… L’idée m’est soudain venue de rejeter un coup d’œil sur les grandes plumes de la « Beat Generation », celles de Kerouac, Ginsberg, Ferlinghetti, Jack London… qui aujourd’hui encore constituent les références en matière de littérature dédiée à la « route » et toute sa symbolique de contre-culture en guerre contre un « american dream » ne répondant plus aux aspirations des années soixante.
Et bien qu’ai-je découvert ? Tout simplement, que pas une seule littératrice avait l’heur d’avoir été retenue par l’histoire littéraire ! Pas une ! Alors qu’au même moment, nombreuses étaient les jeunes Américaines en voyage sur des routes improbables d’Asie, Amérique du sud, Moyen Orient !
En Europe à la même époque et particulièrement en France, alors que les « back packers » suivaient les traces de leurs contemporains nord américains, le paysage était aussi désolant. A quelques toutes petites exceptions près (L’Anti voyage de Muriel Cerf), ce sont surtout les femmes engagées dans le combat féministe qui défrayaient l’actualité.
« Debout les femmes » scandaient les nouvelles venues à l’âge adulte revendiquant liberté sexuelle, droit à l’avortement, contraception et autres droits à l’éducation indispensables à l’épanouissement de la moitié de l’humanité !
Et bien qu’ai-je découvert ? Tout simplement, que pas une seule littératrice avait l’heur d’avoir été retenue par l’histoire littéraire ! Pas une ! Alors qu’au même moment, nombreuses étaient les jeunes Américaines en voyage sur des routes improbables d’Asie, Amérique du sud, Moyen Orient !
En Europe à la même époque et particulièrement en France, alors que les « back packers » suivaient les traces de leurs contemporains nord américains, le paysage était aussi désolant. A quelques toutes petites exceptions près (L’Anti voyage de Muriel Cerf), ce sont surtout les femmes engagées dans le combat féministe qui défrayaient l’actualité.
« Debout les femmes » scandaient les nouvelles venues à l’âge adulte revendiquant liberté sexuelle, droit à l’avortement, contraception et autres droits à l’éducation indispensables à l’épanouissement de la moitié de l’humanité !
Les pionnières !
A croire que le voyage étant synonyme d’apprentissage et de connaissance, il était fermé à des femmes encore cantonnées à leur cuisine et leurs enfants.
Quelques noms pourtant commençaient à circuler et à servir de références. C’était celui de la grande Alexandra David-Néel qui commença son premier ouvrage par ces mots « l’obéissance c’est la mort », expliquait sa soif de voyage dont le couronnement en 1912 fut son arrivée à Lhassa où elle approcha enfin le Dalaï Lama !
Atteignant l’âge de 101 ans avant de s’éteindre à Dignes, Alexandra fut certes accompagnée par un jeune serviteur qu’elle considérait comme son fils adoptif. Pour autant, cette icône du voyage a toujours manifesté une curiosité et un courage parfaitement indispensables à des vagabondages sur les routes asiatiques où plus d’une fois elle dût se faire passer pour un homme pour avancer !
Cette tactique du déguisement est d’ailleurs bien connue des voyageuses. En 1766 en effet, une dénommée Jeanne Barret embarque sur l’expédition de Bougainville autour du monde. Déguisée en matelot, elle profite de ce voyage pour développer sa passion pour la botanique et collecte des milliers d’échantillons de plantes. Démasquée à Tahiti, elle retournera en France quelque 10 ans plus tard et sera absoute de sa faute.
On peut aussi se souvenir grâce à ses écrits de « La monja Alferez », cette jeune espagnole qui déserta son couvent au début du dix-septième siècle pour s’embarquer sur les bateaux de la conquête, travestie en soldat. C’est Catalina de Erauso !
On évoque aussi celle qui commanda la plus grande flotte de pirates de l’histoire. Une Chinoise née en 1775… « Innombrables, humbles et extraordinaires, ces survivantes ont été englouties » écrivent Alexandra Lapierre et Christel Mouchard dans leur ouvrage : « Elles ont conquis le monde ». Editions Arthaud.
Georges Sand, de Venise à Majorque
Encouragées par le développement des transports maritimes et terrestres, les voyageuses du dix-neuvième et vingtième siècle, ne sont donc pas des pionnières. Elles incarnent, sans le savoir, une évolution du statut de la femme qui, bien que longue et semée d’embûches, est incontestable. Mais, en France non plus, ces écrivaines « voyageuses » n’ont pas été bien nombreuses.
