heures de leur domicile, généralement à proximité des grands bassins émetteurs.

Ainsi, les Lyonnais se tournent davantage vers la montagne, l'Ardèche ou le littoral occitan, les Franciliens vers les côtes normandes et bretonnes, tandis que les habitants du Nord privilégient le littoral du Pas-de-Calais. Une dynamique qui pourrait pénaliser les destinations plus éloignées, notamment dans le sud de la France, à l'exception de secteurs comme la Côte d'Azur qui bénéficient d'une clientèle internationale.

TourMaG - Les professionnels attendent désormais les ventes de dernière minute. Vont-elles se déclencher ?

Didier Arino :
Pour l'instant, les opérateurs attendent en effet que ça se déclenche... À mon avis, les vacanciers savent qu’il reste de la disponibilité un peu partout et vont donc attendre le tout dernier moment. Ils veulent que toutes les conditions soient réunies avant de réserver. Si vous partez la semaine suivante, vous attendez par exemple de connaître les prévisions météo. C’est d’ailleurs ce qu’on a observé lors des ponts du mois de mai.

Le week-end où nous avons eu la canicule, les opérateurs ont fait le plein. Il y a un aspect psychologique qui peut jouer aussi, c'est le carburant à moins de deux euros le litre. Sur un trajet, cela peut représenter une vingtaine d’euros. En soi, cela ne change pas fondamentalement la donne, mais psychologiquement, l’impact est énorme pour les consommateurs.

Pour l'été et les réservations de dernière minute, toute la question est de savoir si elles réussiront à compenser totalement le retard observé à ce stade. Mais avec moins de partants sur des séjours plus courts... je ne vois pas comment on pourrait faire mieux...

Il va y avoir de bonnes affaires à faire !

TourMaG - Le budget vacances suit la même courbe descente...

Didier Arino :
Oui, le budget vacances est en baisse de 150 euros. Il va y avoir un problème de consommation au sein des espaces touristiques : lieux de visites, activités payantes, commerces, restaurants... On le voit dans les arbitrages, les vacanciers vont faire très attention.

TourMaG - Les opérateurs ont dégainé des offres flexibles est-ce que cela peut booster la demande ?

Didier Arino :
Ce qui a été très mauvais déjà, c'est la communication des compagnies aériennes. Elles ont d’abord annoncé la mise en place de surcharges carburant. Dans l’esprit des consommateurs, cela s’est ajouté aux inquiétudes liées au contexte et aux risques de pénurie de kérosène. Forcément, cela ne donne pas envie de réserver. Au final, cette communication, combinée à la hausse des tarifs, a eu pour effet de détruire la demande.

Maintenant, les tarifs baissent... Forcément il va y avoir de bonnes affaires à faire ! Les opérateurs ont raison de faire des promotions car la sensibilité au prix est déterminante.

Cette année, le prix s'impose plus que jamais comme le critère numéro un. Selon notre enquête, 71 % des vacanciers le considèrent comme déterminant dans leur choix. Nous sommes sortis d'une logique de rapport qualité-prix ou de recherche d'expérience et de plaisir. Aujourd'hui, le critère dominant, c'est avant tout le prix.

Pour les Français, les vacances restent essentielles mais encore faut-il pouvoir se les payer

TourMaG - Tous les observateurs s'accordent pour dire que le secteur est résilient et que l'envie de voyager reste intacte... Vous partagez cette analyse au regard de ce que l'on vient de dire ?

Didier Arino :
Les vacances restent profondément ancrées dans le mode de vie des Français. Malgré les contraintes budgétaires, ils continuent d'y accorder une place importante. 55 % d'entre eux déclarent faire des sacrifices sur d'autres postes de dépenses pour pouvoir partir, y compris sur l'alimentation, l'équipement de la maison, l'habillement ou encore l'automobile.

Sauf que nous sommes face à une réalité : les vacances se financent avec ce qu’il reste une fois toutes les charges payées. Si, chaque mois, vous dépensez davantage pour le carburant, le chauffage ou l’alimentation, il vous reste forcément moins d’argent disponible pour partir.

Un couple de CSP+ ne va pas changer ses vacances pour 50 euros de plus. En revanche, pour une famille périurbaine qui doit faire des kilomètres tous les jours, payer la crèche et absorber toutes les hausses du quotidien, ces 50 euros peuvent faire la différence. C’est elle qui va adapter son projet de vacances, voire le revoir complètement.

Cela ne signifie pas que les vacances sont moins importantes pour ces ménages. En revanche, ils peuvent arbitrer différemment : remplacer un séjour marchand par du non-marchand, réduire la durée du séjour ou opter pour deux jours dans un parc de loisirs afin de faire plaisir aux enfants. Quand 40 % des vacanciers modifient ainsi leurs projets, cela finit forcément par avoir un impact sur l'ensemble de l'écosystème touristique.

