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Affaire Schneider : deux ans après, que sont devenus les opérateurs ?

Un profond sentiment d'amertume et d'injustice



Plus de deux ans se sont écoulés depuis le début de l'affaire Schneider Finance, dans laquelle 166 opérateurs de tourisme ont dû, du jour au lendemain, trouver un nouveau garant financier. Alors qu'un tiers d'entre eux ont été contraints de mettre la clé sous la porte, les autres ont traversé l'année 2018 avec un trou dans leur trésorerie. Certains ont réussi à rebondir, pour d'autres, la galère n'en finit pas. Point d'étape avant l'ouverture des actions en justice.


Rédigé par le Mercredi 30 Octobre 2019

En février 2018, les membres du collectif Protourisme s'étaient réunis devant le siège français de Schneider Finance afin de parler avec son représentant, Philippe Ayme-Jouve. Depuis, ils attendent toujours de récupérer leurs déposits - DR : P.G.
En février 2018, les membres du collectif Protourisme s'étaient réunis devant le siège français de Schneider Finance afin de parler avec son représentant, Philippe Ayme-Jouve. Depuis, ils attendent toujours de récupérer leurs déposits - DR : P.G.
Ils étaient 166 au départ, il n'en reste que 111...

Voilà plus de deux ans qu'une centaine d'opérateurs du tourisme ont été contraints de trouver un nouveau garant financier, suite à un courrier d'Atout France qui leur annonçait que le leur n'était pas en règle.

Ce garant, c'est Schneider Finance. Avec l'aval des autorités publiques, il a été autorisé à proposer des garanties financières tourisme durant deux ans.

Contrairement à d'autres garants, ses dirigeants ne demandaient aucune garantie sur les biens personnels ou immobiliers. Ils étaient également plus enclins à accepter de jeunes entreprises. Le tout contre des déposits en cash.

Et puis, subitement, en plein mois d'août 2017, à la demande des autorités françaises, les sociétés qu'il garantit doivent trouver à la hâte un nouveau garant, car le groupe britannique ne parvient pas à se mettre en règle. Mais Schneider Finance tarde à rendre les dépôts de contre-garanties...

Plus de deux ans après le début de cette affaire, seules une dizaine d'entreprises ont réussi à récupérer leur mise.

« Nous avons été les premiers à réagir et il s'agissait de petites sommes », témoigne la directrice générale d'un des opérateurs concernés.

Une affaire très coûteuse

Pour les autres, c'est le début d'un long parcours du combattant.

Deux ans après, ils sont nombreux à avoir gagné leur procès contre le garant financier devant les tribunaux de commerce. Hélas, « ses dirigeants ne sont pas solvables, nous avons même envoyé les huissiers, mais le groupe a déménagé ses locaux », relate cet autre dirigeant.

Les contre-garanties déposées varient d'un opérateur à l'autre. 7 500€ pour l'un, 40 000€ pour l'autre. Des trous dans la trésorerie de ces sociétés qui ont pesé sur les bilans financiers.

« Notre société démarrait, raconte cet autre entrepreneur. Nous n'aurions sûrement pas réussi à dégager un chiffre d'affaires qui nous permette d'être à l'équilibre la première année, mais ces fonds perdus ne nous ont pas permis de trouver un autre garant. Aujourd'hui, nous sommes en cours de liquidation. Nous enregistrons une perte sèche, à laquelle s'ajoute la perte d'importants investissements technologiques », regrette-t-il.

« Il faut garder en tête la proportion des dépenses engagées par rapport à la taille des structures concernées, renchérit un autre opérateur.

Mais aussi la quantité de travail fournie au niveau administratif pour trouver un autre garant et des solutions juridiques. Et qui fait notre travail pendant ce temps ? »

« De plus, l'APST nous a fait payer une cotisation au forfait pour les derniers mois de l'année 2017 en plus de celle de 2018. Ça fait très cher pour une facture de fin d'année », souligne cette autre opératrice, qui a dû fermer sa structure fin 2018.

A cela s'ajoutent les frais judiciaires engagés. « Il y a un véritable problème de justice en France. Même lorsqu'elle vous donne raison, il ne se passe rien et vous devez remettre au pot pour prétendre récupérer quelque chose », poursuit cet opérateur.

