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Pierre & Vacances : vente, projet, musique… Gérard Brémond se confie 🔑

l'interview de Gérard Brémond, Président du Groupe Pierre & Vacances-Center- Parcs



Gérard Brémond fondateur de Pierre & Vacances revient pour TourMaG.com sur la vente du Groupe, sur ses projets et sa vision du tourisme. Retrouvez l'interview réalisée par Josette Sicsic, pour Futuroscopie.


Rédigé par le Mardi 12 Avril 2022

Gérard Brémond (Pierre & Vacances) : "J’ai réussi à éviter une vente à la découpe dont je ne voulais surtout pas. Et, après un parcours du combattant et des négociations difficiles, la solution que nous avons adoptée a été la meilleure". - DR
Gérard Brémond (Pierre & Vacances) : "J’ai réussi à éviter une vente à la découpe dont je ne voulais surtout pas. Et, après un parcours du combattant et des négociations difficiles, la solution que nous avons adoptée a été la meilleure". - DR
Gérard Brémond a des détracteurs. Ils sont nombreux. Surtout parmi les propriétaires privés des résidences du groupe Pierre & Vacances Center Parcs, malheureuses victimes de la pandémie.

Surtout parmi quelques associations « écolos » qui le taxent de bétonneur. Surtout parmi ceux qui n’ont jamais mis les pieds dans ses résidences et qui les qualifient de ringardes.

D’où la dernière campagne publicitaire qui maniant à fond l’autodérision ne manque pas de peps : « Apparemment, nos résidences changent plus vite que notre image » clame le slogan final des spots diffusés au cinéma et à la télévision pour lancer la saison.

Mais, Gérard Brémond a aussi des admirateurs dont je fais partie. Pour les plus beaux concerts de jazz de Paris d’une part, mais aussi et surtout pour une « œuvre » dont l’image a beau avoir été gâchée par les lendemains de crise, elle n’en reste pas moins unique.

Qui au bout de près de 60 ans de carrière durant lesquels il a assuré la présidence d’un groupe qui emploie plus de 12 000 personnes en Europe aurait pu échapper à un coup du sort comme celui déclenché par la pandémie de Covid ?

Qui encore pourrait continuer de mettre son acuité et ses compétences au service de nouveaux projets ? La planète tourisme a dû ses avancées les plus spectaculaires à quelques visionnaires qui, tous à un moment ou à un autre, ont dû être épaulés par des partenaires financiers nationaux ou internationaux.

Exception faite du groupe Accor, ce fut le cas du Club Méditerranée, de Nouvelles Frontières …

N'insistons donc pas sur les difficultés exceptionnelles d’une entreprise qui, à l’heure qu’il est, et après des mois de procédures fastidieuses pour combler une dette certes abyssale, a réussi à sauver sa peau.

Et dont le toujours Président ne baisse pas les bras. Confiant dans sa bonne étoile et celle d’un secteur touristique qui a encore beaucoup à faire et à inventer, il repart à l’assaut de l’avenir.

Tel Icare, il s’est brûlé les ailes, mais après la tempête économique et médiatique qui ne l’a pas épargné, il pourrait, tel le Phénix nous surprendre !

En tout cas, avec la simplicité et l’humour qui l’ont toujours caractérisé, il m’a reçue et voilà ce qu’il m’a confié :


Futuroscopie : Tout d’abord, monsieur Brémond, comment allez-vous ?

Gérard Brémond :
je vais bien et le Groupe va mieux après cette crise imprévisible que nous avons traversée et qui a été un véritable cataclysme pour l’ensemble du secteur du tourisme.

Futuroscopie : Parlez-m'en plus en détails de ce Groupe dont vous exercez la présidence pendant quelques mois encore ?

Gérard Brémond :
J’ai réussi à éviter une vente à la découpe dont je ne voulais surtout pas. Et, après un parcours du combattant et des négociations difficiles, la solution que nous avons adoptée qui a suffisamment été évoquée dans la presse* pour que je n’y revienne pas, a été la meilleure.

Elle a permis de sauver les emplois et de conserver l’identité et la cohérence du groupe et de ses marques, chacune avec sa personnalité.

Mais, je ne vous cache pas que les négociations ont été difficiles car le Groupe est complexe et qu’il a subi une perte de 800 millions de chiffre d’affaires avec une dette de plus d’un milliard d’euros au total.

La recapitalisation du Groupe était inévitable avec l’apport de nouveaux fond propres à hauteur de 200 millions… Mais cela est fait et l’entreprise va très bien aujourd’hui. Elle a en effet retrouvé sa clientèle dès la réouverture et a d’ores et déjà atteint des performances supérieures à celles de 2019 qui reste l’année de référence. Je suis donc soulagé.

