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États-Unis, Canada, Mexique : la Coupe du Monde 2026 peine à séduire les voyageurs français

Des retombées positives à plus long terme ?


À quelques jours du coup d’envoi de la Coupe du Monde 2026, organisée aux États-Unis, au Canada et au Mexique, les professionnels français du tourisme restent prudents. Sur le papier, l’événement avait pourtant tout pour faire décoller les réservations : première Coupe du Monde à 48 équipes, 104 matchs et une exposition médiatique mondiale. Mais dans les agences, l’effet attendu n’est pas vraiment au rendez-vous. Hausse des prix, difficulté à trouver des billets, contexte politique américain ou inquiétudes sécuritaires au Mexique : les freins sont nombreux.


Rédigé par le Mercredi 10 Juin 2026 à 07:17

Le coup d’envoi de la Coupe du Monde 2026 sera lancé, jeudi 11 juin 2026, au Mexique. @depositphotos/FreerLaw
Le coup d’envoi de la Coupe du Monde 2026 sera lancé, jeudi 11 juin 2026, au Mexique. @depositphotos/FreerLaw
Le lancement de la Coupe du Monde de football 2026 aura lieu le 11 juin prochain. Avec 48 équipes et 104 matchs répartis entre les États-Unis, le Canada et le Mexique, l’événement s’annonce historique.

Le Conseil mondial du voyage et du tourisme (WTTC) prévoit d’importantes retombées économiques pour les trois pays organisateurs. Selon ses estimations, le Canada enregistrera la plus forte croissance touristique avec une hausse de 6,4% du PIB du secteur, devant le Mexique (+2,4%) et les États-Unis (+2,1%).

Mais côté français, les spécialistes de l’Amérique du Nord restent loin de l’euphorie annoncée.

« Nous avons eu des demandes de groupes de passionnés de football ou d’incentive, mais très peu de dossiers ont été concrétisés », explique Jean Eustache, PDG du voyagiste AmériGo.

Même constat chez Xplore Mexique. Benjamin Senoussi, cofondateur de l’agence, s’attendait à un effet Coupe du Monde sur les réservations vers Mexico ou Monterrey.
« Finalement, aucune demande n’a abouti. On observe même parfois l’effet inverse : les clients évitent la période Coupe du Monde », explique-t-il.

Du côté des agences spécialisées sport, l’activité résiste un peu mieux, sans véritable explosion des ventes.

« Nous avons proposé des packages pour les matchs de l’équipe de France à partir de moins de 3 000 euros avec vol, hôtel et billet inclus », indique Grégory Bot, directeur des départements Sports et Séminaires du réseau Visages du Monde, qui parle d'un impact « assez limité » sur les ventes.

Prix élevés, billets rares et effet Trump

Le principal frein reste le coût global du voyage.

Comme souvent lors des grands événements sportifs, les prix ont fortement augmenté. Hôtels, vols, transferts : les professionnels dénoncent une flambée généralisée des tarifs.

« Tous les fournisseurs multiplient les prix par trois ou quatre. Les hôtels, les transferts, l’aérien… », constate Jean Eustache.

Au Mexique, certains hôtels refusent même d’appliquer leurs tarifs négociés habituels pendant la compétition. Les prix peuvent être multipliés par quatre ou cinq.

« Il y a eu une communication dans les médias sur les tarifs élevés à tous les niveaux qui a peut-être refroidi les gens, qui s'inquiètent du coût sur place des restos, transferts au stade, etc. », note Grégory Bot.

Autre difficulté : la billetterie. « Comme toujours pour ce genre d'événement, il est extrêmement compliqué de trouver des billets, ils sont chers, et puis nous avons appris qu'au Mexique, par exemple, de faux billets seraient en circulation », explique Jean Eustache, qui préfère ne pas gérer directement les billets de match afin d’éviter les mauvaises surprises.

Le contexte politique américain joue également un rôle important. Plusieurs professionnels évoquent un « effet Trump » qui freine les départs vers les États-Unis.

« Les États-Unis subissent un vrai refroidissement », estime Jean Eustache, qui parle d’une baisse d’environ 50% de ses ventes vers la destination en 2026.

Même si les clients ne le disent pas toujours clairement, le durcissement des conditions d’entrée et le climat politique américain semblent peser sur l’attractivité du pays.

À l’inverse, le Canada et parfois le Mexique profitent d’un report de clientèle. Pour l'instant, le calendrier des matches n'y est pas favorable.

« La France joue aux Etats-Unis uniquement. Au début, en tout cas, on est quand même majoritairement sur des personnes qui veulent aller voir l'équipe de France », souligne Grégory Bot.

Un effet positif après la compétition ?

Pour autant, les professionnels n’excluent pas des retombées positives à plus long terme.

Tous citent l’exemple des Jeux Olympiques de Paris 2024. Avant les JO, beaucoup craignaient une explosion des prix et une baisse de fréquentation. Finalement, l’événement a surtout bénéficié à l’image de Paris après coup.

« Si la Coupe du Monde devient une belle fête populaire, cela peut évidemment être positif », estime Jean Eustache.

Même analyse chez Benjamin Senoussi : « Soit les questions de sécurité vont dominer médiatiquement, soit le Mexique réussira à mettre en avant ses paysages, son patrimoine et sa culture. »

Le Canada pourrait également tirer son épingle du jeu. Plusieurs professionnels observent déjà un regain d’intérêt pour cette destination, jugée plus stable dans le contexte actuel.

Reste que cette Coupe du Monde 2026 confirme une réalité bien connue du secteur : les grands événements sportifs ne provoquent pas toujours le boom touristique espéré pendant leur déroulement.

« Les équipes marketing fantasment souvent énormément sur les retombées, résume Jean Eustache. Mais dans les faits, cela reste souvent beaucoup plus compliqué. »


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