En invitant Jérôme Fourquet à participer à leur congrès organisé à Disneyland Paris du 4 au 6 mai, pour parler de la place du tourisme et des vacances dans la France d’aujourd’hui, les Entreprises du Voyage (EDV) n’imaginaient pas à quel point le parc de loisirs symbolise quarante ans de profondes mutations de notre société.
« Nous sommes passés d’une économie organisée autour de l’agriculture et de l’industrie jusque dans le début des années 90 à une économie qui tourne désormais autour de la consommation, du tourisme, des loisirs, des services et de la logistique » a commencé le directeur du département opinion de l’institut de sondage Ifop, devant un auditoire conquis.
Cette mutation s’illustre par un printemps 1992 emblématique, « avec deux événements qui se télescopent : le 31 mars était marqué par la fermeture de l’usine Renault de Billancourt, témoin notre histoire industrielle et sociale, et le 12 avril avec l’inauguration de Disneyland Paris ».
« C’est une véritable allégorie de la grande bascule économique qui va avoir énormément de conséquences sur l’aménagement du territoire, les métiers, la composition des classes moyennes, les imaginaires et désirs des Français. Le tourisme au sens large pèse désormais autant que l’industrie ».
Lire aussi : Toutes les annonces du Congrès EDV 2026
« Nous sommes passés d’une économie organisée autour de l’agriculture et de l’industrie jusque dans le début des années 90 à une économie qui tourne désormais autour de la consommation, du tourisme, des loisirs, des services et de la logistique » a commencé le directeur du département opinion de l’institut de sondage Ifop, devant un auditoire conquis.
Cette mutation s’illustre par un printemps 1992 emblématique, « avec deux événements qui se télescopent : le 31 mars était marqué par la fermeture de l’usine Renault de Billancourt, témoin notre histoire industrielle et sociale, et le 12 avril avec l’inauguration de Disneyland Paris ».
« C’est une véritable allégorie de la grande bascule économique qui va avoir énormément de conséquences sur l’aménagement du territoire, les métiers, la composition des classes moyennes, les imaginaires et désirs des Français. Le tourisme au sens large pèse désormais autant que l’industrie ».
Lire aussi : Toutes les annonces du Congrès EDV 2026
Le pouvoir d’achat, première préoccupation des Français
Jérôme Fourquet en a profité pour expliquer comme la France s’est « archipélisée », avec la sécession des élites, l’autonomisation des catégories populaires, l’instauration d’une société multiculturelle et la dislocation des références culturelles communes.
« Les gens ne vivent plus ensemble mais de plus en plus côte à côte. L’entreprise de taille moyenne est l’un des derniers lieux où il se croisent encore. Plutôt que le vivre ensemble, il y subsiste le faire ensemble, c’est précieux ».
Autant de constats déroulés dans son livre « Métamorphoses françaises ». Cette évolution de notre économie et société a entraîné des mutations profondes.
« Le chômage a disparu des priorités des Français, même si on est loin du plein emploi ». Une autre préoccupation s’est imposée : celle du pouvoir d’achat, qui occupe désormais une place centrale.
« Les gens ne vivent plus ensemble mais de plus en plus côte à côte. L’entreprise de taille moyenne est l’un des derniers lieux où il se croisent encore. Plutôt que le vivre ensemble, il y subsiste le faire ensemble, c’est précieux ».
Autant de constats déroulés dans son livre « Métamorphoses françaises ». Cette évolution de notre économie et société a entraîné des mutations profondes.
« Le chômage a disparu des priorités des Français, même si on est loin du plein emploi ». Une autre préoccupation s’est imposée : celle du pouvoir d’achat, qui occupe désormais une place centrale.
« Nous sommes entrés sous le règne de l’arbitrage »
La forte inflation constatée après la crise du Covid et la guerre en Ukraine, « avec des prix qui ne reviendront pas au niveau d’avant » n’a fait que renforcer cette inquiétude.
« Avec de fortes dépenses contraintes de logement ou d’énergie, notamment de carburant, nous sommes entrés sous le règne de l’arbitrage, pour l’alimentation, l’habillement comme en témoigne l’hécatombe des boutiques de prêt-à-porter ou le succès de Vinted devenu le premier distributeur de textile en France… » a poursuivi Jérôme Fourquet.
Les professionnels du tourisme pourraient se réjouir car quelques secteurs sont désormais sanctuarisés, notamment « les vacances et les loisirs devenus centraux dans nos imaginaires collectifs » selon Jérôme Fourquet.
