TourMaG.com, le média spécialiste du tourisme francophone



Hausse baril pétrole : "Nous avons 8 mois compliqués devant nous" (Marc Touati)

Interview de Marc Touati, économiste et auteur d'ouvrages sur l'économie



Si les professionnels du tourisme font une fixette sur les protocoles aux frontières, il est un autre sujet qui pourrait leur revenir comme un boomerang... la crise du pétrole. Notre couple de rédacteurs en chef MemberShip de novembre, nous a alertés sur la variation du prix du baril et ses répercussions sur l'industrie. Nous avons demandé l'avis de l'économiste star de la télé et des réseaux sociaux : Marc Touati, également auteur de plusieurs best-sellers sur l'économie, Marc Touati.


Rédigé par le Mercredi 17 Novembre 2021

"Nous avons 8 mois compliqués sur le pétrole et les matières premières. Le plus dur arrive pour l'économie," selon l'économiste Marc Touati- DR
"Nous avons 8 mois compliqués sur le pétrole et les matières premières. Le plus dur arrive pour l'économie," selon l'économiste Marc Touati- DR
TourMaG.com - En ce moment le prix du pétrole fait la une, des journaux du monde entier. Quelle est la situation exacte ?

Marc Touati :
Après une récession historique en 2020, nous avons un redémarrage de la croissance mondiale, c'est une bonne chose.

Le PIB mondial avait chuté de 8,1% en 2020, dans le pire des cas, il va augmenter de 5,2%. Le problème étant que les cycles de production mettent du temps à s'adapter à la demande.

Ainsi, en 2020, la demande de pétrole s'est effondrée, donc sa production, mais comme de l'ensemble des matières premières a suivi cette courbe.

Face à une débauche de moyens via la planche à billets, avec une dette publique qui a explosé, la demande a flambé, alors que l'offre n'était pas là. Vous avez donc une forte hausse ds prix.
b[

Marc Touati : "Nous avons 8 mois compliqués sur le pétrole et les matières premières"

TourMaG.com - Nous avons donc connu l'un des plus vieux principes de l'économie...

Marc Touati :
Exactement, quand la demande est supérieure à l'offre, les prix augmentent.

C'est ce que nous vivons en ce moment.

Le prix du pétrole se trouve autour des 82 dollars, c'est beaucoup par rapport à 2020, mais n'oublions pas que le prix du baril est monté à 150 dollars en 2008. Donc en ce moment le pétrole est cher, mais pas démesuré.

Nous devons nous habituer pendant encore 6 à 8 mois de pétrole et de matières premières chers.

En Europe, nous avons un deuxième point négatif, puisque l'or noir est libellé en dollars, sauf que l'euro baisse actuellement face au dollar. Pour la zone euro, c'est la double peine.

La hausse du prix du pétrole se généralise à toutes les matières premières. Nous avons même une inflation qui augmente très fortement.

TourMaG.com - Alors que la BCE et l'Euro ont été créés avec comme ligne directrice de contrôler l'inflation, pourquoi cela ?

Marc Touati :
Justement dernière je l'ai dit à Bruno Le Maire, non pas qu'il fallait laisser mourir les entreprises, mais il y a eu trop d'aides sans distinction.

Durant les confinements, les Français ne pouvaient pas consommer et même encore aujourd'hui ce n'est pas évident, avec les ruptures. Depuis la crise du covid, l'épargne a augmenté de 150 milliards d'euros.

Nous faisons face à un goulet d'étranglement, la consommation qui n'a pas pu être faite durant le coronavirus a lieu en ce moment. L'inflation est très dangereuse, car elle casse le pouvoir d'achat et la croissance.

C'est le paradoxe que nous vivons. La croissance pourrait ralentir en 2022, à cause de l'inflation et donc de la hausse généralisée des prix. Finalement, nous avons trop fait pendant la pandémie et nous n'avons pas laissé l'économie vivre, même si le quoi qu'il en coûte est une bonne chose.

Nous sommes totalement sous perfusion et nous nous sommes habitués à celle-ci. Le piège supplémentaire est que les banques centrales et les Etats ont peur de débrancher le malade.

La bonne nouvelle pour le pétrole sera que la croissance mondiale va ralentir en 2022, passant de 5,2% à 3,3%, d'ici mai ou juin, son prix va repartir à la baisse.

Nous avons 8 mois compliqués sur le pétrole et les matières premières. Le plus dur arrive pour l'économie. A partir du moment, où nous sortirons de la pandémie, nous allons devoir retrouver un monde normal.

La dette publique ne va plus pouvoir augmenter et les banques centrales vont arrêter la planche à billets.

"L'euro est actuellement plus en danger que le dollar, il devrait continuer à baisser"

TourMaG.com - Comment expliquez-vous la baisse de l'euro par rapport au dollar ? Est-ce la rançon du succès de la grande intervention des Etats européens dans l'économie ?

Marc Touati :
Il y a plusieurs raisons à cela.