Je suis aussi conforté dans mes convictions sur le tourisme de proximité en particulier en France sur lequel nous avons toujours misé. Accessible en train ou en voiture à la différence des destinations lointaines accessibles en avion. Selon moi, la voiture restera le mode de déplacement privilégié des vacanciers.

Environnement : "Nous allons, je crois plutôt dans le bon sens"

Futuroscopie : Ah bon ? Mais, on en est loin. Pour le moment, la voiture pollue et l’essence en plus coûte cher. Cela m’amène à une autre question : croyez-vous au « green dream » ?

Gérard Brémond :
J’y crois et j’y ai toujours cru. Car la sensibilité écologique est de plus en plus élevée, encore davantage depuis la pandémie. La prise de conscience va donc entraîner des actions en faveur de la protection de l’environnement de plus en plus efficaces.

De la part de tous. Nous allons, je crois plutôt dans le bon sens. Pour ma part, et malgré les nombreuses critiques, dont j’ai été la cible dès la naissance d’Avoriaz, j’ai toujours été convaincu de ménager la nature et l’environnement. Mais, j’ai un regret…


Futuroscopie : Lequel ?

Gérard Brémond :
je regrette de ne pas avoir été plus convaincant, car il m’a fallu contrer en permanence la radicalisation de certaines associations, les excès des idéologues et ce que je nomme les « égologistes ».

Avec plus de dialogue, plus d’ouverture, nous aurions pu progresser ensemble efficacement. C’est dommage.

Heureusement nous avons démontré dans de nombreux projets notre capacité à nous adapter face aux nouveaux enjeux environnementaux et notre volonté de respecter la nature et sa diversité.

Le futur Center-Parcs Landes de Gascogne ouvrira en mai 2022 - DR
Le futur Center-Parcs Landes de Gascogne ouvrira en mai 2022 - DR
Futuroscopie : vous voulez parler de Center-Parcs ?

Gérard Brémond :
Oui. Et comme c’est une entreprise magnifique bâtie sur le respect de l’environnement dès son origine aux Pays-Bas et qui compte aujourd’hui 28 villages en Europe, sa montée en gamme et son expansion vont se poursuivre.

Nous inaugurons mi-mai un domaine dans le Lot-et-Garonne, de taille plus réduite adapté à sa zone de chalandise entre Bordeaux et Toulouse. Nous y faisons preuve d’un ancrage local exemplaire à la fois architectural et économique.

Le thème « les merveilles de la nature », se traduira par des jardins potagers, de nouvelles activités axées sur la compréhension de la nature et de son respect.

Avec des « cottages à la ferme » pour ceux qui souhaitent jardiner pendant leur séjour ! 90% des besoins de chaleur de l’espace aquatique seront couverts par une énergie locale et renouvelable grâce à une chaufferie biomasse…

Avoriaz : construction d'un hôtel de 224 chambres conçu par Jean Nouvel

Un nouveau projet va voir le jour à Avoriaz avec l'architecte Jean Nouvel - Copyright Jean Nouvel
Un nouveau projet va voir le jour à Avoriaz avec l'architecte Jean Nouvel - Copyright Jean Nouvel
Futuroscopie : Bien d’autres exemples seraient à citer. Belle Dune non ? L’un des premiers éco village en Baie de Somme et, plus récemment Villages Nature à deux pas de Paris. Où en êtes-vous ?

Gérard Brémond :
Là encore, un développement du site est programmé avec dans un premier temps la construction de 200 nouveaux cottages. Et, nous allons diversifier les concepts avec des quartiers lacustres, forestiers…

Futuroscopie : Vous avez donc bel et bien de beaux projets en vue. Mais, il me semble qu’il en est un qui vous tient encore plus à cœur. Il concerne Avoriaz je crois, la station sur laquelle s’est édifié le groupe et qui a été inaugurée en 67.

Gérard Brémond :
Tout à fait. Et ce projet est conforme à l’esprit initial de cette station qui se voulait futuriste, avec son architecture mimétique, tout en intégrant les demandes des nouvelles clientèles : pas de voitures, des traineaux, des résidences au pied des pistes.

Il s’agit là de construire un nouvel hôtel de 224 chambres conçu par Jean Nouvel dont la particularité est d’être intégré dans une falaise de 600 m de haut qui est complétement invisible depuis la station.

Sa façade sera principalement traitée avec de l’ardoise provenant des ardoisières de la région, ce qui contribuera à relancer cette filière locale. Ce sera un hôtel de la catégorie Life style ».

"Mon grand regret, c’est de ne pas avoir pu transformer le paquebot Le France"

Futuroscopie : Avez-vous connu des échecs dans votre stratégie de développement international ?

