TourMaG - Chez nos confrères de LCI, vous avez évoqué un chiffre assez important : « 800 000 Français renoncent à voyager à cause du conflit au Moyen-Orient ». Comment en êtes-vous arrivé à ce résultat ?
Didier Arino : Il n’est pas si énorme que ça. Tout d'abord, il faut resituer le contexte.
Nous avons mené en janvier notre étude annuelle sur les intentions de départ en vacances des Français pour le printemps et l’été : budgets, départs à l'étranger, en France, etc.
A ce moment-là, les intentions de départ à l'étranger des clientèles françaises étaient plus importantes qu’en 2025 - 400 000 voyageurs de plus - avec notamment des intentions de départ en hausse vers l'Asie, le Proche-Orient et le Moyen-Orient.
TourMaG - Vous évoquez 400 000 voyageurs supplémentaires, sur un total de combien ?
Didier Arino : En janvier, nous étions à 9,3 millions de voyageurs contre 8,9 millions qui envisageaient de partir l'an dernier, à la même période.
TourMaG - C’était sans compter sur la guerre au Moyen-Orient…
Didier Arino : Effectivement, c'est pour cela que nous avons décidé de resonder les vacanciers il y a moins d’une semaine. Par manque de temps, nous l’avons fait sur un échantillon de 984 personnes, au lieu des 3 000 précédemment.
A l’heure actuelle, nous avons dépouillé environ 80% des réponses et il en ressort qu’une partie a déclaré ne plus vouloir partir à l’étranger.
Didier Arino : Il n’est pas si énorme que ça. Tout d'abord, il faut resituer le contexte.
Nous avons mené en janvier notre étude annuelle sur les intentions de départ en vacances des Français pour le printemps et l’été : budgets, départs à l'étranger, en France, etc.
A ce moment-là, les intentions de départ à l'étranger des clientèles françaises étaient plus importantes qu’en 2025 - 400 000 voyageurs de plus - avec notamment des intentions de départ en hausse vers l'Asie, le Proche-Orient et le Moyen-Orient.
TourMaG - Vous évoquez 400 000 voyageurs supplémentaires, sur un total de combien ?
Didier Arino : En janvier, nous étions à 9,3 millions de voyageurs contre 8,9 millions qui envisageaient de partir l'an dernier, à la même période.
TourMaG - C’était sans compter sur la guerre au Moyen-Orient…
Didier Arino : Effectivement, c'est pour cela que nous avons décidé de resonder les vacanciers il y a moins d’une semaine. Par manque de temps, nous l’avons fait sur un échantillon de 984 personnes, au lieu des 3 000 précédemment.
A l’heure actuelle, nous avons dépouillé environ 80% des réponses et il en ressort qu’une partie a déclaré ne plus vouloir partir à l’étranger.
Autres articles
-
Salon Mondial du Tourisme : pas de panique, mais attentisme et prudence
-
THAI : un vol supplémentaire entre Bangkok et Paris CDG
-
Au Salon Mondial du Tourisme, les voyageurs partagés face au contexte géopolitique (vidéo)
-
Guerre au Moyen-Orient : la vie "schizophrénique" des agents de voyages !
-
Pétrole : les compagnies aériennes augmentent leurs surcharges carburant
TourMaG - D’où ce résultat de 800 000 Français qui déclarent ne plus vouloir partir à l’étranger au printemps ou pendant l’été ?
Didier Arino : Oui, et 1,5 million qui disent attendre avant de se décider. Ça ne veut pas dire qu'ils ne partiront pas, mais qu'il y a une certaine inquiétude et qu'ils préfèrent attendre.
Donc sur les 9,3 millions de Français qui avaient l'intention de partir à l'étranger en janvier, il faut déjà en enlever 800 000. Quant aux 1,5 million qui disent attendre de voir - même si l'ensemble ne se traduira pas par des annulations - s'il y en a ne serait-ce qu'un tiers qui annulent, ça fait 800 000 + 500 000, on arrive à 1,3 million d'intentions de départs en moins, ce n'est pas rien.
TourMaG - Comment expliquez-vous cette frilosité chez les Français ? Car, à la différence de la pandémie de Coivd, où la quasi-totalité des destinations étaient fermées, là, de nombreuses zones du monde restent accessibles et sûres…
Didier Arino : On sait que les Français sont toujours très réactifs aux événements géopolitiques.
