TourMaG.com, 1e TourMaG.com, 1e

logo TourMaG  




Crise pays du Golfe : le casse-tête kafkaïen des tour-opérateurs

Des clients bloqués en Asie et dans l'Océan Indien


Entre vols supprimés au dernier moment, hubs saturés et politiques de reprotection disparates des compagnies aériennes, les tour-opérateurs spécialisés sur l’Asie et l’océan Indien tentent de rapatrier des centaines de clients bloqués aux Maldives, en Asie du Sud-Est ou aux Émirats. Et le moins que l'on puisse dire, c'est que c'est loin d'être simple.


Rédigé par le Mercredi 4 Mars 2026 à 07:32

Crise pays du Golfe : les tour-opérateurs face à un casse-tête kafkaïen - Depositphotos.com
Crise pays du Golfe : les tour-opérateurs face à un casse-tête kafkaïen - Depositphotos.com
"C'est kafkaïen !"

Cette phrase d'Olivia Calvin, directrice commerciale de Climats du Monde résume la situation dans laquelle se trouve les tour-opérateurs qui ont des clients dont les vols retour doivent transiter par les hubs des Émirats.

Les clients de ce voyagiste spécialistes de l'Asie sont bloqués à Bangkok, Phuket, Manille, Saïgon ou encore Siem Reap... dans toutes les destinations asiatiques desservies par les compagnies du Moyen-Orient, aux côtés de nombreuses autres nationalités.

"C'est notre priorité, nous les assistons à destination", explique Olivia Calvin.

Mais le problème c'est que chaque compagnie aérienne applique sa propre politique de reprotection : "nous agissons donc au cas par cas, en fonction des règles définies par chaque transporteur. Aujourd’hui, l’ensemble du marché mondial reprogramme ses passagers : les vols sont saturés et les disponibilités extrêmement limitées. Il faudrait que les compagnies aériennes assouplissent leurs règles et que l'on puisse reprotéger les voyageurs sur n'importe quel transporteur, cela ne ferait pas tout, mais ça aiderait.

Des voyageurs initialement prévus pour un départ le 1er mars sont ainsi programmés pour un départ le 5, et ceux qui devaient partir le 2 mars, sont reprotégés sur des vols le 8, le 9 ou le 10 mars… i["Nous n’avons pas de boule de cristal : tout dépend de l’évolution de la situation et des capacités que les compagnies parviennent à rouvrir."

Les Maldives, gros point noir pour les tour-opérateurs

Du côté d'Austral Lagons, on vit aussi les même difficultés.

Les clients du voyagistes sont eux coincés aux Maldives, aux Seychelles, au Sri Lanka, en Tanzanie et Zanzibar ou encore aux Émirats.

"C'est très chaud", souffle de son côté Hélion de Villeneuve, directeur général d'Austral Lagons : "L'urgence pour nous, c'est de rapatrier nos clients. C'est notre priorité absolue. Nous les assistons bien sûr sur place. Nous avons commencé à en faire revenir des Seychelles et de Tanzanie. Mais nous sommes loin d'avoir fait rentrer tout le monde".

Mais le véritable problème pour ce spécialiste, ce sont les Maldives.

"Pour les Maldives, ce sont essentiellement des compagnies du Golfe qui opèrent. Quelle que soit la compagnie, la problématique reste la même : la situation est extrêmement complexe.

Nous avons de nombreux clients concernés, ce qui rend la gestion particulièrement délicate. Nous sommes en pleine vacances scolaires, sur une destination qui a le vent en poupe. Nos équipes sont pleinement mobilisées sur le dossier"
, précise Hélion de Villeneuve qui ajoute : "Notre objectif est de rapatrier les voyageurs coutent que coutent. Aujourd'hui c'est le client en premier."

Une gestion des départs à venir complexe

L'autre problématique concerne les départs à venir : "Ce qui complique encore la situation, c’est que nous sommes contraints de les annuler ou de les reporter, alors même que les destinations continuent d’opérer normalement et que, sur place, tout fonctionne.

Les vols sont complets : il est impossible de repositionner les passagers sur d’autres compagnies aériennes faute de sièges disponibles. Nous vivons dans la frustration"
précise Olivia Calvin.

