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Frédéric Lorin, DG Top Resa : "Il faut vivre l’instant présent !"

L'interview "je ne vous ai rien dit..." par Dominique Gobert



C’est un épicurien, ce Lorin… qui vient du sud. Pétri d’humour, sous des dehors conviviaux, l’homme est un inquiet optimiste. Il était même très inquiet à l’approche de cet entretien, redoutant des questions qui ne sont jamais venues. Parce que, faut-il le rappeler, ces rencontres sont destinées à donner un éclairage vrai sur les acteurs de notre profession, sans concession, mais avec humanité. Frédéric Lorin ne m’a pas déçu et à l’aube de ce nouveau Top Resa 2019, c’était une belle occasion de le faire sortir de sa coquille !


Rédigé par le Dimanche 29 Septembre 2019

"Je suis heureux d’essayer de faire progresser le produit, heureux de trouver de nouvelles idées, heureux d’échanger avec mes équipes, heureux de trouver des solutions et puis, comme je vous le dis, heureux de partager." - Photo DR
"Je suis heureux d’essayer de faire progresser le produit, heureux de trouver de nouvelles idées, heureux d’échanger avec mes équipes, heureux de trouver des solutions et puis, comme je vous le dis, heureux de partager." - Photo DR
TourMaG.com - Qui êtes-vous, Frédéric Lorin ?

Frédéric Lorin : Vaste question. Sans vouloir être langue de bois, et ce n’est pas l’idée de ce portrait, plutôt qu’une interview, et ce n’est pas une pirouette, c’est la vérité : j’arrive à un âge où je commence à savoir à peu près qui je suis. Mais il existe encore des zones de flou !

Je suis un homme de plus de 50 ans…

TourMaG.com - Combien d’années de plus ?

F.L. : Quelques années de plus (sourire). Un homme de plus de 50 ans, mais on peut faire un quizz, les lecteurs apprécieront !

Un long passé dans le marketing, dans la communication et dans le tourisme. Depuis trois ans et demi à la direction du salon IFTM que vous connaissez mieux que personne !

Je suis aussi profondément attaché au Maroc. Originellement ma famille vient d’Espagne, il y a bien longtemps, bien avant Franco, au temps d’Isabelle la Catholique.

TourMaG.com - Ça, tout le monde le sait. Quel est le personnage Lorin ?

F.L. :
Je ne vais pas faire comme Alain Delon et parler à la troisième personne, c’est prétentieux. Si je devais déterminer ce qui me fait, ce qui m’anime, depuis toutes ces années, c’est vraiment, ce n’est pas un vain mot, la rencontre, l’humain.

Quels que soient les métiers que j’ai traversés, je suis fait comme ça, j’aime rencontrer les gens, j’aime avoir des surprises, m’ouvrir aux autres, évidemment aux différences. Aujourd’hui, dans mon activité, c’est ce qui m’anime le plus. Je suis une personne profondément intéressée par l’autre.

Au-delà des intérêts communs que l’on pourrait avoir, au-delà du business, je suis intéressé par la découverte de l’autre. Qui est une forme de voyage…

Et je suis en train de me dire que ce n’est pas par hasard que je suis dans l’industrie du voyage, finalement. Qui est quelque part une sorte de concentré pur de relations humaines.

TourMaG.com - Vous semblez attaché à « l’humain ». Or, ayant un passé dans le marketing, cette activité n’est-elle pas une négation de cette connaissance humaine ? J’ai envie de vous dire que, pour moi, le marketing c’est du vent…

F.L. : Je ne suis pas tout à fait d’accord avec ça. Le marketing, s’il est mal fait, ce serait effectivement ce que vous dites.

Le marketing, s’il ne s’intéresse pas ou s’il ne prend pas en compte l’humain, les mouvements sociétaux qui sont illustrés par les gens, par l’humain, par les populations, par les peuples, c’est du mauvais marketing. Moi, je crois au marketing qui s’intéresse à ces mouvements sociaux…

Quand l'immédiat dévore, l'esprit dérive...

