Taxe de séjour et Airbnb : "Je me retrouve avec un trou dans la trésorerie" - Depositphotos.com, VisualGeneration
La France a connu son premier week-end de départs en vacances.
Alors que les offices de tourisme devraient être en ordre de marche pour accueillir les juilletistes, dans les bureaux, les dirigeants avaient d’autres problèmes à régler, à commencer par les trous dans les finances de nombreuses organisations en France.
Depuis maintenant quelques mois, le désengagement de l’État et des collectivités met à mal la viabilité de ces structures. Les fermetures aux niveaux départemental et régional s’enchaînent.
Et alors que tout le monde attendait avec impatience les versements de la taxe de séjour par Airbnb, une mauvaise nouvelle est tombée sur la tête des patrons d’offices. Les millions ont fondu comme la banquise en pleine canicule.
"Le principe de base, c’est que les opérateurs numériques reversent la taxe de séjour deux fois par an aux collectivités, en juin et en décembre. C’est fixé par la loi.
Jusqu'à présent, Abritel et Booking reversaient les séjours qui avaient eu lieu entre novembre et avril, mais Airbnb reversait les réservations qu’elle avait enregistrées entre novembre et avril", nous explique Jérôme Payany, directeur de Nouveaux Territoires.
Il poursuit : "Airbnb vient de changer son système et de s’aligner sur Booking et Abritel. Cela fait que la baisse de la taxe de séjour reversée opérationnellement au mois de juin aux collectivités locales est colossale".
Alors que les offices de tourisme devraient être en ordre de marche pour accueillir les juilletistes, dans les bureaux, les dirigeants avaient d’autres problèmes à régler, à commencer par les trous dans les finances de nombreuses organisations en France.
Depuis maintenant quelques mois, le désengagement de l’État et des collectivités met à mal la viabilité de ces structures. Les fermetures aux niveaux départemental et régional s’enchaînent.
Et alors que tout le monde attendait avec impatience les versements de la taxe de séjour par Airbnb, une mauvaise nouvelle est tombée sur la tête des patrons d’offices. Les millions ont fondu comme la banquise en pleine canicule.
"Le principe de base, c’est que les opérateurs numériques reversent la taxe de séjour deux fois par an aux collectivités, en juin et en décembre. C’est fixé par la loi.
Jusqu'à présent, Abritel et Booking reversaient les séjours qui avaient eu lieu entre novembre et avril, mais Airbnb reversait les réservations qu’elle avait enregistrées entre novembre et avril", nous explique Jérôme Payany, directeur de Nouveaux Territoires.
Il poursuit : "Airbnb vient de changer son système et de s’aligner sur Booking et Abritel. Cela fait que la baisse de la taxe de séjour reversée opérationnellement au mois de juin aux collectivités locales est colossale".
Taxe de séjour : "Je me retrouve avec un trou dans la trésorerie"
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Et c’est peu dire que cette décision a été froidement accueillie entre deux épisodes de canicule qui étouffent la France.
Dans les Pyrénées-Orientales, quinze jours après la découverte, l’énervement n’est toujours pas retombé.
"Quand j’ai reçu le bordereau et que je me suis rendu sur leur portail, le 25 juin dernier, puis que j’ai découvert la somme, j’étais estomaqué. L’an dernier, à la même date, j’avais reçu un peu plus de 160 000 euros et, cette année, 46 000 euros, ne décolère pas Jean-Jacques Rodriguez, directeur de l’office de tourisme de Collioure.
Nous nous sommes aperçus, en vérifiant les dates de séjour, qu’ils avaient changé les modalités de reversement. Sachant que, sur Collioure, le délai entre la réservation et l’arrivée dépasse les 100 jours. Je me retrouve avec un trou dans la trésorerie".
Le manque à gagner n’est pas exactement de 120 000 euros, car sur la somme totale, l’office de tourisme en reverse 44% aux collectivités.
Sauf que ce trou dans la caisse n’est pas neutre, d’autant plus qu’il intervient en haute saison, dans un contexte financier dégradé pour les structures touristiques publiques et alors que les premiers grands feux ont été déclarés dans cette même région.
"C’est tout notre modèle économique qui est impacté, puisque nous ne savons pas combien ils vont nous reverser, ni quand.
La taxe de séjour représente 75% à 80% de mon budget, donc je risque d’avoir un déficit de trésorerie assez rapidement, parce qu’aujourd’hui, nous sommes en pleine saison. Là, nous sommes 20 salariés", déplore le directeur de l’office de tourisme de Collioure.