Et peu s’en souviennent. Flora Tristan en Amérique du sud laisse un nom tandis qu’Isabelle Eberhardt (née en 1877) travestie elle aussi en homme, laisse des écrits : « Dans l’ombre chaude de l’islam ». Un récit sur l’Algérie où elle passa de longues années.
Parmi les écrivaines de l’époque, les plus connues, Colette n’a pas été une grande voyageuse. Quelques retours entre la province et Paris lui suffirent. En revanche George Sand, enfant du dix-neuvième (elle est née en 1804), outre ses déplacements entre Paris et Nohant, a expérimenté la dureté des voyages à l’étranger.
Majorque en compagnie de Frédéric Chopin durant les hivers 1838 et 1839 ont été évoqués par l’écrivaine dans son journal avec une plume au vitriol contre les autochtones pour lesquels elle manifeste une intolérance inacceptable. Dans son livre « Un hiver à Majorque », elle exerce cependant son talent à une sorte de récit déjà apparenté aux guides de voyages.
Et, en revanche, après quelques mois à Venise en compagnie d’Alfred de Musset, elle laisse dans sa correspondance des lignes dithyrambiques sur la Sérénissime et ses habitants. Lignes parfaitement romantiques et réalistes à la fois !
Et peu s’en souviennent. Flora Tristan en Amérique du sud laisse un nom tandis qu’Isabelle Eberhardt (née en 1877) travestie elle aussi en homme, laisse des écrits : « Dans l’ombre chaude de l’islam ». Un récit sur l’Algérie où elle passa de longues années.
Parmi les écrivaines de l’époque, les plus connues, Colette n’a pas été une grande voyageuse. Quelques retours entre la province et Paris lui suffirent. En revanche George Sand, enfant du dix-neuvième (elle est née en 1804), outre ses déplacements entre Paris et Nohant, a expérimenté la dureté des voyages à l’étranger.
Majorque en compagnie de Frédéric Chopin durant les hivers 1838 et 1839 ont été évoqués par l’écrivaine dans son journal avec une plume au vitriol contre les autochtones pour lesquels elle manifeste une intolérance inacceptable. Dans son livre « Un hiver à Majorque », elle exerce cependant son talent à une sorte de récit déjà apparenté aux guides de voyages.
Et, en revanche, après quelques mois à Venise en compagnie d’Alfred de Musset, elle laisse dans sa correspondance des lignes dithyrambiques sur la Sérénissime et ses habitants. Lignes parfaitement romantiques et réalistes à la fois !
Elsa Maillart, Margaret Mead… Edith Wharton !
Produit de l’Europe des années trente, Ella Maillard s’ennuie dans sa cage dorée en Suisse. Après un voyage dans le Caucase, elle n’en publie pas moins des écrits sur la jeunesse russe. Puis c’est le tour de la Chine où elle voyage en 1934 et en profite pour publier ses premiers reportages pour le Petit Parisien.
Iran, Turquie, Afghanistan, Inde où elle finit par s’installer, défilent sous ses pas et lui inspirent toutes sortes d’écrits. Puis, de retour en Europe où elle meurt en 1997, elle importe le concept de voyage culturel, spirituel, des conférences et des cours de yoga. Très active, fut aussi l’Américaine Margaret Mead qui profita de ses voyages pour exercer ses talents d’anthropologue parmi les tribus de Nouvelle Guinée et de la région.
Mise en valeur par l’inoubliable film « Out of Africa », la Danoise Karen Blixen a aussi contribué à la qualité de la littérature féminine de voyage. Eblouissants, ces récits sur l’Afrique ont failli lui faire obtenir le prix Nobel.
Quelques mots encore sur ces superbes plumes que furent la romancière américaine Edith Wharton qui, dans les années, vingt publiait des écrits sur ses voyages en France, Italie, Maroc… Voyageuse passionnée, elle profite également de ses livres pour offrir un descriptif historique, culturel, artistique des pays qu’elle traverse. Le tout avec un plume souvent drôle.
Là encore, on n’est plus très loin du guide de voyage. Enfin, que dire encore de Vita Sackville-West ? Née en 1892, elle fut poétesse, jardinière, journaliste. Femme de diplomate britannique, elle séjourne au Moyen Orient, notamment en Iran, Inde, Égypte… dont elle s’inspire pour écrire à la fois des romans et des ouvrages de vulgarisation.