Une justice à deux vitesses ?

Si les entrepreneurs se sont fait à l'idée qu'ils ne reverraient jamais leurs dépôts, tous gardent les séquelles de cette affaire. Avec un goût amer vis-à-vis des autorités françaises et de la justice.

« C'est le pot de terre contre le pot de fer, lance cette autre professionnelle. Nous ne sommes pas dans une justice équitable.

Quand on voit que notre profession doit disposer d'une garantie financière illimitée sur les fonds déposés, alors qu'elle est limitée pour les banques ou les agences immobilières. Vous vous rendez compte ? Nous vendons du loisir...
 »

« C'est hyper cavalier de la part du gouvernement, ajoute un autre patron. Au moment où la loi se durcit, au moment où nos garants historiques, à savoir les banques, se retirent soudainement du marché, au moment où l’État nous en demande toujours plus, Atout France nous recommande un garant financier qui n'est pas conforme !

Mais quand il faut nous aider à trouver un nouveau garant et à sauver nos sociétés, nous n'avons plus de réponses. Ok, Schneider est le responsable premier, mais enfin l’État français aussi ! Nous ne sommes pas dans une république bananière ! C'est à se demander s'il n'y a pas une vraie volonté étatique de dégommer les « petits » ?
 »

Interrogés au sujet de cette affaire, ni Atout France, ni la Direction générale des entreprises, ni le cabinet de Jean-Baptiste Lemoyne, Secrétaire d'État auprès du ministre de l'Europe et des Affaires étrangères, n'ont souhaité répondre à nos questions.

Vers un procès contre Atout France ?

Il faut dire qu'une action en justice est en cours à l'encontre d'Atout France.

Réunis en collectif, une soixantaine d'opérateurs ont déposé un recours auprès du tribunal administratif de Paris contre le GIE, engageant sa responsabilité dans cette affaire.

LIRE : Affaire Schneider : une cinquantaine d'opérateurs vont attaquer l’État et Atout France

L’organisme a jusqu'au 6 décembre 2019 pour préparer sa défense, date à laquelle le tribunal administratif de Paris clôturera l’instruction. « Reste à savoir si Atout France décidera, à ce moment-là, d'ouvrir les négociations ou si nous irons jusqu'au procès », précise un membre du collectif Protourisme.

« La grande leçon, c'est que la justice française n'est pas du côté des honnêtes gens, se désole cet autre dirigeant.

Je fais du réceptif France et on me demande une garantie alors que mes clients sont déjà garantis par leur agence de voyages ou leur TO dans leur pays d'origine. Je suis payé au retour du client, je n'ai pas de fonds déposés, mais on me demande d'être en règle.

De l'autre côté, vous avez un dirigeant de Schneider, Philippe Ayme-Jouve, qui est toujours responsable d'entreprise, à qui on laisse le temps de préparer sa défense, et même de quitter le pays s'il le souhaite ! 
»

« On le laisse faire, alors que nous, petites entreprises, si nous ne payons pas une facture de 300€, on nous la réclame avec huissier de justice », s'impatiente cette autre fondatrice de réceptif, qui espère récupérer quelque 33 000€.

« Ce dont on oublie de parler, c'est de toutes les conséquences personnelles que cette affaire a eu, renchérit un autre dirigeant. Les personnes ruinées, les salariés licenciés, les divorces... »

Des sociétés qui sortent la tête de l'eau

Si les start-up et les entreprises plus fragiles n'ont pas toutes réussi à passer le cap, les deux tiers des opérateurs garantis par Schneider ont trouvé un nouveau garant.

« Cette affaire a permis aux garants financiers de comprendre ce qu'était un service réceptif, explique un gérant, alors qu'en 2015, quand les banques se sont retirées du marché, mis à part Schneider, personne ne connaissait ce secteur ».

« Ma société se porte bien, j'ai fait abstraction de l'argent perdu et retrouvé un garant. Parler de cette affaire réveille en moi un souvenir que j'ai mis de côté », ajoute cet autre opérateur.

« J'ai eu 35 000 de « pertes exceptionnelles » sur mon bilan 2018 à cause de Schneider, témoigne cet autre dirigeant. On s’est fait plumer, les instances représentatives de la profession s’en moquent, Groupama et Atradius en ont profité pour augmenter leurs primes et l’APST bombe le torse. Tout le monde y a trouvé son compte !

