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Management, ruralité, maîtrise des coûts… "nous devons voir plus loin que l’écologie", selon Roland Héguy

Interview de Roland Héguy, président de l’UMIH



Roland Héguy publie « Changeons notre tourisme » aux éditions du Cherche Midi. A cette occasion, nous vous en proposons les bonnes feuilles, en tout cas sur les sujets touchant au tourisme durable, et nous lui avons posé quelques questions sur la ruralité.


Rédigé par Juliette Pic le Jeudi 5 Mars 2020

Dix ans à la tête de l’UMIH, ça valait bien un livre. Roland Héguy, président de l’Union des Métiers et des Industries de l’Hôtellerie (UMIH) publie « changeons notre tourisme », publié à 100 000 exemplaires.

Il livre des souvenirs de son autre vie, quand il était lui-même hôtelier, et son regard sur les évolutions de la profession.

À la tête de l’UMIH, il a pu observer les mutations sociales, et notamment celles qui concernent le tourisme durable. C’est le sujet qui nous intéresse ici et, bien que le livre couvre d’autres domaines, nous avons décidé d’en extraire les « bonnes feuilles » qui évoquent le voyage responsable.

Nous en avons profité pour lui poser quelques questions sur un sujet qui revient régulièrement dans l’ouvrage : la ruralité. Un sujet au centre duquel on retrouve tous les enjeux environnementaux : changer le tourisme, imaginer de nouvelles solutions, respecter son écosystème, et la nécessité d’une volonté politique.

C'est quoi, le développement durable ?

Le développement durable va au-delà de l’opposition supposée entre la nature et l’entreprise. D’abord parce qu’il conserve la notion de développement, inhérente à la raison d’être de toute entreprise. Ensuite parce qu’il associe le particulier et le collectif. Enfin, la notion de durabilité exprime ce qui doit animer tout chef d’entreprise en ne cédant pas au mirage court-termiste. (…)

Nous devons voir plus loin que le champ de l’écologie. C’est bien l’homme qui est le point central du concept. On tend en effet à oublier que, dans sa définition, le développement durable est une recherche pour permettre à l’homme de répondre aux besoins de sa vie quotidienne sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs. Il s’agit de trouver un équilibre.

Le bon sens économique

Il est entendu que le développement est en premier lieu celui de l’entreprise, et qu’il passe par une gestion optimisée.

Parce que des appareils moins consommateurs d’énergie et une meilleure isolation ne sont pas seulement bons pour l’environnement, ils sont aussi bénéfiques au compte de résultats.

Les hôteliers, en bons chefs d’entreprise, ont compris qu’ils avaient un intérêt économique à investir dans des équipements aptes à réduire leurs consommations de fluides et à instaurer des pratiques conciliant préservation de la nature et maîtrise des coûts. (...)

Pour mon hôtel, s’engager i[[avec un écolabel]]i signifiait investir, et surtout investir différemment. Et cela supposait d’instaurer des « bonnes pratiques » en impliquant tout le personnel mais également les clients.

Les attentes du client

Ce qui a le plus changé, c’est certainement l’attitude des clients qui se sont habitués à des hôtels plus écoresponsables et qui, les enquêtes le montrent, envisagent de plus en plus le développement durable comme un critère de choix d’un hôtel.

Je ne trouve pas exagéré de dire qu’aujourd’hui, l’investissement écologique d’un hôtel contribue à sa politique commerciale.

Experimenter

Quand vous replacez les détergents classiques par des produits à base écologique sans substance nocive, les femmes de chambre ne veulent plus en changer. Lorsque le client quitte la chambre, en retirant la carte du boîtier dédié, il éteint tous les équipements électriques. J’ai installé un dispositif coupant automatiquement le chauffage ou la climatisation lorsqu’on ouvre la fenêtre. (...)

Nos hôtels sont de vrais laboratoires d’expérimentation des solutions de développement durable.

À l’exemple des économiseurs d’eau, qui sont entrés dans les foyers après avoir remporté un grand succès auprès des hôteliers.

"Anti-gaspi"

Un restaurateur qui travaille en éliminant le gaspillage alimentaire optimise son coût matière. (…)

Nous ne sommes pas les plus blâmables en la matière, qu’il s’agisse de nos hôteliers qui se sont convertis au développement durable et qui suivent de près leurs consommations ou nos chefs. (…)

Malgré tout, il devient de plus en plus difficile ‘anticiper l’affluence quotidienne d’un restaurant, d’où des pertes encore trop importantes. C’est à ce titre que la lutte contre le gâchis est aussi un acte de gestion.

Le rôle de l'UMIH

Il me paraît essentiel qu’une organisation patronale prenant la parole à propos d’environnement se garde de tout militantisme politique et de toute culpabilisation.

Je ne suis pas partisan de la contrainte, il y a suffisamment de normes environnementales pour encadrer la vie des entreprises ; l’UMIH ne pas en rajouter. Ce que nous prônons relève de la volonté individuelle. (…)

Nos travaux et actions ont la confiance de nos élus et de nos adhérents. La raison en est que nous nous sommes toujours gardés de toute extravagance militante pour orienter nos professionnels vers des solutions conduisant à l’amélioration des performances.

Le bien-être au travail

L’entreprise n’a pas vocation à se substituer aux individus pour assurer leur bonheur. Toutefois, elle peut participer à rendre la vie meilleure.

À son niveau, elle a un rôle a jouer en considérant ses salariés comme l’élément central de son développement durable, et cela passe par la prise en compte du bien-être au travail. (…)

Notre secteur souffre à l’évidence d’un déficit de management (…) Nous sommes passés d’un modèle autoritaire et paternaliste à un modèle participatif.

