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Face à la désertion des agences, les pros ne baissent pas les bras !

L’activité est parfois plus mauvaise en avril qu’en mars dans les agences de voyages


Après un mois de mars marqué par le début du conflit, les missions parfois à haut risque pour rapatrier les clients, puis les reprotections, les agences de voyages sont entrées en avril dans le dur. Les clients se font plus rares. Même si des ventes tombent encore, les carnets de commandes sont loin d’être pleins. Face à ce ralentissement, les professionnels s’organisent et en profitent notamment pour former les équipes. L’opération commando est lancée, mais sera-t-il possible de sauver l'été ? Rien n'est moins sûr.


Rédigé par le Lundi 27 Avril 2026 à 07:34

Face à la désertion des agences, les pros ne baissent pas les bras ! - Image générée par l'IA GPT
Face à la désertion des agences, les pros ne baissent pas les bras ! - Image générée par l'IA GPT
Après trois exercices exceptionnels, l’heure n’est plus à fanfaronner dans les communiqués de presse de la profession, qui se font d’ailleurs de plus en plus discrets.

En dehors de quelques opérations commerciales, ventes flash et challenges destinés à stimuler l’imagination et les ventes, les tour-opérateurs comme les réseaux d’agences se font plus discrets.

Loin de sombrer dans le catastrophisme, Valérie Boned a d’ailleurs reconnu la semaine dernière le "besoin de trésorerie pour certaines agences", tout en constatant "qu’il n’y a pas beaucoup de monde dans les agences de voyages".

La présidente des Entreprises du Voyage nous expliquait aussi que le mois d’avril serait sans doute pire que celui de mars.

Et d’après les échos que nous avons, la situation est très disparate selon les types d’agences, mais le constat est le même presque partout... les clients se font très, voire beaucoup trop, discrets.

"Nous avons monté des opérations qui nous ont permis de sauver nos mois de mars et d’avril. En revanche, on commence à se faire peur, entre guillemets, pour le mois de mai.

C’est-à-dire que nous avons davantage sollicité les clients que d’habitude, mais nous devons faire attention à ne pas en faire trop et à ne pas provoquer leur ras-le-bol.

Je ne suis pas pessimiste, mais il faut aller chercher le client et faire différemment
", souffle Martine Juen, gérante de Juen Voyages.

"C'est calme et les équipes s'inquitètent de la fréquentation"

Et il faut bien se le dire, les clients se font plus rares et l’ambiance est relativement calme un peu partout en France.

Selon un fournisseur de solutions pour les professionnels, la situation serait moins dramatique à Paris qu’en province, grâce au panier moyen de la clientèle.

"En mars, il y avait du travail, pour gérer les conséquences du conflit.

Même si une partie du territoire est en vacances, les équipes s'inquiètent de la fréquentation dans les points de vente. Ce n’est pas bon pour les agences.

Malheureusement, nous payons le prix de la peur. Les clients reviendront quand ils ne seront plus angoissés par l’actualité de la guerre en Iran.

D’ailleurs, ce tassement des ventes en agence ne se reporte pas sur la France. Les Français ne réservent pas, ils attendent
", estime François Piot, le dirigeant de Prêt-à-Partir.

Des hôtels et campings de l’Hexagone offrent des cartes carburant à la réservation, signe que la demande ne se déporte pas sur le territoire métropolitain pour préparer ses prochaines vacances.

Le ressenti est à peine meilleur du côté de Laurent Abitbol, qui reconnaît que les clients ne se bousculent pas non plus dans ses agences. L’activité est en retrait d’au moins 20 %.

Pour le moment, les équipes font le dos rond, en espérant un éventuel signe "divin" ou, tout simplement, un message de Donald Trump sur son propre réseau social annonçant la fin du conflit.

Alors que l’été s’annonce mauvais pour Marietton Développement, ne pensez pas qu’en s’éloignant de la métropole le constat soit différent.

"Même tendance à La Réunion, l’île étant sous tension avec une très forte hausse du prix de l’essence, encore plus marquée qu’en métropole.

C’est donc calme dans toutes mes agences. Le panier moyen a aussi très nettement diminué.

