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Le tourisme durable est-il encore notre priorité ?

la chronique de Christian Orofino



La crise liée au covid-19 va-t-elle précipité ou accélérer la mise en place d'une démarche collective en matière de tourisme durable ? Telle est la question que pose Christian Orofino, Président de TOURCONSEIL dans cette chronique.


Rédigé par Christian OROFINO le Jeudi 1 Octobre 2020

Quel voyage pour "vertueux" demain ? Comment le rendre lisible des consommateurs ? - Depositphotos.com guffoto
Quel voyage pour "vertueux" demain ? Comment le rendre lisible des consommateurs ? - Depositphotos.com guffoto
Le contexte économique dégradé et la crainte de l’insécurité sanitaire ont stoppé net les déplacements des personnes hors des frontières de leurs pays.

Le transport aérien et l’activité touristique internationale en général sont les grandes victimes de cette crise profonde qui plonge les entreprises de l’aérien et du tourisme dans une incertitude totale quant à l’avenir de leur secteur.

Le tourisme durable est resté confiné dans « l’entre soi »

Plusieurs acteurs du tour operating français se sont exprimés et pour la plupart ont prêché pour une inéluctable remise en cause du modèle actuel de production et de commercialisation du voyage pour l’après Covid.

Cette nouvelle perspective sera, certes, facile à réaliser pour certaines entreprises récentes, mais, pour des entreprises ayant déjà plusieurs décennies d’existence et un fonctionnement traditionnel, la mutation sera plus problématique.

De plus, il ne suffit pas de décider d’un changement de modèle, il faut aussi que les clients adhèrent à une nouvelle offre, sinon ces visions personnelles ne sont et ne resteront que de vains et stériles débats.

Le tourisme durable, depuis une vingtaine d’année, a été considéré comme une alternative incontournable au tourisme dit de « masse » et apparait pour beaucoup, après cette crise, comme une opportunité pour imposer ses valeurs.

Depuis quelques années et avant l’arrivée du COVID, de plus en plus d’opérateurs touristiques se convertissaient, soit par conviction, soit par opportunisme, à un tourisme plus respectueux des populations et de leurs environnements.

Cependant, cette nouvelle approche n’a pas été accompagnée d’actes forts et compréhensibles par les clients, ni de communication à la hauteur des enjeux replaçant le voyage responsable sur un modèle totalement différent.

Cette prise de conscience s’est satisfaite d’un « entre soi » entre opérateurs ayant les moyens de réaliser chacun de leur côté quelques opérations restées visibles uniquement dans le microcosme B2B.

Le débat s’est limité à des thèmes techniques comme la compensation, le bilan carbone, les relations avec les fournisseurs, thèmes qui n’ont pas convaincu la majorité des professionnels et encore moins le grand public.

Un engagement collectif de toute la profession

La compensation carbone la plus utilisée : la reforestation, totem des « durabilistes », est restée un concept difficile à vendre dans la mesure où son coût élevé oblige l’opérateur à obérer ses marges pour financer ces opérations.

De plus, communiquer sur le fait de compenser souligne de manière négative encore plus la nuisibilité de l’action compensée.

La réparation des empreintes doit servir à revaloriser l’image du voyage.

100% des émissions carbone d’un circuit long-courrier se partagent de manière suivante : 90% des émissions sont générées par le transport aérien et 10% par les prestations terrestres (transport routier, repas, nuitées…)

Bien entendu, les opérateurs sont responsables des émissions aériennes générées par les voyages de leurs clients.

En attendant une nouvelle génération d’appareils à motorisation autre que le kérosène prévue dans une quinzaine d’années, la compensation des émissions aériennes doit être organisée par les compagnies aériennes en répercutant sur leurs clients individuels ou professionnels les coûts écologiques du transport aérien.

Que l’on nomme cette participation des clients « écotaxe » ou « prix plancher », l’important est d’intégrer un paramètre écologique nouveau dans la composition d’un tarif aérien au même titre que le coût du personnel, des investissements etc…

L’impact écologique et social des prestations terrestres d’un voyage qui représente 10% des émissions doit aussi faire l’objet de compensation par la mise en place d’actions sociales, économiques, écologiques organisée, cette fois ci, par les opérateurs.

Il est important que ce soit le tourisme en général en tant que secteur d’activité international qui bénéficie de ce comportement vertueux et non des marques de TO. Ainsi ces actions, si elles veulent être techniquement et médiatiquement efficaces, devront-elles être collectives.

Les voyageurs adhéreront certainement à des compensations positives et ciblées localement dans ces domaines améliorant le quotidien des populations.

Ces actions représentatives des fondamentaux du développement durable peuvent aussi constituer des programmes de tourisme alternatif original et plus authentique, cette offre alternative est attendue par de nouveaux clients.

Ainsi, la compensation technique totale sera respectée et l’image de l’activité touristique sera revalorisée grâce à des actions fortes menées par une profession qui devront participer à la lutte contre le réchauffement climatique.

Demain quel voyage ?

Le voyage vertueux « de demain » et de l’après COVID proposé par les professionnels, s’il veut devenir visible en termes de communication et parfaitement compris par les futurs clients, ne peut se concevoir que sous deux formes :

  • Soit c’est un voyage qui reste en France avec un transport uniquement en train jusqu’à un petit village par exemple, des Pyrénées et qui propose une découverte, à pied, des trésors naturels et culturels bordant les sentiers de la région. Ce voyage restera accessible à tous, parfaitement responsable car peu émetteur d’émission carbone.

  • Soit c’est un voyage hors des frontières individuel ou en groupe à effectif très réduit avec un tarif nettement plus élevé comprenant la compensation à 100% de toutes les empreintes aériennes et terrestres et dont la facturation pour les clients devra être totalement transparente.

Ce qui permettra aux opérateurs de réaliser de meilleures marges avec moins de clients mais :
C’est un voyage que ne pourra pas s’offrir tout le monde, le voyage lointain, s’il propose un tarif économique, ne peut pas respecter ses obligations écologiques et sociales.

Il faudra admettre que, comme tout le monde ne peut s’acheter le dernier sac de chez Dior, le voyage hors des frontières sera un évènement exceptionnel pour lequel on thésaurisera pendant quelques années.

A moins qu’avec l’arrivée d’un remède efficace contre le virus, toutes les frontières s’ouvrent à nouveau, avec les privations de ces derniers mois et la nécessité d’une reprise économique il faudra veiller à ce que le jour d’après du tourisme ne soit pas pire que celui d’hier...

Christian OROFINO
Président de TOURCONSEIL
Co-président d'OBGET
Ex PDG et DG du TO VISIT FRANCE
Ex-Président de la commission Tourisme responsable du SNAV

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Tags : orofino
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