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Le conflit au Moyen-Orient bouscule aussi le tourisme de luxe

Tour d'horizon des tendances avec plusieurs agences de voyages haut de gamme


Au-delà du coup d'arrêt au tourisme au Moyen-Orient, la guerre en cours entre les Etats-Unis, Israël et l'Iran commence à redistribuer les cartes pour d’autres destinations. Tour d’horizon avec quelques agences de voyages spécialisées dans le haut de gamme.


Rédigé par le Mardi 12 Mai 2026 à 07:21

La marina de Dubaï © alex7021/Deposit Photos
La marina de Dubaï © alex7021/Deposit Photos
Le déclenchement de l’offensive israélo-américaine en Iran a stoppé net la fréquentation touristique du Moyen-Orient, région qui, selon le Conseil mondial du voyage et du tourisme (WTTC), représentait jusqu’ici 5 % des arrivées internationales mondiales et 14 % du trafic de transit international.

Toujours selon le WTT, chaque jour de tension avec l'Iran prive le Moyen-Orient de 550 millions d'€ de retombées touristiques. Et les missiles iraniens lancés au début de cette semaine sur les Emirats Arabes Unis risquent de ne pas arranger les choses.

Au-delà de ce coup d'arrêt au tourisme moyen-oriental, la guerre en cours commence à redistribuer d’autres cartes.

Beaucoup, déjà, a été dit sur les conséquences de ces tensions géopolitiques et de l'envolée du prix du kérosène qui en résulte, sur les projets de vacances des classes moyennes. Mais, qu'en est-il du monde du voyage haut de gamme que l'on imagine volontiers moins sensible aux questions de pouvoir d'achat ?

Un tour d'horizon de quelques agences spécialisées montre qu'il n'échappe pas complètement à la tourmente.

L’argent n’est pas le « sujet », quoique...

D’évidence, les voyageurs haut de gamme sont peu impactés personnellement par la hausse du prix de l’essence et la reprise de l’inflation et n’ont pas le problème personnel de pouvoir d’achat, nos interlocuteurs en sont convenus, aussi bien Frédéric Savoyen, fondateur et dirigeant de Eluxtravel, créateur de voyages de luxe pimentés d’expériences exclusives, que Nathalie Bueno, directrice de l’agence de Secrets de voyage qui travaille chaque année avec quelque 700 clients CSP+.

Bruno d'Abovile, de l'agence Altitudes Travel qui travaille seul, partage ce point de vue, tout comme Chrystel Tiengou-Beaupré de l'agence Tapis rougequi fait seulement « du sur-mesure très haute couture pour une clientèle âgée en moyenne de 50 à 70 ans composée de chefs d’entreprises, de cadres très très supérieurs, ou de retraités de ces mêmes catégories sociales, «tous avec des demandes culturelles fortes ».

De ce fait, Chrystel Tiengou-Beaupré traite seulement une quarantaine de dossiers par an avec des paniers moyens de 1200 à 1500 € par jour et par personne, hors transport.

Cependant, à l’exception de Catherine Subileau, Directrice des Ateliers du voyage, l’agence sur-mesure du groupe Dertour, qui assure : « jusqu’ici, on ne s’en sort pas trop mal », tous constatent un ralentissement de leur activité.

« Nombre de mes clients gèrent des entreprises et des cabinets de conseils qui sont affectés par la crise actuelle. Et, ces difficultés les conduisent souvent à mettre leurs projets de voyages personnels de côté », note à ce propos Frédéric Savoyen.

De son côté, Katia Lobato, fondatrice de la Conciergerie Les Demoiselles à Versailles, spécialisée dans les locations saisonnières de maisons et appartements luxueux en France et à l’étranger, observe elle aussi « une baisse de son taux de remplissage ».

Du coup, sa clientèle compte « plus de Français que d’habitude ». Katia Lobato voit aussi arriver les demandes de locations longue durée –qu’elle ne peut satisfaire- venant de Français exilés à Dubaï qui veulent se replier sur la mère patrie, jugée plus sûre...

