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Olivier Kervella : "échouer, c’est aller de l’avant !"

L'interview "je ne vous ai rien dit..." par Dominique Gobert



Nouvel invité de ce « divan », Olivier Kervella a plutôt tendance à écouter qu’à parler. Discret, attentionné, il ne voulait pas être entrepreneur. Passionné de kite surf, grand sportif, il n’aime pas perdre mais fait tout ce qui est en son pouvoir pour réaliser ses rêves. Il aurait aimé devenir un grand psychanalyste, il est devenu voyagiste… par hasard. Encore un moment passionnant, même si, faute de place et de temps, nous avons dû raccourcir cet entretien…


Rédigé par le Mercredi 22 Mai 2019

Olivier Kervella : "Monter sa boite ? J’ai trouvé ça génial et durant le vol de retour, qui durait très longtemps, je me suis dit qu’il fallait que je monte ma propre boite. C’est assez rigolo d’ailleurs, parce que beaucoup de décisions importantes, je les ai prises dans l’avion." - DR
Olivier Kervella : "Monter sa boite ? J’ai trouvé ça génial et durant le vol de retour, qui durait très longtemps, je me suis dit qu’il fallait que je monte ma propre boite. C’est assez rigolo d’ailleurs, parce que beaucoup de décisions importantes, je les ai prises dans l’avion." - DR
TourMaG.com - Olivier Kervella, qui êtes-vous ?

Olivier Kervella :
Question passionnante ! Ça fait des années que j’essaie de savoir qui je suis. Mon sentiment est que l’on ne sait jamais vraiment qui on est.

Et comme nous sommes dans cette thématique que vous avez instaurée du « Divan », le seul moyen de savoir est de s’y allonger et d’aller voir un psychanalyste, en l’occurrence Dominique Gobert… (Rires).

En ce qui me concerne, je ne suis jamais allé voir un psy, même si depuis mon plus jeune âge, je suis fasciné par la psychanalyse. Mon père était, est toujours psy. Il a 83 ans et il travaille encore !

Moi, je n’ai jamais voulu franchir le pas, donc je ne sais pas réellement qui je suis. Tout ce que je sais, c’est que tout au long de ma vie, j’ai toujours eu beaucoup de passions, beaucoup d’envies, beaucoup de désirs et j’ai toujours fait le maximum pour transformer ces désirs, ces passions en projets.

Si vous me posez la question, je crois être un homme de projets et je fais toujours tout pour les mener à bien. Je pense que c’est comme ça que je suis devenu entrepreneur. Même si à la base, je n’avais rien à voir avec ce métier : il y a quarante ans, je ne savais même pas ce que c’était.

"J’arrive à vivre avec mes contradictions"

TourMaG.com - Passionné de psychanalyse, né dans une famille de psy, pourquoi ne pas avoir franchi le pas… du divan ?

O.K. : Parce que je pense que si on va voir un psy, on risque d’ouvrir la boite de Pandore ! Et plein de choses peuvent sortir… Alors oui, au final, ça aide, mais il y a une grosse période déstabilisante.

Pour en avoir discuté avec mon père, une analyse peut durer plusieurs années, c’est très éprouvant…

Moi, j’arrive à vivre avec mes contradictions (on en a tous) et je trouve que cela ne sert à rien d’ouvrir cette boite de Pandore. Parfois, ça peut vous transformer mais pas nécessairement dans le bon sens…

TourMaG.com - Vous en éprouvez une sorte de crainte ?

O.K. : Non, c’est lié au fait que je me rends compte, malgré les contradictions que je peux avoir, que j’arrive à bien vivre avec ça. En fait, je crois que je n’en ai jamais eu besoin. Mais cela m’a toujours fasciné en tant que matière.

Etant gamin, je lisais pas mal de bouquins, Freud notamment, j’avais 15-16 ans. Plus jeune encore, j’avais envie de « faire » médecine afin d’être psy.

Mais je me suis rendu compte que médecine, c’était beaucoup d’études… et j’étais assez fainéant !

Je vivais à Toulon, ce qui m’intéressait c’était la planche à voile et les sorties avec les potes.

Je suis devenu entrepreneur par hasard !

