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Procès Siano: "J'avais un bonus par tête tombée..." reconnaît Patrick Lebufnoir


Rédigé par Dominique Gobert le Vendredi 22 Mai 2015

Ouverte à 10h, jeudi 21 mai 2015 au matin, l'audience présidée par le juge Jean-Louis de Ré, à la 15ème chambre du tribunal correctionnel de Bobigny s'est terminée fort tard. Pour la Cour, il s'agissait de faire toute la clarté sur la gestion de TUI France par deux de ses dirigeants de l'époque, Jean-Marc Siano et son directeur financier, Patrick Lebufnoir.



Procès Siano: "J'avais un bonus par tête tombée..." reconnaît Patrick Lebufnoir
Deux hommes, deux attitudes, peu de démonstrations d'amitié.

Jean-Marc Siano d'un côté, tendu semble-t-il, incontestablement marqué physiquement, Patrick Lebufnoir de l'autre, plus ferme dans son attitude, mais on sent quand même une tension latente.

Ils comparaissent devant le tribunal correctionnel de Bobigny afin de répondre à l'accusation formulée par le Groupe TUI de "présentation de faux bilans et escroquerie".

"Non coupables" plaident-ils d'emblée, répondant à la demande du Juge de Ré, lequel en guise de préambule et après avoir accepté l'année dernière de reporter le procès d'un an, s'étonne de n'avoir pu disposer des quelques 800 pages du dossier que la semaine dernière…

Que matériellement, s'excuse-t-il, "je n'ai pas eu le temps de lire", soulevant d'ailleurs au passage que les "opérations au Maroc, en Haïti ou la Maserati (de JM Siano, ndlr) ne concernent pas l'audience du jour."

Et d'indiquer immédiatement que le "dossier est simple, mais en même temps d'une grande complexité".

Le ton est donné, par un juge qui, sans avoir eu le temps de prendre connaissance (selon lui) de l'ensemble des pièces du dossier, semble avoir une excellente connaissance de l'affaire qu'il va devoir juger.

Effectivement, l'affaire est complexe. Très complexe même, pour ne pas dire quasiment opaque.

Les deux hommes, objets d'une citation "directe" du parquet de Bobigny, alors que l'affaire, portée devant le Tribunal de Paris avait classé l'affaire "sans suites", sont soupçonnés d'avoir "dissimulé la véritable situation financière de leur société et touché quelque 460.000€ pour Siano, 324.000€ pour Lebufnoir, de primes "de résultats"!

En revanche, et grâce à une rédaction comptable, un "trou" de 36 millions d'euros apparaîtrait dans les comptes de TUI France.

On verra par la suite que, finalement, personne ne semble d'accord sur ces chiffres, pas plus d'ailleurs que sur la structure juridique et opérationnelle du groupe.

Rien n'est clair dans cette affaire

Et il est vrai que dans cette affaire, rien ne parait très clair, dans la mesure où c'est la société Voyages Touraventures, elle-même détenue par une autre société, SASU, qui aurait été victime de cette … manœuvre.

Un sourire aux lèvres, le président du tribunal ne manque pas d'ailleurs de souligner que cette pratique résume assez bien les processus "d'optimisation fiscale" qui semblent monnaie courante dans le paysage économique.

Et de préciser au passage qu'entre Siano et Lebufnoir, le premier PDG de la société, le second "représentant de l'actionnaire", on pouvait se présenter en comité restreint les comptes.

"C'est la main gauche qui serre la main droite", ironisait même le juge.

Et pour ce faire, afin de contenter l'actionnaire et "respecter" les objectifs, le "forecast", on a eu recours à un procédé que, parait-il, connaissent tous les grands gestionnaires : le "débornage".

En clair, afin de présenter des résultats aux marges suffisantes et en conformité avec les objectifs, on provisionne certaines sommes sur les "factures à venir".

C'est pour faire simple, parce que la réalité est beaucoup plus complexe…

Patrick Lebufnoir, 27 ans d'expérience depuis le démarrage de Nouvelles Frontières sous la houlette de Jacques Maillot, reconnait prudemment ces pratiques, jusqu'à un "certain point" et annonce avoir toujours agi avec l'aval de son Président, Jean-Marc Siano.

Lequel, selon lui, avait le "gros" défaut de faire preuve d'un grand optimisme, alors que lui voulait rester prudent.

"Mais il est vrai que nous avons eu des dissensions", reconnait Patrick Lebufnoir et que, à un certain moment, j'ai voulu tout arrêter.

"A 54 ans, je n'ai pas envie de me faire virer sans indemnités", aurait-il confié à son président. "Mais il m'a dit de continuer et j'ai toujours obéi à mes supérieurs"!

Ce qui expliquerait aussi que, grâce à ces "bons résultats", les deux hommes aient pu bénéficier de ces primes substantielles qui déclenchent quelques murmures dans la salle où une quinzaine de salariés (et ex salariés) du groupe sont présents.

La partie civile réclame quelque 2 M€ au titre du préjudice

"Pas du tout, répliquent-ils, ces primes correspondent à des résultats antérieurs à la période concernée" et de toutes façons, elles étaient validées par l'actionnaire, en l'occurrence Bart Brackx, lequel venait chaque semaine au siège du groupe en France "encadrer" les actions de la direction française.

