TourMaG.com, 1e TourMaG.com, 1e

logo TourMaG  




Laurent Magnin : "Les tour-opérateurs, des frères et sœurs que j'ai envie d'aider"

L'interview Laurent Magnin, Président de MAG-M2C PARTNERS


L’ex-PDG de La Compagnie et d’XL Airways reste un observateur avisé du transport aérien et revient dans le monde du voyage pour conseiller les tour-opérateurs. Franc-parler intact, acteur et observateur avisé du transport aérien et du tour-operating, Laurent Magnin, Président de MAG-M2C PARTNERS s’est confié à TourMaG.com et nous parle de ses projets.


Rédigé par le Lundi 18 Mai 2026 à 07:37

Laurent Magnin : "Les tour-opérateurs, des frères et sœurs que j'ai envie d'aider" - Photo CH
Laurent Magnin : "Les tour-opérateurs, des frères et sœurs que j'ai envie d'aider" - Photo CH
On disait souvent de lui, au sein du secteur de l’aérien, qu’il était une grande gueule.

Souvent avec sa casquette XL Airways vissée sur sa tête, il parlait franc et se battait pour faire exister, en France, d’autres compagnies françaises que celles du géant Air France - KLM.

La chute d’XL Airways en 2019 a éloigné quelque peu Laurent Magnin des micros et des projecteurs. Il a toujours, cependant, des choses à dire au sujet du transport aérien et souhaite aussi, désormais, faire profiter le monde du tour operating de son expérience, conseiller et savoir appréhender les situations difficiles à travers la structure MAG-M2C PARTNERS.

À l’occasion du traditionnel déjeuner des décideurs de l’aérien organisé par APG, TourMaG lui a tendu le micro.

Le pavillon français après l'aventure XL Airways.

TourMaG – En 2019 XL Airways, compagnie « loisirs » française disparaissait. Depuis le transport aérien s’est réorganisé, le vide laissé a été comblé, quel est votre regard sur le pavillon français ?

Laurent Magnin : Le vide, il est toujours comblé. AOM/Air Lib disparait début 2000. Une flotte de 30 avions et que s’est-il passé ? Air France et Corsair ont immédiatement répondu en capacité. Air Caraïbes est arrivé et Air Austral est montée en puissance. XL Airways a été remplacée comme toutes les compagnies avant elle…

La particularité d’XL Airways c’est d’avoir été une compagnie qui ne dépendait pas de la desserte DOM contrairement aux autres compagnies long-courriers françaises. Mon équipe était dans une énergie formidable avec deux ou trois ouvertures de lignes par an pendant 14 ans de ma présidence. Un pont aérien avec les tour-opérateurs français sur la République dominicaine, 14 vols par semaine, les Maldives, le Mexique, Cuba…

Et puis avec la chute pressentie des vols affrétés par les TO, la décision stratégique majeure de foncer sur le régulier avec les USA. Les 5 villes majeures ouvertes en trois ans, magique, même Las Vegas ! Phuket et la Chine suivront. Et puis connaissant parfaitement la desserte des DOM avec mon passé Corsair, je constate que Air Caraïbes et Corsair sont en code-share sur les Antilles, et je me dis que donc avec Air France il n’ y a que deux compagnies non ? Alors on y va en 2012.

Mes chers concurrents annoncent mon dépôt de bilan pour dans l’année avec nos tarifs. Bon il aura fallu attendre 7 ans pour voir ça et en attendant, mes amis des Antilles et de la Réunion vont pendant des années profiter de la pression concurrentielle d’XL.

TourMaG – Une belle trajectoire, mais brisée par la liquidation en 2019...

Laurent Magnin : Un vrai drame humain, le plus grave c’est de ne plus aller le matin vers une énergie commune partagée par plein de gens dans un métier génial. Dans le métier que je fais d'accompagnement de dirigeants. Je me dis que cet échec me sert beaucoup. Ils me le disent du reste. L’adage qui dit qu’on apprend plus dans l’échec que la réussite j’y crois beaucoup.

Avoir été en situation d'échec, c’est aussi pouvoir dire aux gens qu'on accompagne « Je n’ai pas envie que vous viviez ce que moi j’ai vécu, monter sur une chaise au tribunal devant les 700 salariés de votre entreprise et leur dire "voilà on a perdu notre travail" ».

TourMaG – Nous l’avons évoqué, peut-on dire que c’est French Bee qui a comblé le vide XL Airways ?

Laurent Magnin : Complètement et aucun doute, French Bee a totalement sa place. Et je dirais même plus, elle est indispensable dans le paysage. D’autre part, comme le Corsair du passé, il faut les plus gros avions pour faire des prix bas au siège sans perdre de l’argent, le reste c’est de la littérature. L’Airbus A350-1000 est un avion parfait.