Olivier Kervella à droite avec ses associés. Ils ont lancé LingOfoly’s un jeu pour apprendre les langues - DR
Olivier Kervella à droite avec ses associés. Ils ont lancé LingOfoly’s un jeu pour apprendre les langues - DR
TourMaG.com - Quand vous parlez de vos contradictions, vous les connaissez ?

O.K. : Non, pas vraiment. Je pense que nous avons tous des contradictions. On veut à la fois réussir mais on a peur de l’échec. Finalement, je me rends compte que dans la vie, les éléments les plus positifs ont été les échecs.

En fait, on a peur de l’échec, parfois on a peur de se lancer dans des projets par crainte de ne pas réussir et pour finir, échouer, c’est un moyen d’aller de l’avant !

TourMaG.com - C’est par crainte de l’échec que vous êtes devenu entrepreneur ?

O.K. : Non, pas du tout. Je suis devenu entrepreneur par hasard. Je vivais à Toulon, tranquille, passionné de sport, sans grande passion pour les études.

En Terminale, j’étais au ski durant des vacances, j’ai rencontré une Parisienne : coup de foudre complet, elle était jolie, intelligente, marrante et en plus elle était parisienne. Pour moi, le petit Toulonnais à l’accent à couper au couteau, c’était le top et je l’ai suivi à Paris.

Mais il fallait que je trouve quelque chose au niveau études qui n’existait pas à Toulon : j’ai trouvé une « prépa » à l’Ecole de Commerce. Je me suis inscrit, j’ai été admis et je suis parti à Paris.

Manque de chance, au bout de trois semaines, ma copine m’a largué ! J’étais seul à Paris, je ne connaissais personne, je me suis mis à bosser comme un fou et j’ai réussi, en deux ans, à entrer à l’ESSEC alors que je ne venais vraiment pas à Paris pour ça.

Je pense que la vie est faite de rencontres. Je crois aussi qu’il faut vraiment forcer le hasard.

Je suis donc rentré à l’ESSEC, sans vraiment savoir ce que je voulais faire et puis j’ai eu le déclic. A 20 ans, je suis parti en stage en Australie, pour y faire la promotion des champagnes français. C’était très dur, parce qu’à l’époque, l’Australie était le seul pays ou les vins mousseux bénéficiaient de l’appellation « Champagne ».

Moi, je bossais pour Lanson Pommery et je devais expliquer pourquoi mon champagne coûtait 35$ alors qu’un mousseux australien en valait 5.

"Monter sa boite ? J’ai trouvé ça génial"

J’ai quand même fait le tour de l’Australie et une semaine avant de rentrer en France, j’étais à Perth et il fallait que je regagne Sydney afin de prendre mon vol de retour.

N’ayant plus assez d’argent pour prendre un vol entre Perth et Sydney, j’ai pris le bus : un trajet de trois jours, avec un voisin, jeune Américain qui m’a expliqué qu’il venait en Australie monter sa boite d’informatique. Je ne l’ai jamais revu et je ne sais pas s’il a réussi.

Monter sa boite ? J’ai trouvé ça génial et durant le vol de retour, qui durait très longtemps, je me suis dit qu’il fallait que je monte ma propre boite. C’est assez rigolo d’ailleurs, parce que beaucoup de décisions importantes, je les ai prises dans l’avion.

J’ai créé ma première boite, j’avais 23 ans, avec deux copains de l’ESSEC : c’était une société qui s’appelait OKLA International, qui fabriquait un jeu de société pour apprendre les langues étrangères.

J’ai toujours été passionné de langues, même si j’ai un accent terrible. J’en parle 4, mon copain qui était malgache en parlait 7 et notre autre copain en parlait 5 !

Et nous avons créé LingOfoly’s, la marque de notre jeu. Ça a cartonné. Nous avons gagné plusieurs prix, dont le 1er Prix de la Fondation Jacques Douce qui récompensait les meilleurs créateurs d’entreprises chez les jeunes de moins de trente ans.

A l’époque, ça ne s’appelait pas des start-up et c’est Edouard Balladur qui nous a remis le prix ! Et ça marchait très fort…

Sauf qu’au bout d’un an, nous avons déposé le bilan. La raison ? J’ai fait l’erreur (je me suis promis de ne plus la refaire mais je l’ai encore refaite plus tard), de m’associer avec des amis. C’est très compliqué, parce que l’on ne se dit pas forcément les choses complètement, on cherche à se préserver.