Tout d'abord, nous observons un écart d'activité entre les USA et la zone euro. Aux Etats-Unis, la récession a été moindre qu'en Europe, car ils ont moins confiné, le tout avec un redémarrage économique plus fort.

Le niveau du PIB américain est supérieur de l'ordre de 5% par rapport à ce qu'il était avant la pandémie. En Europe, il est toujours en recul et se rapproche seulement du niveau avant la crise sanitaire.

L'économie aux USA est plus dynamique et le chômage plus faible, donc le dollar rassure plus.

La deuxième explication réside dans les taux d'intérêt. Ceux des obligations de l'Etat américain sont autour des 1,5%, alors qu'en Europe, ils sont à 0. le dollar est donc plus apprécié, car il rémunère plus.

De plus, la FED (la Réserve Fédérale Américaine, ndlr), l'équivalent de la Banque Centrale Européen (BCE, ndlr) outre-Atlantique, a annoncé vouloir arrêter la planche à billets et remonter les taux d'intérêt l'année prochaine.

La politique monétaire sera plus restrictive aux USA et pendant ce temps en Europe, la BCE ne veut pas bouger. Ainsi, les perspectives sont meilleures pour l'euro.

Vous ajoutez cela un climat politique plus incertain en Europe. L'Allemagne doit se doter d'un nouveau gouvernement, des élections auront lieu en France, en mars, et pour le moment, nul ne sait qui va l'emporter.

L'euro est actuellement plus en danger que le dollar, il devrait continuer à baisser. Je pense qu'il descendra vers les 1,10 dollar.

TourMaG.com - Pour revenir sur le pétrole. Est-ce que nous ne faisons pas face à des pays producteurs qui ne veulent pas augmenter la production pour s'offrir un peu de rab ? Et donc vendre le pétrole plus cher, pour en profiter plus longtemps.

Marc Touati :
Ce cours arrange bien les pays producteurs. Ce qui est sûr, c'est que la production met du temps à s'ajuster à la demande.

Si jamais demain, ils augmentent très fortement la production de l'or noir, mais que la croissance ralentit, les cours vont s'effondrer. C'est tout le problème des matières premières.

La Russie ouvre tout doucement les robinets, pour justement éviter la chute des prix. Ce qui est dangereux en ce moment, c'est la volatilité des cours. En 2008, le baril avait dépassé les 150 dollars en juillet, pour atteindre 34 dollars, six mois plus tard.

Le plus important est de stabiliser le prix du pétrole autour de son prix d'équilibre, à savoir environ 70 ou 75 dollars.

Marc Touati : "Nous devons sortir du carcan du pétrole"

TourMaG.com - Durant la COP26, des pays et des constructeurs automobiles se sont engagés à accélérer la transition vers des véhicules à zéro émission. Pouvons-nous dire que chacun avance ses pions et que nous faisons face à une guerre psychologique, pour influer sur le cours du baril.

Marc Touati :
les promesses n'engagent que ceux qui les croient.

Nous entendons depuis longtemps que dans 10 ans, il n'y aura plus de moteur diésel, mais il y en a toujours. Par contre ce qui est clair, il y a une vraie révolution technologique en place sur les voitures, mais ce ne sont pas elles qui consomment et polluent le plus.

L'avion à hydrogène et électrique ce n'est pas pour aujourd'hui, donc la demande de pétrole existera pendant encore pas mal d'années. A horizon 50 ans, ce sera la fin du roi pétrole.

L'écologie ce n'est pas mettre des taxes, mais de trouver des nouvelles technologies et énergies plus propres.
Après dans les années 80, quand nous étions leaders de la voiture électrique, nous n'avons pas fait émerger Tesla.

J'attends avec impatience l'avion sans kérosène. En ce moment, nous nous auto-culpabilisons, donc si demain il y a des appareils propres, nous serons moins culpabilisés.

Le monde du tourisme va devoir décomplexer les voyageurs et dans le même temps, le coronavirus a déclenché de nouveaux comportements.

TourMaG.com - Ces dernières semaines, nous n'avons jamais vu autant de publication sur le carburant durable ou l'hydrogène. Donc la hausse du prix du pétrole est une bonne chose pour les énergies renouvelables ?

Marc Touati :
Il ne faut pas que le baril soit trop peu cher, car les énergies renouvelables ne seront alors pas compétitives.

Un prix haut, peut être perçu comme une bonne chose puisqu'il favorise la transition énergétique vers des énergies renouvelables. Avec un prix trop bas, alors nous ne ferons pas la transition, du moins pas maintenant.

La clé pour le tourisme n'est pas le biocarburant pour les avions. La technologie est vraiment balbutiante.

L'importance étant surtout d'avoir un appareil sans kérosène.

"La mondialisation est critiquable, mais elle a permis de réduire la pauvreté de façon extrême"

TourMaG.com - Justement, nous n'avons pas été leurrés par un prix du pétrole trop peu cher durant tant d'années ? Exception faite des crises pétrolières des années 70 et de celle de 2008.

Marc Touati :
Non, je ne dirais pas ça.