Pour les Français, les vacances restent essentielles mais encore faut-il pouvoir se les payer.

Les vacanciers ont tendance à descendre en gamme. Les mobil-homes les plus haut de gamme peinent à se remplir, tandis qu'il n'y a jamais eu autant de réservations d'emplacements nus dans les campings. Dans les locations meublées, ce sont surtout les segments intermédiaires et économiques qui tirent leur épingle du jeu. Quant aux villages de vacances, ils accusent pour la plupart un retard de réservation.

Contrairement à ce qu'affichent certains acteurs du secteur, la situation n'est pas aussi favorable qu'ils le laissent entendre. Dans le même temps, on observe une montée en puissance des courts séjours. Chez Center Parcs, par exemple, les séjours de trois ou quatre jours se développent. Les Français continuent donc de partir, mais moins longtemps. La conséquence est claire : le nombre de nuitées et de longs séjours devrait reculer cet été, même si le nombre total de séjours pourrait ne pas baisser.

TourMaG - Les spécialistes des voyages haut-de-gamme sentent aussi une frilosité. La prudence semble de mise pour les chefs d'entreprises, qui sont aussi contraints par le contexte économique.

Didier Arino :
C'est une réalité... Certains réduisent la voilure, d'autres considèrent qu'avec le déficit de la France ils vont être toujours plus taxer, et puis il y a la peur de l'avenir... en résumé cela crée une sorte d'attrition.

Dans le monde de l'entreprise, notamment parmi les acteurs directement exposés au marché, l'inquiétude est bien réelle. À cela s'ajoutent tous les secteurs liés à l'immobilier, qui subissent le ralentissement des transactions et, par ricochet, une baisse de l'activité. Le commerce est également fortement touché, avec une multiplication des difficultés et des défaillances d'entreprises.

Il reste dans les multipartants, les médecins, les personnes qui travaillent dans la finance, la tech et l'IA... Même les experts comptables ou les avocats sont prudents. Nous sommes rentrés dans un cycle récessif accentué par la peur du lendemain. Alors parfois c'est aussi un peu irrationnel, mais une chose est sûre, l'euphorie post-covid, c'est fini.

Et cela pourrait durer, car 2027 est une année électorale avec les Présidentielles.

Des profils de vacanciers qui évoluent

TourMaG - Malgré cela les CSP + sont quand même plus préservés...

Didier Arino :
Oui, nous avons moins de partants, notamment dans les classes moyennes et les classes populaires. Le taux de départ chez les ouvriers atteint 49%. Les CSP + qui ne partiront pas à l'étranger, choisiront de se louer une belle maison dans le pays basque ou ailleurs.

Chez les cadres vivant dans les métropoles, les taux de départ atteignent 85 à 90 %. Et ceux qui ne partent pas ne renoncent généralement pas aux vacances pour des raisons budgétaires, mais parce qu'ils traversent un changement de vie : déménagement, construction d'une maison, divorce ou prise d'un nouveau poste.

Mais le profil des vacanciers évolue. Plus de la moitié ont désormais plus de 50 ans, signe d'un vieillissement de la clientèle touristique. Dans le même temps, la hausse du nombre de couples sans enfants, d'indépendants et de travailleurs pouvant télétravailler contribue à désaisonnaliser les départs. Ces voyageurs sont moins dépendants des vacances scolaires et peuvent partir hors saison ou combiner travail et loisirs.

Cette évolution pèse sur les marges des opérateurs, mais elle permet aussi à certains ménages de voyager à moindre coût en évitant les périodes les plus chères. Les départs hors vacances scolaires, les courts séjours et les formules en semaine se développent, notamment pour les vacances au ski.

TourMaG - Les dernières années, le surtourisme faisait la UNE des médias, et cette année, la question est de savoir si les opérateurs pourront limiter la casse sur la haute saison...

Didier Arino :
À force de dénigrer le secteur et de le réduire aux polémiques, on finit par oublier son rôle essentiel dans l'économie. Le tourisme irrigue bien au-delà des seuls acteurs du voyage : il soutient les filières agricoles, viticoles et ostréicoles, les producteurs locaux, les artisans et les commerçants. C'est tout un écosystème qui bénéficie de son dynamisme.

Aujourd'hui, on commence à payer tous ces discours autour du surtourisme. Certaines destinations ont expliqué qu'elles voulaient réguler davantage, moins d'avions, moins de locations touristiques, moins de visiteurs. À un moment, si vous donnez le sentiment que les touristes ne sont pas les bienvenus, il ne faut pas s'étonner de voir la fréquentation reculer...

Céline Eymery Publié par Céline Eymery Rédactrice en Chef - TourMaG.com
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Tags : arino, vacances
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