Et puis, ce qui a visiblement beaucoup joué, c'est la médiatisation de toutes les personnes bloquées. Dans le storytelling, Dubaï, c'était la destination sûre. À la limite, on était plus en sécurité à Dubaï qu'en France. Et là, un mythe tombe.
Je rajouterai que parmi les 800 000 personnes qui ne souhaitent plus partir, il y en a environ 400 000 qui renoncent à partir au Proche ou au Moyen-Orient, ainsi qu'en Asie.
Il y en a aussi une partie non négligeable qui dit ne pas vouloir aller en Turquie, au Maghreb, voire en Grèce, alors que ces régions ne sont pas concernées par la guerre. Mais la destination la plus marquée, c'est l'Égypte. En janvier, nous enregistrions +25% d’intentions de départs, là je ne serais même pas capable de vous quantifier les chiffres, mais la baisse est très importante.
Il y a même une petite partie qui ne veut pas aller aux États-Unis. Alors, il y avait déjà l'effet Trump, donc on était déjà en baisse. Mais on sait aussi que dans ces périodes de crise, les Asiatiques restent en Asie, les Européens en Europe, les Américains en Amérique. Quand il y a un risque géopolitique, ça joue sur les décisions.
Didier Arino : Oui, et 1,5 million qui disent attendre avant de se décider. Ça ne veut pas dire qu'ils ne partiront pas, mais qu'il y a une certaine inquiétude et qu'ils préfèrent attendre.
Donc sur les 9,3 millions de Français qui avaient l'intention de partir à l'étranger en janvier, il faut déjà en enlever 800 000. Quant aux 1,5 million qui disent attendre de voir - même si l'ensemble ne se traduira pas par des annulations - s'il y en a ne serait-ce qu'un tiers qui annulent, ça fait 800 000 + 500 000, on arrive à 1,3 million d'intentions de départs en moins, ce n'est pas rien.
TourMaG - Comment expliquez-vous cette frilosité chez les Français ? Car, à la différence de la pandémie de Coivd, où la quasi-totalité des destinations étaient fermées, là, de nombreuses zones du monde restent accessibles et sûres…
Didier Arino : On sait que les Français sont toujours très réactifs aux événements géopolitiques.
Et puis, ce qui a visiblement beaucoup joué, c'est la médiatisation de toutes les personnes bloquées. Dans le storytelling, Dubaï, c'était la destination sûre. À la limite, on était plus en sécurité à Dubaï qu'en France. Et là, un mythe tombe.
Je rajouterai que parmi les 800 000 personnes qui ne souhaitent plus partir, il y en a environ 400 000 qui renoncent à partir au Proche ou au Moyen-Orient, ainsi qu'en Asie.
Il y en a aussi une partie non négligeable qui dit ne pas vouloir aller en Turquie, au Maghreb, voire en Grèce, alors que ces régions ne sont pas concernées par la guerre. Mais la destination la plus marquée, c'est l'Égypte. En janvier, nous enregistrions +25% d’intentions de départs, là je ne serais même pas capable de vous quantifier les chiffres, mais la baisse est très importante.
Il y a même une petite partie qui ne veut pas aller aux États-Unis. Alors, il y avait déjà l'effet Trump, donc on était déjà en baisse. Mais on sait aussi que dans ces périodes de crise, les Asiatiques restent en Asie, les Européens en Europe, les Américains en Amérique. Quand il y a un risque géopolitique, ça joue sur les décisions.
Guerre au Moyen-Orient : jusqu’à 1,3 million de Français pourraient renoncer à voyager à l’étranger - Protourisme
TourMaG - Finalement, si le conflit perdure, les voyageurs pourraient se tourner davantage vers les pays européens et la France ?
Didier Arino : Ce que j’observe, c’est que ce conflit génère beaucoup d’inquiétudes.
Les vacanciers craignent une augmentation des coûts du transport aérien ; ils ont aussi peur pour leur pouvoir d'achat, avec la hausse du prix de l'essence.
Et puis, les Français ont vu toutes ces images des gens bloqués, ils se sont imaginés à leur place : l'angoisse d'être bloqué à l'autre bout du monde, d'avoir à repayer ses billets. Tout ce feuilletonnage médiatique, avec des personnes qui disent « Je suis bloqué, l'État ne fait rien pour moi »…
Le premier socle du tourisme reste la sécurité des biens et des personnes. À partir du moment où les gens se disent qu'ils sont susceptibles d'être mis en danger, l'effet est assez désastreux.
Alors, un certain nombre de médias me demandent : « Mais quelles seront les conséquences ? » Je leur réponds : les conséquences, on les voit à court terme. L'ampleur de la désaffection dépendra de la durée, de l'intensité et de la médiatisation de cette crise.
