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Aérien : pourquoi une menace de grève plane sur le ciel français en août ?

L’intersyndicale des personnels navigants commerciaux est vent debout contre une réforme


La grogne monte, et fortement, dans les avions qui décollent de France. Chose rare depuis quelques semaines, l’ensemble des personnels navigants commerciaux (PNC) se liguent unanimement contre une réforme qui menace la Caisse de retraite complémentaire du personnel navigant professionnel de l’aéronautique civile. Une réunion a eu lieu ce jeudi matin avec Philippe Tabarot, le ministre des Transports. La menace plane toujours...


Rédigé par le Jeudi 9 Juillet 2026 à 14:25

Un arbitrage du Premier ministre est attendu par les PNC avant fin juillet, sans cela une grève d'ampleur pourrait avoir lieu - Depositphotos modifié par l'IA
Un arbitrage du Premier ministre est attendu par les PNC avant fin juillet, sans cela une grève d'ampleur pourrait avoir lieu - Depositphotos modifié par l'IA
Ce n’était pas la réunion de la dernière chance, mais presque.

Ce jeudi 9 juillet 2026 au matin, l’intersyndicale des personnels navigants commerciaux (PNC) était reçue à l’Hôtel de Roquelaure, où se situe le ministère des Transports.

Les représentants des stewards et hôtesses avaient un message clair à adresser à Philippe Tabarot : soit le gouvernement exclut les salariés de l’aérien, soit il devra assumer les conséquences d’une forte colère.

D’après nos informations, l’intersyndicale retient des échanges constructifs avec un ministre plutôt acquis à leur cause, qui devrait défendre ce dossier auprès d’un Premier ministre en quête d’économies partout où il est possible d’en faire.

Malgré ce retour positif, les représentants des personnels navigants maintiennent la pression sur l’exécutif. En raison d’un calendrier parlementaire serré, la menace d’un préavis de grève n’est pas à exclure.

Il faut dire que toute modification de la réforme de la loi sur le cumul emploi-retraite (CER) entrera dans les tractations concernant le futur projet de loi de financement de la Sécurité sociale, lui-même loin d’être adopté, même si le Premier ministre exclut tout recours à la loi spéciale.

Aérien : vers une grève généralisée en France, en plein mois d’août ?

L’arbitrage sur le sujet pourrait intervenir fin juillet, à la veille de la très haute saison estivale.

A défaut d’une réponse avant fin juillet ou d’un arbitrage défavorable aux PNC, "une mobilisation de tous les PNC de toutes les compagnies aériennes françaises sera inévitable", affirme un tract publié après cette rencontre.

Cela serait terrible pour l’image de la destination France.

Le problème vient donc de la réforme du cumul emploi-retraite (CER), qui est censée entrer en vigueur à partir du 1er janvier 2027.

Cette dernière prévoit que tous les revenus perçus, y compris le chômage, pourraient venir en déduction de la pension CRPN.

Jusque-là, ce dispositif permettait à un retraité de reprendre un travail, parce que ses revenus étaient trop faibles ou par simple envie de s’occuper. Sous certaines conditions, il était donc possible de cumuler les deux revenus, la pension de retraite et celui du nouvel emploi.

Il est aussi prévu de plafonner ce cumul si le total mensuel des revenus dépasse la moyenne mensuelle des revenus d’activité des trois derniers mois civils, selon l’Assurance retraite.

Sauf que la réforme introduite par la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 ajoute des conditions bien moins avantageuses pour les anciens actifs.

Jusqu’à 67 ans, si les revenus issus de la reprise d’une activité professionnelle dépassent 7 000 euros bruts, alors, comme l’explique le site du gouvernement, "vos pensions de retraite seront diminuées d’un montant égal à 50% du montant du dépassement".

Cumul Emploi-Retraite et CRPN : mais quel est le problème ?

Avant 64 ans, la déduction sera même totale. Après cet âge, il sera possible de cumuler pension et salaire.

Sauf que, pour les PNC, cette réforme est inconcevable. "Les pensions CRPN non versées à cause de ce mécanisme seraient définitivement perdues. Pire encore, elles iraient alimenter les comptes publics.