TourMaG.com - Oui, mais dans un but essentiellement lucratif ?

F.L. : Au départ, c’est vrai, c’est totalement dans un but lucratif. Mais je crois que la recette du succès c’est que, si on apporte à ce dispositif un supplément d’âme, en s’intéressant à ce que sont les gens, ce qu’ils font, c’est là le jeu gagnant !

TourMaG.com - C’est-à-dire ? Susciter des envies afin que ces gens les réalisent ?

F.L. : Oui aussi. Leur proposer des choses qui leur parlent. Proposer des choses qui les font vibrer. Pourquoi d’ailleurs ne pas leur proposer des choses qui peuvent les émouvoir ?

On ne doit pas s’éloigner du domaine de l’émotion. En tous les cas, c’est comme ça que j’aborde tous les jours mon activité.

Je suis désolé, je suis obligé de prendre un exemple sur le Salon que j’incarne. Si, en tant qu’organisateur de salon, nous ne sommes simplement que des vendeurs de moquette et de cloisons, c’est complètement raté.

Aujourd’hui, un bon salon et un bon patron de salon doit être quelqu’un qui est un expert dans la « mise en relation ». Certes, c’est une mise en relation « business », forcément, mais vous savez…

Je suis amené, dans mon travail à rencontrer beaucoup de gens avec qui je suis largement allé au-delà de la relation business. Aller au-delà de la relation Business, ça nous permet d’accomplir des affaires ensemble, encore plus riches et encore plus efficaces. Parce que l’on apprend à se connaitre, à se comprendre. On apprend à recevoir les attentes de l’autre.

Mais ça suppose du temps, ce dont on manque beaucoup. Parce que s’intéresser aux gens pour ce qu’ils sont et quelles sont vraiment leurs motivations, leurs envies, leurs souhaits… ça prend beaucoup de temps !

Et si on se laisse déborder par le quotidien qui est très envahissant, on n’arrive pas à découvrir l’autre. Parce que c’est une vraie découverte.

Vous-même, Dominique, on ne se connaissait pas. Il y avait même de ma part, une petite défiance. Je me disais : « ce garçon est sulfureux, il va vouloir me piéger, etc. ».

Je crois qu’au fil du temps, nous avons appris à nous connaitre, à établir ensemble une véritable relation humaine qui va au-delà de ce que nous pouvons faire ensemble professionnellement.

Il faut prendre du temps pour ça et dans ces moments-là, quand je n’ai pas de temps, j’essaie toujours de me rappeler cet auteur que j’aime beaucoup, Edgar Morin, qui dit : « Quand l’immédiat dévore, l’esprit dérive » !

Je m’efforce d’avoir un bon équilibre dans le quotidien, entre l’utile et la relation humaine que je cultive.

Je crois que, dans notre industrie, je suis assez perçu ainsi. Je me trompe peut-être…

TourMaG.com - Peut-on avoir de véritables relations humaines dans un business qui est justement dédié aux affaires, comme ce salon IFTM par exemple ?

F.L.
: Mais en quoi ce serait antinomique ?

TourMaG.com - Les relations sont forcément tronquées…

F.L. : Non, je ne crois pas. Avec certains les relations sont tronquées, bien sûr, c’est la grande comédie humaine. On est dans une posture. Mais, la richesse de la vie, c’est quoi ? C’est que justement, au milieu de tout ça, il y a de vraies rencontres.

Il y a de véritables amitiés qui se nouent. Pour moi, ce n’est pas antinomique. Dire que je suis 100% en proximité avec les gens que je côtoie chaque jour, bien sûr que non.

Pour moi, il n’y a pas forcément d’opposition et ce serait très triste. Cela voudrait dire que, dès l’instant où l’on est dans une intimité professionnelle, aucun incident de parcours ne pourrait survenir ? Ce serait d’une tristesse terrible. C’est comme si 100% de l’univers des humains était parfaitement psychanalysé, ce serait d’un sinistre absolu !

Ce qui est intéressant ce sont les gens, avec leurs failles, leurs aspérités, avec leurs fêlures parfois. Je ne veux pas faire de la psychanalyse de bas étage, même si ça y ressemble un peu, mais non.