J’ai la chance d’avoir fait une bonne année et d’avoir trouvé un garant qui a accepté mon dossier. Je n’ai pas à me plaindre… je peux poursuivre mon exploitation sereinement 
».

En attendant l'ouverture des procès contre Atout France, d'une part, et le dirigeant de Schneider, d'autre part - lequel est poursuivi également pénalement - les opérateurs lésés n'attendent plus qu'une chose : qu'on ne les oublie pas.

POUR SUIVRE L'AFFAIRE SCHNEIDER, CLIQUEZ ICI

Anaïs Borios Publié par Anaïs Borios Journaliste - TourMaG.com
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1.Posté par mille sabords le 31/10/2019 09:10 | Alerter
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"'Interrogés au sujet de cette affaire, ni Atout France, ni la Direction générale des entreprises, ni le cabinet de Jean-Baptiste Lemoyne, Secrétaire d'État auprès du ministre de l'Europe et des Affaires étrangères, n'ont souhaité répondre à nos questions."

Normal pas de surprise ! ils pensent tous avant tout à à garder leur poste ,et pour certains très lucratif !

Le responsable premium est ATOUT FRANCE qui n'a pas assuré sa mission d'Etat , on va voir si la justice est équitable et indépendante à l issue de la procédure dont la clôture est le 6.12.2019.

2.Posté par Marc TABAR le 31/10/2019 16:02 | Alerter
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Si ce n'est ici, il rebondira là-bas http://schneider-brothers.co.uk/ avec une variante, puisque désormais il s'agira de gestion d'actifs pour laquelle il a une licence mauricienne qui, à l'examen, ne l'autorise à avoir des activités hors de Maurice que s'il y est autorisé dans le pays d'accueil.
Toujours aux manettes en Ecosse mais à partir de France et avec un bilan, dès la première année très "enthousiasmant" et suscitant une confiance sans faille, il opère.
Il est ici https://beta.companieshouse.gov.uk/company/SC564139/officers et son bilan sincère est là https://beta.companieshouse.gov.uk/company/SC564139/filing-history cliquer sur "Unaudited abridged accounts"

Bonnes lectures

3.Posté par Rodo le 15/11/2019 08:12 | Alerter
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Intéressant de découvrir ce matin le communiqué de l'APST qui souffre de sa gouvernance comme un roi qui a usurpé ses sujets souffre de son trône; On imagine bien qu'après les salaires mirobolants que les dirigeants se sont versés, l'achat d'un immeuble au pied de la place de l'Etoile, etc. il y a une vraie réalité! Et quand elle vous rattrape cela donne ceci (morceaux choisis du Conseil d'Administration de l'APST du 06 novembre 2019) :
Objectif: vote des mesures destinées à "pouvoir continuer de pérenniser sa mission de garant des opérateurs de voyages et de tourisme."
1/ Cotisations globales pour 2020 AUGMENTÉES DE 30% !!! et APPELÉES DÈS NOVEMBRE 2019 ! (c'est la panique on dirait !!)
2/ "Réorganisation de la gouvernance de l'organisation" ... sans commentaire tellement il était évident que la direction de cette Association est douteuse.
3/ "mise en place d’un Comité des risques" et on imagine donc bien que les contre-garanties vont augmenter encore !
4/ Le pompon ! "création d’une participation financière du client consommateur lors de l’achat d’un forfait ou d’une prestation touristique garantie afin de renforcer le fonds de garantie voyages de l’APST." Alors là on comprend que rien ne va plus car non seulement l'agence de voyage se fera raquetter mais le client devra participer à la survie de l'escroquerie !

Quand les politiques décideront de dénoncer cette arnaque des Assurances et autres APST qui mettent à genoux les agences de voyage, le secteur d'activité pourra avancer.
En attendant cherchez dès à présent un nouveau garant car l'APST ne durera pas !...mais finalement cela vaut mieux ... sauf que pour les garantir eux-même il n'y a personne et vous risquez de voir votre contre-garantie passer en perte sèche.
A quand la liberté du consommateur de décider de financer sa propre garantie lors de son achat de prestation afin de se protéger ?

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