C’est un début de siphonage de notre caisse, vieux rêve des gouvernements de tous bords. Cette logique remet en cause les spécificités de notre régime et constitue une nouvelle attaque contre l’autonomie de la CRPN
", proteste le SNPNC.

Pour rappel, la CRPN est apparue au début des années 1950.

Comme nous vous l’expliquions dans un précédent article, elle a pour but d’assurer "la gestion du fonds de retraite, du fonds de majoration, en complément de l’assurance chômage perçue par les salariés du secteur, mais aussi du fonds d’assurance, attribuant des indemnités en capital en cas de décès, puis du fonds social, visant à porter secours aux affiliés ou à leurs ayants droit".

Nous parlons là d’un régime particulier.

La caisse a pris la forme d’une personne morale de droit privé à but non lucratif, du même type que les associations.

Elle remplit une mission d’intérêt général. Elle veille aussi à collecter, auprès des compagnies desservant la France, les cotisations sociales dues dans le cadre du régime de retraite de ses adhérents.

Depuis quelques années, le gouvernement tente d’attaquer ce modèle, même s’il reconnaît que "la gestion financière du patrimoine mobilier et immobilier est performante", avec des réserves dépassant les 5 milliards d’euros.

Et d’après les syndicats, c’est bien cette manne sur laquelle lorgne Bercy.

A lire : Réforme de la CRPN : le SNPL appelle à la "mobilisation de tous" !

Pour eux, cette attaque, à travers la réforme du CER, revient à nier les spécificités propres à cette industrie, à savoir les "exigences médicales permanentes, forte pénibilité, risques opérationnels, maintien d’une aptitude médicale et durée de carrière limitée par la réglementation aéronautique", peut-on lire dans une lettre adressée par les syndicats à Sébastien Lecornu.

CRPN et CER : "une inquiétude partagée par les syndicats et les employeurs du secteur"

Ils fustigent aussi le fait que ces professions soient soumises à des limites d’âge.

Pour les pilotes, comme le prévoit l’article L. 6521-4 du Code des transports, cette limite est fixée à 60 ans. S’ils en font la demande, ils peuvent aller jusqu’à 65 ans, mais pas au-delà.

Rappelons que l’âge légal de départ à la retraite a été fixé à 64 ans, alors que de plus en plus de candidats à l’élection présidentielle plaident pour le relever encore.

A lire : 1000 € par mois pour un pilote, les pratiques abusives de l'affrètement aérien

Pour les personnels navigants commerciaux, donc les hôtesses et stewards, la loi fixe un âge limite à 55 ans, qui peut être étendu à 65 ans sur demande. À chaque fois, des tests d’aptitude médicale viennent valider cette possible prolongation.

Sauf que, pour l’intersyndicale, cette réforme reviendrait "à supprimer tout ou partie de la pension d’un personnel navigant ayant liquidé ses droits avant l’âge légal du régime général dès lors qu’il exercerait une activité professionnelle".

Elle entraînerait alors, pour une partie du secteur, une certaine forme de précarité, mais fragiliserait surtout durablement l’image de ces professions.

De plus, les anciens salariés constituent un vivier indispensable à l’industrie aéronautique, car ils apportent leurs connaissances en tant qu’instructeurs, experts techniques, enquêteurs sécurité, cadres opérationnels ou encore conseillers techniques.

"Leur pension permet de préserver des compétences rares au moment où le secteur connaît d’importantes difficultés de recrutement et de fidélisation.

Les conséquences concerneraient l’ensemble des activités aéronautiques, du transport public au travail aérien, en passant par les essais en vol, le secours, la formation, la maintenance et l’industrie aéronautique.

Cette inquiétude est aujourd’hui partagée tant par les organisations représentatives des personnels navigants que par les employeurs du secteur
", précise la lettre envoyée à Matignon.

Une missive qui rappelle les spécificités de ce régime de retraite obligatoire, autonome, de droit privé et financé exclusivement par les cotisations des employeurs et des personnels navigants.

Dans un contexte de dégradation des finances publiques et de recul des acquis sociaux, la poursuite de la grogne dépendra grandement de la réponse de Sébastien Lecornu.


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Tags : crpn, greve, pnc, spncn
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