Et c’est ce qui fait, Dieu merci, l’importance de l’attachement que j’ai pour le métier que j’exerce actuellement.

Je suis un homme comme les autres !

TourMaG.com - Dieu merci ? Vous êtes croyant ?

F.L. : Non, pas du tout. Je ne suis pas croyant, malheureusement pour moi, parce que, parfois, cela me faciliterait la vie de croire en quelque chose, de croire en un « après ».

Mais c’est ce qui me fait profiter au maximum de ce qui se passe aujourd’hui, de la vie au quotidien. Je ne vais pas vous faire le chapitre du Carpe Diem, mais je suis quand même dans cette option-là.

Les gens qui se disent qu’il y a forcément quelque chose après, ceci n’est qu’un passage, je ne crois pas du tout à ça. Je crois que nous retournons à la poussière comme nous sommes venus et que la vie d’autres continue, avec, dans le meilleur des cas, un bon souvenir de nous.

Encore une fois, ça m’incite à profiter de chaque instant que la vie m’offre ! C’est pour ça que, pour moi, vieillir n’est pas un sujet. C’est presqu’une chance. C’est la chance d’avoir la possibilité de continuer sa vie.

Pour moi, c’est ça vieillir. Je me dis que, finalement, j’ai la chance de pouvoir continuer à vivre, de profiter de la vie tous les jours, profiter d’un bon repas, de gens que j’aime, des amis du métier que j’aime côtoyer. Voilà ! La relation humaine, à nouveau, est là.

Sincèrement c’est ce qui m’anime, tant dans ma vie personnelle que dans ma vie professionnelle. C’est très important pour moi.

TourMaG.com - Justement, en tant qu’organisateur de salon, vous êtes obligé d’accueillir des clients, lesquels sont parfois très différents. Sur un salon du tourisme où se mêlent par exemple Iraniens et Israéliens par exemple... Est-ce que tout ça a de l’importance pour vous et ne faudrait-il pas un monde plus… harmonieux ?

F.L. :
Je pourrais m’en passer, c’est certain. C’est le lot commun de tous les organisateurs de salon. Il y a des intérêts contraires, parfois des intérêts économiques, parfois des intérêts géopolitiques et de surcroît, dans le tourisme, il y a aussi des ego assez forts !

Tout ça, combiné, j’ai parfois des arbitrages à faire ou que l’on me demande de faire sur la proximité d’untel avec untel, d’un pays avec un autre pays, d’une personne avec une autre personne, d’une boite avec une autre boite. Mais ça, c’est mon lot quotidien.

Mais vous avez raison : je préférerais m’en passer. Je préférerais que, le temps d’un salon existe deux mondes virtuels où « tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil ».

Ce n’est pas le cas. Et ça fait partie de mon travail de faire en sorte de rassembler en un même lieu, sur une même période l’ensemble d’une industrie avec chacun des intérêts contradictoires parfois. Même s’ils travaillent aussi ensemble… C’est pas simple, c’est parfois amusant, j’ai quelques anecdotes que je ne pourrais donner, mais c’est parfois assez cocasse.

TourMaG.com - Pour en revenir au côté humain, comment fait-on justement pour arriver à appréhender ces multiples divergences ? Etes-vous en représentation permanente ?

F.L. : Je vois ce que vous voulez dire. J’ai évidemment une mission à remplir. Cette mission, c’est d’offrir un produit qui est la vitrine la plus exhaustive du marché.

Dans cette exhaustivité, je suis un homme comme les autres, il y a forcément des acteurs qui me plaisent moins, à moi Frédéric Lorin, que d’autres.

Mais finalement qui je suis ? Je crois que de temps en temps, un peu de modestie ne nuit pas. Qui serais-je pour arbitrer ? Moi, je délivre un produit, la représentation la plus fidèle sur le marché, de ses évolutions, et de ses mutations.

