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Didier Tappero (Aircalin) : "Nous ne pourrons pas vivre éternellement cloisonnés !"

Entretien avec le PDG d'Aircalin



Alors que la Nouvelle-Calédonie a étendu la suspension des vols (hors réquisitions) jusqu'au 27 mars 2021, Didier Tappero, à la tête d'Aircalin, fait le point avec nous sur les mesures mises en place pour assurer la survie de sa compagnie.


Rédigé par le Dimanche 20 Septembre 2020

"L’incertitude est totale, surtout avec les pays voisins que sont l’Australie ou le Japon, nos deux marchés les plus importants après la France" - DR
"L’incertitude est totale, surtout avec les pays voisins que sont l’Australie ou le Japon, nos deux marchés les plus importants après la France" - DR
TourMaG.com - Pouvez-vous d’abord nous faire un point sur les conditions d’entrée en Nouvelle-Calédonie, puis sur vos activités en cette rentrée ?

Didier Tappero : Pour entrer sur le territoire calédonien, un régime de quatorzaine obligatoire est en place jusqu’à fin mars 2021, seulement pour les résidents calédoniens qui reviennent.

Nous n’acceptons des passagers qu'à condition qu’ils soient sur une liste établie par le gouvernement. C’est le gouvernement qui gère les flux de passagers.

Notre programme est fait pour l’instant avec trois vols hebdomadaires sur Tokyo, dont un seul avec passagers, les deux autres étant réservés au cargo.

Deux autres vols par semaine, cargo aussi, sont opérés sur Sydney. Nous venons enfin de remettre en place deux vols commerciaux par semaine sur Wallis-et-Futuna.

Nous vivons une gestion très stricte, mais le dispositif sanitaire fonctionne très bien puisqu’aucun cas local n’a été recensé en Nouvelle-Calédonie et à Wallis-et-Futuna.

TourMaG.com - Seulement un vol par semaine permet aux passagers de se rendre sur le territoire calédonien, contre sept à dix fréquences par semaine d’ordinaire. Quels taux de remplissage constatez-vous et est-ce que tous vos avions opèrent en ce moment ?

Didier Tappero :
En moyenne, nous accueillons 150 passagers par vol, du trafic affinitaire en immense majorité. Nos deux A330neo volent, modérément. Du côté de nos A320, nous avons réduit la voilure, un seul vole actuellement.

20% de réduction d'effectifs

TourMaG.com - Comment avez-vous fait face économiquement ces derniers mois ?

Didier Tappero : Evidement, la situation est difficile. Nos bons résultats ces dernières années nous ont d’abord permis d’attaquer cette crise avec une trésorerie solide.

Puis nous avons pris la mesure des événements très rapidement, avec le report de la livraison d’un nouvel Airbus A320neo de début 2021 à fin 2023, puis la suppression de nos vols sur Osaka et Melbourne.

Ensuite, en interne, nous avons réduit de 20% la masse salariale par des non-renouvellements de CDD, le gel des embauches et des augmentations, la baisse des rémunérations pour l’ensemble du personnel, le chômage partiel, la souscription d’un prêt garanti par l’état à hauteur de 25% de notre chiffre d’affaires.

Un plan de départs volontaires est enfin en cours de traitement. Il prévoit une réduction de 20% de nos effectifs, les accords ont été signés avec les représentants PNC, PNT et sol.

TourMaG.com - Cet ensemble de mesures vous permet-il d’envisager un peu plus sereinement l’avenir proche ?

Didier Tappero : Il nous reste quelques éléments à régler. Nous sommes en attente d’une réponse pour assouplir les dispositions de la défiscalisation obtenue pour l’achat de notre nouvel A320neo.

Si l’on arrive à lever ce dernier point d’inquiétude, nous arriverons jusqu’à la fin de l’année, j’ai envie de dire, "sans trop de problèmes".

Ensuite, la question de la date de reprise se pose. L’incertitude est totale, surtout avec les pays voisins que sont l’Australie ou le Japon, nos deux marchés les plus importants après la France.

49% de notre chiffre d’affaires vient du marché local, 51% des marchés extérieurs…

Adapter le transport aérien

TourMaG.com - Quid des remboursements de billets ?

Didier Tappero :
Nous avons préféré proposer des avoirs.

Il fallait être clair : pour rembourser, la sortie de trésorerie aurait été de l’ordre de 20% du chiffre d’affaires, cela aurait été dramatique.

Une loi locale est en cours de discussions pour faciliter la politique de report de billets. En attendant, nous proposons des avoirs sans frais jusqu’à un an, nous sommes assez flexibles.

TourMaG.com - Quel soutien vous apporte le gouvernement de Nouvelle-Calédonie, actionnaire de la compagnie ?

Didier Tappero :
Il soutient la compagnie à travers deux dispositifs : le chômage partiel et le programme de vols réquisitionnés, avec un prix du vol garanti, et il n’y a pas de vols à perte. Cela nous permet de voler un minimum.

Il n’y a pas de forme directe de subvention, mais c’est une bonne formule pour nous.

TourMaG.com - Quel est votre sentiment sur les semaines et les mois à venir, et, plus globalement, sur l’avenir du secteur ?

Didier Tappero :
Je lisais à l’instant le courrier désespéré du patron de IATA qui appelle les gouvernements à lever les quatorzaines. Les subventions et aides diverses auront leurs limites, il faut envisager une reprise.

La crise répond à des logiques objectives mais sa durée est très préoccupante, si l’on doit tenir plus d’un an et perdurer, il nous faudra des aides beaucoup plus importantes.

Dans l’incertitude actuelle, il nous faut réfléchir à comment adapter le transport aérien aux nouvelles mesures.

J’ai connu la montée progressive des mesures de sûreté, le secteur a appris à faire avec, s’est adapté et structuré.

Sans doute qu’en matière sanitaire, il y a le même type d’adaptation à avoir, en comptant sur un peu de cohésion entre les gouvernements. Nous ne pouvons en aucun cas vivre éternellement cloisonnés.

Pierre Georges Publié par Pierre Georges Journaliste - TourMaG.com
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Commentaires

1.Posté par Bucaille patrick le 21/09/2020 08:42
Il est vrai que nous ne pouvons pas continuer à vivre de la sorte. Les médiats et l‘’état français ainsi que tous les pays sont à l’origine de cette situation. Nous avons été classes zone rouge, plus aucune demande. C’est scandaleux.

2.Posté par Pierre le 21/09/2020 09:20
Ils auraient pu s’inspirer de la Polynésie française en matière de régulation et d’ouverture ! Au lieu de cela ils proposent des avoirs sur des billets Papeete / Nouméa à des clients continentaux dont le voyage ne se refera pas l’année prochaine ! Quand on a un aussi petit réseau , ce n’est pas pratique les avoirs , il faudra à terme rembourser les billets quand il y aura reprise des vols . D’autre part 150 clients par semaine ! La fonction publique française en poste la bas ! Donc des billets en majeure partie payés par l’état .

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