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Voyageurs du Monde : "Nous sommes dans un processus lent de transmission" [ABO]

Voyageurs du Monde va débarquer dans le nord de l'Italie


C’est une opération qui a été très commentée, car rares sont les acteurs du tourisme à être cotés en Bourse. Voyageurs du Monde a annoncé son intention de se retirer de la Bourse de Paris, alors que sa holding, Avantage, va déposer une offre publique d'achat. Pourquoi ce retrait, vingt ans après son introduction ? Voici les explications d’Alain Capestan, cofondateur et directeur général du groupe Voyageurs du Monde, à la manœuvre sur l’opération.


Rédigé par le Mercredi 8 Juillet 2026 à 07:28

Voyageurs du Monde : pourquoi ce retrait de la Bourse de Paris ? Alain Capeston nous explique les raisons - DR
Voyageurs du Monde : pourquoi ce retrait de la Bourse de Paris ? Alain Capeston nous explique les raisons - DR
Dans quelques mois, au milieu de l’automne, Voyageurs du Monde va quitter la Bourse de Paris.

Ce n’est pas un coup de tonnerre, mais la suite logique d’un cours assez peu actif et aussi le symbole d’une mutation de la financiarisation des entreprises.

Le 10 juillet 2006, sur l’ancêtre d’Euronext Growth, Voyageurs du Monde faisait son introduction en Bourse, avec des actions proposées à 20,30 euros. Vingt ans plus tard, le groupe va donc quitter la Bourse via une offre publique d’achat de sa holding, à hauteur de 180 euros par action.

"À l’époque, aller en Bourse était le meilleur moyen de réaliser une levée de fonds.

C’est là que, pour la même quantité d’argent, vous aviez la dilution la plus faible en capital. Depuis, les conditions ont changé
", nous explique Alain Capestan, cofondateur de Voyageurs du Monde, à la manœuvre sur l’opération.

En 2006, au moment de l’introduction, nos confrères de La Tribune rappelaient que les dirigeants ne cédaient pas de titres et conserveraient, à l’issue de l’opération, 58,5 % du capital.

Ce rapide coup d’œil dans le rétroviseur effectué, revenons en 2026.


Voyageurs du Monde : pourquoi ce retrait de la Bourse de Paris ?

Il existe deux explications à cette manœuvre.

Tout d'abord, "le flottant est la partie détenue par le public lorsqu’une entreprise est cotée.

Du fait des différentes opérations menées, nous sommes passés de 35 à 13 % de flottant.

Quand vous avez un très petit flottant, il n’y a pas beaucoup de transactions. Et comme il n’y a pas beaucoup de transactions, les investisseurs ont du mal à acheter et, de l’autre côté, ils ont aussi du mal à vendre.

Ainsi, le cours de l’action a du mal à refléter la valeur réelle de l’entreprise.
Bref, c’est une situation désagréable pour tout le monde
", poursuit le directeur général de Voyageurs du Monde.

Ce n’est pas tout. Depuis vingt ans, de nouvelles structures, notamment après la crise des subprimes, sont venues secouer le vieux monde financier.

Les fonds d’investissement sont apparus après le resserrement des conditions d’obtention des prêts par les banques.

"Dans notre cas, la holding Avantage détient une grande partie de Voyageurs du Monde, tandis qu’une petite partie du capital est détenue en Bourse, également par les mêmes investisseurs présents dans Avantage, à savoir Certares, Bpifrance et Crédit Mutuel Equity.

Ce sont des fonds. Ces fonds profitent de l’accroissement de la valeur d’une entreprise dont ils détiennent des parts pour les revendre et réaliser une plus-value. Ils sortent alors du capital, laissant la place à d’autres fonds, éventuellement par le biais d’une augmentation de capital, qui apporte de l’argent frais dans l’entreprise.

C’est ainsi que l’entreprise se développe, petit à petit
", poursuit le cofondateur du voyagiste.

En raison de la dimension prise par le groupe et de ses velléités de développement à l’étranger, les fonds d’investissement préfèrent que le groupe français sorte de la Bourse, afin de pouvoir revendre plus facilement leurs participations.

"Les fonds de private equity ne veulent que des entreprises qui ne sont pas en Bourse"

"La cotation implique de nombreuses réglementations, des règles particulières et des choses que l’on ne peut pas faire.

C’est beaucoup plus contraignant que pour les structures qui ne sont pas cotées. Ainsi, en restant en Bourse, nous nous privons de ce type d’investisseurs, qui ne veulent pas investir dans les sociétés cotées.

Et l’inverse n’est pas vrai. Les fonds de private equity ne veulent que des entreprises qui ne sont pas en Bourse.

Nous sommes donc arrivés au constat que cela ne sert plus à rien d’être coté, car il y a davantage d’inconvénients. Il vaut donc mieux sortir du marché
", nous explique Alain Capestan.

À noter que ces fonds de private equity traversent depuis quelques mois une crise larvée qui inquiète les observateurs. Face à une baisse du nombre d’opérations et à des cycles d’investissement plus longs, ces acteurs rencontrent des problèmes de liquidités.