Sans oublier que, pour Patrick Lebufnoir, une partie de cette prime était due en récompense des "bons résultats" obtenus lors de la restructuration et du PSE de Corsair.

"J'avais un bonus par tête tombée" (sic), reconnait Patrick Lebufnoir, validé par Siano et Brackx. Murmures dans la salle…

Et, accessoirement, afin de justifier ce "trou" de 36 millions d'euros, on évoquera aussi différents "bugs" informatiques, conduisant ainsi pour régulariser les comptes, à "passer" quelques écritures. Fausses ou pas, la Cour devra en décider.

"J'étais un homme de terrain, plaide Jean-Marc Siano. Je connais les mécanismes comptables, mais je faisais confiance à Monsieur Lebufnoir"!

Lequel s'empresse de répondre qu'il n'a découvert "ces chiffres que deux ans après, dans le Nouvel Observateur. Mais je n'étais que l'exécutant de mon patron".

Pour la partie civile, l'affaire est entendue, à défaut d'être claire. Les deux hommes sont responsables, non seulement de la mauvaise santé de TUI France, mais aussi du coût du plan social indispensable à la survie de l'entreprise… et de quelques frais annexes, tels les honoraires des cabinets d'audit. Sans parler du préjudice moral subi par TUI France.

Au total, la partie civile réclame quelque 2 millions d'euros aux deux prévenus, en laissant à la Cour l'appréciation du préjudice moral…

Pour le Procureur, en l'occurrence, Madame la Procureur, visiblement, l'affaire est peu comprise. Il semble d'ailleurs qu'elle n'ait pas eu le temps d'appréhender véritablement le dossier et ses questions restent floues.

Néanmoins, elle balaie l'accusation de "complicité" dans l'attribution des primes, reconnait l'usage de "présentation de fausses écritures" et demande une peine d'amende oscillant entre 15 et 20.000€.

Pour la défense, c'est la relaxe pure et simple !

Vint le temps de la défense. L'un comme l'autre, les conseils de Patrick Lebufnoir et Jean-Marc Siano auront été brillants.

L'un comme l'autre vont s'attacher à tenter de démontrer que, dans cette affaire, il n'existe quasiment aucune preuve et que le tribunal, au lieu de faire confiance aux pièces fournies par le groupe TUI et Pascal de Izaguirre (son actuel PDG, ndlr) très souvent cité, aurait pu demander une expertise judiciaire.

"Vous ne m'avez rien démontré, plaidera-t-il, où sont les fausses écritures ? Mon client était aux ordres de son président. C'est Siano qui prenait les décisions !"

Et de réclamer la relaxe pure et simple de son client, tout en regrettant que l'actionnaire de l'époque, Bart Brackx, ne figure pas au banc des prévenus.

Maître Llorca, conseil de Jean-Marc Siano, s'engage, lui, sur un autre terrain et remet en cause la gestion de cette affaire par l'actuelle direction de TUI France et le cabinet Price Waterhouse.

"On veut faire porter le chapeau à mon client, en lui faisant supporter la responsabilité du plan social. C'est une grande mascarade dont Pascal de Izaguirre est l'unique instigateur.

C'est un coup monté et l'on nous prend pour des idiots absolus. Mon client n'est quand même pas responsable des pertes actuelles de TUI France. Où sont les preuves
?"

Et de réclamer aussi pour son client la relaxe !

L'audience se termine après un dernier mot de chaque prévenu. Pour Patrick Lebufnoir, ferme et déterminé, "toute cette histoire était montée de toutes pièces. Ce n'est qu'une gigantesque machination".

Jean-Marc Siano se lève à son tour. Il ne pourra pas prononcer grand-chose à la barre, si ce n'est que, dans un moment d'émotion, il dira au juge "avoir été toujours honnête" et ne pourra pas finir sa phrase…

Il ira se rasseoir et le juge mettra son jugement en délibéré jusqu'au 3 juillet prochain.

A 13 heures !

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1.Posté par Martino180 le 22/05/2015 10:45 | Alerter
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Article très intéressant qui met en exergue sur les méthodes du Management anglais et allemand de TUI qu'ils sont en train d'importer en France.

Les patrons de Réseaux et Agents de Voyages qui se laissent aujourd'hui acheter par les Marmara, NF, tourinter et Cie doivent se préparer.

une fois que leurs concurrents auront tous fermer ou été bien affaibli, TUI France fera comme en Belgique et imposera à nos agences qui peut vendre et ne pas vendre en nous demandant de faire des sacrifices(comme il les ont imposé aux salariés de NF) pour accepter de survivre de manière précaire à des rémunérations qui n'auront plus rien à voir.

Quand ça arrivera, il ne faudra pleurer et dire qu'on ne l'avait pas vu venir.....

2.Posté par Martino180 le 22/05/2015 14:37 | Alerter
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un article qui alimentera mon message précédent :

http://www.pagtour.net/index.php?option=com_content&view=article&id=8111:deja-en-2006-jetair-et-thomas-cook-annoncaient-la-couleur&catid=13&Itemid=122

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