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Gérard Brémond : disparation de l'un "des pères fondateurs du tourisme français"

Gérard Brémond était âgé de 88 ans


C’est l’un des derniers pionniers du tourisme qui s’en va. Fondateur du groupe Pierre & Vacances et créateur d’Avoriaz, Gérard Brémond est décédé à l’âge de 88 ans, a annoncé le groupe Pierre & Vacances-Center Parcs. Retour sur la vie de l’un des artisans du tourisme moderne en France.


Rédigé par le Jeudi 25 Juin 2026 à 15:05

Gérard Brémond était âgé de 88 ans, il nous a quittés, ce jeudi 25 juin 2026 - DR
Gérard Brémond était âgé de 88 ans, il nous a quittés, ce jeudi 25 juin 2026 - DR
C'est une semaine, le groupe Pierre & Vacances-Center Parcs faisaitl’actualité.

Le géant français, qui compte près de 45 000 appartements, maisons et villas répartis sur environ 330 sites en Europe et accueille chaque année plus de 8 millions de clients, a reçu une offre publique d’achat émanant d’un fonds émirati.

Une nouvelle plutôt positive, qui témoigne du spectaculaire redressement d’un fleuron français de l’industrie touristique, mais qui sera totalement éclipsée par la triste annonce faite par le groupe ce jeudi 25 juin 2026.

Il vient en effet d’annoncer le décès de son fondateur, Gérard Brémond, à l’âge de 88 ans.


"Esprit libre, passionné et curieux, il restera comme l’un des entrepreneurs les plus créatifs de sa génération," ont déclaré Georges Sampeur, le président du conseil d’administration et Franck Gervais, l'actuel directeur général du Groupe Pierre & Vacances-Center Parcs.

Son entreprise de toujours qu'il avait quitté en 2022, alors âgé de 84 ans.

Gérard Brémond crée de toutes pièces Avoriaz dans les années 1960

Avec Gilbert Trigano, son ami du Club Med, ils ont façonné l’offre touristique française, notamment dans nos montagnes et sur notre littoral, pendant plusieurs décennies.

Fils d’un promoteur immobilier, Gérard Brémond tombe dans la marmite du tourisme et de la création de destinations touristiques en 1967.

Robert Brémond, son père, l’envoie faire ses armes, stylos et équerres en main, à 1 800 mètres d’altitude, afin d’aménager un plateau servant d’alpage aux paysans du coin. Il a alors 27 ans et une modeste carrière de guitariste de jazz à Paris.

Jean Vuarnet se charge d’acheter les champs, tandis que Gérard Brémond sera à la réalisation.

À l’origine, c’est donc un sportif mondialement connu, notamment pour avoir inventé la position de l’œuf en compétition de ski, qui imagine la construction de la station ex nihilo.

Avec l'ancien champion olympique et Jacques Labro, un jeu architecte, ils imaginent un village "mi-futuriste" "mi-écologique", sans voitures, avec des immeubles se fondant totalement dans l’environnement local.

Le succès ne sera pas immédiatement au rendez-vous. Il faudra attendre 1973 et la création du Festival international du film fantastique pour que la station prenne enfin la lumière.

Ce premier projet va façonner le patron qu’il sera pendant près de soixante ans, comme le rappelaient nos confrères du Monde dans un article publié en 2022.

Un visionnaire, mais surtout un dirigeant tatillon, exigeant et regardant jusqu'à la couleur des rideaux.

Gérard Brémond : le père du groupe Pierre & Vacances

C’est ainsi que naissent non seulement Avoriaz, mais aussi Pierre & Vacances.

Vous comprenez désormais mieux le nom d’une entreprise qui va imposer une nouvelle manière de concevoir les destinations, mais aussi de gagner de l’argent dans le secteur.

Gérard Brémond invente le modèle des résidences de vacances. Le promoteur construit des logements, dont les appartements sont achetés par des particuliers, puis loués par Pierre & Vacances.

Ce modèle fera le succès du groupe pendant plusieurs décennies.

Il faudra attendre la fin des années 1970 pour que l’entreprise s’intéresse au littoral.

Elle ouvrira sa première résidence à Juan-les-Pins, sous le format de la "nouvelle propriété", permettant aux propriétaires de bénéficier d’une déduction fiscale.

Dix ans plus tard, le groupe possède plus de vingt résidences.

En 1990, il crée son premier village Pierre & Vacances au Cap Esterel. Le resort comprend 1 600 appartements et se situe à mi-chemin entre l’hôtel traditionnel et la résidence secondaire.