Je surveille les stats chaque jour comme le lait sur le feu. C’est différent de la période Covid, car on a quand même un peu d’activité, mais c’est tout aussi anxiogène pour les dirigeants
", explique Béatrice Bazot, directrice du mini-réseau Évasion Intense, qui possède une agence sur l’île Intense et les autres autour de Mâcon.

Tout le monde n'est pas logé à la même enseigne, cela dépend des métiers

Du côté du Cediv, le ressenti est un peu plus contrasté.

"Tout le monde n’est pas logé à la même enseigne, cela dépend des métiers.

Pour ceux qui font du sur-mesure, leurs clients n’arrêtent pas de voyager, ils ont aussi moins de problèmes de budget, ils changent juste de destinations. Ces agences tirent leur épingle du jeu.

En revanche, c’est plus difficile pour les distributeurs purs de tour-opérateurs.
Ils ont besoin d’être accompagnés pour éviter que les clients soient oubliés,
" affirme Adriana Minchella.

Et cette analyse livrée par la présidente du Cediv semble se vérifier au gré de nos appels. Pour Jean-Charles Franchomme, les uns s’en sortent mieux que les autres, la situation étant très variable.

Comme pour la Biterroise, tout dépend de ce que vendent les agences de voyages.

"Je fais un bon mois, grâce à un retour des ventes vers les USA.

Je pense que, comme durant le Covid, il y a ceux qui sont en forte baisse, généralement les distributeurs de TO et les spécialistes des destinations impactées par le conflit, puis il y a ceux qui mettent en place des actions, qui essayent de garder le lien avec leur clientèle.

Il y a un certain attentisme des clients. Et puis le climat fait aussi que les agences ont un peu peur, car les compagnies annulent, ajoutent des surcharges, changent leurs programmes...

Je pense que nous avons une carte à jouer en sécurisant les dossiers, grâce à des politiques d’annulation et de flexibilité
", analyse le cadre commercial de Steam Évasion.

Et c’est tout l’enjeu des jours et des semaines qui s’ouvrent désormais.

"Quand on a le temps, il faut l’occuper à préparer l’avenir !"

À Versailles, un début de frémissement se fait ressentir, notamment depuis le renouvellement du cessez-le-feu. Il n'est pas encore venu le moment de crier victoire pour autant, mais bien de sortir du catastrophisme ambiant.

"Jusqu’à la semaine dernière (il y a 10 jours maintenant, ndlr), c’était très calme. Puis depuis mardi dernier, des personnes reviennent à l’agence, cela repart doucement.

On en parle un peu moins dans les médias et, comme lors de chaque crise, la peur laisse la place au quotidien. Finalement, les gens se rendent compte que l’impact n’est pas si important et ils vivent avec.

Nous avons des demandes qui arrivent, toujours pas pour l’été, mais quelques dernières minutes sur mai, de l’automne et même des départs pour 2027.
Je suis quasiment sûre qu’au mois de juin, les Français vont se réveiller et voudront réserver, ils partiront.

Nous avons fait un e-mailing pour redynamiser cette période
", témoigne Myriam Tord, responsable adjointe de Versailles Voyages.

Cette perception d’une petite reprise est aussi ressentie dans le Sud-Ouest, où le réseau Chauchard Évasion sauve son mois d’avril grâce à un regain d’activité depuis l’annonce du premier cessez-le-feu.

La baisse n’est que de 8 % pour le mois en cours. "Nous avons lancé de la communication inspirationnelle auprès de nos clients, puis complété l’offre de notre TO maison avec des produits France et Europe. Cela fonctionne bien.

Selon moi, il y a clairement eu un effet cessez-le-feu
", nous confie Grégory Monna, qui note aussi que les départs en congé maternité n’ont pas été remplacés, afin d’anticiper les conséquences du conflit.

D'ailleurs, selon notre dernier sondage, la meilleure nouvelle pour les agents de voyages serait pour 57% des votants qu'une paix durable soit trouvée dans ce conflit, loin devant... des aides de l'Etat (2%).