Ce qui complique la tâche des voyagistes c'est que ces vols qui passent par les hubs des Émirats ne sont pas officiellement annulés. Ils sont supprimés au dernier moment, et les autres vols pour des départs très proches affichent complet : "Je mets au défi quiconque de trouver un billet pour partir demain en Asie. Il n’y a pratiquement aucune disponibilité," détaille Olivia Calvin qui est face à une autre difficulté : "celle de modifier les billets retour sans pénalité, c'est kafkaïen !"

Du côté d'Austral Lagons, même scénario. "Nous recherchons des alternatives aux compagnies du Golfe, mais cela devient de plus en plus difficile : les disponibilités sont très limitées. Nous avons pu débloquer quelques situations, mais il reste très peu de places.

Lorsque aucune solution aérienne n’est trouvée, nous proposons des reports vers d’autres destinations, notamment l’Île Maurice pour un certain nombre de clients. Nous faisons le maximum pour préserver les départs et sauver ce qui peut l’être."
précise Hélion de Villeneuve.

Émirats arabes unis : une nouvelle phase d'évacuation des voyageurs

Pour les tour-opérateurs qui ont des clients sur place aux Émirats. C'est aussi le casse-tête. ÔVoyages qui comptait une centaine de clients ce week-end, dont une soixantaine dans son ÔClub de Dubaï a pu faire partir dans la nuit de lundi à mardi, une vingtaine de clients.

"La situation reste compliquée," nous explique Samia Benslimane, CEO d'ÔVoyages. "Nous avons aussi quelques clients sur Dubaï et Abou Dabi, mais c'est très difficile. Nous n'avons pas de solution" ajoute Hélion de Villeneuve.

Il existe bien quelques vols, mais il s’agit principalement de rotations de rapatriement, organisées en priorité par l’Ambassade pour des situations d’urgence.

Lors d’une conférence de presse tenue mardi 3 mars 2026, le gouvernement des Émirats arabes unis a annoncé l’ouverture d’une nouvelle phase d’évacuation des voyageurs. Plus de 80 vols par jour seraient programmés pour une capacité de plus de 27 000 voyageurs.

Selon le brief gouvernemental, la capacité actuelle de l’espace aérien est de 48 vols par heure, avec la possibilité d’augmenter progressivement ce volume dans les prochains jours, en fonction de l’évolution de la situation et des évaluations de sécurité.

"Cela prendra beaucoup de temps de résorber tout cela."

Cependant, ce chiffre est bien trop faible pour pouvoir faire rentrer tous les voyageurs présents sur place dans les meilleurs délais.

Comme l'a expliqué Philippe Pascal, le PDG d’Aéroports de Paris (ADP) sur le plateau de BFM TV, les conséquences du conflit ne se limiteront pas à quelques jours de désorganisation pour le trafic aérien.

Selon lui, même en cas d’amélioration immédiate de la situation géopolitique, il faudra du temps pour reconfigurer les couloirs aériens, réorganiser les rotations d’appareils et rétablir la coopération opérationnelle entre plateformes. Il évoque ainsi "plusieurs jours, voire plusieurs semaines" nécessaires pour normaliser le trafic.

Une analyse partagée par Patrice Caradec, Président du SETO qui expliquait déjà dimanche à TourMaG que "cela prendra beaucoup de temps de résorber tout cela."

Une chose est sûre, les tour-opérateurs sont en cellule de crise depuis samedi. "C'est du non stop depuis les attaques de samedi, nous sommes assaillis" rappelle Olivia Clavin. "Nos journées commencent à 7 h et finissent à minuit depuis 4 jours ! Nous avons annulé nos vacances," ajoute Hélion de Villeneuve.

Un rappel, peut-être à ceux qui pensent que les voyagistes restent les bras croisés.

Céline Eymery Publié par Céline Eymery Rédactrice en Chef - TourMaG.com
Voir tous les articles de Céline Eymery
  • picto Facebook
  • picto Twitter
  • picto Linkedin
  • picto email

Lu 370 fois

Notez

Nouveau commentaire :

Tous les commentaires discourtois, injurieux ou diffamatoires seront aussitôt supprimés par le modérateur.
Signaler un abus




































TourMaG.com
  • Instagram
  • Twitter
  • Facebook
  • YouTube
  • LinkedIn
  • GooglePlay
  • appstore
  • Google News
  • Bing Actus
  • Actus sur WhatsApp
 
Site certifié ACPM, le tiers de confiance - la valeur des médias