Je ne crois pas que mon rôle soit de m’instaurer en juge de paix qui consisterait à dire « Toi, je n’aime pas ton entreprise, je n’aime pas la moralité de ton entreprise… Et toi, tel pays ou tel pays, je n’aime pas la façon géopolitique dont tu te comportes, donc tu es persona non grata dans le salon ». Non !

Les clubs de vacances ? Ce n'est pas pour moi !

TourMaG.com - Ce sont des clients…

F.L. : Ce sont effectivement des clients et là je reste dans ma mission qui est de délivrer le produit le plus conforme au paysage.

TourMaG.com - Mais, par rapport à ce en quoi vous croyez, cela ne pose pas quelques problèmes personnels ?

F.L. :]b Si… Mais ça ne doit pas entrer en ligne de compte. Je m’y efforce et je ne veux pas qu’il y ait un traitement différent en fonction de cela. Ce serait une vraie erreur.

TourMaG.com - Mais l’homme Frédéric Lorin, ce genre de choses, ça doit le toucher quand même ?

F.L. : ]bJe vous ait répondu : je suis un être humain, fait de chair et de sang. Compte tenu de mon parcours et de ce que je suis, oui j’ai parfois des dilemmes, voire des agacements.

Mais cela ne doit pas entrer en ligne de compte… ou alors je me positionne totalement différemment, comme un électron libre et à ce moment-là, j’ai une liberté totale de mouvements, de paroles, de comportement.

Mais cela n’empêche pas que l’on ait, chacun, notre quant-à soi, notre réflexion, nos émotions… Je ne suis pas un robot monolithique.

TourMaG.com - Nous allons faire un petit retour en arrière. Le voyage, les industries du voyage, ce sont les opportunités de la vie ou une envie profonde ?

F.L. : ]b Un peu les deux. Ce sont bien sûr les opportunités de la vie, mais ces opportunités ce sont aussi créées ou je les ai saisies parce que c’était un goût que j’avais pour ça. Même lorsque je n’étais pas dans l’industrie du voyage, j’étais avant chez Belambra durant sept ans, qui était déjà du tourisme…

J’ai toujours aimé et adoré voyager. Parce que je pense que le voyage, au sens large est vraiment le chemin vers la compréhension, l’ouverture vers l’autre. Vers la tolérance donc…

Vers l’ouverture d’esprit. Je me suis toujours attaché à voyager beaucoup. J’ai un vrai goût pour ça, je n’aime rien plus que d’être surpris, que de me perdre dans une ville que je ne connais pas. Je n’aime rien plus que d’avoir des rencontres parfois surprenantes et iconoclastes au détour d’un bar, d’un restaurant ou d’un spectacle ou encore d’un site touristique.

C’est drôle ce que vous me dites. A mon âge et j’en parlais récemment à ma femme, aujourd’hui les bagnoles, les fringues, les montres, je m’en fout !

Si je dois dépenser de l’argent, il n’y a qu’un truc qui m’excite pour le dépenser : les voyages !

Pourtant j’ai, à une certaine période, été comme tout le monde : grosse bagnole, montre de valeur, etc. Maintenant, je n’en ai rien à cirer ! En revanche, ce qui me fait plaisir, c’est de dépenser de l’argent pour mes voyages, parce que, à nouveau, la rencontre, la découverte.

Et surtout pas, pour ma part, me retrouver dans un club de vacances. Surtout pas ! Je vais me faire allumer sur le salon, je n’ai rien contre les clubs, mais ce n’est pas pour moi !

J’aime me perdre…

En fait que s’est-il passé ? A un moment de ma vie, où j’essayais de réfléchir à ce qui pouvait être cohérent pour la suite de mon parcours, entre la pub, pendant très longtemps, en France et à l’international, le tourisme, sept ans chez Belambra avec un vrai projet de transformation et de restructuration… Et je me suis dit que l'événementiel, par les Salons, pourquoi pas ?

Et, hasard de la vie, chance, destin, j’y crois beaucoup, je vois passer une annonce « Reed Exposition cherche recherche son Directeur de salon ». Je ne vois jamais passer d’annonces de recrutement !

