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Just Travel : l'agence qui veut rendre le voyage accessible aux personnes en situation de handicap

L'inclusion c'est maintenant !


Comment concilier soif d'évasion et handicap moteur lourd quand le monde du tourisme semble encore truffé d'obstacles ? C'est le défi relevé par Stéphane Amado et Julie Smith, les fondateurs de Just Travel. Née d'un déclic familial et propulsée par une ambition sociale forte, cette agence de voyage innovante bouscule les codes de l'accessibilité en proposant des séjours sur-mesure, entièrement sécurisés par des professionnels du soin et de l'éducation spécialisée. De la galère des garanties financières aux secrets d’une logistique terrain millimétrée, rencontre avec deux entrepreneurs qui prouvent que l'inaccessibilité d'une destination n'est plus une barrière au voyage.


Rédigé par Raphaël Cornacchia le Mercredi 15 Juillet 2026 à 07:37

Just Travel : Le pari de rendre le monde accessible à tous, Stéphane Amado et Julie Smith, photo de Just Travel
Just Travel : Le pari de rendre le monde accessible à tous, Stéphane Amado et Julie Smith, photo de Just Travel
TourMaG - Pouvez-vous vous présenter et nous expliquer ce qu'est l'agence Just Travel ?

Stéphane Amado : L'idée de Just Travel est née d'un événement personnel. Mon frère a eu un grave accident à La Réunion. Suite à son séjour en réanimation, il s'est retrouvé en situation de handicap et m'a demandé de l'emmener en vacances.

L'accompagner et lui permettre de s'évader m'a tellement marqué que j'ai cherché un moyen d'en faire mon métier.

Julie Smith : Avec Stéphane, nous nous sommes rencontrés il y a environ 6 ans. J'ai d'abord fait une licence en communication et marketing, puis nous nous sommes rejoints pour faire un Master dans une école de commerce appliquée au tourisme, spécifiquement pour concevoir au mieux ce projet d'agence de voyage.

TourMaG - Vous avez une agence de voyage qui aide des personnes en situation de handicap à voyager. Pouvez-vous nous expliquer son fonctionnement ?

Stéphane Amado : Nous sommes une agence spécialisée pour les personnes en situation de handicap moteur, même si nous ne sommes pas fermés à d'autres typologies de handicap par la suite.

Notre particularité est de proposer un accompagnement humain durant le séjour : si un voyageur n'a pas de proche pour l'accompagner, nous envoyons un accompagnateur professionnel (comme des éducateurs spécialisés).

Nous gérons tout de A à Z : l'hébergement, le transport, l'accompagnement et l'aide aux gestes de la vie quotidienne (les repas, les déplacements, etc.). Pour la première année, nous nous concentrons sur ces séjours accompagnés, mais nous proposerons aussi à terme des séjours sans accompagnement, « clés en main ».

Les coulisses de la création

TourMaG - Quels ont été les déclics et le parcours pour lancer officiellement cette agence ?

Julie Smith : Nous avions le projet théorique en tête, mais nous ne savions pas exactement comment le structurer. Le vrai déclic s'est fait pendant nos études et grâce à notre intégration dans un incubateur d'entreprises à impact social.

Nous avons été accompagnés par un programme qui aide les jeunes entrepreneurs ayant l'ambition de faire bouger les lignes et de changer l'environnement social.

En étudiant le marché, nous nous sommes rendu compte qu'il y avait une vraie rupture d'égalité. Beaucoup de personnes avec un handicap moteur majeur ont une immense soif de voyager, mais font face à des barrières logistiques immenses. Les contacts que nous avons noués sur le terrain ont confirmé qu'il y avait un besoin crucial pour une structure comme la nôtre.

TourMaG - Quels ont été vos principaux défis financiers ou logistiques lors du lancement ?

Stéphane Amado : Le principal obstacle pour créer une agence de voyage, c'est l'obtention de la garantie financière obligatoire. Quand on débute et qu'on n'a pas de gros fonds propres, c'est presque impossible : les organismes classiques comme l'APST demandent parfois des cautions de 100 000 ou 200 000 euros.

Heureusement, nous avons été soutenus par l'UNAT (Union Nationale des Associations de Tourisme) via leur dispositif de garantie financière pour les structures de l'économie sociale et solidaire. Nous avons été parmi les premiers dossiers de ce type acceptés, et sans cela, le projet n'aurait jamais pu voir le jour.

Handicap moteur : Combler un manque sur le marché du tourisme

Stéphane Amado et Julie Smith, photo de Just Travel
Stéphane Amado et Julie Smith, photo de Just Travel
Tour-MaG - Pourquoi vous focaliser principalement sur le handicap moteur plutôt que sur le handicap mental ou psychologique ?

Julie Smith : Le marché actuel des agences de voyages adaptées (notamment celles bénéficiant d'agréments spécifiques comme l'agrément VAO - Vacances Adaptées Organisées) couvre déjà relativement bien le handicap mental.

En revanche, il y a un manque flagrant d'offres structurées pour le handicap moteur, la cérébro-lésion ou le polytraumatisme.

De plus, lors de nos expériences passées dans le secteur du handicap mental, nous avons remarqué que les départs en vacances correspondaient souvent à des séjours de "répit" organisés par des institutions, sans que la personne n'ait toujours exprimé un choix profond de voyage.

Chez Just Travel, nous nous adressons à un public qui a une démarche active et une réelle « soif » de découvrir le monde.

Zéro déclaratif, 100 % terrain

TourMaG - Comment gérez-vous la complexité de l'organisation d'un voyage et les restrictions de chaque voyageur ?