Le "last minute" a de nouveau le vent en poupe

Le retour du last minute, comme après le Covid © Deposit Photos
Le retour du last minute, comme après le Covid © Deposit Photos
Dans ce contexte d'activité ralentie, les grands médecins spécialistes semblent faire exception. "Eux, constate Frédéric Savoyen, continuent de voyager sans frein".

En revanche, toutes les agences interrogées assurent que leur clientèle haut de gamme devient plus regardante sur les prix, alors même que, pour elle, « le pouvoir d'achat n'est pas un sujet ». « Mes clients français, pourtant aisés, sont portés à dépenser moins », confirme Katia Lobato. Cela n'empêche pas Frédéric Savoyen de « continuer à boucler des dossiers à 150 000, 200 000 voir 300 000 euros ».

Si, par ailleurs, « l’attentisme » semble s’imposer, Bruno d'Abovile, de l'agence Altitudes Travel, dit s'attendre à beaucoup de réservations "last minute".

Phénomène également observé, comme au temps du Covid, par Nathalie Bueno, à l’occasion des ponts de ce mois de mai.

Bien qu’elle enregistre, elle aussi, moins de demandes de départs immédiats, Chrystel Tiengou-Beaupré, de l’agence Tapis rouge, ne s’en émeut guère. « Mes clients ont des résidences secondaires et voyagent généralement assez peu l’été. Leurs départs se feront plutôt à l’automne », se rassure-t-elle.

La crainte des vols avec escale ou survols du Moyen-Orient

Le succès du Japon ne faiblit pas ©  mrsiraphol/ Deposit Photos
Le succès du Japon ne faiblit pas © mrsiraphol/ Deposit Photos
Si la guerre avec l'Iran plombe le tourisme au Moyen-Orient et dans des contrées proches comme la Jordanie pourtant pas engagée directement dans le conflit, l’Egypte semble devoir tirer son épingle du jeu : elle cartonnait début 2026 et, après un arrêt brutal, elle reprend un peu des couleurs, mais plutôt pour des voyages fin 2026 ou en... 2027 !

Par ailleurs, selon plusieurs de nos interlocuteurs, la crainte de devoir survoler -de près ou même de loin- les théâtres d'opérations détourne actuellement une partie de la clientèle des destinations asiatiques. « Avant de se décider, les gens veulent savoir où passent les avions » confie Bruno d'Aboville.

Avec, toutefois, une exception notable : le Japon qui jusqu’ici se vend bien. Probablement, suppute Catherine Subileau, parce que les vols directs d’Air France rassurent, alors que les vols avec escale aux Emirats font peur.

Des réserves que ne partage pas Frédéric Savoyen dont les clients n’hésitent pas à partir aussi à Bali ou en Thaïlande et acceptent de passer par les hubs du Moyen-Orient si cela fait baisser substantiellement la facture de l’aérien.

Un interêt accru pour la Méditérranée

Les agences interrogées constatent aussi un report de la clientèle haut de gamme sur le bassin méditerranéen et l'Europe, destinations dotées de superbes –et nombreux- hôtels de luxe et jugées « sûres ».

Toutefois, tout comme la Turquie, les destinations européennes les plus proches du théâtre d'opérations suscitent des interrogations. Les missiles balistiques tirés il y a quelques semaines par l’Iran vers Chypre, où le Royaume-Uni possède des bases militaires, n’ont pas rendu désirable pour tous l’été en Grèce ou du côté de la mer Egée.

« La Grèce suscite de l’attentisme » en raison de « l’armada de bateaux de guerre déployée en Méditerranée orientale », confirme Nathalie Bueno.

« Des clients anglais se sont ravisés car ils s'inquiétaient des risques d'attentats en Grèce voire ailleurs en Europe », ajoute Bruno d’aboville.

Frédéric Savoyen, lui, a une autre analyse : « la Grèce a tellement abusé sur les prix de ses hôtels de luxe ces dernières années que mes clients ont le sentiment de se faire avoir. En outre, comme ils sont beaucoup allés en Grèce depuis le Covid, ils ont envie d’autre chose ».