Quand ça passe en boucle sur les chaînes info, il est clair que ça accentue l'angoisse envers les destinations étrangères, mais pas que… On le voit aussi avec la baisse des réservations dans le tourisme français.
TourMaG - En France, toutes les zones ne sont pas touchées de la même façon ?
Didier Arino : Non, les Français attendent, mais je reste plutôt optimiste par rapport à cette situation.
Même si elle dure des mois, à un moment donné, ils auront besoin de partir, donc je ne suis pas sûr que ça affectera la fréquentation de la Bretagne, de la Vendée ou du Cantal.
Sauf impact considérable sur le pouvoir d'achat de nos concitoyens, ils partiront en vacances, mais peut-être différemment. C'est-à-dire qu’au lieu de partir à l'étranger, ils iront dans leur résidence secondaire. On passerait donc d'un hébergement marchand à un hébergement non marchand. Mais ça aussi, c'est trop tôt pour le mesurer.
Didier Arino : Ce que j’observe, c’est que ce conflit génère beaucoup d’inquiétudes.
Les vacanciers craignent une augmentation des coûts du transport aérien ; ils ont aussi peur pour leur pouvoir d'achat, avec la hausse du prix de l'essence.
Et puis, les Français ont vu toutes ces images des gens bloqués, ils se sont imaginés à leur place : l'angoisse d'être bloqué à l'autre bout du monde, d'avoir à repayer ses billets. Tout ce feuilletonnage médiatique, avec des personnes qui disent « Je suis bloqué, l'État ne fait rien pour moi »…
Le premier socle du tourisme reste la sécurité des biens et des personnes. À partir du moment où les gens se disent qu'ils sont susceptibles d'être mis en danger, l'effet est assez désastreux.
Alors, un certain nombre de médias me demandent : « Mais quelles seront les conséquences ? » Je leur réponds : les conséquences, on les voit à court terme. L'ampleur de la désaffection dépendra de la durée, de l'intensité et de la médiatisation de cette crise.
Quand ça passe en boucle sur les chaînes info, il est clair que ça accentue l'angoisse envers les destinations étrangères, mais pas que… On le voit aussi avec la baisse des réservations dans le tourisme français.
TourMaG - En France, toutes les zones ne sont pas touchées de la même façon ?
Didier Arino : Non, les Français attendent, mais je reste plutôt optimiste par rapport à cette situation.
Même si elle dure des mois, à un moment donné, ils auront besoin de partir, donc je ne suis pas sûr que ça affectera la fréquentation de la Bretagne, de la Vendée ou du Cantal.
Sauf impact considérable sur le pouvoir d'achat de nos concitoyens, ils partiront en vacances, mais peut-être différemment. C'est-à-dire qu’au lieu de partir à l'étranger, ils iront dans leur résidence secondaire. On passerait donc d'un hébergement marchand à un hébergement non marchand. Mais ça aussi, c'est trop tôt pour le mesurer.
TourMaG - En revanche, certaines métropoles pourraient souffrir de l’absence des clientèles internationales ?
Didier Arino : Oui, notamment Paris. On le voit déjà dans les taux d'occupation et les RevPaR de l'hôtellerie parisienne, y compris avec des annulations lors de la Fashion Week.
Il y a aussi des annulations de groupes à la montagne, même si cela ne représente pas des volumes considérables.
L'an dernier, il valait mieux avoir des clientèles internationales que des clientèles franco-françaises pour faire une très bonne saison. Là, on constate un début d'inversion de la tendance.
TourMaG - Quid des clientèles européennes ?
Didier Arino : S'il y a une augmentation des prix des carburants, notre situation au cœur de l'Europe fait que pour un Belge, un Allemand ou un Néerlandais, il est moins coûteux de venir en France que de la traverser pour aller en Espagne ou Italie.
TourMaG - Certains professionnels évoquent aussi la crainte d’une éventuelle reprise du terrorisme islamique…
Didier Arino : On le voit dans ce type de situation, toutes les angoisses remontent : peur du terrorisme, peur de la hausse du coût des carburants qui feraient que, si ça continue, les gens décideront de partir moins loin de chez eux…
On retrouve tous les phénomènes qu'on a connus au moment du Covid. Après, nous n’en sommes qu’au tout début, donc je suis incapable de tirer des plans sur la comète. Mais ce qu'il y a de sûr, c'est qu’il y aura des conséquences sur le trafic international.