Avec pour symbole la mise en place des 35 heures au début des années 2000 ou encore la forte opposition des Français à la suppression de deux jours fériés, envisagée par François Bayrou lorsqu’il était Premier Ministre.
Dans notre société nouvelle, ne pas partir en vacances, ne pas emmener ses enfants en vacances, est désormais perçu comme un déclassement.
« Avec de fortes dépenses contraintes de logement ou d’énergie, notamment de carburant, nous sommes entrés sous le règne de l’arbitrage, pour l’alimentation, l’habillement comme en témoigne l’hécatombe des boutiques de prêt-à-porter ou le succès de Vinted devenu le premier distributeur de textile en France… » a poursuivi Jérôme Fourquet.
Les professionnels du tourisme pourraient se réjouir car quelques secteurs sont désormais sanctuarisés, notamment « les vacances et les loisirs devenus centraux dans nos imaginaires collectifs » selon Jérôme Fourquet.
Avec pour symbole la mise en place des 35 heures au début des années 2000 ou encore la forte opposition des Français à la suppression de deux jours fériés, envisagée par François Bayrou lorsqu’il était Premier Ministre.
Dans notre société nouvelle, ne pas partir en vacances, ne pas emmener ses enfants en vacances, est désormais perçu comme un déclassement.
Un « effet ciseau » avec la montée en gamme de l’offre
Ainsi, les dépenses touristiques et de loisirs sont moins remises en cause que d’autres. Pour autant, le tourisme n’échappe pas aux arbitrages avec un « effet ciseau » entre un pouvoir d’achat contraint et une montée en gamme de l’offre, qui exclut une partie de la population ou oblige à faire des choix.
« Les Français continuent de préserver leurs dépenses liées aux vacances et aux loisirs, même s’ils arbitrent au sein de ce poste : en partant moins longtemps, en réduisant les budgets, en privilégiant des offres low-cost ou sous une autre forme ».
« Le camping, qui permettait aux classes moyennes de partir en vacances, est le symbole de cette montée en gamme ; avec l’essor des mobil-homes et un changement de vocabulaire puisqu’on parle désormais d’hôtellerie de plein air, plus chic » a remarqué Jérôme Fourquet. Ou encore le Club Med, bien loin de son image des années 70 et des Bronzés.
Lire aussi : Budget, sécurité, destinations : quelles tendances pour les vacances été 2026 ?
« Les Français continuent de préserver leurs dépenses liées aux vacances et aux loisirs, même s’ils arbitrent au sein de ce poste : en partant moins longtemps, en réduisant les budgets, en privilégiant des offres low-cost ou sous une autre forme ».
« Le camping, qui permettait aux classes moyennes de partir en vacances, est le symbole de cette montée en gamme ; avec l’essor des mobil-homes et un changement de vocabulaire puisqu’on parle désormais d’hôtellerie de plein air, plus chic » a remarqué Jérôme Fourquet. Ou encore le Club Med, bien loin de son image des années 70 et des Bronzés.
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Trains OuiGo : le retour de la 3ème classe !
Est-ce que le centre-ville est encore l’avenir, comparé aux ronds-points avec beaucoup de Français qui se déplacent en voiture et optimisent leurs courses ? - Photo CE
A l’inverse, on assiste au développement d’une offre secondaire, sur tous les marchés : la grande distribution avec le hard-discount comme Action, l’alimentation avec l’arrivée de nouvelles enseignes comme Master Poulet car « les classes populaires n’ont plus les moyens d’aller chez McDonald’s, qui monte en gamme ».
L’enseigne américaine vient d’ailleurs de réagir en lançant une nouvelle offre de menus à 5€ pour reprendre la main. Dans l’habillement, on constate un fort transfert vers les plateformes chinoises ou la second main (Le Bon Coin, Vinted…).
Le tourisme est lui aussi concerné avec les compagnies aériennes low-cost ou les trains OuiGo, associés par le directeur de l’Ifop au « retour de la troisième classe », supprimée par la SNCF le 1er juin 1956 ; il y a tout juste 70 ans.
L’enseigne américaine vient d’ailleurs de réagir en lançant une nouvelle offre de menus à 5€ pour reprendre la main. Dans l’habillement, on constate un fort transfert vers les plateformes chinoises ou la second main (Le Bon Coin, Vinted…).
Le tourisme est lui aussi concerné avec les compagnies aériennes low-cost ou les trains OuiGo, associés par le directeur de l’Ifop au « retour de la troisième classe », supprimée par la SNCF le 1er juin 1956 ; il y a tout juste 70 ans.
