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Demain le Tourisme : "C’était mieux avant ?" La nostalgie comme moteur du post-tourisme

Le décryptage de Josette Sicsic (Touriscopie)



Les mois que nous venons de vivre ont ruiné l’industrie touristique mais ont eu un mérite : celui de faire réfléchir grand public, professionnels, chercheurs et autres essayistes aux problématiques majeures de ce secteur et de les porter sur la place publique. Sortis de l’entre-soi, les acteurs du tourisme se sont vus confrontés à leurs clients, lesquels ont été confrontés à leurs paradoxes. Mais ont-ils réalisé que leur paradoxe principal était leur regret du monde non pas d’hier mais d’avant-hier, dont le retour malheureusement n’est pas envisageable ?


Rédigé par Josette SICSIC le Mercredi 29 Juillet 2020

Dans ce monde usé, exagérément mis en tourisme, visité dans ses moindres recoins, la réalité touristique ne correspondrait plus aux imaginaires traditionnels. Le touriste a résolument remplacé le « voyageur ». Le tourisme a remplacé l’exotisme - DR Depositphotos.com, cppzone.mail.ru
Dans ce monde usé, exagérément mis en tourisme, visité dans ses moindres recoins, la réalité touristique ne correspondrait plus aux imaginaires traditionnels. Le touriste a résolument remplacé le « voyageur ». Le tourisme a remplacé l’exotisme - DR Depositphotos.com, cppzone.mail.ru
Dans quelques jours, les écrans de TourMaG.com et de bon nombre de nos confrères s’éteindront.

Le mois d’août, dans la palette de nos référents, est synonyme de vacances. Ceux qui ne sont pas partis, essaieront donc de goûter à quelques jours de ce temps libre inscrit comme un droit dans nos calendriers nationaux.

Avec appréhension pour certains, avec impatience pour d’autres.

Vers quelles destinations ? « Comme on pourra et pas forcément comme on voudra ! ».

L’arbitrage budgétaire a toujours fait la différence entre les choix de vacances. Cette année, il pèsera encore plus lourd sur les décisions, mais il s’accompagnera en plus d’un arbitrage sanitaire, difficile à faire dans la cacophonie des ordres et contre-ordres, des rumeurs, des espoirs, des peurs… et des fermetures de frontières !

Tourisme « année zéro »

Si la destination tend à s’estomper dans les choix de cette année pandémique, les modes de consommation vacancière risquent de s’enrichir de la réflexion sur le tourisme, omniprésente, qui s’est mise à frétiller dans les esprits.

Quel magazine a omis de consacrer soit des numéros spéciaux, soit des dossiers, aux problématiques touristiques ?

Qui n’a pas succombé au désir de questionner l’avenir de notre secteur comme nous nous sommes empressés de le faire, notamment avec la création du groupe Facebook « Demain le tourisme » ?

Ainsi, le magazine Le 1 du 8 juillet a titré sur « Réinventer les vacances » en référence à un ouvrage ancien de Jean Viard. Et c’est à l’anthropologue Jean-Didier Urbain que fort légitimement, a été confiée la réflexion principale, intitulée « Le tourisme de masse est en crise ».

Le Figaro a aussi titré un peu à la va vite sur « Un ( nouveau) monde sans touristes » tandis que, pour n’en citer que quelques uns, Le Monde diplomatique a consacré un dossier à un tourisme année Zéro.

Tout comme le très bon magazine Socialter qui a titré sur cette « année zéro » que 2020 pourrait constituer pour le secteur touristique.

Une année en fait du grand recommencement, comme l’a été l’année 1945 pour l’Allemagne, dans le film culte de Roberto Rossellini. Mais de quel recommencement s’agit-il ?

« L’année zéro » c’est l’année d’avant-hier ?

En dehors des articles désormais traditionnels sur le tourisme responsable, durable, éthique, solidaire, la plupart des articles constituent une remise en question ou une attaque en règle comme les excès du tourisme contemporain.

En lisant sur les lignes ou entre les lignes, le discours est plus ou moins le même : c’est le tourisme des années cinquante, soit des tout débuts de l’époque touristique moderne, qui semble le plus conforme à ce que nous recherchons aujourd’hui.

Ainsi, un journaliste du New York Times se lamente : «  Je me souviens d’un Paris plus ancien que j’ai connu enfant : une tête de cheval sculptée annonçait une boucherie et on avait plus de chances de trouver du céleri rémoulade au coin de la rue que des sacs à main à 25 000 € pour touristes…  »

D’autres se laissent bercer par le souvenir des trains de nuit, des petites criques sentant bon la Costa Brava, des premiers départs en avion, des « horizons lointains » que vendaient les agents de voyages à une clientèle élitiste, des premiers Club Med où l’on faisait des crazy signs !

« L’année zéro » doit être verte

On s’enthousiasme aussi beaucoup sur l’attrait d’une nature intouchée avec laquelle se reconnecter au son d’un nouveau concept philosophique (il en faut), celui de « résonance » (Hartmut Rosa) tout en évoquant un « droit d’accès à la nature » tel que pratiqué en Norvège et aux USA.