Néanmoins, vous savez, la peur des gens, quelquefois, s'arrête au moment où ils font une super bonne affaire.
Didier Arino : Oui, notamment Paris. On le voit déjà dans les taux d'occupation et les RevPaR de l'hôtellerie parisienne, y compris avec des annulations lors de la Fashion Week.
Il y a aussi des annulations de groupes à la montagne, même si cela ne représente pas des volumes considérables.
L'an dernier, il valait mieux avoir des clientèles internationales que des clientèles franco-françaises pour faire une très bonne saison. Là, on constate un début d'inversion de la tendance.
TourMaG - Quid des clientèles européennes ?
Didier Arino : S'il y a une augmentation des prix des carburants, notre situation au cœur de l'Europe fait que pour un Belge, un Allemand ou un Néerlandais, il est moins coûteux de venir en France que de la traverser pour aller en Espagne ou Italie.
TourMaG - Certains professionnels évoquent aussi la crainte d’une éventuelle reprise du terrorisme islamique…
Didier Arino : On le voit dans ce type de situation, toutes les angoisses remontent : peur du terrorisme, peur de la hausse du coût des carburants qui feraient que, si ça continue, les gens décideront de partir moins loin de chez eux…
On retrouve tous les phénomènes qu'on a connus au moment du Covid. Après, nous n’en sommes qu’au tout début, donc je suis incapable de tirer des plans sur la comète. Mais ce qu'il y a de sûr, c'est qu’il y aura des conséquences sur le trafic international.
Néanmoins, vous savez, la peur des gens, quelquefois, s'arrête au moment où ils font une super bonne affaire.
TourMaG - C’est-à-dire ?
Didier Arino : Actuellement, certains voyageurs ont peur d'aller en Grèce, alors que franchement, on ne voit pas le risque d'y aller.
En revanche, si dans quelques mois ou dans quelques semaines, ils trouvent des super promos sur la destination, ils diront qu'en fait, la Grèce, ce n'est pas dangereux.
Rappelez-vous, nous avons connu cela avec les pays arabes. Les voyageurs trouvaient que l'Égypte, c’était dangereux, mais avec un séjour à 450 euros, là, ils trouvaient que c'était plutôt intéressant.
Comme j’aime à dire, « le pire n'est jamais certain ». Ce n'est pas parce que les opérateurs auront du retard sur les réservations par rapport à d’autres années qu'au final, ils ne vont pas avoir plus de réservations durant les deux mois précédant les vacances d'été.
Toutefois, il y a beaucoup d'inquiétudes chez les acteurs franco-français. Certains m'appellent pour me demander comment je vois les choses. Je leur dis qu'il ne faut pas s'affoler pour l'instant.
En revanche, sans vouloir être alarmiste, je pense que la situation va être plus compliquée pour certains tour-opérateurs qui sont spécialisés sur des destinations, notamment le Proche et le Moyen-Orient. Même si, je le répète, notre étude porte sur des intentions et non pas sur des réalisations, nous nous devons d'intégrer les différents signaux.
Didier Arino : Actuellement, certains voyageurs ont peur d'aller en Grèce, alors que franchement, on ne voit pas le risque d'y aller.
En revanche, si dans quelques mois ou dans quelques semaines, ils trouvent des super promos sur la destination, ils diront qu'en fait, la Grèce, ce n'est pas dangereux.
Rappelez-vous, nous avons connu cela avec les pays arabes. Les voyageurs trouvaient que l'Égypte, c’était dangereux, mais avec un séjour à 450 euros, là, ils trouvaient que c'était plutôt intéressant.
Comme j’aime à dire, « le pire n'est jamais certain ». Ce n'est pas parce que les opérateurs auront du retard sur les réservations par rapport à d’autres années qu'au final, ils ne vont pas avoir plus de réservations durant les deux mois précédant les vacances d'été.
Toutefois, il y a beaucoup d'inquiétudes chez les acteurs franco-français. Certains m'appellent pour me demander comment je vois les choses. Je leur dis qu'il ne faut pas s'affoler pour l'instant.
En revanche, sans vouloir être alarmiste, je pense que la situation va être plus compliquée pour certains tour-opérateurs qui sont spécialisés sur des destinations, notamment le Proche et le Moyen-Orient. Même si, je le répète, notre étude porte sur des intentions et non pas sur des réalisations, nous nous devons d'intégrer les différents signaux.






Publié par Anaïs Borios 