Gérard Brémond :
Oui, le Maroc, près de Marrakech. C’était un projet très avancé avec la Caisse des dépôts marocaine qui a été stoppé du jour au lendemain en 2008, par une décision arbitraire … Mais, ce sont des impondérables fréquents.

Et en Chine, nous sommes peut-être arrivés un peu tard. Aujourd’hui nous adoptons un mode de développement sans risque sous forme des contrats de management.

Mon grand regret, c’est de ne pas avoir pu transformer l’iconique paquebot Le France en un complexe touristique flottant et fixe de 650 cabines avec un casino, des restaurants, une salle de spectacle, un musée.

L’amiante et les coûts faramineux de travaux n’ont pas permis sa réalisation. Ce fut une belle aventure. C’était en 2005 je crois.


Futuroscopie : Vous créez une société immobilière pour développer de nouveaux projets. Croyez-vous qu’il y ait encore des concepts à inventer, à développer, compatibles avec les attentes touristiques et le monde de demain ?

Gérard Brémond :
Oui, je pense que l’on peut toujours inventer, faire preuve d’innovation et d’originalité. De plus, nous savons maintenant la vulnérabilité de l’industrie touristique et les risques que des crises de toutes sortes peuvent provoquer.

Je pense juste qu’il faudra être prudent. Il reste notamment en montagne, des potentialités pour développer des concepts durables notamment dans les Alpes françaises.

"Je pense que l’on peut toujours inventer"

Futuroscopie : Vous créez une société immobilière pour développer de nouveaux projets. Croyez-vous qu’il y ait encore des concepts à inventer, à développer, compatibles avec les attentes touristiques et le monde de demain ?

Gérard Brémond :
Oui, je pense que l’on peut toujours inventer, faire preuve d’innovation et d’originalité.

De plus, nous savons maintenant la vulnérabilité de l’industrie touristique et les risques que des crises de toutes sortes peuvent provoquer.

Je pense juste qu’il faudra être prudent. Il reste notamment en montagne, des potentialités pour développer des concepts durables notamment dans les Alpes françaises.


Futuroscopie : Enfin, nul n’ignore votre passion pour le jazz. Laquelle s’est traduite par le rachat de l’excellente club de jazz qu’est le Duc des Lombards et celui de la radio TSF Jazz, aurez-vous plus de temps pour vous y consacrer ?

Gérard Brémond :
Bien sûr. Et j’en suis très heureux. Nous allons développer l’enseigne Duc des Lombards en Europe : Bruxelles, Barcelone, Madrid. Mais, mon rêve serait d’ouvrir un club à New-York qui, reste la première scène de jazz mondiale, celle où se découvrent tant de nouveaux talents.

Nous organiserons à nouveau le festival de jazz de Nice et à Chantilly en début d’été avec une excellente programmation.


Futuroscopie : Pour finir, j’ai vu que le Groupe a rapidement adapté son offre à l’une des conséquences de la crise : le télétravail… Qu’en pensez-vous ?

Gérard Brémond :
Eh bien si vous voulez tout savoir… je n’aime pas les visio-conférences et j’ai hâte de revenir au présentiel. Mais, il faut vivre avec son temps…

Gérard Brémond est toujours Président du groupe.
Il a créé par ailleurs une société immobilière (dont il est actionnaire à 70%, 15% pour Atream, 15% pour Pierre & Vacances) ayant pour mission de sélectionner et proposer à la société foncière l’acquisition d’actifs touristiques existants ou à construire, destinés à être loués par le Groupe en assurant le sourcing, le montage et le contrôle des maîtres d’ouvrages de la conception à la livraison.

Josette Sicsic
Josette Sicsic
Journaliste, consultante, conférencière, Josette Sicsic observe depuis plus de 25 ans, les mutations du monde afin d’en analyser les conséquences sur le secteur du tourisme.

Après avoir développé pendant plus de 20 ans le journal Touriscopie, elle est toujours sur le pont de l’actualité où elle décode le présent pour prévoir le futur. Sur le site www.tourmag.com, rubrique Futuroscopie, elle publie plusieurs fois par semaine les articles prospectifs et analytiques.

Contact : 06 14 47 99 04
Mail : touriscopie@gmail.com


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Commentaires

1.Posté par Gailledrat vincent le 21/04/2022 17:36 | Alerter
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Les résidents des appartements gérés par Pierre et vacances ne sont pas les seuls laissés par le comportement inadmissible de ce groupe dont certaines filiales Maeva pour ne pas la donner se comporte en voyou vis-à-vis des contrats signés.Alors que les tribunaux les condamnent a juste titre,ils font tout pour faire traîner les règlements .Il faut un minimum de correction à avoir dans les affaires .
À suivre

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