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Guadeloupe : "Il suffit d'une étincelle… pour faire partir en fumée le travail collectif !"

Carte blanche à Yves Brossard, directeur général de Primea Hotels Guadeloupe



Voilà une semaine que la Guadeloupe est le théâtre d'une importante mobilisation sociale, afin de protester contre le pass sanitaire et l'obligation vaccinale pour les soignants. Un mouvement qui a donné lieu à des incidents, malgré le couvre-feu mis en place et qui court jusqu'à mardi matin, chaque nuit de 18 heures à 5 heures, alors qu'aucun membre du gouvernement ne s'est encore rendu sur place. Une réunion est prévue ce lundi 22 novembre 2021 à Paris, en présence du Premier ministre Jean Castex, du ministre des Outre-mer Sébastien Lecornu, du ministre de la Santé Olivier Véran et des élus de l'île. Une rencontre qui doit permettre de cerner les revendications et d'y apporter des réponses. En parallèle, TourMaG.com a demandé à Yves Brossard, directeur général de Primea Hotels, installé depuis 40 ans en Guadeloupe, son analyse de la situation. Il nous la partage dans cette tribune.


Rédigé par Yves Brossard le Lundi 22 Novembre 2021

Yves Brossard : "Les parlementaires et le gouvernement ne cessent de se préoccuper des "intérêts économiques" de la montagne française, quand ils ignorent ceux des Outre-mer français..." - DR : DepositPhotos.com, ankamonika
Yves Brossard : "Les parlementaires et le gouvernement ne cessent de se préoccuper des "intérêts économiques" de la montagne française, quand ils ignorent ceux des Outre-mer français..." - DR : DepositPhotos.com, ankamonika
Quand Johnny Hallyday nous échauffait en chantant : "Allumer le feu et faire danser les diables et les dieux ! Il suffira d'une étincelle…"

Je ne tiens pas à mettre de l’huile sur le feu, car entre diables et dieux, je ne suis pas sûr de m’y reconnaître.

Quand j’entends les "haut-parleurs" évoquer le droit et l’ordre public, je ne désapprouve pas, évidemment.

Mais ces "haut-parleurs" ont-ils véritablement exercé leurs responsabilités de dirigeant, pour prévenir cette étincelle et proposer un avenir à la jeunesse guadeloupéenne ?

Le moment n’est pas propice au débat, mais un rappel ne fait pas de mal aux donneurs de leçons.

"Nous souhaitons une égalité de résultat, pas de moyens"

Cette situation est similaire à celle de 2009, et les pouvoirs publics, comme les élus, comme les professionnels (dont je suis) n'ont tiré aucune leçon opérationnelle des événements de 2009 en Guadeloupe.

De 2009 à 2021, on aurait pu mettre en œuvre une politique de développement de l'emploi et de l'entreprenariat pour "rééquilibrer" la société des Outre-mer avec moins de Fonction publique et plus de fonction privée.

Ce qui supposait un véritable travail en profondeur, notamment législatif, en faveur d’un régime propre aux Outre-mer, susceptible de préparer leur avenir.

Non pas en raison de leur qualité d’Outre-mer, qui justifierait des privilèges indus, mais de leur qualité de régions ultrapériphériques, soumises à des handicaps structurels majeurs. Donc en raison d’une inégalité structurelle au détriment des Outre-mer, que la majorité silencieuse de la métropole refuse de reconnaître, par méconnaissance.

La République est-elle contre l’égalité ? Nous souhaitons une égalité de résultat, pas de moyens.

Peu a été fait en 12 ans, voire quasiment rien, par la métropole, comme par les Outre-mer.

Même si je dois reconnaître qu’une véritable politique d’aide à l’emploi a été mise en œuvre récemment en faveur des Outre-mer par la mise en place d’allègements de charges sociales dans certains secteurs d’activité.

Mais au total, insuffisamment a été fait en 12 ans, et on en paye le prix une nouvelle fois en 2021.

"Nos "institutions" sont sourdes, inertes, voire contre-productives"

Yves Brossard - DR
Yves Brossard - DR
Pourtant, les professionnels, au moins une partie d’entre eux, ne sont pas restés inactifs. Nous avons fait de très nombreuses propositions constructives. Elles n'ont même pas été débattues !

Nos "institutions" sont sourdes, inertes, voire contre-productives. Les simulacres de concertation entre les "socio-politiques" et les "socio-professionnels" ou pseudo "socio-professionnels" sont stériles, car il s’agit d’illusions, de faux-semblants, d’apparences trompeuses.

Le manque de transparence, le manque de dialogue, et le manque de décisions (appréciées ou pas), nourrissent l’immobilisme, et donc la régression.