Mieux, on évoque abondamment la nécessaire diminution de l’aérien, source d’une grande partie des nuisances touristiques, et l’on souligne fort justement la nécessité de sortir du modèle de développement basé sur la mono activité touristique pour en finir avec les problèmes de saturation notamment dans les stations littorales et de montagne.

Evidemment, à l’unanimité, on confirme que « l’année zéro » doit être verte car, on l’aura bien noté, sans vision et stratégie durables, le tourisme a peu de chances de poursuivre sa glorieuse carrière.

Quant aux verbatims récupérés sur notre groupe Facebook, ils disent également tous en filigrane que le tourisme d’hier dans le monde d’hier était nettement plus attractif que celui d’aujourd’hui avec ses milliards de touristes étrangers et nationaux !

Tous nostagiques !

Dans ce monde usé, exagérément mis en tourisme, visité dans ses moindres recoins, la réalité touristique ne correspondrait donc plus aux imaginaires traditionnels.

Le touriste a résolument remplacé le « voyageur ». Le tourisme a remplacé l’exotisme.

L’essayiste Rodolphe Christin (auteur du « Manuel de l’antitourisme » a même analysé le personnage de l’ « Exote », créé par l’écrivain voyageur Victor Segalen, pour inviter à l’urgence de « désaménager le monde afin que des individus motivés puissent encore accéder avec parcimonie et respect à des lieux et êtres inacessibles » !

En bref, il reprend une idée très répandue, selon laquelle moins de touristes serait la garantie d’un tourisme de qualité, permettant aux plus éduqués de profiter de la richesse du monde et de sa diversité…

Lui, comme d’autres en appellent donc à la nostalgie, ce sentiment étrange qui nous fait regretter un passé idéalisé et nous morfondre sur nos paradis perdus, dissous dans la mondialisation et le libéralisme.

Une émotion tellement humaine et partagée que le tourisme, d’ailleurs, l’a exploitée en proposant des tours de la Russie soviétique, du Cuba révolutionnaire, des villages reconstitués à l’ancienne, des quartiers de San Francisco hantés par le souvenir de l’époque hippie !

Sortir de la monoculture touristique en évitant les excès

Josette Sicsic - DR
Josette Sicsic - DR
Mais, la nostalgie d’un monde révolu ne peut lutter contre les succès de la démocratisation du voyage qui a fait de l’industrie touristique une industrie prospère et créatrice d’emplois.

Par ailleurs, comment envisager d’avoir moins de touristes alors que le monde de demain comptera 10 milliards d’habitants (contre 2 millions et demi dans les années cinquante) ?

Sauf cataclysmes, la démographie faiblira mais nous ne ferons pas de bond en arrière permettant de raser des stations de ski, des hôtels, une partie des aéroports… comme le souhaitent inconsciemment tous ces touristes pleins de paradoxes qui veulent à la fois l’excitation de la découverte, le plaisir de l’isolement, la distinction sociale et surtout leur sécurité personnelle.

Plus je lis les travaux de chercheurs et essayistes, plus je m’inquiète sur l’irréalisme des propositions pour demain quand celles-ci vont majoritairement dans le sens d’une reconstitution du monde d’hier.

Non, le tourisme de demain, ce sera sans doute moins d’avions : tant mieux ! Moins de paquebots dans les villes portuaires : tant mieux aussi. Des voitures moins polluantes, des vélos… Parfait !

Mais, ce sera toujours autant, voire plus, de partants et autant d’hébergements, d’équipements de loisirs de plein air, de musées, restaurants, routes… gérés différemment, légèrement modifiés dans leur concept, mieux adaptés à une demande en évolution.


Mais à peine, car je crois aux invariants, surtout dans le domaine du loisir : marcher, bouger, s’amuser, se restaurer, danser, se détendre, découvrir, partager, se retrouver… continueront d’animer les envies de tourisme.

Donc, in fine, le tourisme changera, mais à petits pas...

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Les décryptages et analyses de TOURISCOPIE sur TourMaG.com

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Contact :
touriscopie@gmail.com

Pour aller plus loin, réécoutez le débat "Le tourisme a-t-il de beaux jours devant lui ?" sur RFI du 12 juin 2020, auquel Josette Sicsic a participé : www.rfi.fr/fr/podcasts/20200612-le-tourisme-a-t-il-beaux-jours-devant-lui


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1.Posté par Bret bruno le 30/07/2020 18:14 | Alerter
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Formidable texte !
En effet, le tourisme de demain sera seulement plus authentique (différenciation) pour plus de monde (démocratisation) mieux réparti dans le temps et l’espace !
Quant à ses formes elles garderont une segmentation suivant les centres d’intérêt.
La seule tendance qui semble se confirmer est l'élargissement du segment « à la recherche de sens » et « à la recherche d’interactions » ce qui va exiger des équipements différents

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