Iran, Turquie, Afghanistan, Inde où elle finit par s’installer, défilent sous ses pas et lui inspirent toutes sortes d’écrits. Puis, de retour en Europe où elle meurt en 1997, elle importe le concept de voyage culturel, spirituel, des conférences et des cours de yoga. Très active, fut aussi l’Américaine Margaret Mead qui profita de ses voyages pour exercer ses talents d’anthropologue parmi les tribus de Nouvelle Guinée et de la région.
Mise en valeur par l’inoubliable film « Out of Africa », la Danoise Karen Blixen a aussi contribué à la qualité de la littérature féminine de voyage. Eblouissants, ces récits sur l’Afrique ont failli lui faire obtenir le prix Nobel.
Quelques mots encore sur ces superbes plumes que furent la romancière américaine Edith Wharton qui, dans les années, vingt publiait des écrits sur ses voyages en France, Italie, Maroc… Voyageuse passionnée, elle profite également de ses livres pour offrir un descriptif historique, culturel, artistique des pays qu’elle traverse. Le tout avec un plume souvent drôle.
Là encore, on n’est plus très loin du guide de voyage. Enfin, que dire encore de Vita Sackville-West ? Née en 1892, elle fut poétesse, jardinière, journaliste. Femme de diplomate britannique, elle séjourne au Moyen Orient, notamment en Iran, Inde, Égypte… dont elle s’inspire pour écrire à la fois des romans et des ouvrages de vulgarisation.
Et puis vinrent les « influenceuses »
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Loin d’être exhaustif, ce rapide historique qui en dit long sur ce nouvel oubli de l’histoire des femmes voyageuses par une littérature faite par les hommes pour les hommes, ne peut faire l’impasse sur les grandes sportives, randonneuses, alpinistes, navigatrices, motardes qui continuent de sillonner les routes du monde, parfois silencieusement et incognito, parfois aussi en écrivaines désireuses de partager leur expérience et leur vision du monde.
Autrices de livres de qualité, elles donnent à réfléchir sur le sectarisme d’une industrie qui continue de voir la femme comme une mère chargée d’organiser les voyages de sa famille ou comme une composition iconographique mettant en vedette les stéréotypes du siècle passé. Ceux liés à l’époque de la colonisation lorsque belles africaines et jeunes Tonkinoises cherchaient à attirer les « mâles » sur leur continent.
A lire aussi : Futuroscopie - Tourisme au féminin : la cause des femmes n'est pas gagnée
Et puis, ne négligeons surtout pas cet autre aspect de la femme et de son rôle dans le secteur de la promotion touristique. Ces visages aux lèvres boursoufflées, aux poitrines gonflées, aux fesses et aux cuisses insolemment dénudées qui se permettent aujourd’hui du haut de leurs chambres d’hôtels des Emirats de prodiguer des conseils touristiques, devraient disparaître des écrans.
Elles devraient ainsi cesser de se prendre pour des « influenceuses », alors qu’elles ne sont que des clowns et des clones siliconés.
Lire : Les femmes voyageuses - Librest
Lire : Elles ont conquis le monde. A.Lapierre et C. Mouchard. Editions Arthaud
Voyageuses. Presses universiataires du Mirail.
Autrices de livres de qualité, elles donnent à réfléchir sur le sectarisme d’une industrie qui continue de voir la femme comme une mère chargée d’organiser les voyages de sa famille ou comme une composition iconographique mettant en vedette les stéréotypes du siècle passé. Ceux liés à l’époque de la colonisation lorsque belles africaines et jeunes Tonkinoises cherchaient à attirer les « mâles » sur leur continent.
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Voyageuses. Presses universiataires du Mirail.
Journaliste, consultante, conférencière, Josette Sicsic observe depuis plus de 25 ans, les mutations du monde afin d’en analyser les conséquences sur le secteur du tourisme.
Après avoir développé pendant plus de 20 ans le journal Touriscopie, elle est toujours sur le pont de l’actualité où elle décode le présent pour prévoir le futur. Sur le site www.tourmag.com, rubrique Futuroscopie, elle publie plusieurs fois par semaine les articles prospectifs et analytiques.
Contact : 06 14 47 99 04
Mail : touriscopie@gmail.com
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