Le modèle traditionnel des entreprises françaises est inspiré de la hiérarchie militaire et il en garde des réminiscences dans notre secteur. Ce n’est pas pour rien qu’on parle de « brigade » de cuisine. [mais la nouvelle génération] attend d’un emploi qu’il soit captivant. (…) Il s’agit d’une révolution des esprits, une mutation dans les rapports que les dirigeants entretiennent avec leurs salariés. L’entrée au capital des entreprises pour mieux impliquer le personnel est une voie qui mérite d’être explorée dans notre secteur. (…)

Opter pour un tourisme durable

En optant pour un tourisme durable, on assure l’avenir de la destination en maintenant son attractivité, et donc l’avenir de nos entreprises, de nos emplois, de l’économie locale. (…)

La profession reste majoritairement imprégnée d’un esprit commerçant et paysan qui fait préférer l’immobilisme au risque. Mais il faut s’adapter, c’est inévitable, car l’Histoire avance, avec ou sans nous.

5 questions à Roland Héguy

TourMaG.com - Dans votre livre, vous insistez beaucoup sur l’importance de la ruralité

Roland Héguy :
Parce que c’est l’un des principaux enjeux actuels. Depuis 10 ou 15 ans on a le même nombre de chambres en France. Et pourtant chaque jour, une affaire disparaît, alors qu’elles sont viables !

Et quand une affaire disparaît, parfois c’est tout le village qui ferme avec. Parce que c’était l’endroit où étaient concentrés les derniers services publics, et parce que c’était le lien social.

À côté de ça, sur les littoraux et dans les métropoles, soit une toute petite partie du territoire, c’est l’escalade : 20% du territoire concentre 80% des voyageurs.

TourMaG.com - Pensez-vous vraiment que le rural, puisse attirer les touristes qui se pressent sur les littoraux et dans les métropoles ?

Roland Héguy :
Totalement. Ils n’en peuvent plus du tourisme de masse. Et nous aussi on en a ras-le-bol. Les touristes cherchent quelque chose de différents, ils veulent vivre des choses à part, ils ne veulent pas voir ce que tout le monde a vu ils veulent plus.

Et on a de la chance, il y a plein de « France » différentes, on peut plaire à beaucoup de gens ! Campagne, forêt, mer, montagne, chaleur, fraîcheur, on peut satisfaire beaucoup de monde, il faut vraiment diversifier l’offre.

Pour faire en sorte que les touristes voient des choses plus variées, découvrent toute la diversité du pays en restant plus longtemps… Et, du coup, dépensent plus.

TourMaG.com - Pour vous, l’accessibilité, la mobilité, c’est la clé ?

Roland Héguy :
Pour aller voir certains territoires, sans voiture c’est compliqué et parfois même avec ! Il faut mieux irriguer, mieux ventiler.

On a des touristes internationaux qui n’ont pas de moyen de transport : est-ce qu’il est bon que tout le monde descende à Charles de Gaulle ou Orly ? Non, il faut mieux réguler le trafic sur toute la France. C’est d’autant plus valable pour le train où les voyages en transversal sont un enfer.

D’un côté, on a des touristes français (ils sont 60 à 70%) qui ne sortent pas du territoire mais vont toujours au même endroit. Ceux-là aussi, il faut les attirer, leur donner envie de changer leurs habitudes, de découvrir le territoire autrement.

Si on peut se déplacer, on peut y travailler, y vivre. Et si on peut y vivre, on peut y réinstaller des écoles, et attirer des touristes. Et les touristes peuvent sauver la ruralité.

TourMaG.com – Que peuvent les pouvoirs publics ?

Roland Héguy :
Il est nécessaire d’avoir une véritable volonté politique. D’abord, pour faire les choix marketing. Je l’ai dit, la France est diverse, mais encore faut-il le dire ! Il faut mieux vendre la France. Montrer les richesses locales.

Maires, entreprises, habitants, touristes, on se parle, on se met autour d’une table pour réfléchir ensemble, mais on a besoin d’être accompagné par les politiques. Depuis 2 ans l’UMIH participe l’association de maires ruraux français « le Parlement rural français », pour porter des revendications jusqu’en Europe, où les décisions doivent être prises.

D’un autre côté, il faut aussi savoir faire preuve de souplesse. Légiférer ici, être plus flexible là, mais quoi qu’il arrive ça découle toujours de choix politiques à définir par le législateur.

TourMaG.com - Quel peut être le rôle de l’UMIH ?

Roland Héguy :
On n’est pas là que pour défendre, mais aussi pour proposer.

Dans le cadre du Parlement Rural français, l’UMIH propose 3 évolutions : un soutien à l’exonération via des zones franches rurales, une création d’une 6e catégorie pour les petits établissements de moins de 10 chambres, et une licence 4 rattachée au village, car c’est un risque de plus de voir disparaître les établissements qui pallient parfois aux services publics manquants.

Nous avons aussi signé une charte avec la filière agricole pour la valoriser, avec un discours commun et un système de contrôle annuel. Je ne trouve pas normal que nous ne consommions que 30% de produits français ! Tout le reste vient de l’étranger. Pour des questions de prix mais c’est un mauvais calcul : certes, mes carottes seront peut-être moins chers si je les achète en Belgique, mais j’en perd 30% pendant le trajet, finalement je ne suis pas gagnant. En soutenant l’agriculture locale et une filière irréprochable, nos enfants – et nos touristes peuvent bien manger, local et bon.

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1.Posté par Miquel Thierry le 10/03/2020 09:16 | Alerter
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Merci à Roland Héguy pour cette analyse qui promeut le «  slow tourisme » et la mise en valeur des savoirs locaux. Il me semble important qu’au niveau de l’Umih et des CDT, cette diversification touristique soit valorisée et mise en avant et qu’on arrête d’envoyer « 80% des touristes sur 20% du territoire ». Cdt

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