Je suis un grand adepte de la théorie des signaux faibles. Pourtant je me suis dit, « ça c’est un signal… fort » ! En consultant le descriptif, je me suis immédiatement dit que « c’est pour moi » !

Onze jours après, je signais.

Donc, pour en revenir à votre question, un goût profond pour cette industrie… et un mélange d’opportunités de vie. A nouveau des rencontres, parce que, dans ce cas, c’est une rencontre d’une entreprise avec moi et la connexion s’est faite !

Il ne faut pas oublier l'urgence de l'essentiel!

TourMaG.com - C’est quoi la vie pour vous ?

F.L. : La vie ? Si je devais faire un jour un bilan de la vie, de ma vie, je serais assez content de pouvoir me retourner en me disant : « ce n’est pas si mal » !

J’ai fait des trucs bien, des trucs ratés, on en a tous fait. J’ai essayé de rendre des gens heureux autour de moi…

TourMaG.com - Vous êtes marié, vous avez des enfants ?

F.L. :
J’ai deux enfants qui sont, bien évidemment, la prunelle de mes yeux, 31 et 28 ans. Si je peux les rendre heureux…

Voilà, pour poursuivre, si je me retourne peux me dire « Frédéric, ce n’est pas si mal, tout ça » …

Professionnellement, aussi, je trouve satisfaisant de me dire que j’ai un produit sur lequel est représenté l’ensemble d’une industrie. J’ai une certaine fierté à mon niveau, notre niveau d’essayer de rendre cette industrie encore plus belle, plus « successful » au travers du salon. D’être une vitrine de qualité pour un secteur que j’adore.

TourMaG.com - Un salon, dans le cadre de relations humaines, c’est tout sauf de vraies relations humaines : on se tape dans le dos, on se demande comment on va, mais c’est très hypocrite tout ça. Personne n’en pense un mot…

F.L. : Je ne suis pas d’accord avec cette vision. Je trouve au contraire, qu’il existe certaines relations. Vous comme moi, vous passez dans plein d’évènements ayant trait à la profession. Il y a quand même, même s’il y a des oppositions de business, une forme de confraternité. Je trouve. Ou alors, peut-être suis-je d’une naïveté crasse ? Possible. Mais j’ai envie d’y croire !

Je m’attache à préserver l’essentiel.

TourMaG.com - C’est-à-dire ?

F.L. :
Je vais citer une nouvelle fois Edgar Morin : « A force de sacrifier l’essentiel pour l’urgent, on oublie l’urgence de l’essentiel » ! Ca pourrait être une ligne de vie pour moi.

Je vous prends un exemple : aujourd’hui, nous sommes à trois semaines du salon, j’ai plein de problèmes divers et variés à régler… C’est l’urgence. Et pourtant je prends le temps de déjeuner avec vous, entretien ou pas, parce que j’aime déjeuner avec vous, je passe de bons moments… C’est ça l’essentiel et sans hypocrisie !

Mais si je sacrifie l’urgence à l’essentiel, j’oublie l’urgence DE l’essentiel. Ce n’est pas toujours facile, parce que c’est ça pour moi la vie.

Bien sûr, je ne suis pas naïf, je sais que dans l’ensemble des gens que je connais, avec qui je déjeune, que je rencontre, avec qui je n’ai que des relations strictement business… Je crois que, sincèrement, si j’ai un petit talent, c’est celui d’avoir une bonne capacité à créer du lien.

Ça ne veut pas dire du lien « faux », simplement du lien.

Et pourquoi ça marche ? Parce que c’est moi. Je ne suis pas dans une posture. Les gens ne sont pas idiots et se rendent très vite compte si vous êtes ou pas dans une posture. Et ça ne marcherait pas…

Je dois confesser qu’il y a beaucoup de gens de la profession, Jean-Pierre Mas, etc., qui me disent "Tu a créé, en trois ans et demi, une sacrée relation avec les gens du métier… " Oh, pas tous, il y en a qui me détestent foncièrement, mais ce n’est pas très grave et ça ne m’empêche pas de profiter de la vie tous les jours.