Pour nous, professionnels des industries touristiques de la Guadeloupe, l'hiver 2022 sera la troisième haute saison touristique partie en fumée.

Tant pis pour nous, si nous n’avons pas su anticiper et mettre "la Métropole" au pied de ses responsabilités.


Ce qui est déplorable, c’est qu’une nouvelle fois "la Métropole" va donner l’illusion de venir à notre secours.

Mais la métropole ne se soucie de nos préoccupations que lorsque la situation devient explosive. C'est donc une invitation au jusqu'au boutisme.

"Nous sommes collectivement responsables de cette situation"

Le coût social et économique qui en résulte, par la résolution à chaud des situations de crise, est toujours très supérieur au coût d'une politique continue de réformes structurelles. Tout le monde est donc perdant.

Je ne vais pas pleurnicher sur le sort des industries touristiques de la Guadeloupe (même si j’en souffre terriblement), car nous sommes collectivement responsables de cette situation.

Je ne suis pas inquiet à court terme, car le Gouvernement saura trouver une voie de sortie à cette crise.

Et je reste confiant, malgré les événements actuels, car depuis 40 ans que je travaille en Guadeloupe, j’observe que les générations montantes de la Guadeloupe ne cessent de converger vers les aspirations universelles, au travail, à l’amélioration de la qualité de vie, à rendre le monde meilleur.

J’espère seulement que le gouvernement réagira suffisamment vite pour que les "troubles" ne s'étendent pas aux autres Outre-mer.

Pour autant, je ne peux rester silencieux sur le fait que, dans le domaine des industries touristiques (majeures pour les Outre-mer), les parlementaires et le gouvernement ne cessent de se préoccuper des "intérêts économiques" de la montagne française, quand ils ignorent ceux des Outre-mer français.

Les troubles actuels, une alarme majeure, mais salvatrice

Et je voudrais ici rassurer les lecteurs de ces malheureuses lignes. Je ne tends pas la main pour demander de nouvelles subventions, de nouveaux privilèges.

Je souhaite seulement une réforme de la législation, notamment du Code du tourisme et du Code général des collectivités territoriales, ce qui ne coûte rien au contribuable, au contraire, et qui pourrait tout changer.

Il s’agit simplement de modifier la gouvernance et la transparence des politiques applicables aux industries touristiques des Outre-Mer.

Je sais bien qu’en évoquant ma perception des problèmes de fond qui affectent les Outre-mer, je ne réponds pas à la préoccupation immédiate des agents de voyages et tour-opérateurs : faut-il, ou non, cesser de "vendre" les Outre-mer ? Faut-il, ou non, annuler nos réservations actuelles dans les Outre-mer ?

Je n’ai pas de réponse parfaite, ou idéale. Le conflit de 2009 s’est éteint au bout de 44 jours, et les professionnels des industries touristiques de la Guadeloupe, dont la clientèle était exclusivement touristique, ont mis huit ans à s’en remettre.

Je vous fais part seulement de trois convictions, pas de trois certitudes :

1 - D’une part je pense que, sauf maladresse majeure du gouvernement, le conflit devrait se solutionner rapidement si le gouvernement adopte des solutions proportionnées, ce qu’il a toujours fait jusqu’à présent ;

2 - D’autre part, je pense que les professionnels de la distribution des voyages en France, et en Europe, et le gouvernement français, ont tout intérêt à privilégier la vente de voyages vers les Outre-mer français et européens. Parce que libellés en euros. Parce que la population française vieillit et que, quoi qu’on en dise, les Outre-mer offrent une sécurité sanitaire et juridique très supérieure aux régions non européennes ;

3 - Et enfin, en troisième point, parce que le véritable problème est devant nous : c’est celui de l’inflation démesurée qui s’amplifie de manière exponentielle dans les Outre-mer, problème qui est insuffisamment anticipé par le gouvernement français.

En conclusion, les troubles actuels sont, à mes yeux, sans doute une alarme majeure, mais salvatrice, alertant sur la nécessité absolue de traiter très en amont ce problème inflationniste, présent et à venir, majeur car l’inflation dans les Outre-mer atteint des records inconnus en métropole.

Encore un handicap structurel méconnu des métropolitains.

Yves Brossard, directeur général de Primea Hotels Guadeloupe

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Commentaires

1.Posté par marc le 22/11/2021 14:11 | Alerter
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alors le mêmes droits qu'en métropole mais PAS les mêmes devoirs (le vaccin) et bien sûr il faut excuser
les pillages vive l'indépendance de la Guadeloupe une sacrée économie pour nous

2.Posté par thierry le 22/11/2021 14:54 | Alerter
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bonjour,
merci Yves pour cette analyse pertinente de la situation que nous vivons en Guadeloupe

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