Des professionnels ne baissent pas les bras, même si chacun y va de son hypothèse pour l’été 2026, que certains envisagent mauvais. Martine Juen, dirigeante de l'agence Havas Voyages à Avignon, estime qu’il faudra attendre autant de temps que la durée de la crise pour revoir du monde dans les agences. Espérons donc que la guerre ne s’étende pas trop.

Malgré tout, et comme bon nombre de ses confrères, elle décide de se projeter plus loin, en envoyant ses salariés en éductour. C’est aussi le cas de Frédéric d’Hauthuille.

"Quand on a le temps, il faut l’occuper à préparer l’avenir, avec des formations, des échanges avec les confrères, se poser et réfléchir à ses actions, se plonger réellement dans la facturation électronique et mettre à jour son site web...

De plus, nous préparons une boîte cadeau pour nos 80 plus gros clients, avec des livres, du chocolat du Brésil, des épices du Cambodge ou encore des clous de girofle de Zanzibar.

Puis je mets tout le monde sur le terrain pour être au courant des nouveautés et apporter le meilleur conseil. Nous avons neuf voyages programmés pour les équipes en mai,
" nous confie le dirigeant de Globaltours.

Ce conflit va laisser des traces avec les TO, les compagnies aériennes... et sur le coût du voyage

C’est aussi le travail mené par le Cediv, qui propose un accompagnement très ciblé aux agences de voyages.

L’objectif est qu’elles remettent en place des relances clients, des newsletters régulières, avec des produits rassurants, entre autres.

"Ce vendredi, nous organisons une visioconférence avec l’ensemble du réseau, pour que chacun échange sur ses actions afin de s’inspirer mutuellement des pratiques des uns et des autres.

Il faut reprendre en main son fichier clients,
qui est parfois un peu délaissé. Là, c’est l’occasion de passer à l’action. Il faut garder le lien avec eux pour préparer la reprise.

Je leur dis d’anticiper les ventes sur le second semestre 2026, mais aussi sur 2027, afin d’éviter de se retrouver en carence de trésorerie.

Un peu comme durant le Covid, les gens s’interrogent et s’inquiètent pour les départs à venir à court terme, mais ils se questionnent moins sur ceux de plus long terme
", nous confie Adriana Minchella.

Et comme nous l’avons connu durant la crise sanitaire, le futur a un côté rassurant, car chacun estime que la guerre sera terminée, tout comme ses effets négatifs.

À l’heure actuelle, outre l’absence de clientèle, les agents de voyages commencent aussi à s’inquiéter des rumeurs autour d’une possible pénurie de kérosène.

Alors que l’Europe s’est voulue rassurante, le gouvernement français a quelque peu bafouillé dans sa réponse, parlant "de tension" et d’une possible libération de "stocks stratégiques, avec environ une centaine de jours de disponibilité de carburant".

"Cette confusion autour d’une potentielle pénurie de kérosène inquiète les clients et les agences de voyages, qui proposent moins de voyages à la carte et se reportent sur les tour-opérateurs.

Il va falloir que l’on propose plus de flexibilité et cela va dépendre des fournisseurs, comme les hôteliers, qui vont devoir nous permettre de proposer des séjours annulables, même au dernier moment.

Je ne suis pas pessimiste, il n’y a pas péril en la demeure. Ce sera simplement un cru moins bon que les précédents. En revanche, je pense que ce conflit va laisser des traces. Le carburant ne retombera jamais à son niveau d’avant-guerre,
" prédit François Piot.

Cette peur d'un manquement de kérosène traverse aussi le mini-réseau de Béatrice Bazot. La dirigeante qui réalise beaucoup de packages dynamiques ne veut pas verser dans le catastrophisme ambiant et espère que cela ne soit que pur fantasme.

Pour Adriana Minchella, le conflit va aussi marquer au fer rouge les agences de voyages, qui se souviendront des comportements de certains tour-opérateurs et compagnies aériennes durant cette période.

Une phrase que de nombreux agents nous ont aussi répétée.

Comme durant le Covid, un nouveau tourisme va-t-il s’ouvrir à nous ? L’avenir nous le dira, mais généralement, le monde d’avant revient plus vite qu’on ne le pense.


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