Pour en revenir à votre première question, c’est fondamentalement moi ! Je suis profondément ami avec des gens, avec qui je n’ai aucun intérêt en commun, ni financier, ni de business… Simplement, ces gens avec qui je crois être ami m’intéressent, qu’ils sont différents, parce qu’ils ont une pensée iconoclaste, parce qu’ils ont des angles de vue totalement ébouriffants !

C’est formidable. C’est la vie, c’est la rencontre, c’est la surprise. Pour autant, oui, par mon métier, je vis aussi dans un schéma de business, d’organisation… Mais là encore, il n’y a pas forcément antinomie. Les deux peuvent et doivent coexister.

J'aime le luxe mais j'aime aussi le dénuement...

TourMaG.com - Ces amitiés sont-elles sincères ?

F.L. : Pour répondre, j’ai une croyance chevillée au corps, c’est que la route est longue. Et, un jour ou l’autre, les gens sont démasqués. Vous savez, la vie vous fait faire le tri, peu importe.

Si au final du final il vous reste cinq vrais, vrais amis, c’est déjà formidable. Mais je vous affirme que j’ai des relations de proximité et de qualité avec beaucoup de gens de nos métier. Sincèrement.

TourMaG.com - J’en reviens à ma question de tout à l’heure : la vie, sorti du contexte professionnel, c’est quoi ?

F.L. :
Ce sont des voyages le plus souvent possible. C’est aussi montrer à la personne de ta vie, le plus souvent possible, que tu l’aimes. Montrer à tes enfants que tu les aime. C’est profiter de tout ce que peut t’offrir la vie, c’est-à-dire les bons restaurants, des dîners entre amis, du cinéma. Beaucoup de cinéma, je suis un grand fan de cinéma américain que je crois bien connaitre…

Ce sont de nouvelles rencontres, de s’émerveiller du silence d’une campagne, c’est s’émerveiller d’un coucher de soleil au bout du monde… ou au coin de la rue. La vie, c’est faire en sorte d’être dans l’instant présent.

Finalement, sans tomber dans les griffes de la mode… Le passé, est-ce que ça sert à grand-chose de s’y appesantir ? On n’a plus de prise dessous et c’est passé. Le futur on n’a aucune prise dessus et ce qui va se passer on ne sait pas !

Finalement, la seule chose sur laquelle on peut avoir une action, c’est le présent. C’est la dessus qu’il faut travailler et c’est ça qu’il faut rendre le plus beau, le plus joli possible, le plus intéressant possible, le plus reposant possible. C’est ça la vie, la mienne en tous les cas.

Au risque de vous déplaire, Dominique, je suis tellement heureux de ce que je fais professionnellement que tout est imbriqué. Mais je ne suis pas un adepte de la séparation stalinienne entre la vie perso et la vie professionnelle. Ces deux choses là m’enrichissent. Je ne vais pas, chaque matin, avec des pieds de plomb faire ce que je fais. Pas du tout !

Je suis heureux d’essayer de faire progresser le produit, heureux de trouver de nouvelles idées, heureux d’échanger avec mes équipes, heureux de trouver des solutions et puis, comme je vous le dis, heureux de partager. Même des moments de simplicité folle avec des gens que j’aime.

J’apprécie le luxe, mais j’aime aussi le dénuement. Pour moi, aujourd’hui, le plus grand luxe, c’est le silence. Je crois même, au-delà de toute connotation religieuse, être prêt à tenter une retraite d’une semaine dans le silence absolu ! Ça m’intéresse beaucoup et je sens que vous ne me croyez pas. Vous avez l’air dubitatif…

TourMaG.com - Non loin de chez moi, il y a une abbaye de trappistes…

F.L. :
Mais ça me tente beaucoup. Une semaine sans parler, une sorte de voyage intérieur. Je suis curieux de savoir ce qu’une semaine de silence complet déclencherait… Il n’y a pas besoin d’un grand voyage pour ça, c’est déjà un voyage en soi.