Les Dubreuil sont les meilleurs actionnaires de l’aérien français dans les 20 dernières années. Le précédent c’est Jacques Maillot avec Nouvelles Frontières et Corsair. Des gens courageux avec leur propre argent. Je respecte profondément cela. Des gens qui n’ont pas été aidés ou si peu, dans un environnement aérien français qui ne comprend rien à la pression concurrentielle de l’aérien mondial.

Jean-Paul Dubreuil a regardé le dossier XL Airways avant de faire French Bee. Il y a eu des discussions extrêmement poussées. Un XL Airways qui pouvait devenir la branche low cost du groupe Dubreuil. Ça n'a pas eu lieu c’est la vie. Jean-Paul Dubreuil est dur et moi je déteste avoir un patron…(rires).

Plus sérieusement le dossier était difficile avec les problèmes invraisemblables d’actionnariat d'XL. Je dirais modestement que je pense que le dossier XL a probablement un peu inspiré Jean-Paul Dubreuil et Marc Rochet pour French Bee. Tant mieux pour l’aérien français.

TourMaG – En France, il y a cette situation particulière. Un géant, le groupe Air France – KLM et à côté des « petites compagnies » ?

Laurent Magnin : Le géant Air France est logique, ce qui est illogique c’est la taille des compagnies françaises. Nous sommes dans le premier pays incoming de la planète ! La flotte française devrait être du double, en tout cas en moyen-courrier c’est certain. On a raté le tournant low cost, et je n’imagine pas si nous n’avions pas eu Transavia…

TourMaG – Ces compagnies ont cependant plutôt bien évolué et su se réinventer, La Compagnie que vous avez dirigée par exemple.

Laurent Magnin : La Compagnie c’est différent. Nous sommes dans l’ultra-niche, mais c’est un beau et vrai créneau. Président pendant 3 ans (à l'époque Laurent Magnin était président de La Compagnie et de XL Airways), j’ai démissionné « en live » devant mes salariés au tribunal de commerce de Bobigny en 2019. On ne me l’avait pas demandé. Mais insupportable pour moi d'imaginer mon équipe, XL Airways, 700 salariés, allaient partir au chômage et que j'allais rester président de La Compagnie !!

La Compagnie a été créée avant mon arrivée. Elle était dans un état absolument dramatique.

Deux Boeing 757 entièrement en business qui tombaient en panne tous les 15 jours, un à Londres et l’autre à Paris. Des pertes très importantes. Oui, on a œuvré pour la redresser avec Christian Vernet. On a commandé des avions neufs 321neo. Christian assure une belle continuation et La Compagnie va bien.

TourMaG – Vous êtes aussi passé par Corsair*.

Laurent Magnin : Je n’y suis pas passé !!! J’y suis entré à 22 ans en 1981 non déclaré pendant 6 mois et j’ai arraché ma première feuille de paye un 1er avril en 1982 !! Dix avec une famille corse, c’était CORSE-AIR puis Nouvelles Frontières et Jacques Maillot, la rencontre de ma vie. Je suis entré, nous étions 30, je suis parti nous étions 2000 salariés. Une histoire folle, une des plus belles de l’aviation privée française. La compagnie a changé et ce n’est plus la même époque.

TourMaG – Avec cependant un autre produit.

Laurent Magnin : Oui Pascal de Izaguirre fait le pari de la montée en gamme, comme Henri Giscard d’Estaing avec le ClubMed finalement ! Une compagnie qui a 40 ans ne peut pas jouer sur les coûts comme une nouvelle compagnie. Je me dis toujours que la montée en gamme vise aussi à coller aux coûts, pas illogique en stratégie.

Mais il ne faut jamais oublier qu'une partie des peuples ne voyage pas avec la montée en gamme. C'est factuel, si elle implique des tarifs plus hauts, ils ne peuvent pas se la payer. D’où la nécessité d’avoir une pluralité de l’offre, particulièrement avec les DOM qui ont absolument besoin de tarifs le moins élevés possible.

TourMaG – Sur ce marché loisirs que vous connaissez bien, comment voyez-vous l’évolution de Transavia ?

Laurent Magnin : Un point juste avant d’y répondre. Le groupe Air France avec Anne Rigail et Nathalie Stubler a fait un vrai travail de reprise de personnel navigant XL. Je souhaite leur dire à quel point je les remercie pour ça. Du reste, je prends essentiellement Transavia quand je voyage, ma famille aussi.