"Mon grand regret, c’est de ne pas avoir pu transformer Le France" selon Gérard Brémond

Fort de ces succès, le groupe entre en Bourse en 1999, puis fonde, quelques années plus tard, avec Accor, la marque Adagio, spécialiste des résidences urbaines.

Entre-temps, Pierre & Vacances rachète Maeva en 2001, puis 100 % de Center Parcs en 2003.

Le modèle s’essouffle et les pertes s’accumulent au cours des années 2010.

Plombé par une dette dépassant le milliard d’euros et par la crise du Covid, le groupe ouvre une procédure de conciliation en janvier 2021.

Gérard Brémond devient alors salarié et perd la majorité au capital de son bébé de toujours, ses parts passant de 49,6 % à 4 %. Les fonds d’investissement Alcentra, Fidera et Atream arrivent à la rescousse.

Il quitte finalement Pierre & Vacances-Center Parcs en mars 2022.

Quelques semaines après son départ, l’octogénaire s’était confié sur TourMaGcom, sur les conditions de celui-ci, mais aussi sur les regrets qui ont marqué sa riche carrière.

Outre les attaques répétées de ceux qu’il surnommait les "égologistes", qui qualifiaient le promoteur de bétonneur, plusieurs projets ont avorté, notamment au Maroc et en Chine.

Mais c’est surtout l’échec du sauvetage d'un mythique qui restera comme une plaie dans sa carrière.

"Mon grand regret, c’est de ne pas avoir pu transformer l’iconique paquebot Le France en un complexe touristique flottant et fixe de 650 cabines, avec un casino, des restaurants, une salle de spectacle et un musée.

L’amiante et le coût faramineux des travaux n’ont pas permis sa réalisation. Ce fut une belle aventure. C’était en 2005, je crois
", nous expliquait-il.

Gérard Brémond : "un des pères fondateurs du tourisme français"

Nous avons demandé à Christian Mantei, une relation de longue date de Gérard Brémond, de nous raconter ce qu’il retient de ce grand bâtisseur du tourisme.

"À l’époque de Maison de la France, il était président de la commission marketing lorsque j’en étais le directeur marketing, un poste que j’ai occupé entre mars 1991 et juin 1996.

Nous travaillions ensemble à la promotion de la France.

C’était un grand visionnaire. Gérard est l’un des pères fondateurs du tourisme français. Il fait partie de la caste des grands patrons, dans laquelle nous retrouvons Gilbert Trigano, Dubreuil et les Pélisson.

C’est cette génération-là, celle qui a façonné le tourisme en France.


J’ai dirigé l’Agence française de l’ingénierie touristique, au sein de laquelle se trouvait le service d’aménagement de la montagne. Je suivais de très près tous ses projets de développement. Les préfets nous consultaient et j’avais régulièrement des échanges avec lui.

J’ai pu mesurer qu’il était non seulement un visionnaire, mais aussi un développeur extraordinaire, avec une véritable vision du tourisme. De plus, il connaissait bien les arcanes de l’administration. Il savait naviguer entre les collectivités et les services de l’État, avec une grande capacité de négociation que nous appréciions beaucoup.

Lorsqu’il négociait, il avait aussi de l’humour et l’œil pétillant. C’était toujours sympathique
", nous confie, ému, le président du conseil d’administration d’Atout France.

Gérard Brémond : l'homme de jazz

Au fil du temps, les deux hommes nouent une relation qui ne se limite pas à leurs seuls liens professionnels.

Ils se retrouvent lors de l’opération de sauvetage de Pierre & Vacances durant la crise sanitaire, alors que Christian Mantei est également senior advisor d’Atream.

Ce n’est pas tout.

"J’ajoute une autre dimension qu’il ne faut pas oublier : Gérard était un homme de jazz, un véritable passionné et un modèle de connaissance en la matière.

Il a été propriétaire du Duc des Lombards, un célèbre club de jazz parisien, mais aussi de la radio TSF Jazz. J’ai d’excellents souvenirs liés au jazz, que ce soit dans son club, à Marciac ou encore à Marseille.

Il était très proche d’Ahmad Jamal.

Il me l’avait présenté.

Nous avions déjeuné avec lui et étions allés ensemble à un concert dans le sud de la France. Pour moi, Gérard, c’est la conversation du samedi matin, cela débutait toujours parler de jazz, puis un peu de travail.

Son pot de départ, en 2022, a eu lieu au Duc des Lombards. Il avait convié de très bons musiciens et nous étions une cinquantaine autour de lui.

Sa disparition me touche, c’est émouvant.

Une page se tourne, une page de l’histoire du tourisme français
", conclut Christian Mantei.


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