Au bout d’un an, nous nous sommes aperçus que nous n’étions plus du tout alignés sur les objectifs alors que nous avions tout pour réussir. Maintenant, c’est de l’histoire ancienne et nous sommes à nouveau amis.

En fait, nous avons commencé à ne plus nous entendre à partir du moment où les affaires marchaient très bien.

Et c’est ce que je dis régulièrement à mes équipes. C'est quand ça marche qu'il faut éviter de s’embourgeoiser, éviter d’avoir la grosse tête ! Mais durant une longue période, cette histoire m’a dégoûté de l'entrepreneuriat. Je pensais que cela n’était pas fait pour moi.

Du coup, j’ai décidé de faire une carrière classique et c’est comme ça que je suis entré chez Air France.

J’en parle peu parce que c’est une chose qui m’a beaucoup marqué mais qui, en même temps, m’a façonné pour la suite.

Pour Air France, Internet ne fonctionnerait jamais...

TourMaG.com - Vous êtes, il est vrai, un garçon discret, presque effacé ?

O.K. : (Hésitations). J’aime garder mon jardin secret. En fait, je ne me livre pas facilement aux gens que je connais peu. En revanche, avec mes intimes, j’aime bien leur confier certains réflexions.

TourMaG.com - Il faut vous apprivoiser ?

O.K. : Non, il faut que je me sente à l’aise. Je considère qu’il ne faut pas communiquer pour communiquer. Il faut le faire lorsque que l’on a des choses intéressantes à dire.

Je n’ai pas de compte Twitter, pas de Facebook, parce que je pense que je n’ai pas forcément des trucs intéressants à dire… et puis je n’ai pas le temps.

TourMaG.com - Air France ? Encore du hasard ?

O.K. : Oui, c’est tout bête. A l’époque, le service militaire était obligatoire et durait un an. Mais, ayant eu la chance de faire une école de commerce, je pouvais travailler pour une société française à l’étranger, durant un an et demi. J’ai eu deux choix : Club Med Brésil et Air France, parce que le tourisme m’intéressait.

Amoureux du Brésil, je me suis dit que si je partais là-bas, je ne reviendrais jamais en France et j’ai choisi Air France… monde.

Je suis parti à Londres d’abord, puis à New York, le Top ! Puis Air France à Montréal, où j’ai passé mon brevet de pilote et surtout, j’ai fait deux rencontres qui ont été déterminantes. C’était en 1993 et j’ai découvert Internet, qui m’a paru l’avenir du siècle.

Je travaillais au marketing chez Air France Montréal et je m’occupais de ces nouveaux services informatiques. J’avais même soumis l’idée d’équiper nos commerciaux d’ordinateurs portables.

Mais, je parle d’informatique à de grands pontes d’Air France qui ont souri en disant qu’Internet ça ne marcherait jamais, que les Américains ne seraient pas capables de faire mieux que notre Minitel de l’époque.

Le type, polytechnicien, était tellement sûr de lui que je l’ai cru…

L’autre rencontre a été cette jeune femme… qui est devenue mon épouse. Elle est d’origine libanaise et avait dû fuir son pays à l’époque.

En fait, elle est née au Ghana et a dû quitter ce pays à cause de la guerre civile. Rentrée au Liban, elle a dû à nouveau fuir à cause de la guerre civile. Après des études en Belgique, elle a finalement émigré au Canada.

Lorsque les choses sont devenues sérieuses entre nous, je lui ai proposé le mariage et elle a accepté à condition de ne jamais quitter le Canada. J’ai dit oui. Un an plus tard, nous nous installions en France !

Ma femme ? C'est mon socle !

TourMaG.com - Hasard ?

O.K. : Encore une décision que j’ai prise lors d’un voyage en avion, au retour d’une réunion chez Air France en regagnant le Canada. Je lisais l’Express et je tombe sur une annonce pour recruter le patron de Sabre en Europe du Sud. Même si j’étais jeune à l’époque, sans espoir d’être engagé, j’ai eu envie, j’ai postulé… et j’ai eu le poste.

