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Laurent Abitbol : "on ne voit pas la fin de cette crise"

Selectour devrait connaître une année 2026 légèrement moins bonne


L’été aura été globalement moins mauvais que ne le laissaient craindre les perspectives qui se dessinaient début juin dans les différents réseaux de distribution. Du côté de Selectour, depuis maintenant trois mois, le rythme de l’activité a repris dans des proportions similaires à 2025, sans toutefois effacer le creux du printemps. Faut-il s’attendre à une année 2026 moins bonne que la précédente ? Nous avons dressé le bilan de l’été avec Laurent Abitbol, président du groupe Marietton Développement et président du directoire de Selectour.


Rédigé par le Mardi 25 Août 2026 à 07:35

Selectour devrait connaître une année 2026 légèrement moins bonne qu'en 2025, selon Laurent Abitbol - Groupe Marietton
Selectour devrait connaître une année 2026 légèrement moins bonne qu'en 2025, selon Laurent Abitbol - Groupe Marietton
Depuis fin février 2026, alors que les réservations étaient bien engagées, le tourisme est entré dans une nouvelle zone de turbulences.

Les États-Unis ont décidé d’attaquer l’Iran avec leurs alliés israéliens, pour une guerre qui ne devait durer que trois semaines. Dans quelques jours, cela fera six mois que le conflit est engagé et aucune porte de sortie ne semble se dessiner.

Fort heureusement, dans les réseaux de distribution, l’été 2026 a été moins mauvais que ne le laissait présager l’activité du printemps dernier.

"Concernant Selectour, la baisse n’a pas été récupérée. Depuis juin, nous avons retrouvé une activité similaire à 2025, mais cela ne nous permet pas de compenser le manque à gagner, sur la partie tourisme.

Malheureusement, on ne voit pas la fin de la crise, elle est latente. Et les prises de commandes pour 2027 ne sont pas au mieux, c’est timide.

Est-ce que les réservations vont se faire en dernière minute en permanence, comme durant le Covid ? Je ne sais pas, nous attendons de voir
", nous explique Laurent Abitbol, président du directoire de la marque à l’hippocampe.

Face aux incertitudes de la crise sanitaire, les consommateurs avaient adopté une attitude attentiste, profitant des fenêtres autorisées par le gouvernement pour voyager.

Guerre au Moyen-Orient : "2026 sera moins bonne que 2025"

Quelques années plus tard, la crise est multiple.

Non seulement les lignes aériennes ont été fortement perturbées au Moyen-Orient, impactant de fait les destinations dans la zone mais aussi asiatiques.A cela se sont ajoutées, les craintes de pénurie de kérosène, et la hausse des tarifs...

"Je ne m’inquiète pas pour 2027 et les élections, ma principale source d’inquiétude reste le pouvoir d’achat des Français.

Pour cette rentrée, pour le moment, nous n’avons pas prévu de campagne particulière. Il faut attendre que cette crise passe, que les gens retrouvent le moral, car l’envie de voyager est là.

C’est un peu comme le Covid, il y a la peur, l’attente, il nous faut de bonnes nouvelles
", estime Laurent Abitbol.

A lire : notre bilan de l'été des réseaux de distribution

Malgré tout, le discours ne se veut pas alarmiste.

Au lieu d’afficher une croissance, comme le laissaient transparaître les prises de commandes de janvier et février 2026, l’activité sera un peu en retrait, mais pas de quoi inquiéter.

Rappelons que l’industrie sort de trois exercices historiques, avec des volumes bien souvent nettement supérieurs à ceux de 2019.

"2026 sera moins bonne que 2025, mais pas de façon dramatique. Ce sera juste un peu moins bon, comparativement à un exercice exceptionnel. Selectour se porte bien.

Ces trois mois au début du conflit nous font mal. S’il n’y avait pas eu cette guerre, la croissance aurait continué dans la dynamique de l’après-Covid
", tempère le dirigeant.

Sans surprise, les États-Unis sont en net recul. La Tunisie n’a pas non plus réédité le bon été 2025, plombée par les coupures d’électricité et d’eau, en raison des fortes chaleurs.

Sinon, les destinations soleil restent en tête des ventes estivales.

Baisser ses marges "n’est pas un bon calcul"

Pas de quoi s’inquiéter, donc, même si les différents signaux, aux niveaux international et national, sclérosent quelque peu la prise de décision.

À cette guerre sans issue, qui dépend des désidérata de Donald Trump, s’ajoute la situation économique française.

Le mélodrame annuel du budget débute, avec la perspective d’une désindexation des pensions de retraite sur l’inflation, telle que voulue par le ministre de l’Économie et des Finances, Roland Lescure.

Le gouvernement a promis "beaucoup de rigueur" et des efforts partagés, donc pas de quoi relancer la consommation.

"Nous n’avons aucune prise sur le moral des Français. Vous savez, les vacances dépendent uniquement du moral de la société.

Par chance, les tarifs de l’aérien n’ont pas beaucoup augmenté. Pour remplir les avions, vous savez, les surcharges n’ont pas couvert la flambée du kérosène.

Et je ne pense pas que les prix vont s’envoler à l’avenir afin de permettre aux compagnies de refaire leurs marges. La concurrence est trop importante pour assister à une hausse des tarifs.

Les seuls mouvements que nous risquons de voir à l’avenir concernent Emirates et Qatar Airways. Pour reprendre des parts de marché, elles vont baisser leurs prix, ça va durer quelques mois
", imagine le patron lyonnais.

Si les transporteurs n’ont pas participé à l’inflation qui sévit en France, les acteurs du tourisme se sont même battus pour afficher le plus de rabais possible.

Faisant face à des stocks qui ne baissaient pas suffisamment vite, les tour-opérateurs se sont lancés dans une guerre des promotions. Tout le monde a donc reconstitué de la trésorerie, mais à quel prix ?

Facturation électronique : "une réforme plutôt positive"

"Les gens qui ont baissé leurs marges, ce n’était pas un choix judicieux.

Mieux vaut faire moins, mais avec des tarifs corrects, que vouloir préserver les volumes ou faire mieux en grattant sur la rentabilité. Ce n’est pas un bon calcul
", peste Laurent Abitbol.

Si le tourisme est un peu dans le dur, deux segments du marché s’en sortent plutôt bien.

Le business travel est en croissance chez Selectour, tout comme les groupes, sans réelle explication pour cette dernière activité.

Et alors que cette rentrée se fait dans un contexte un peu morose, les dossiers s’empilent sur les bureaux des dirigeants, à commencer par celui de la facturation électronique.

A lire : Facturation électronique : "la France n’a pas la législation la plus complexe"

Elle entrera en vigueur d’ici une semaine, le 1er septembre prochain. D’après la 7e édition du baromètre Generix, 48,5 % des entreprises n’auraient pas encore lancé la mise en œuvre du projet.

Et cela se ressent dans le secteur.

"Sur la facturation électronique, tout le monde n’est pas prêt, loin de là même. Après, cela concerne surtout le business travel et les comptes d’État. Il n’y a pas d’urgence, d’ailleurs pas mal de politiques demandent la suspension, à cause des piratages.

Je pense que les services de l’État ne seront pas durs, ils vont laisser le temps à tout le monde de se conformer. Vous savez, depuis deux ans, j’ai deux personnes qui gèrent cela à plein temps.

Alors certes, c’est lourd à court terme, surtout en ce moment, mais je pense que ça va être une réforme plutôt positive, car cela va simplifier la comptabilité.


C’est un peu comme le prélèvement à la source de l’impôt sur le revenu.
" conclut Laurent Abitbol.


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