Dans les Pyrénées-Orientales, quinze jours après la découverte, l’énervement n’est toujours pas retombé.
"Quand j’ai reçu le bordereau et que je me suis rendu sur leur portail, le 25 juin dernier, puis que j’ai découvert la somme, j’étais estomaqué. L’an dernier, à la même date, j’avais reçu un peu plus de 160 000 euros et, cette année, 46 000 euros, ne décolère pas Jean-Jacques Rodriguez, directeur de l’office de tourisme de Collioure.
Nous nous sommes aperçus, en vérifiant les dates de séjour, qu’ils avaient changé les modalités de reversement. Sachant que, sur Collioure, le délai entre la réservation et l’arrivée dépasse les 100 jours. Je me retrouve avec un trou dans la trésorerie".
Le manque à gagner n’est pas exactement de 120 000 euros, car sur la somme totale, l’office de tourisme en reverse 44% aux collectivités.
Sauf que ce trou dans la caisse n’est pas neutre, d’autant plus qu’il intervient en haute saison, dans un contexte financier dégradé pour les structures touristiques publiques et alors que les premiers grands feux ont été déclarés dans cette même région.
"C’est tout notre modèle économique qui est impacté, puisque nous ne savons pas combien ils vont nous reverser, ni quand.
La taxe de séjour représente 75% à 80% de mon budget, donc je risque d’avoir un déficit de trésorerie assez rapidement, parce qu’aujourd’hui, nous sommes en pleine saison. Là, nous sommes 20 salariés", déplore le directeur de l’office de tourisme de Collioure.
Taxe de séjour et Airbnb : "a minima, ça mérite réaction"
D’après nos informations, sur la base d’un panel constitué par les structures de tout un département, la baisse du versement de juin, pour les séjours allant de novembre à avril, atteint 58%.
La chute est de l’ordre de plusieurs millions d’euros.
Il convient donc de dupliquer ce cas à toute la France pour comprendre l’ampleur des dégâts.
"Mon premier réflexe a été de me dire, c’est quoi ce bazar ? Il y a certainement une erreur. J’ai appelé Jérôme Payany, mais il ne pouvait pas me répondre, car c’était le feu partout en France, ajoute Jean-Jacques Rodriguez.
L’état de choc terminé, nous devons maintenant passer à l’action. Nous sommes en train de réfléchir à plusieurs et de voir si nous pouvons faire quelque chose. En tout cas, a minima, ça mérite réaction.
Comme le disent certains de mes collègues, nous allons demander une subvention à la commune ou à l’intercommunalité, selon les statuts. Mais au regard des finances des collectivités, il n’est pas certain qu’elles soient en mesure de répondre favorablement à notre requête", nous confie le directeur.
Et c’est tout le problème : ce changement est soudain, sans que les principaux intéressés aient été avertis, et il intervient dans un contexte de forte tension sur les finances publiques.
La situation a été remontée à la Fédération régionale des offices de tourisme de Provence-Alpes-Côte d’Azur.
"Cela met en difficulté financière, au niveau de la trésorerie, les offices de tourisme qui sont des Epic. Nous allons donc être très vigilants sur ce sujet, même si la marge de manœuvre, à mon avis, n’est pas très grande.
Ce n’est pas sûr que toutes les collectivités locales puissent aider les structures impactées par cette décision, commente Christian Mourisard, président de la fédération et ancien président d’ADN Tourisme.
Nous sommes dans une période difficile pour toutes les collectivités locales, qu’elles soient régionales, départementales ou locales, pour les offices de tourisme, dans la mesure où il y a une baisse des subventions".
La chute est de l’ordre de plusieurs millions d’euros.
Il convient donc de dupliquer ce cas à toute la France pour comprendre l’ampleur des dégâts.
"Mon premier réflexe a été de me dire, c’est quoi ce bazar ? Il y a certainement une erreur. J’ai appelé Jérôme Payany, mais il ne pouvait pas me répondre, car c’était le feu partout en France, ajoute Jean-Jacques Rodriguez.
L’état de choc terminé, nous devons maintenant passer à l’action. Nous sommes en train de réfléchir à plusieurs et de voir si nous pouvons faire quelque chose. En tout cas, a minima, ça mérite réaction.