En fait pour ma vie, ma quête de vie, c’est ça : découvrir des choses tous les jours, des choses parfois ébouriffantes de luxe, et puis parfois, des choses d’une simplicité absolument folle. J’ai le souvenir d’un location aux vacances de Pâques, d’une bergerie sans eau, sans électricité au fin fond de la Corse : c’était formidable, aucun luxe, rien.

Parce que souvent, dans notre secteur, on peut nous taxer de cela, on est mal habitué : sur les avions, sur les hôtels…Mais encore une fois, la richesse est plurielle et c’est ça qui m’intéresse dans la vie. Découvrir des endroits surprenants, pas seulement descendre dans des palaces.

Je suis quelqu’un de très intuitif. Personnellement et professionnellement.

Et ce n’est pas si simple d’être construit ainsi. L’intuition, le ressenti, ça fait peur. En avançant en âge, je me suis rendu compte que mes intuitions ne m’ont jamais fait défaut, ni porté préjudice. Et donc je les suis le plus souvent possible.

C’est une forme de courage, parce que, en réalité, ça fait peur. Et, je suis désolé, mais je cite (encore) une phrase d’Edgar Morin « la véritable intelligence ce n’est pas seulement ce que mesurent les tests mais c’est ce qui leur échappe » ! Il fait référence à l’intuition mais on ne peut pas le prouver.

C’est parfois problématique, lorsque l’on s’adresse à quelqu’un de très cartésien, on lui parle chinois.

Au quotidien, dans le management, ça peut être perturbant mais c’est comme ça que je suis.

Mais il faut aussi se méfier de ses intuitions. Parfois ça peut les modifier, ces intuitions. Pascal disait « le plus grand philosophe du monde, sur une planche plus large qu’il ne faut, s’il y a au-dessous un précipice, et bien que sa raison le convainque de sa sûreté, son imagination prévaudra ».

C’est souvent ce que je me dis, mais c’est ça la part des choses qu’il faut faire tout le temps. Et cela m’habite au quotidien, tant dans mes décisions personnelles que professionnelles.

Un seul arbre qui tombe fait plus de bruit qu'une forêt qui pousse!

TourMaG.com - Vous êtes un angoissé ?

F.L. :
Je ne suis pas un angoissé, je suis un inquiet. C’est peut-être un lieu commun, mais j’aime que les choses soient bien faites.

Un autre trait de caractère que j’aime bien : je suis capable de mourir pour un bon mot. Je suis même capable de me mettre en difficulté pour ça.

Ça m’est déjà arrivé dans mon passé et pour illustrer l’incompétence d’un collaborateur à un niveau important, je citais un auteur dont je ne me souviens plus le nom en disant « tout ça n’est que normal, on a toujours confié le sérail à l’eunuque », ça m’a valu quelques inimitiés !

Mais je ne peux pas résister, j’étais déjà comme ça adolescent. J’étais bon élève mais je pouvais me sacrifier dans une classe pour des condisciples acquis à ma cause juste pour le bon mot ! Je pouvais me faire virer derrière, ce n’était pas grave !

J’apparente ça à un peu de panache… ou un narcissisme développé, je ne sais pas. Mais je n’ai jamais pu résister à ça et c’est terrible.

TourMaG.com - J’avais un ami qui disait souvent « on peut se fâcher avec son meilleur ami pour un bon mot ». Vous adhérez ?

F.L. :
C’est très moi.

TourMaG.com - Vous faites quand même des efforts ?

F.L. :
J’essaie. Je suis dans une entreprise, je suis dans un circuit économique. Comme vous, il est impossible de s’en foutre totalement.

Et puis, pour finir, je suis assez peu sensible aux critiques que l’on peut me faire. Sur le physique, sur la personne, c’est toujours blessant et inapproprié.

Vous savez, un seul arbre qui tombe fait plus de bruit que la forêt qui pousse. Et j’essaie de faire pousser la forêt, à mon modeste niveau !

Retrouvez toutes les interviews "Je ne vous ai rien dit..." par Dominique Gobert en cliquant sur ce lien.

Dominique Gobert Publié par Dominique Gobert Editorialiste - TourMaG.com
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