Mais cela ne semble pas trop inquiéter le géant français, qui finalise donc son offre publique d’achat lancée par la holding Avantage, composée des fondateurs de Voyageurs du Monde, à hauteur de 23 %, aux côtés de fonds comme Certares, avec 29 %, Crédit Mutuel Equity, avec 32 %, BNP Paribas Développement, Montefiore, Kairos Alpha et Bpifrance.

"Nous faisons une nouvelle opération qui va nous engager avec nos actionnaires actuels pour les cinq prochaines années.

Et comme des fonds comme Certares, CME et Bpifrance détenaient aussi des actions Voyageurs du Monde en Bourse, ils les ont apportées pour procéder à l’augmentation de capital. La participation d’Avantage passera donc de 62 à 85 %.

Sur cette base, nous reconstruisons un business model pour les cinq prochaines années
", poursuit-il.

Voyageurs du Monde : "Certares, en apparence, prend plus de poids"

À l’issue du rachat des actions, Certares s’impose comme l’actionnaire fort de Voyageurs du Monde.

Le fonds détiendra 51,72 % du capital et 49,4 % des droits de vote. À l’inverse, les fondateurs posséderont 7,54 % du capital et 7,91 % des droits de vote. Alors, le fonds, qui détient aussi Marietton Développement, mais également des participations dans Tripadvisor Latam, va-t-il prendre le contrôle du groupe ?

"Certares, en apparence, prend plus de poids.

En réalité, ce poids, il l’avait déjà auparavant. Il le détenait directement dans Voyageurs du Monde, à travers ses actions, autour de 22 à 23 %, puis au sein de la holding, à hauteur d’environ un tiers. En réunissant les deux, Certares dépassait donc déjà les 50 %.

Sauf que, dans le cadre de nos accords, il a été convenu qu’ils renonçaient à un certain nombre de droits de vote, de telle sorte qu’ils ne dépassent pas 49 %.

Je tiens à le répéter, la gouvernance de l’entreprise est inchangée. Cela n’a aucun impact sur l’entreprise, les salariés, l’activité ou la stratégie du groupe,
" nous détaille Alain Capestan.

Ainsi, 51 % des droits de vote restent entre les mains des fondateurs, du Crédit Mutuel, de Bpifrance, de Montefiore et de BNP.

Cette opération s’inscrit aussi dans une ambition de développement de la marque à l’international. Comme nous vous le révélions en mai dernier, le géant français a annoncé le lancement du site en anglais de Voyageurs du Monde, mais aussi l’ouverture d’une première agence en Allemagne.

Cette étape est extrêmement importante dans la valorisation d’un groupe qui emploie plus de 2 000 personnes.

"Nous sommes dans un processus lent de transmission de l’entreprise"

La sortie devrait être effective d’ici à novembre 2026.

"Nous avons un gros projet de développement sur la partie internationale, que nous sommes en train de mettre en œuvre avec nos actionnaires.

Et comme la boîte ne sera désormais plus cotée, lorsque les fonds sortiront, d’autres pourront prendre leur place dans cinq ans
", nous explique le dirigeant historique.

L’opération permettra aussi à Voyageurs du Monde d’avoir les mains plus libres pour son déploiement à l’étranger, de ne plus faire face aux contraintes de la Bourse et d’aller plus vite.

D’ores et déjà, l’implantation d’une agence dans le nord de l’Italie est prévue. S’en suivront une à deux ouvertures chaque année, accompagnées d’une affirmation de la marque dans ces pays, car c’est bien sur le digital que se fait le gros des réservations.

À la suite de ces annonces, la question que tout le monde se pose est la suivante. Que va-t-il advenir, d’ici cinq ans, de l’entreprise et de ses mousquetaires à l’origine de cette belle aventure entrepreneuriale ?

"À moyen terme, rien ne va changer, puisque nous allons rester encore cinq ans pour mener à bien cette opération d’internationalisation. Après, nous n’allons pas rester à vie à la tête de l’entreprise.

À un moment donné, cette histoire s’arrêtera. Nous sommes dans un processus lent de transmission de l’entreprise. Nous avons recruté des directeurs généraux dans toutes les structures et des opérationnels à la direction financière, alors qu’avant, nous nous occupions nous-mêmes de ces postes.

Nous avons structuré l’entreprise, qui est devenue un groupe
", nous confie-t-il.

En 2006, Voyageurs du Monde réalisait un chiffre d'affaires de 172,2 millions d'euros en hausse de 26,9%, vingt ans plus tard, celui-ci s'est établi à 785 millions d'euros (2025), en croissance de 6,8%.


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Commentaires

1.Posté par François Piot le 07/07/2026 19:52 | Alerter
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Une belle success story de notre métier ! et les authentiques sont rares.
Cohérence dans les valeurs, croissance rentable, le tout avec une marque magnifique. Un modèle pour nous tous.
Bravo, tout simplement. Une nouvelle page s''écrit dans un développement qui s''accélère, bon vent à vous. Je vous souhaite tout le meilleur pour l''avenir.

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