Le problème reste surtout l'innovation. Même avec un baril à 34 dollars en 2008, Tesla a poursuivi de produire et ses recherches. Nous ne devons pas nous arrêter au prix du pétrole, pour faire la transition énergétique.

La quantité de l'or noir est limitée, si nous ne bougeons pas, alors les prix vont augmenter. Nous devons sortir du carcan du pétrole.

Les personnes en faveur de la décroissance font beaucoup de mal au monde entier. La baisse du niveau de vie n'est pas un projet viable.

TourMaG.com - Pourquoi la décroissance ne serait pas un projet viable ?

Marc Touati :
Dans mon dernier livre "Reset", j'expliquai que dans les années 80 la moitié de l'humanité vivait sous le seuil de pauvreté extrême, donc moins de 1 dollar par jour. En 2019, nous étions à 8,5%, grâce à la mondialisation.

Cette dernière est critiquable, mais elle a permis de réduire la pauvreté de façon extrême.

Par contre dès que nous avons de la décroissance, comme durant la pandémie, en quelques mois 200 millions de personnes sont venues malheureusement grossir les rangs des gens vivant avec moins de 1 dollar quotidiennement.

Nous sommes des enfants gâtés, mais imaginez un peu ce discours de décroissance, auprès de personnes sous le seuil de pauvreté extrême. Depuis le 17e siècle, le capitalisme avance au gré des révolutions technologiques.

Nous devons trouver de nouveaux moyens de créer de la richesse, sans trop détruire la planète. Selon moi, la croissance durable dans un monde fini viendra de la révolution technologique.

Le commentaire de notre couple de rédacteurs en chef Raouf et Samia Benslimane :

Marc Touati nous livre une excellente analyse sur l'évolution actuelle du prix du pétrole et sa vision sur les prochains mois.

Aussi , nous le savons tous, le prix de l'or noir impacte notre profession dans son ensemble car il agit directement sur le prix des voyages.

L'une des menaces permanentes et l'une des plus dangereuses qui guette notre profession, c'est la volatilité du cours de pétrole.

L'évolution du prix du carburant peut amener une compagnie à réaliser des gains ou de grosses pertes selon l'évolution de ce prix après achat et aussi selon la façon dont la compagnie va acheter le carburant et fixer le plancher et le plafond en prenant donc un risque sur l'avenir.

Il en est exactement de même pour un tour-opérateur qui affrète et s'engage sur une chaîne de vols charters auprès d une compagnie aérienne. Tout l'art consiste à bien acheter en essayant de limiter les conséquences d'un risque de dérapage du prix par définition imprévisible. en essayant de se positionner sur la base d'un prix moyen qui ne soit ni trop haut ni trop bas.

En clair, le cours du pétrole est effectivement une préoccupation pour notre métier que l'on soit TO ou agence de voyages, car on l'a souvent observé au cours de plusieurs saisons, toutes les hausses sont aussitôt répercutées sur la chaine des intermédiaires jusqu'au client final.

Personne ne peut réellement prédire le cours et il peut décrocher comme flamber à n importe quel moment ... mais comme il faut bien "se mouiller" un peu, nous prévoyons comme Marc touati , une stabilisation du prix du pétrole d'ici 8 mois voire même en mai/juin 2022, selon notre analyse purement subjective. Personne ne sait ce qu'il adviendra...et l'erreur d'analyse ou de prévision fait partie du métier.

Enfin, le cours du dollar est le deuxième levier pouvant impacter négativement ou positivement notre industrie, et force est de constater qu'actuellement l'impact est négatif pour tous les Européens concernés par le niveau du dollar qui remonte.

C'est le double effet kiss cool au moment où nous n'en avions pas besoin et alors que nous ne sommes pas encore totalement sortis du Covid.

Romain Pommier Publié par Romain Pommier Journaliste - TourMaG.com
Voir tous les articles de Romain Pommier
  • picto Facebook
  • picto Linkedin
  • picto email

Lu 4877 fois

Notez

Nouveau commentaire :
Facebook Twitter

Tous les commentaires discourtois, injurieux ou diffamatoires seront aussitôt supprimés par le modérateur.
Signaler un abus

Dans la même rubrique :
< >

Vendredi 30 Septembre 2022 - 15:40 Salaün Holidays : l'équipe commerciale s'étoffe

Mercredi 28 Septembre 2022 - 13:35 FRAM : 10 nouveaux Framissima et 7 nouveaux Clubs Jumbo







































TourMaG.com
  • Snapchat
  • Instagram
  • Twitter
  • Facebook
  • YouTube
  • LinkedIn
  • GooglePlay
  • appstore
  • Google News
  • Nos Médias
  • DMCmag
  • Brochures en ligne
  •  La Travel Tech
  • Welcome To The Travel
  • AirMaG
  • Futuroscopie
  • CruiseMaG
  • Voyages Responsables
  • #PartezEnOutreMer
  • Partez en France
  • TravelManagerMaG
 
Site certifié ACPM, le tiers de confiance - la valeur des médias