Du coup, ma femme a souri et m'a rappelé que ce n’était pas vraiment ce qu’elle avait prévu. Puis nous sommes retournés à Paris, avec ma fille qui venait de naître.

TourMaG.com - Vous aviez quand même eu le temps de vous marier ?


O.K. : Oui, nous nous étions mariés quelques semaines auparavant au Liban. Air France à l’époque, allait plutôt bien et pour mon mariage, m’avait surclassé en Première. Nous étions deux dans la cabine, avec Henri Leconte, le tennisman. Arrivés à Beyrouth, une limousine attendait au pied de l’avion, nous descendons et Leconte monte dans la limousine. Je le suis…

Mais des soldats m’ont vite fait descendre. Ce n’était pas pour moi.

Je me suis demandé ce que je foutais dans ce pays…

Donc, ma femme m’a suivi à Paris. Je ne suis pas là pour parler d’elle, mais c’est quelqu’un qui est super important pour moi, c’est mon socle. Dès que j’ai une décision importante à prendre je lui en parle. En général elle est d’accord, mais quand elle ne l’est pas on en discute.

C’est vraiment quelqu’un qui a toujours été là, présente et qui, en plus et contrairement à moi, a toujours voulu entreprendre.

Finalement moi, j’ai été entrepreneur… par hasard.

Mais elle a toujours voulu créer sa propre entreprise. Elle vient d’ailleurs de monter une application qui s’appelle POP MOM’s (après tout, je peux lui faire de la pub dans TourMaG). Cette application, à télécharger est géniale, pour la plupart des parents.

Elle donne des conseils pour l’éducation des enfants, permet de trouver des systèmes de covoiturage pour emmener les enfants à l’école, organiser des gardes partagées, etc. Elle l'a lancé l’an dernier, alors que nos enfants sont grands, mais elle a vécu à Paris avec nos deux enfants et cette appli est le résultat d’une longue expérience où il n’est pas toujours facile de trouver des nounous ou emmener les enfants à l’école.

Cela peut intéresser les lecteurs de TourMaG.com qui ont des enfants…

Cela fait 25 ans que nous sommes mariés, nous sommes toujours aussi complices et c’est super important pour moi.

Look Voyages ? Une expérience fantastique

Christian Mazeau, Olivier Kervella, Karim Massoud et Michel-YvesLabbé lors du rachat de Directours par NG en 2008 - DR
Christian Mazeau, Olivier Kervella, Karim Massoud et Michel-YvesLabbé lors du rachat de Directours par NG en 2008 - DR
TourMaG.com - Vos enfants suivent aussi votre parcours ?

O.K. : C’est marrant, ma fille a fait HEC et elle vient d’intégrer HEC Entrepreneurs. Elle est toute contente. Je ne sais pas si elle va monter sa boite, j’attends de voir, mais je ne veux surtout pas l’influencer. Je ne veux surtout pas qu’elle travaille avec moi.

Quant à mon fils il fait une prépa ingénieur. Peut-être voudra-t-il un jour monter sa boite. Mais je ne veux surtout pas qu’ils viennent travailler avec moi. Qu’ils tracent leur route.

Moi, jeune, je voulais devenir psy, parce que j’ai beaucoup d’admiration pour mes parents : ma mère est agrégée de physique, super brillante, mon père a un côté un peu gourou et je pense que c’est une bonne chose que je n’ai pas suivi leur chemin : je me serais toujours comparé à eux et ce n’est jamais bon.

Mes enfants, j’aimerais qu’ils volent de leurs propres ailes.

TourMaG.com - Et si jamais l’un d’eux manifeste l’envie de prendre votre suite ?

O.K. : D’abord, je ne suis pas majoritaire dans l’entreprise, je n’ai qu’un tiers du capital. Il faudrait déjà demander à mes associés et aux autres actionnaires. Après, je dirai surement pourquoi pas, à condition qu’ils aient fait d’abord leurs preuves ailleurs.

Mais en même temps, d’ici 10 ou 15 ans, je ne serai peut-être plus patron de NG Travel ! Mais je n’ai jamais eu de plan de carrière, j’ai des envies, des désirs et j’essaie d’être fidèle à mes désirs.

