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Tourisme durable : la compensation est-ce la réponse à tous les maux ?

Interview de Julien Etchanchu, responsable des pratiques durables chez Advito



Après un premier papier sur le constat voici venu celui des solutions, du moins celles viables. La compensation carbone portée aux nues par l'industrie touristique n'est qu'une solution à court terme. Pour atteindre la neutralité carbone en 2030, comme le demandent l'Union européenne et la COP 21, que doit faire le tourisme ? Existe-t-il des solutions viables ? Julien Etchanchu, responsable des pratiques durables chez Advito, apporte sa vision du tourisme de demain. Attention ses propos risquent de déplaire, mais ils ouvrent un débat dont l'écosystème ne pourra pas faire l'économie.


Rédigé par le Lundi 25 Octobre 2021

"Le GIEC dit que si nous compensons toutes nos émissions de CO2 à partir d'aujourd'hui, dans 8 ans, il ne sera plus possible de compenser quoi que ce soit" selon  Julien Etchanchu, responsable des pratiques durables chez Advito- Depositphotos @ikuvshinov
"Le GIEC dit que si nous compensons toutes nos émissions de CO2 à partir d'aujourd'hui, dans 8 ans, il ne sera plus possible de compenser quoi que ce soit" selon Julien Etchanchu, responsable des pratiques durables chez Advito- Depositphotos @ikuvshinov
TourMaG.com - Dans un premier papier, vous avez dressé le constat de l'urgence climatique, il est venu le temps des solutions. Des entreprises du tourisme, comme Voyageurs du Monde incluent systématiquement la compensation carbone des voyages. Comme il y a des bons et des mauvais chasseurs, il y a aussi une bonne et une mauvaise compensation...

Julien Etchanchu :
C'est un peu ça.
L'idée a été très brillante au départ, mais elle a été totalement dévoyée. Le problème principal est de donner une valeur marchande à la nature, éthiquement nous sommes tombés un peu bas.

Puis le prix de la compensation est trop bas aujourd'hui.
En gros le marché est compris entre 5 et 10 euros, la tonne de CO2, donc un Paris-New York peut coûter seulement quelques euros,

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"Sur terre, nous pouvons encore compenser pour 8 ans" après que fait-on ?

En plus d'être totalement faux d'un point de vue scientifique, il y a un effet pervers derrière ça.

Le voyageur peut se dire qu'il peut voyager encore plus, car il compense pour seulement quelques euros de plus. Un arbre met 30 ans à pousser, que se passe-t-il durant tout ce temps ?

J'ai un client qui avait un gros programme de reforestation en Californie. Malheureusement, les feux de forêt géants ont tout brûlé. Tout ça pour dire, qu'il faut privilégier des projets sérieux et donc chers.

Il ne faut pas seulement une approche de compensation carbone, pour éviter le Tree Wahsing.

TourMaG.com - Quel serait le vrai et juste prix de la tonne de CO2 ?

Julien Etchanchu :
En dessous de 5 euros la tonne, sans même regarder dans le détail, vous pouvez fortement douter de sa viabilité. Les dernières études disent que 70 à 80% des projets de compensation ne sont pas viables.

Selon mes recherches, le prix juste ne peut pas être en dessous de 20 euros la tonne. Les scientifiques évaluent le vrai impact de la tonne de carbone à plusieurs milliers d'euros.

Dans les entreprises, je mets un prix interne du carbone que généralement nous fixons à 70 euros.

TourMaG.com - A force de compenser nos émissions, restera-t-il de la place pour l'homme sur la terre ?

Julien Etchanchu :
C'est un bon point que vous mentionnez.

Le GIEC dit que si nous compensons toutes nos émissions de CO2 à partir d'aujourd'hui, dans 8 ans, il ne sera plus possible de compenser quoi que ce soit.

Sur terre, nous pouvons encore compenser
pour 8 ans (en anglais, ndlr). Neutre en carbone ne veut donc rien dire, car cela implique que votre ami ne le soit pas, ce n'est pas un modèle viable.

Une entreprise ne peut donc pas être neutre en carbone, c'est un non-sens scientifique.

"Le transport aérien rend des services. Nous devons revisiter notre façon de voyager"

TourMaG.com - Dans le même temps, notre marge de manoeuvre pour rester dans les objectifs de la COP 21 de Paris est quasiment nulle. Nous devons arriver à réduire de 50% nos émissions d'ici 2030, c'est dans seulement 9 ans et rien ne change réellement...

Julien Etchanchu :
Nous aurons brulé tout notre budget carbone, pour rester en dessous du degré et demi fixé par la COP 21, d'ici 7 ou 8 ans au rythme actuel.

Le problème que nous avons en plus, c'est que le carbone reste dans l'atmosphère. C'est un peu comme une baignoire, dont le siphon est fermé. Actuellement le robinet coule fort, vous pouvez baisser le débit, mais la baignoire continue de se remplir.

Nous devons agir vite sur la réduction.

TourMaG.com - Dans ces conditions, comment imaginez-vous le voyage dans les mois et années à venir ?

Julien Etchanchu :
Voyager reste nécessaire.

Il faut savoir que les écolos qui crient sur les compagnies aériennes sont les 1ers à en bénéficier, puisque nos vaccins ont principalement étaient transportés par avions.