Transavia était indispensable au Groupe Air France, décision prise avec retard, car Air France n’a pas cru au low cost pendant longtemps et nos amis du SNPL étaient contre le fait d’y aller. Je ne parle même pas du contrôle syndical sur la taille de la flotte et de la très grosse erreur d'interdire à Transavia de faire des bases en Europe, ce qu'ont fait TOUTES les compagnies low cost majeures. Ce n’est pas une erreur de la direction d'Air France.

Transavia reste dans une perspective économique complexe sur un marché très largement occupé par Ryanair, par EasyJet et toutes ces compagnies avec des flottes de 400/500 appareils. Mais l’outil est indispensable. Ce que ne comprennent pas les politiques français dans leur grande majorité, c’est que le matin où une compagnie arrête de desservir la France ça prend 5 minutes alors qu’une compagnie française basée ne fait pas ça. Actuellement Ryanair plante entièrement des aéroports en province sous prétexte des taxes (la manie française permanente).

Des aéroports qui se sont défoncés pour accueillir la compagnie et qui lui ont fait gagner de l’argent. Les politiques français doivent prendre acte de ça. Les compagnies françaises c’est un outil majeur, indispensable, stratégique. Et au lieu de leur filer de l’argent quand elles vont mal, on ferait mieux de les aider à aller bien en amont !!!

L'échec des assises du transport aérien

TourMaG – Abordons le sujet de la fiscalité, les taxes. Peut-être que la grande gueule que vous êtes toujours va se faire entendre ?

Laurent Magnin : J'ai été vice-président de la FNAM et président du SCARA, un boulot passionnant au centre des préoccupations de l’aérien français. En 2018, nous avons fait des "assises du transport aérien" sous la tutelle d'Elisabeth Borne.

Nous avons travaillé comme des fous sur ce qui nous tenait vraiment à cœur et qui fragilise depuis toujours le transport aérien français. 15 jours après, pas un ou six 6 mois après, Elisabeth Borne annonce une nouvelle taxe sur le transport aérien.

Nous avons cru nous étouffer. On dit que j'ai une grande gueule, peut-être, mais  j’ai pété un câble". Je suis passé à un 20h en disant que j’avais maintenant la certitude que nos politiques ne comprenaient pas nos problèmes et que nous avions fait des assises pour rien.

Le pavillon français a besoin de pluralité

TourMaG – Air France cependant a réussi à se redresser et revenir à la rentabilité. Quel est votre regard à ce sujet, la stratégie Air France, sa montée en gamme ?

Laurent Magnin : Intéressant Ben Smith, dans la mesure où il n'est pas Français, mais Canadien, je ressens une liberté de ton par rapport aux décisions de l'État. Je me souviens d’un PDG Air France qui disait : « Si je me plains d’une taxe décidée par l'État à 14h, j'aurai un appel à 16h de Bercy pour me rappeler par qui j’étais nommé ».

Ben Smith critique ouvertement les taxes et certaines décisions qui fragilisent Air France. Sur la montée en gamme, il a raison. À l’échelon Worldwide une compagnie comme Air France ne peut que proposer un des meilleurs produits. Des compagnies font le travail d'un tarif plus bas. Mais pour que le pavillon français vive avec ce qu'il a en face de lui, il faut une pluralité de produits d’offres et de fréquences. C’est indispensable.

Un lien très fort avec les T.O

TourMaG – Abordons votre activité actuelle de conseil et particulièrement auprès des tour-opérateurs avec votre récente adhésion au SETO. Que souhaitez-vous faire ?

Laurent Magnin : J’ai un lien très fort avec les tour-opérateurs. Directeur commercial de Corsair ou PDG de XL sur une durée totale de 45 ans, j’ai vécu avec eux. Je me suis énormément dédié à leurs plans de transports, à leur écoute, à leur volonté de développement, à leurs problèmes aussi.

Je souhaite les aider sur la gestion de crise parce que le sujet n’a jamais été autant d’actualité hélas… Et puis j’ai quand même été Président d’Héliades pendant 14 ans avec 100.000 clients par an ! Donc je connais ce métier profondément. J’ai même été agent de comptoir pendant deux ans fin des années 70… !!

TourMaG – Qu’allez vous faire concrètement avec le SETO ?

Laurent Magnin : Mon objectif sur la gestion de crise consiste à partager les clés de celles de l’aérien. D’apporter un service qui profite à l’ensemble des acteurs du Seto. Nous sommes en ligne avec Patrice Caradec (Président du SETO ndlr) qui représente vraiment la dimension humaine de ce métier du tourisme.