TourMaG.com - Vous semblez gentil. Vous l’êtes vraiment ?

O.K. : Ce n’est pas à moi de le dire. J’essaie d’avoir de l’empathie, j’essaie de me mettre à la place des gens. Et lorsque ce sont des personnes que vous estimez, on essaye de les préserver. Parfois de trop les préserver…

Mais c’est ça quand on travaille avec des amis, des gens que l’on estime, on cherche à les protéger et finalement ce n’est pas bon. On ne se dit plus les choses et ça peut déraper. L’erreur que j’avais faite avec OKLA International était de m’associer avec deux amis…

TourMaG.com - Vous avez dit tout à l’heure que vous ne vouliez pas recommencer l’erreur de vous associer avec des amis. Pourtant, en montant NG Travel, vous avez réitéré ?

O.K. : Oui, avec Karin Massoud et Christian Mazeau avec qui j’avais aussi lancé le projet Anyway.com. Mais il faut remonter en 1998, j’étais encore chez Sabre, les débuts d’Internet et ça se passait vraiment bien.

Nous sommes allés à une conférence à Dallas où un nommé Terry Jones présentait son entreprise, Travel City qui allait, selon lui, révolutionner la manière dont on vendait les billets d’avion ! Il prévoyait avec internet, la réservation et la vente de milliers de billets d’avion.

Ça m’a marqué et au retour, toujours dans l’avion, j’ai compris la justesse des projets de Terry Jones. C’est vrai qu’un billet d’avion, ça peut être dématérialisé sans problème, la preuve. Et je me suis dit qu’il fallait absolument que je me lance là-dessus. Je n’ai pas dormi de la nuit et en arrivant, j’ai fait part à ma femme de mon projet de quitter Sabre et de me lancer dans la vente de billets en ligne.

Tout le monde m’a pris pour un fou, mais avec Christian Mazeau et un autre ami, j’ai trouvé des fonds d’investissement pour créer la première agence de voyages en ligne et nous avons eu l’idée de nous associer avec une petite agence, Anyway, qui vendait des billet d’avion sur Minitel.

Nous avons créé Anyway.com qui était contrôlée à 80% par Transat et j’étais le patron d’Anyway.com avec Christian Mazaud qui était mon associé et qui m’a aidé à développer tout ça. Nous avons été les premiers, avant TravelPrice, avant Go Voyage. Nous avons été rentables très vite et nous avons vendu à Expedia quatre ans plus tard.

Puis, très rapidement, je me suis aperçu que l’on pouvait aussi vendre des packages sur Internet. Et j’ai reçu un appel de Jean-Marc Eustache (patron de Transat Inc. ndDG) qui voulait redonner à Look Voyages, qui perdait beaucoup d’argent, un nouvel envol. Il m’a dit et je m’en souviendrai toujours : « Olivier, c’est le last call, mon dernier appel, demande-moi ce que tu veux, pour nous, c’est la dernière chance ».

J’ai posé mes conditions, dont la venue de Christian Mazeau et aussi Philippe Sangouard (actuel DG de NG Travel, ndDG).

Nous avons réussi à redresser Look plus vite que prévu. C’était une boite absolument fantastique et c’est surement le redressement de Look qui m’a le plus marqué.

A mon arrivée, j’ai eu le sentiment que le cœur de cette boite ne battait plus, que les salariés n’y croyaient plus. Il y avait eu un plan social très important, cinq DG en deux ans… C’était très dur à l’époque, Look avait été déréférencé de Selectour…

Chacun travaillait dans son coin, se tirait dans les pattes. Nous avons tout remis à plat, fédéré les équipes, créé des ateliers et nous avons recréé un esprit d’équipe. Au bout d’un an, nous avons vu les premiers résultats, deux ans et nous étions à l’équilibre, la troisième année bénéficiaires ! C’était une expérience fantastique.

Mais pour moi, le plus gros capital de cette boite, c’étaient les hommes et les femmes qui la composaient.

L'humain, c'est primordial dans une entreprise

Les équipes de NG Travel en Thaïlande - DR
Les équipes de NG Travel en Thaïlande - DR
TourMaG.com - Donc, l’humain, c’est quelque chose de primordial dans une entreprise ?