Le transport aérien rend des services. Nous devons revisiter notre façon de voyager.

Il faut réduire beaucoup, se concentrer sur les voyages essentiels. Pour le loisir, je ne dis pas d'arrêter, mais de limiter le nombre de long-courriers, peut être un tous les 5 ans, pour respecter son budget carbone.

Je crois beaucoup au bien-être des voyageurs et à la qualité des produits.

Un de mes conseils pour nos clients est de leur dire de voyager beaucoup moins, par contre quand vous voyagez, faites-le en business class. Nous devons revenir à un produit rare, ce qu'il était avant.

Et pour ceux qui parlent de démocratisation du voyage, il faut savoir que 85% des habitants de la planète n'ont jamais pris l'avion. Ce n'est pas démocratique du tout.

Tourisme durable : "La solution n'est pas de rester à la maison, je trouve le challenge passionnant"

"Clairement le voyage d'affaires ne reviendra jamais aux niveaux de 2019 et quelque part tant mieux," selon Julien Etchanchu - DR
"Clairement le voyage d'affaires ne reviendra jamais aux niveaux de 2019 et quelque part tant mieux," selon Julien Etchanchu - DR
TourMaG.com - J'ai sans doute tort, mais j'ai l'impression que l'aérien ne se soucie de sa durabilité que depuis très peu de temps. Pendant que les compagnies de croisières dépensent des milliards pour être neutre en carbone, les avancées dans l'aérien sont très très lentes. Comment expliquez-vous cela ?

Julien Etchanchu :
Ce n'est pas faux.

Il y a un argument que le secteur sort tout le temps : nous représentons que 3% des émissions de CO2 dans le monde, donc pourquoi faire des efforts.

Sauf que tous les secteurs économiques pris un par un, ils ne représentent jamais de fort pourcentage. Avec ce genre de raisonnement, personne ne fait des efforts.


Ils ont eu longtemps cet argument de défense. Maintenant, je crois que l'aérien pense que la technologie va tout résoudre. Nous n'avons pas le temps, nous ne trouverons pas.

TourMaG.com - Le tableau est sombre. Existe-t-il des solutions ?

Julien Etchanchu :
Bien sûr, je peux paraître pessimiste, mais ce n'est pas du tout le cas.

Je trouve que le challenge est très intéressant et passionnant. Nous devons trouver des solutions et un modèle plus viable. Je suis content de la période qui arrive, même pour le secteur.

Voyager mieux est très important comme solution, comme par exemple de choisir des avions plus récents. La différence entre un Airbus A350 et un B747, vous économisez 2 tonnes de CO2 sur un Paris-New York en business class, c'est énorme.

Après le train n'est pas neutre en carbone, mais c'est plus respectueux.

Comme autre solution, voyager en direct est bien meilleur que de passer par des hubs, tout comme de choisir des hôtels certifiés, à l'image de Clé verte.

Si vous louez une voiture, mieux vaut en choisir une électrique.

La solution n'est pas de rester à la maison. Quand vous choisissez de voyager,il est possible de le faire mieux et de façon vertueuse.

"Clairement le voyage d'affaires ne reviendra jamais aux niveaux de 2019 et quelque part tant mieux"

TourMaG.com - Si je comprends bien, ce n'est pas du marketing, mais vous avez un réel impact sur l'activité de vos clients.

Julien Etchanchu :
Je ne voudrais pas être prétentieux, même si je pense que nous avons un impact. Après nous leur apportons surtout des connaissances sur le sujet.

La bonne nouvelle c'est que je vois vraiment une évolution.

Au tout début, les responsables venaient nous voir en nous disant : j'ai tant d'émissions de CO2, dites-moi où planter des arbres pour que je sois neutre en carbone.

Alors que maintenant des très grosses boites viennent nous voir en disant qu'elles doivent baisser, comme le recommande le GIEC, les émissions en valeur absolue de -50%, comment puis-je faire ? Il y a une évolution positive.

Nous démontrons par des chiffres qu'il sera indispensable de voyager moins. Nous ne sommes pas Greenpeace, dans le sens où nous sommes du sérail, donc ils ont plus facilement confiances en nous.

TourMaG.com - Donc vous les conseiller sur les postes qui polluent le plus et comment réduire leur impact, est-ce bien ça ?

Julien Etchanchu :
Pour résumer, nous avons une stratégie en 4 étapes, dont l'ordre est très important.

La 1ère règle que nous leur donnons, c'est de voyager moins, deux voyager mieux en prenant soit le train ou des nouveaux avions. Le 3e point est de favoriser des fournisseurs qui font des efforts comme l'hôtellerie, l'aérien, la location de voiture, etc.

Et pour finir, le dernier axe de travail se trouve dans la compensation, s'ils en font, il faut que ce soit bien fait.

TourMaG.com - Avant de revenir sur cette compensation carbone. En vous écoutant, le travail de réduction des émissions carbone est devenu une activité bankable...

Julien Etchanchu :
Complètement, c'est sûr que ça rapporte, mais je ne parle pas spécialement pour nous, plutôt d'un point de vue général.

Après notre situation est particulière, car nous vendons des voyages. Clairement le voyage d'affaires ne reviendra jamais aux niveaux de 2019 et quelque part tant mieux.

Romain Pommier Publié par Romain Pommier Journaliste - TourMaG.com
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