Comme le disent certains de mes collègues, nous allons demander une subvention à la commune ou à l’intercommunalité, selon les statuts. Mais au regard des finances des collectivités, il n’est pas certain qu’elles soient en mesure de répondre favorablement à notre requête", nous confie le directeur.
Et c’est tout le problème : ce changement est soudain, sans que les principaux intéressés aient été avertis, et il intervient dans un contexte de forte tension sur les finances publiques.
La situation a été remontée à la Fédération régionale des offices de tourisme de Provence-Alpes-Côte d’Azur.
"Cela met en difficulté financière, au niveau de la trésorerie, les offices de tourisme qui sont des Epic. Nous allons donc être très vigilants sur ce sujet, même si la marge de manœuvre, à mon avis, n’est pas très grande.
Ce n’est pas sûr que toutes les collectivités locales puissent aider les structures impactées par cette décision, commente Christian Mourisard, président de la fédération et ancien président d’ADN Tourisme.
Nous sommes dans une période difficile pour toutes les collectivités locales, qu’elles soient régionales, départementales ou locales, pour les offices de tourisme, dans la mesure où il y a une baisse des subventions".
En changeant le mode de versement de la taxe de séjour, que cherche Airbnb ?
Ce n’est pas la première fois que la plateforme prend des largesses concernant cette même collecte.
Comme nous vous le révélions en 2019, Airbnb collectait la taxe de séjour sur les mineurs, pourtant exemptés par les textes de loi. Et cela a duré plusieurs années, le géant américain avançant un dilemme d’ordre technique.
"Je me plaisais à dire aux représentants de l’État, à Bercy, à l’époque où nous négociions, que c’était bizarre qu’un État aussi régalien que le nôtre permette à un acteur privé de prélever l’impôt. Ça ne les faisait pas rire du tout.
Il est vrai que cela arrange aussi un certain nombre de collectivités, de communes en particulier, qui n’ont pas, on va dire, les outils nécessaires à cette collecte", nous confie Christian Mourisard.
Pour rappel, la plateforme distribuait en fin d’année un chèque aux collectivités, à grand renfort de communication, sans apporter aucun justificatif. Les offices de tourisme n’étaient pas en capacité de vérifier si le montant était le bon ou non. Fort heureusement, cela a changé.
Néanmoins, cette modification du versement, en pleine haute saison et dans un contexte de crise du tourisme institutionnel, interroge.
"Déjà, on peut s’interroger sur le besoin d’Airbnb de se faire de la trésorerie sur le dos des collectivités locales françaises aujourd’hui. Peut-être qu’ils ne sont pas si bien financièrement parlant, car ils affichent toujours des pertes.
La deuxième hypothèse, c’est que cela met en l’air les budgets prévisionnels des collectivités locales par rapport à leurs offices de tourisme, qui sont eux-mêmes quelque part concurrents d’Airbnb.
Airbnb vend des expériences comme les offices, mais prend 20% de commission, alors que les offices ne prennent pas forcément de commission", s’interroge Jérôme Payany.
Rappelez-vous, en 2021, nous écrivions qu’Airbnb s’était substituée, sur Google, aux sites des offices de tourisme de Val-d’Isère ou encore de Saint-Tropez. Il fallait peut-être y voir une première attaque.
Comme nous vous le révélions en 2019, Airbnb collectait la taxe de séjour sur les mineurs, pourtant exemptés par les textes de loi. Et cela a duré plusieurs années, le géant américain avançant un dilemme d’ordre technique.
"Je me plaisais à dire aux représentants de l’État, à Bercy, à l’époque où nous négociions, que c’était bizarre qu’un État aussi régalien que le nôtre permette à un acteur privé de prélever l’impôt. Ça ne les faisait pas rire du tout.
Il est vrai que cela arrange aussi un certain nombre de collectivités, de communes en particulier, qui n’ont pas, on va dire, les outils nécessaires à cette collecte", nous confie Christian Mourisard.
Pour rappel, la plateforme distribuait en fin d’année un chèque aux collectivités, à grand renfort de communication, sans apporter aucun justificatif. Les offices de tourisme n’étaient pas en capacité de vérifier si le montant était le bon ou non. Fort heureusement, cela a changé.
Néanmoins, cette modification du versement, en pleine haute saison et dans un contexte de crise du tourisme institutionnel, interroge.
"Déjà, on peut s’interroger sur le besoin d’Airbnb de se faire de la trésorerie sur le dos des collectivités locales françaises aujourd’hui. Peut-être qu’ils ne sont pas si bien financièrement parlant, car ils affichent toujours des pertes.