O.K. : Oui absolument. L’humain est très important et malheureusement beaucoup de tour-opérateurs qui fusionnent ou qui en rachètent d’autres, oublient ça. Ils raisonnent en termes d’effectifs.

Moi, je me suis toujours promis de ne jamais faire de plan social, du moins je vais tout faire pour respecter cette promesse. Je pense que dans notre métier, quelle que soit la boite que l’on reprend, c’est de redonner confiance aux équipes et de trouver des solutions avec elles.

TourMaG.com - C’est un message à certains ?

O.K. : C’est une remarque générale. Tous les tour-opérateurs qui rachètent des boites en pensant que 1+1 font deux, voire deux et demi se trompent. 1+1 dans notre métier, quand on ne s’intéresse pas au capital humain, ça va faire un et demi, voire moins que 1 ! C’est une erreur que beaucoup de tour-opérateurs, gros comme petits font.

TourMaG.com - Mais, pour en revenir à cette erreur que vous ne vouliez plus commettre ?

O.K. : Oui. En revenant d’une réunion au Canada qui ne s’était pas très bien passée, encore une fois dans l’avion du retour, je me suis dit que chez Look, je n’étais pas tout à fait chez moi.

Et je me suis dit qu’il me fallait ma boite à moi. Or, j’avais acheté un bouquin dont l’auteur, Chris Anderston, expliquait qu’avec Internet, les spécialistes allaient être beaucoup plus performants que les marques généralistes.

J’ai eu l’idée de créer NG Travel, avec mon associé de l’époque Christian Mazeau. Nous n’avions pas les moyens de racheter de grosses marques comme Look ou Fram et nous avons acheté des petites marques de spécialistes en leur donnant des moyens importants sur l’aspect informatique et marketing. Une fois de plus c’est le hasard complet avec l’achat de ce bouquin à l’aéroport.

Il ne faut jamais s'associer avec ses amis

TTourMaG.com - Mais il fallait de l’argent quand même.

O.K. : J’avais la chance d’avoir bien vendu Anyway, d’avoir vendu aussi mes parts de Look Voyages et j’ai investi. Ma femme était un peu stressée, mais je croyais en mon projet et elle a suivi.

Nous avons monté NG Travel en juin 2008 avec Mazeau et Karim Massoud, juste avant la crise financière de septembre 2008. Nous n’en menions pas large. Au final, malgré des hauts et des bas, beaucoup de bas d’ailleurs, nous y sommes arrivés.

Contrairement aux autres tour-opérateurs, je pensais qu’il fallait trouver un moyen de ne plus s’engager autant sur les sièges d’avion.

J’avais donc demandé à Christian Mazeau de concevoir un outil informatique qui aurait permis d’aller chercher des places d’avion dans la nuit et rapatrier ces places le matin pour avoir un stock fictif. En fait, il y avait deux idées majeures dans la stratégie de NG Travel : disposer de plusieurs marques spécialistes et concevoir cet outil informatique qui permettait de « dérisquer » le tour-operating.

C’était une bonne idée mais cela n’a pas fonctionné tout de suite… Et je me suis rendu compte qu’avoir une bonne idée, c’est bien, mais il faut avoir aussi le bon timing ! Avoir une bonne idée trop tôt, c’est une mauvaise idée.

Il nous aura fallu six ans, après avoir racheté une boite informatique qui appartenait à Hervé Vighier pour y arriver. Mais il faut dire que l’informatique avait aussi bien évolué.

TourMaG.com - Mais votre fameuse erreur avec vos amis…

O.K. : J’y viens. Christian Mazeau c’était quelqu’un de très proche, de brillant que je respectais beaucoup. Karim Massoud était quelqu’un avec qui je m’entendais bien. Mais la cohabitation à trois n’a pas fonctionné, notamment entre eux deux.

Christian est parti et j’ai regretté mais il a choisi. Malgré cela, nous avons réussi NG Travel. J’ai eu aussi des relations conflictuelles avec Karim, peut-être justement parce que nous étions amis et que je n’avais pas osé lui dire certaines choses…

Kappa Club, encore du hasard

Olivier Kervella au sein de l'atelier Kappa ouvert en mai 2019 à Paris - DR
Olivier Kervella au sein de l'atelier Kappa ouvert en mai 2019 à Paris - DR
TourMaG.com - Si je comprends bien, il ne faut pas aimer les gens ?

