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FUTUROSCOPIE - Les solitaires constituent-ils un marché de niche ? 🔑

Le décryptage de Josette Sicsic (Futuroscopie)



En général, à la veille des vacances, de plus en plus nombreux sont ceux qui prétendent vouloir observer un sevrage social et familial. Couper les liens est devenu une sorte de credo qui, à défaut d’être vécu, est en tout cas souvent évoqué. Qu’en est-il vraiment ? Peut-on faire de l’isolement un produit touristique ? A moins qu’il ne s’agisse que d’un fantasme de plus dans une société exaspérée et déprimée à la fois ? Mais attention, le solitaire n’est pas un « solo ». Il ne s’agit pas du même marché.


Rédigé par le Jeudi 28 Avril 2022

Il existe bon nombre de nuances de solitude qu’il convient de prendre en compte avant de concevoir un produit touristique - DR : DepositPhotos.com, frankie_s
Il existe bon nombre de nuances de solitude qu’il convient de prendre en compte avant de concevoir un produit touristique - DR : DepositPhotos.com, frankie_s
Les promeneurs solitaires ont toujours bénéficié d’une forme de respect.

De Marco Polo à Nicolas Bouvier et Jack Kerouac en passant par Rousseau, Chateaubriand, Nerval... la littérature nous a fait don de quantité de récits de voyages tirant leur originalité et leur consistance de la rupture égoïste de leurs auteurs avec le monde extérieur.

L’érémitisme incarné par la figure des moines pèlerins ou autres sâdhus indiens volontairement coupés du monde, compte aussi parmi les images les plus solidement ancrées dans les imaginaires contemporains.

Sans parler du personnage emblématique de D. Defoe : le célèbre Robinson Crusoé !

Populaire, le genre l’est d’autant plus qu’il a été renouvelé par des récits contemporains comme ceux des navigateurs solitaires, des alpinistes, des marcheurs tel Jacques Lanzmann, tandis qu’un ouvrage comme celui de Sylvain Tesson « Dans les forêts de Sibérie » est devenu un best-seller, confirmé par le succès du film qui en a été tiré.


Mais, de quelle solitude parle-t-on ?

Selon une étude IFOP réalisée en 2017, un Français sur huit déclare souffrir de solitude.

Cela revient-il à estimer que les 7 restants sont à l’aise dans un environnement dépeuplé, éloigné de toute forme de convivialité ? Certainement pas.

En matière de solitude, les conclusions hâtives sont dangereuses. Car la solitude, la vraie, constitue un état complexe, parfaitement subjectif, donc soumis à quantité d’attitudes plus ou moins subtiles.

Entre celui qui souhaite profiter d’un environnement calme, protégé, résolument à l’écart de la foule et celui qui souhaite simplement se retrouver en tête à tête avec son café, son verre d’apéritif, sa promenade à vélo, son bain de soleil ou ses séances de yoga, dans un environnement peuplé, il existe bon nombre de nuances qu’il convient de prendre en compte avant de concevoir un produit touristique.

A défaut, on n’offrira que des slogans trompeurs et des produits encore plus trompeurs.

Prendre congé de soi

Autre remarque indispensable : « il arrive que l’on ne souhaite plus communiquer, ni se projeter dans le temps, ni même participer au présent, que l’on soit sans projet, sans désir, et que l’on préfère voir le monde d’une autre rive », explique l’excellent anthropologue David Lebreton dans son ouvrage « Disparaître de soi ».

Une posture touchant de plus en plus d’individus en proie à un malaise, parfois à une véritable dépression liée au dégoût soudain d’un monde factice dominé par les apparences et les trompe-l’œil dans lequel l’on se sent prisonnier du personnage que l’on a été obligé de s’inventer pour survivre. Lequel ne reste qu’un personnage !

Eloigné de lui-même, l’individu est alors tenté de se réfugier dans des crises de fatigue extrême, le sommeil, la fête, l’ivresse, ou pour certains dans une disparition pure et simple dans le monde virtuel. Et le métaverse à coup sûr l’y aidera de plus en plus.

Il peut tenter aussi de disparaître dans un voyage. Mais, tous les chercheurs s’étant penchés sur ce type d’évasion sont d’accord sur un point : le voyageur emporte son « moi » dans ses bagages. Pour s’en débarrasser, seul celui qui a déjà accompli un travail analytique préalable, y parviendra.

Récurrente dans la littérature contemporaine, cette fatigue d’être soi et le désir qui en découle de se maintenir à distance, constituent une forme de solitude à laquelle le secteur touristique a peu de chance de savoir répondre.

Prendre congé des autres : s’isoler

La demande d’isolement par rapport aux autres a plus de chances d’être satisfaite.

Prétendant à une reconnexion avec lui-même, le candidat à cette forme de solitude est le plus souvent candidat à des séjours simples, quasiment spartiates, dans des territoires reculés, soit en montagne, soit dans la campagne profonde, soit sur un bord de mer isolé par la saison d’hiver.