La deuxième hypothèse, c’est que cela met en l’air les budgets prévisionnels des collectivités locales par rapport à leurs offices de tourisme, qui sont eux-mêmes quelque part concurrents d’Airbnb.
Airbnb vend des expériences comme les offices, mais prend 20% de commission, alors que les offices ne prennent pas forcément de commission", s’interroge Jérôme Payany.
Rappelez-vous, en 2021, nous écrivions qu’Airbnb s’était substituée, sur Google, aux sites des offices de tourisme de Val-d’Isère ou encore de Saint-Tropez. Il fallait peut-être y voir une première attaque.
Taxe de séjour et Airbnb : "La méthode est contestable", selon ADN Tourisme
De son côté, ADN Tourisme a été informée du problème la semaine dernière.
"Sur la démarche menée par Airbnb, la fédération n’a pas forcément à se prononcer. C’est plutôt la méthode qui est contestable.
Ce qui aurait été souhaitable, c’est que la démarche soit anticipée, ou, en tout cas, que l’information soit transmise en amont, afin que les choses n’arrivent pas comme ça, de façon un peu brutale, regrette Christophe Marchais, directeur général adjoint d’ADN Tourisme.
Certains offices de tourisme ont réagi en expliquant qu’en matière de trésorerie, cela changeait complètement la donne et que, surtout, aucune anticipation n’était possible. Nous savons que, pour certains OT, la situation va être un peu délicate.
Pour le littoral, ce nouveau mode de versement se traduira principalement en décembre, après la saison estivale, tandis que les stations de ski vont devoir attendre que l’hiver se fasse, donc pas avant un an, pour toucher la majeure partie de la taxe de séjour, ndlr.
Je ne sais pas s’il existe une capacité de négociation, puisque c’est une structure importante. Nous avons communiqué les coordonnées des interlocuteurs d’Airbnb.
Nous avons également prévu de faire un courrier, au titre de la fédération, pour alerter sur cette démarche. Mais de là à dire s’il sera possible de faire bouger les lignes, je ne sais pas", ajoute-t-il.
Ce revirement ne devrait pas, toutefois, entrainer de fermeture de structure, mais montre la posture d'Airbnb vis-à-vis de l'Etat Français, après avoir durant quelques années fait ce qu'il voulait sur la collecte.
Lors des rencontres économiques d'Aix-en-Provence la semaine dernière, où il a été très souvent question de souveraineté, ce genre d'affaire montre une nouvelle fois que l'ami (américain) d'un jour, n'est pas nécessairement celui de demain.
"Sur la démarche menée par Airbnb, la fédération n’a pas forcément à se prononcer. C’est plutôt la méthode qui est contestable.
Ce qui aurait été souhaitable, c’est que la démarche soit anticipée, ou, en tout cas, que l’information soit transmise en amont, afin que les choses n’arrivent pas comme ça, de façon un peu brutale, regrette Christophe Marchais, directeur général adjoint d’ADN Tourisme.
Certains offices de tourisme ont réagi en expliquant qu’en matière de trésorerie, cela changeait complètement la donne et que, surtout, aucune anticipation n’était possible. Nous savons que, pour certains OT, la situation va être un peu délicate.
Pour le littoral, ce nouveau mode de versement se traduira principalement en décembre, après la saison estivale, tandis que les stations de ski vont devoir attendre que l’hiver se fasse, donc pas avant un an, pour toucher la majeure partie de la taxe de séjour, ndlr.
Je ne sais pas s’il existe une capacité de négociation, puisque c’est une structure importante. Nous avons communiqué les coordonnées des interlocuteurs d’Airbnb.
Nous avons également prévu de faire un courrier, au titre de la fédération, pour alerter sur cette démarche. Mais de là à dire s’il sera possible de faire bouger les lignes, je ne sais pas", ajoute-t-il.
Ce revirement ne devrait pas, toutefois, entrainer de fermeture de structure, mais montre la posture d'Airbnb vis-à-vis de l'Etat Français, après avoir durant quelques années fait ce qu'il voulait sur la collecte.
Lors des rencontres économiques d'Aix-en-Provence la semaine dernière, où il a été très souvent question de souveraineté, ce genre d'affaire montre une nouvelle fois que l'ami (américain) d'un jour, n'est pas nécessairement celui de demain.






Publié par Romain Pommier 