O.K. :
En fait, il ne faut pas s’associer avec des amis. Même si certains y arrivent : j’ai beaucoup d’admiration pour Carlos da Silva et Nicolas Brumelot (Mysterfly, ndDG) ou encore Jean-François Rial et Alain Capestan. Mais il y a énormément de contre-exemples.

Ma fille par exemple, je lui ai dit de monter une boite avec des gens qu’elle apprécie, mais surtout pas avec ses amis. Mais malgré cela, j’ai refait l’erreur en 2008. Je suis un peu idéaliste mais là, promis, je ne la referai plus.

TourMaG.com - Et maintenant, tout roule ?

O.K. : Oui, grâce à notre outil informatique, nommé Comète, nous avons enfin réussi. Plus le développement des Kappa Club qui s’est fait, une fois de plus, par hasard.

En fait, c’est un hôtelier mauricien qui est venu nous voir un jour, en nous demandant de commercialiser ses chambres parce qu’il avait été planté par un gros tour-opérateur.

C’était au mois de novembre 2012 et il voulait que nous les commercialisions pour le mois de janvier. Roland et moi sommes allés voir, c’était un très bel hôtel, La Plantation et nous avons dis OK. J’avais racheté la marque Kappa Club quand j’avais monté NG Travel sur les conseils de Michel-Yves Labbé.

Nous avons vendu ces chambres sous la marque Kappa Club, avec de supers tarifs et ça a marché. A tel point que l’hôtelier n’arrivait pas à suivre au niveau logistique, notamment sur la restauration : il y avait trop de monde !

Du coup nous avons eu l’idée d’aller dans un petit restaurant, à dix minutes de l’hôtel et nous avons proposé à nos clients d’y aller aussi, histoire de changer d’endroit.

Là encore, succès complet : certains clients y allaient tous les soirs ! De fil en aiguille, comme nos clients semblaient apprécier sortir de leur hôtel, nous avons organisé des visites ou des sorties sur les marchés locaux…

Et nous avons compris que les clients achetaient du produit « club » mais ne voulaient pas y rester enfermés. En fait ce sont les clients qui ont inventé ce concept des Kappa Club. Et nous avons créé les fameux instants Kappa.

Nous avons développé le concept et maintenant nos « vacanciers » reviennent avec une autre vision de la destination.

Je déteste perdre

TourMaG.com - Mais, ce sont les clients qui vous ont fait évoluer ou cette tendance écolo qui monte de plus en plus ?

O.K. : En fait, quand on s’intéresse aux gens, les tendances on les trouve soi-même ! Il faut toujours être à l’écoute… Mais pour moi, c’est toujours l’être humain qui passe même avant le produit.

On oppose souvent dans le tour-operating ceux qui raisonnent en produit et ceux qui raisonnent en techno. Pour moi, le plus important ce sont les hommes. Peut-être est-ce mon côté psy mais j’aime écouter les gens.

TourMaG.com - Quels sont les personnages qui vous ont marqué dans ce métier ?


O.K. Jacques Maillot bien sûr. Hervé Vighier aussi et Jean-Marc Eustache. Même si malheureusement ça ne s’est pas très bien terminé. Malheureusement, les liens se sont distendus et c’est dommage.

Quelqu’un qui me marque beaucoup, c’est Jean-François Rial et Alain Capestan. On l’oublie souvent lui. A terme, j’aimerai que NG Travel arrive dans le secteur des clubs à faire ce qu’a fait Voyageurs du Monde dans le secteur du voyage. C’est un modèle à suivre, ce qu’ils ont fait c’est magnifique.

TourMaG.com - Ce sont eux qui vous ont amené à vous intéresser au tourisme responsable ?

O.K. :
Non, je ne sais pas s’ils vont apprécier, mais c’est Jean-Pierre Nadir. Jean-François Rial aussi bien sûr, mais je me suis dit surtout que ces personnes là avaient raison et qu’il fallait aider à faire évoluer tout ça.