La Pologne, bientôt plus forte que la France ?
Il en profite toutefois pour rappeler que la France demeure l’un des pays les moins inégalitaires parmi les pays développés. « Le rapport entre le salaire le plus élevé et le plus faible est de 1 à 26 avant redistribution, et de 1 à 3 après ».
« La grande classe moyenne n’a pas disparu mais elle est moins homogène que par le passé, et elle est sous-tension par rapport à ses modes de consommation, ce à quoi elle peut accéder ou pas : si je suis restreint dans mon droit à consommer, je deviens un citoyen de seconde zone ».
« Les enseignes fréquentées révèlent les fractures, la place de chacun dans la société de consommation. Les marques ont désormais un poids démentiel dans la représentation collective. On se met en scène sur les réseaux sociaux avec ces marques. C’est comme cela que se construisent les imaginaires » a poursuivi Jérôme Fourquet.
Il constate également « le décrochement de la France en termes de niveau de vie par rapport à d’autres pays européens, l’Allemagne ou le nord de l’Italie ». La Pologne pourrait même dépasser la France d’ici dix ans en matière de PIB par habitant !
« Et le spectacle de la France engluée dans les querelles politiciennes, avec l’idée qu’il ne se passera plus rien avant les élections présidentielles alors que le monde continue à tourner, est terrible ».
« La grande classe moyenne n’a pas disparu mais elle est moins homogène que par le passé, et elle est sous-tension par rapport à ses modes de consommation, ce à quoi elle peut accéder ou pas : si je suis restreint dans mon droit à consommer, je deviens un citoyen de seconde zone ».
« Les enseignes fréquentées révèlent les fractures, la place de chacun dans la société de consommation. Les marques ont désormais un poids démentiel dans la représentation collective. On se met en scène sur les réseaux sociaux avec ces marques. C’est comme cela que se construisent les imaginaires » a poursuivi Jérôme Fourquet.
Il constate également « le décrochement de la France en termes de niveau de vie par rapport à d’autres pays européens, l’Allemagne ou le nord de l’Italie ». La Pologne pourrait même dépasser la France d’ici dix ans en matière de PIB par habitant !
« Et le spectacle de la France engluée dans les querelles politiciennes, avec l’idée qu’il ne se passera plus rien avant les élections présidentielles alors que le monde continue à tourner, est terrible ».
La France des ronds-points
Autant d’évolutions qui se traduisent également par la fermeture des magasins de centre-ville ; ceux de l’habillement confrontés à la concurrence des Zara et autres H&M, et désormais des plateformes chinoises et de la seconde main.
La vacance commerciale dans les centres villes touche maintenant les autres secteurs, par exemple avec des boulangeries de chaîne qui se multiplient dans les zones commerciales et témoignent de l’évolution des modes de vie.
Dans le tourisme, les performances des agences Voyages E.Leclerc installées dans les galeries marchandes, en sont l'illustration.
« Est-ce que le centre-ville est encore l’avenir, comparé aux ronds-points avec beaucoup de Français qui se déplacent en voiture et optimisent leurs courses ? » s’interroge Jerôme Fourquet.
Et de conclure, comme un message aux professionnels du tourisme : « on résiste si on est capable de proposer un vrai accompagnement, un service clé en main aux clients ».
« Si on est uniquement positionné sur le prix face à des acteurs en ligne gavés à l’IA, le consommateur ira ailleurs. Le voyage a toutefois encore un avantage : c’est un achat passion. Il est essentiel de conserver la qualité du lien et l’accompagnement ».
La vacance commerciale dans les centres villes touche maintenant les autres secteurs, par exemple avec des boulangeries de chaîne qui se multiplient dans les zones commerciales et témoignent de l’évolution des modes de vie.
Dans le tourisme, les performances des agences Voyages E.Leclerc installées dans les galeries marchandes, en sont l'illustration.
« Est-ce que le centre-ville est encore l’avenir, comparé aux ronds-points avec beaucoup de Français qui se déplacent en voiture et optimisent leurs courses ? » s’interroge Jerôme Fourquet.
Et de conclure, comme un message aux professionnels du tourisme : « on résiste si on est capable de proposer un vrai accompagnement, un service clé en main aux clients ».
« Si on est uniquement positionné sur le prix face à des acteurs en ligne gavés à l’IA, le consommateur ira ailleurs. Le voyage a toutefois encore un avantage : c’est un achat passion. Il est essentiel de conserver la qualité du lien et l’accompagnement ».







Publié par Thierry Beaurepère 











