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La Crau, incursions dans la steppe française

Une région à découvrir entre Arles et Salon-de-Provence



Entre Arles et Salon-de-Provence, la Crau, ce grand delta fossile n’apparait pas d’instinct touristique. Erreur ! Car entre les immenses troupeaux de moutons, les terres irriguées et les balades naturalistes, il offre une plongée inédite dans l’un des territoires les plus atypiques de France.


Rédigé par Jean-François RUST le Samedi 11 Septembre 2021

Les agriculteurs cultivent la partie irriguée de la Crau, transformée dès le 16e siècle grâce à un ingénieux système de canaux - DR : J.-F.R.
Les agriculteurs cultivent la partie irriguée de la Crau, transformée dès le 16e siècle grâce à un ingénieux système de canaux - DR : J.-F.R.
D’un côté, un désert de cailloux, où paissent des milliers de moutons. De l’autre, des terres irriguées, qui produisent des fruits et le foin le plus recherché du pays.

Voilà en deux images ce qu’est la Crau, une steppe méditerranéenne unique en Europe, ancien delta asséché de la Durance.

Pour la petite histoire (géologique), la rivière a été déviée de son cours il y a 18 000 ans par des mouvements tectoniques.

Ils ont laissé libre un immense triangle alluvial de 60 000 ha, entre Alpilles et Méditerranée.

Les ovins broutent la partie aride de cette steppe, appelée « Crau sèche » (13 000 ha). Les agriculteurs cultivent la partie irriguée, transformée dès le 16e siècle grâce à un ingénieux système de canaux.

Départs de transhumance

Il est 4h30 du matin en ce jour de juin et nous sommes à la bergerie du Grand Carton.

Dans la steppe endormie, deux camions bétaillères sont déjà postés devant les étables, tous feux allumés.

A l’est, le ciel bleuit à peine, livrant en ombres chinoises les lignes de crête de la Sainte-Victoire et des Alpilles. Le chargement des moutons va pouvoir commencer.

Ce rituel, c’est la transhumance. Après avoir passé la fin d’hiver et le printemps à brouter les graminées de la Crau, l’heure de la migration est arrivée : la montée des troupeaux en alpages, à l’herbe plus généreuse.

Camions dans l’aube…

Le temps d’attraper la patte d’une brebis à sonnailles et les autres lui emboitent le pas, en martelant bruyamment le pont de chargement.

Clic, clac, les loquets d’étages des camions se ferment à mesure que les « casiers » se remplissent. Ca sent le mouton chaud, ça bêle et carillonne à tout va.

En moins de 20 mn, les 580 brebis sont embastillées. 4h plus tard, elles seront à la Foux d’Allos, sur les estives du Haut-Vercors.

Quand les camions s’échappent dans l’aube, ils laissent la bergerie du Grand Carton retomber dans le silence, jusqu’à l’année d’après…

Circuit d’interprétation du coussoul

L’activité pastorale ovine, pratiquée pour la viande, est l’arme de la Crau.

Mais 7 400 ha y sont aussi protégés par la Réserve naturelle des Coussouls de Crau. C’est là que nous conduit la responsable de l’Ecomusée de la Crau, lieu d’accueil rattaché au Conservatoire d’Espaces Naturels PACA, à Saint-Martin-de-Crau.

Cap sur le circuit d’interprétation du coussoul de Peau de Meau, une boucle de 5 km qui livre aux marcheurs les secrets de la prairie sèche.

Pastoralisme depuis 6 000 ans

Ce qui surprend le plus en plein jour, c’est la platitude. Les tertres les plus élevés sont des tas de cailloux que les Allemands avaient dressé durant la guerre pour éviter que les avions alliés n’atterrissent sur cette piste naturelle…

Ici, le pastoralisme existe depuis au moins 6 000 ans. On y a retrouvé les vestiges d’une quinzaine de bergeries du début de l’ère chrétienne. L’une d’elle apparait sous nos pas, dessinant une forme de bateau.

La flore s’est adaptée à cette terre avare d’eau : asphodèles, brachypodes rameux, euphorbes, chardons, thyms

Les rares végétaux poussent entre des galets roulés dont certains sont soudés par le calcaire, formant des blocs de poudingue.

C’est au printemps qu’il faut venir marcher sur le circuit d’interprétation, lorsque la floraison éclate. L’été est à exclure, car la chaleur est extrême.

Rare ganga cata

La faune est maigre mais singulière. Les oiseaux nichent au sol, tel le discret ganga cata, une espèce rare qu’on ne retrouve qu’au Maghreb et en Andalousie.

La population est estimée à 400 individus.

Au sol aussi, on peut observer le lézard ocellé (très menacé), la couleuvre de Montpellier, le criquet de la Crau, le bupreste...

Le ciel est plus généreux : la grande outarde canepetière côtoie l’alouette calandre, le rollier d’Europe, la chouette chevêche, l’aigle de Bonelli, le pipit rousseline, le faucon crécerellette…

Plus gros troupeaux de France

Le mouton est bien sûr l’animal phare de la Crau. Une trentaine d’éleveurs fait pâturer ses bêtes en Crau sèche, de février à juin.

La majorité est constituée de brebis mérinos d’Arles, une race ovine allaitante.

L’effondrement des cours de la laine dans les années 1930 a orienté les éleveurs vers la viande, même s’il existe aujourd’hui une relance de la filière lainière.

Les plus gros troupeaux ovins de France sont ici. La moyenne est de 700 têtes mais certains éleveurs en possèdent 8 000 à 9 000 !

En juin, jusqu’à 120 000 brebis quittent la Crau en camion pour monter en alpages.

Crau Verte le foin AOP 

L’enjeu pour la Réserve est de protéger la Crau sèche, en sanctuarisant les 6 000 ha encore aux mains de propriétaires privés.

La steppe couvrait 40 000 ha au 18e s. mais l’irrigation, l’urbanisation et l’industrialisation l’ont largement entamée.

Au point que l’on parle de « Crau verte » pour décrire ces immenses espaces irriguées, royaume du foin de la Crau et des vergers arboricoles.

Autres richesses ! Le foin de la Crau bénéficie d’une AOP et se vend notamment auprès des plus grandes écuries de chevaux, en France, au Royaume-Uni et jusqu’aux Emirats...

Cette Provence verte éclate dans la plaine d’Eyguières et d’Aureille, échiquier de parcelles immenses protégées du mistral par des haies d’arbres.

C’est le versant cultivé d’un territoire où l’agriculture domine, à charge pour la puissance publique de continuer à protéger son écosystème unique.

Pratique

Ecomusée de la Crau, Saint-Martin-de-Crau : cen-paca.org et reserves-naturelles.org/coussouls-de-crau
Animations familiales, observations ornithologiques, chasses au trésor, exposition permanente et temporaires…

Maison de la Nature et de la Chasse
Mas de la Samatane, RN 113, Saint-Martin-de-Crau
04 86 52 03 43 / 04 90 55 12 56.
Cette maison municipale est un lieu culturel et pédagogique. Sorties nature et randonnées accompagnées à la journée.

Restauration :

• Ô Fil de l’Eau
, Saint-Martin-de-Crau. ofildeleau.com
En cœur de ville, ce restaurant s’est construit une belle image autour de spécialités de poissons et de coquillages. Egalement viandes de taureau et d’agneau bio. Formule à 17€ le midi. 27 à 33€ le soir.

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