Julie Smith : C'est l'aspect le plus complexe de notre métier : chaque personne et chaque handicap est totalement unique. Même si nous créons des séjours types dans notre catalogue, nous devons systématiquement tout repenser et individualiser en fonction des restrictions exactes et des besoins médicaux de la personne.

Il faut littéralement se mettre à sa place pour anticiper le moindre obstacle.

Si une personne a besoin de soins infirmiers quotidiens (par exemple un passage de 1 à 2 fois par jour pour des soins spécifiques), notre accompagnateur peut parfaitement coordonner l'intervention d'un cabinet d'infirmiers libéraux sur le lieu de vacances.

En revanche, si la pathologie nécessite une présence médicale ou des soins lourds 6 à 7 fois par jour, l'organisation devient beaucoup plus complexe et nécessite une logistique sanitaire lourde en amont.

TourMaG - Comment vérifiez vous concrètement l’accessibilité d’une destination ?

Julie Smith : On ne se fie jamais aux simples déclarations d'un site internet ou d'un hôtelier qui nous dit « oui oui, c'est accessible chez moi ».

Il y a trop de mauvaises surprises. Notre méthodologie repose sur une vérification stricte en amont : nous appelons directement les prestataires et, dans la mesure du possible, nous allons visiter et tester les lieux nous-mêmes.

Il y a une multitude de micro-détails à vérifier. Par exemple, le type de batterie d’un fauteuil roulant électrique : certaines compagnies aériennes refusent catégoriquement certains modèles de batteries (lithium, etc.).

C'est l'expérience qui nous permet de savoir précisément quelles questions poser aux compagnies et aux hébergements. Et si un aléa survient malgré tout sur place, la présence de notre accompagnateur est là pour pallier le manque d'accessibilité et trouver une solution immédiate.

Le tourisme, enfin accessible ?

TourMaG - Quelles sont aujourd'hui les destinations les plus accessibles, et celles où il reste le plus de progrès à faire ?

Stéphane Amado : Les plus accessibles, c'est tout ce qui concerne les croisières maritimes ou fluviales. C'est un produit formidable pour le handicap moteur. On reste sur le bateau, l'accessibilité est pensée dès la construction, les ascenseurs sont larges, et on peut circuler facilement, même avec des fauteuils électriques imposants.

De même, certains espaces naturels font des efforts incroyables : je pense à certains Parcs Naturels Régionaux ou espaces protégés qui, malgré un relief difficile, ont aménagé des parcours spécifiques, plats et lisses, pour les personnes à mobilité réduite. Les transports y sont aussi souvent bien pensés.

A l'inverse dans les pays très riches historiquement mais aux infrastructures anciennes, comme l'Égypte. Visiter des tombeaux étroits, descendre dans des cryptes ou circuler dans des sites archéologiques millénaires en fauteuil relève parfois de l'impossible par les voies classiques.

Cependant, nous pensons qu'avec de la bonne volonté et des bras, on arrive toujours à adapter le voyage. C'est pour cela qu'on insiste tant sur la présence de l'accompagnateur.

Si une personne en fauteuil veut aller à un concert ou un site touristique et qu'il n'y a plus de places "PMR" officielles disponibles, la présence d'un accompagnateur solide permet d'acheter une place classique et de gérer la logistique humaine pour que la personne profite de l'événement comme tout le monde.

TourMaG - Le secteur du tourisme évolue-t-il positivement vers plus d'inclusion ?

Just Travel : Oui, la thématique de l'accessibilité est de plus en plus présente, parfois même par pur intérêt marketing de la part des prestataires classiques, mais cela fait bouger les lignes.

Les acteurs du voyage prennent conscience que c'est un marché réel. En revanche, il y a encore un énorme travail de logistique et de formation terrain à faire.

Ce n'est plus seulement un sujet "à la mode", il y a une implication sincère de beaucoup d'acteurs du secteur (réseau de transports, hôteliers) qui nous proposent des partenariats ou des tarifs compétitifs pour nous aider à développer l'agence. C'est très encourageant pour l'avenir.

Quelle suite pour Just Travel ?

TourMaG - Quels sont les futurs projets de Just Travel ?

Stéphane Amado : Nous terminons notre première année d'activité au sein de notre incubateur. Pour la suite, notre ambition est de développer notre volume commercial et de franchir un cap.

Nous étudions de très près la possibilité de rejoindre un réseau d'agences de voyages indépendantes. Dans le tourisme, tout fonctionne par réseau et par volume de contacts ; s'associer à un réseau nous permettra d'obtenir de meilleures solutions tarifaires et logistiques pour nos clients.

TourMaG - Pour finir, quel message ou conseil donneriez-vous à une personne en situation de handicap qui hésite encore à voyager ?

Julie Smith : Mon premier conseil est de bien se renseigner sur les aides financières.

Selon la région ou le département où l'on réside, il existe des subventions (via la MDPH, la CAF, l'ANCV ou des associations spécifiques) pour aider à financer les surcoûts liés à l'accompagnement.

Les personnes concernées ne sont malheureusement pas toujours au courant, alors que cela peut grandement soulager le budget.

Et surtout : on n'a qu'une vie ! En 2026, des agences spécialisées comme la nôtre existent précisément pour lever ces barrières. Il ne faut pas s'autocensurer ou se dire « je ne peux pas y aller parce qu'il y aura un escalier ».

Ce n'est pas parce qu'une destination est initialement inaccessible que le voyage est impossible. En partant encadré par des professionnels qui anticipent tout, on s'offre la liberté de retrouver un second souffle. C'est tout à fait possible, lancez-vous !

A lire aussi : Handicap et tourisme : un duo qui doit viser l’or

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Tags : just travel
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