J’ai eu un autre déclic dans une île de la Méditerranée ou je faisais du Kite Surf, j’adore ce sport. Je suis revenu, ma planche était tapissée de mazout, de plastique. Je me suis aperçu que la Méditerranée était devenue une poubelle. Il faut faire quelque chose, de même qu’il est maintenant impératif de songer à compenser nos émissions de CO².

Nous avons commencé à sensibiliser nos clients dans les Kappa Clubs. Mais nous ne faisons pas ça pour donner une image à Kappa. Je pense que c’est important d’aider, à notre niveau, la planète.

Nous allons nous y employer.

TourMaG.com - Pour finir, vous qui êtes plutôt discret, vous êtes à l’abri financièrement, quels sont vos rapports à l’argent ?

O.K. :
En fait, j’ai longtemps couru après l’argent et j’en ai gagné pour la première fois beaucoup quand j’ai vendu Anyway.

Mais c’est là où j’ai vécu une des mauvaises périodes de ma vie. Je n’avais plus d’objectifs, malgré ce gros chèque. En fait, ça a changé ma vie dans le mauvais sens. En revanche, quand je suis « reparti » chez Look, j’ai retrouvé tout mon dynamisme, mon enthousiasme.

Je me suis aperçu que l’argent, ce n’est vraiment pas mon moteur, même si c’est facile à dire quand on en a. Mon moteur, ce sont les projets que j’arrive à mettre en place. Je suis un homme de projets, pas d’argent.

Certes, mes enfants sont à l’abri, je ne leur dit pas mais ils sentent…

En revanche, quand on a de l’argent on peut plus facilement réaliser des projets. J’investi d’ailleurs dans pas mal de start up, particulièrement dans des boites qui me fascinent. Et qui m’apprennent encore beaucoup de choses.

J’ai une vie simple, et l’argent que j’ai gagné me donne une grande liberté.

Moi, j’ai toujours envie d’aller au bout de mes projets en compagnie de mes équipes. Parce que j’ai toujours eu la chance d’être entouré d’équipes exceptionnelles ! Et c’est sincère.

TourMaG.com - Comme il faut bien conclure, si vous aviez à modifier votre vie…


O.K. : Non, rien à changer, même les moments durs que j’ai vécu. Je n’ai pas de regrets et je ne suis pas quelqu’un à vivre dans le regret. J’essaie d’aller au bout de mes rêves…

Mais je déteste perdre !

Retrouvez toutes les interviews "Je ne vous ai rien dit..." par Dominique Gobert en cliquant sur ce lien.

Dominique Gobert Publié par Dominique Gobert Editorialiste - TourMaG.com
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1.Posté par belleetrebelle le 23/05/2019 10:58 | Alerter
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Quel beau parcours que celui de Mr Kervella et quelle belle personnalité !

A la lecture de cet article, je suis d'autant plus triste et amère que le tribunal de commerce de Toulouse n'ait pas retenu la proposition de rachat de FRAM par NG Travel en 2015, car FRAM aurait gardé son âme, ses collaborateurs engagés et sa BONNE réputation...
FRAM a disparu des classements en terme de notoriété, de qualité ... est-ce par hasard ?

2.Posté par claude nétien le 23/05/2019 11:42 | Alerter
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Pas la peine d’être Psy pour savoir qu'Olivier est un Monsieur bienveillant et que sa grande qualité est sa vision sur le long terme.
Très beau parcours ,loin d’être fini....
Nougat 26

3.Posté par barraud le 23/05/2019 17:51 | Alerter
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j'ai connu le Kappa club en 1980 c’était très bien

4.Posté par Léa Turcot le 24/05/2019 16:14 | Alerter
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article très intéressant et surtout inspirant. Cette entrevue rappelle à quel point il est important de garder les yeux grand ouverts sur les occasions que la vie nous offre plutôt que de suivre aveuglément une voie tracée à l'avance. Et un beau rappel que les plus beaux succès sont ceux qu'on construit avec les autres et qu'on partage, en harmonie avec autrui et avec l'environnement.

5.Posté par Astrid Plaud le 30/05/2019 15:16 | Alerter
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Merci de cet état d esprit que toute entreprise devrait avoir. Ce n est pas la cas partout.belle continuation.

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