On doit être au rendez-vous des crises, chaque acteur dans son entreprise en organisation, et en commun sur les problèmes majeurs. Ce que je remarque souvent c'est la capacité d'un certain nombre d'entre nous à sortir du bon sens quand un évènement nous percute.

TourMaG – Justement il y a eu une crise sérieuse récemment avec des clients bloqués en Asie, au Moyen-Orient, des avions difficiles à trouver…

Laurent Magnin : Sur ce qui s’est passé, il faut rappeler que des tour-opérateur comme FRAM - Karavel et NG Travel, ont dépensé beaucoup pour ramener les clients, une vraie prise de responsabilité. J’ai toujours dit à mes amis TO : vous ne faites pas comprendre aux gens à quel point vous les protégez dans leurs voyages et leurs vacances. Des acteurs en ont apporté la preuve. Cyrille Fradin (Président du groupe FRAM, NDLR) a d’ailleurs trouvé l’image à ce sujet lorsqu’il a dit :

... Il y a ceux qui avaient voyagé avec le groupe FRAM et qui sont revenus à bord des avions que nous avons affrétés pour les ramener en France. Et il y a ceux qui sont partis avec des solutions propres. Ils ont pris leur hébergement, leurs prestations, leurs vols. Ils ont racheté des billets à 4 000 euros l’aller simple. Cette crise montre l'importance du métier de voyagiste.

Nous ne faisons pas un métier comme les autres, avec 24 heures sur 24 des gens que l’on transporte, qui voyagent avec nous. Certains d'entre eux, bien sûr, ont déjà une organisation. Et ce sont des amis. Je les connais.

La proposition que je fais en tant que partenaire du SETO, « n’oubliez pas que l’aérien est un cran au-dessus en termes de gestion de crise, aussi parce que c’est totalement réglementaire »

Avec Laurence (Laurence Clerté, Directrice générale MAG-M2C PARTNERS, ndlr), qui a géré pendant 14 ans toutes les crises aériennes à mes côtés, nous espérons pouvoir amener à grimper un seuil d'organisation dans la gestion de crise des tour-opérateurs français. C'est mon vœu en toute modestie.

TourMaG – Quels sont selon vous les points de vigilance et les améliorations à apporter quant à la gestion de crise ?

Laurent Magnin : Dans les crises et dans l'aérien j'en ai vécu un nombre certain, ça entraîne presque inévitablement une désorganisation de l'entreprise. Or une entreprise n'a pas envie d’avoir des surprises dans ces moments-là !

Découvrir le comportement de nos équipes, quels sont les rôles assignés. Moi, je suis très surpris de voir que dans certaines entreprises en cas de pépin on ne sait pas qui va parler, un dirigeant qui donne le sentiment d’avoir l’empathie d’une huitre (j’en connais… rires) ou la meilleure personne de l’équipe pour le faire ?

Faire un point complet de votre situation, où vous en êtes au niveau de la gestion de crise. Est-ce que vous avez un manuel de crise ? Est-ce que vous avez des gens qui sont formés ? Est-ce que vous avez fait des tests et une simulation de crise en interne avec vos équipes ? Tout cela, oui, je pense que ça a beaucoup de sens. Les tour-opérateurs, ce sont des frères et des sœurs, que j'ai envie de voir le plus possible en sécurité en cas de problème. Et puis ça fait plaisir aux assureurs quand les entreprises sont calées sur le sujet…

Un message pour conclure

Nous avons un métier qui est magnifique et qui me colle encore à la peau parce qu’il y a une mission. Nous réunissons les peuples au milieu des fanatiques d’un nationalisme qui entraine, souvent, historiquement, à la guerre. La montée du nationalisme c’est l’avant « première et deuxième guerre mondiale ». Les TO, les agences, les compagnies aériennes, NOTRE MESSAGE « continuez à voyager, vous avez les clés de la baisse d'intensité nationaliste finalement » et puis une phrase que j’aime à dire : VOYAGER ÇA REND MOINS CON.


* Directeur Commercial-Marketing-Programme 1982 à 2004.

Christophe Hardin Publié par Christophe Hardin Journaliste AirMaG - TourMaG.com
Voir tous les articles de Christophe Hardin
  • picto Twitter
  • picto Linkedin
  • picto email

Lu 386 fois

Notez

Nouveau commentaire :

Tous les commentaires discourtois, injurieux ou diffamatoires seront aussitôt supprimés par le modérateur.
Signaler un abus



































TourMaG.com
  • Instagram
  • Twitter
  • Facebook
  • YouTube
  • LinkedIn
  • GooglePlay
  • appstore
  • Google News
  • Bing Actus
  • Actus sur WhatsApp
 
Site certifié ACPM, le tiers de confiance - la valeur des médias