Guidé par un désir souvent authentique de prendre de la distance par rapport à sa vie familiale ou professionnelle, ce type d’individu peut également être adepte d’un hébergement de luxe, hôtel ou location, dans lequel il sera à l’abri des tâches et soucis d’ordre domestique.

On peut donc lui proposer des paysages et des équipements susceptibles de convenir à sa quête.

La solitude « spirituelle »

Plutôt adepte de Théodore Monod et autres mystiques orientaux, un autre profil de candidats à l’isolement a pour sa part besoin d’espaces et d’équipements dédiés, obéissant aux codes spirituels auxquels il se réfère. Il dispose donc d’une offre de plus en plus abondante et accessible.

Les retraites dans des lieux dédiés à la spiritualité, en particulier les monastères et les abbayes, se sont vulgarisées et ont probablement de beaux jours devant elles.

Un peu partout en Europe, notamment en Bulgarie et Roumanie, on crée des hébergements attenants aux monastères afin d’y accueillir ce type de clientèles.

Le site www.guidestchristophe.com propose par exemple des dizaines d’adresses en France. Surprenantes ! Le site www.monastic-euro.org fournit également adresses et conseils...

La solitude en mouvement

Le succès des grands itinéraires religieux comme les chemins de Saint-Jacques illustre pour sa part l’aspiration à une solitude en mouvement.

Le simple fait de marcher ne suffisant pas, certains cherchent à « marcher » le long de routes illustrant un épisode de l’histoire religieuse.

Outre le story-telling indispensable à l’entretien des imaginaires, le cadre fourni par ces itinéraires est également un garant de la sécurité recherchée par la majorité. On veut être seul, mais pas complètement.

La solitude diurne doit avoir une contrepartie : la convivialité rencontrée lors des étapes, notamment dans les gîtes du pèlerin.

Mais, la marche peut aussi constituer une activité totalement profane. Pratiquée sur n’importe quel itinéraire, elle demeure un moyen indiscutable de s’évader et de se soustraire aux turbulences de l’actualité.

Les voyagistes spécialisés peuvent épauler ce genre de demande. Ils le font.

La solitude déconnectée

Dans un monde de plus en plus connecté, une fraction de la population confond solitude avec déconnexion.

Pour elle, il suffit de se débrancher et de passer quelques jours dans un environnement déconnecté pour accéder à un semblant de solitude. Pourquoi pas ?

Prise en compte par quelques territoires et hébergeurs, cette version de la demande isolationniste est de plus en plus entendue. La déconnexion fait partie de la cure de détox classique !

Une petite agence Into the Tribe exploitait le créneau en organisant avant tout des voyages en "tribus" de 20 personnes, pendant lesquels ses participants abandonnaient l’utilisation de leur Smartphone et autres objets numériques !

La solitude connectée

En revanche, nous ne ferons pas l’économie d’une évocation de la prétendue solitude à laquelle aspirent de plus en plus d’urbains, souvent jeunes, actifs, plus ou moins technophiles.

Aspirant et pratiquant une rupture physique, en se retirant bel et bien dans quelques territoires reculés de la planète, montagne ou île ou encore campagne, ces pseudo ermites, souvent recrutés dans une population de « career breakers » cherchant à faire une pause dans leur carrière professionnelle, affichent le discours du solitaire mais sont constamment suspendus à leurs écrans et aux flots des messages émis sur leurs réseaux sociaux.

Pour cette clientèle, offrir des voyages vers des territoires exceptionnels peut se révéler suffisant.

La solitude thérapie

L’écoute des candidats à la solitude révèle enfin une catégorie relativement floue, recrutée dans des milieux plutôt éduqués, urbains et de tous âges.

Cette population prétend aspirer à des espaces géographiques et temporels isolés des autres, alors qu’en fait elle recherche des activités lui permettant de se ressourcer, se détendre, aller mieux.

La solitude est un alibi dans une demande beaucoup plus large et existentielle.

Une palette très diversifiée existe à son intention. Allant du luxe dans certaines cliniques offrant aussi jeûnes et méditation... à toutes sortes de stages, cette offre a le mérite d’évoluer en permanence et d’être devenue accessible.

Josette Sicsic - DR
Josette Sicsic - DR
Journaliste, consultante, conférencière, Josette Sicsic observe depuis plus de 25 ans, les mutations du monde afin d’en analyser les conséquences sur le secteur du tourisme.

Après avoir développé pendant plus de 20 ans le journal Touriscopie, elle est toujours sur le pont de l’actualité où elle décode le présent pour prévoir le futur. Sur le site www.tourmag.com, rubrique Futuroscopie, elle publie plusieurs fois par semaine les articles prospectifs et analytiques.

Contact : 06 14 47 99 04
Mail : touriscopie@gmail.com

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