L'Espagne cartonne, le Maroc aussi

Cet été, l'Espagne fait carton plein. Ici, la Costa Brava © Deposit Photos
Cet été, l'Espagne fait carton plein. Ici, la Costa Brava © Deposit Photos
En revanche, l’Espagne cartonne sans susciter d’interrogations. Tout comme le Maroc. Ou encore l’Italie où, note Bruno d’aboville, « les beaux hôtels sont pleins à des prix astronomiques... »

Si, par ailleurs, selon les responsables d’agences interrogés par TourMaG, les Etats-Unis n’ont guère la cote depuis la réélection de Trump, le Canada, lui, se vend bien, tout comme les destinations d’Amérique centrale et d’Amérique latine -Costa Rica, Pérou, Argentine, Colombie, Brésil, Patagonie.... Mais, nuance Bruno d’aboville, « l’Amérique latine ne séduit pas tout le monde ».

Sur la liste des gagnants se trouvent aussi l’Afrique Australe et la lointaine Polynésie. Cette dernière exige certes des budgets élevés, mais elle est perçue comme un magnifique refuge à l’écart des troubles actuels du monde. S’y ajoute, dans une moindre mesure, la Nouvelle-Zélande, l’Antarctique et les croisières lointaines.

Question destinations, les comportements de la clientèle de luxe ne sont, en somme, pas très différents de ceux de la clientèle plus modeste, avec bien sûr l’avantage de n’être pas bridée par des considérations pécuniaires, surtout lorsqu’il s’agit d’envisager de coûteuses destinations lointaines où, parfois, « les disponibilités se raréfient", » si l'on en croit Frédéric Savoyen.

Une anticipation accrue

En effet, alors que l’attentisme s’impose actuellement, la clientèle haut de gamme n’hésite pas à se projeter à plus long terme.

« J’enregistre des réservations pour 2027 »
, note Nathalie Bueno de Secrets de Voyage. « Mes clients ont la conviction, dit-elle, que plus ils anticipent, moins ils seront impactés par les hausses de prix consécutives à la guerre au Moyen-Orient ». Et ce d’autant plus qu’en raison de « l’augmentation des tarifs aériens et hôteliers sur certaines destinations, les budgets de ses clients sont déjà supérieurs à ce qu’ils étaient précédemment ».

« Je travaille sur les départs pour fin 2026, 2027 voire même 2028 », confie aussi Chrystel Tiengou-Beaupré qui souligne « l’intérêt croissant pour des voyages peut être moins nombreux mais plus longs et plus beaux, et surtout davantage enrichis par des expériences exceptionnelles qui font rêver ».

Des expériences de plus en plus immersives, comme par exemple une partie de pêche avec un pêcheur local au Japon ou une rencontre & fabrication d'un couteau unique avec un artisan en coutellerie, un de ces nihontō considérés à la fois comme des œuvres d'art et comme un symbole religieux dans la culture japonaise des Samouraï...

Une envie de voyager intacte

La Polynésie, une destination refuge jugée sûre par les temps qui courent. Ici, coucher de soleil sur le lagon de Tikehau © PB
La Polynésie, une destination refuge jugée sûre par les temps qui courent. Ici, coucher de soleil sur le lagon de Tikehau © PB
Comme d’autres, Chrystel Tiengou-Beaupré souligne : « mes clients ne sont pas découragés de partir. Ils ne veulent pas perdre l’envie de voyager ».

« Nous incitons nos clients à voyager », poursuit d'ailleurs Frédéric Savoyen, persuadé, à l’image du géopoliticien Frédéric Encel qui s’est exprimé devant le récent Congrès des Entreprises du Voyage, que le conflit entre l’Iran et Israël et les Etats-Unis est désormais entré dans une phase de plus basse intensité.

« N’oublions pas, conclut-il, que les Européens représentent désormais tout au plus 20 % du marché mondial du luxe. Désormais, les marchés qui tirent la demande haut de gamme sont les Chinois, les Indiens, les Africains, les Latino-américains. Eux continuent de voyager, ils en ont envie et ont les budgets nécessaires».

« Notre plus grand problème d’aujourd’hui, soupire enfin Catherine Subileau, c’est que les compagnies réorganisent sans cesse leurs plans de vol avec des modifications sans fin ». Et de conclure : « il nous faut faire le gros dos en attendant la sortie de crise ».

PAULA BOYER Publié par Paula Boyer Responsable rubrique LuxuryTravelMaG - TourMaG.com
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