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Crise Coronavirus : "small is beautiful"... Vers l'éclatement des grands Groupes ?

La chronique de Jean-Louis Baroux



La situation actuelle bouleverse toute l’organisation du transport aérien, sans compter celle de tout notre système économique. En gros, elle montre les limites de la mondialisation effrénée dans laquelle nous nous étions tous engouffrés. C’est ainsi que les compagnies aériennes ont créé des groupes gigantesques pour contrôler un maximum de marchés...


Rédigé par Jean-Louis BAROUX le Lundi 6 Avril 2020

Les trois groupes IAG, Lufthansa et Air France-KLM ensemble emploient 286 000 salariés. Voilà une idée de leur puissance - DR : Depositphotos.com, bakerjarvis
Les trois groupes IAG, Lufthansa et Air France-KLM ensemble emploient 286 000 salariés. Voilà une idée de leur puissance - DR : Depositphotos.com, bakerjarvis
En Europe, trois géants ont été construits au cours des quinze dernières années.

IAG qui regroupe British Airways, Iberia, Vueling, Aer Lingus, Level et Air Europa réalise un chiffre d’affaires de 23 milliards d’euros avec 600 appareils, lesquels desservent 280 destinations en transportant plus de 100 millions de passagers.

Lufthansa et ses filiales : Eurowings, Germanwings, Swiss, Edelweiss, Austrian Airlines, Brussels Airlines et LH cargo fait voyager plus de 145 millions de passagers dans ses 763 appareils, le tout pour un chiffre d’affaires de plus de 36 milliards d’euros.

Enfin le groupe Air France/KLM et ses filiales Transavia Holland, Transavia France et Martinair, pèse plus de 26 milliards d’euros de chiffre d’affaires réalisé avec 590 appareils, lesquels ont transporté plus de 100 millions de passagers vers 312 destinations.

Pendant ce temps-là, les leasings et locations continuent à courir

Les chiffres donnent le tournis. Rajoutez à cela que les trois groupes ensemble emploient 286 000 salariés, et vous aurez une idée de leur puissance.

Sauf que tout cela s’est effondré sous les coups sournois d’un minable virus importé de Chine, on ne sait trop comment.

Ainsi la quasi-totalité de presque 2 000 appareils a été clouée au sol. Les personnels sont mis massivement en chômage technique.

Les seuls appels en réservation sont pour annuler des voyages. Et il faut maintenant rembourser les clients qui réclament leur argent car ils ont acheté, souvent longtemps à l’avance, des billets pour des vols qui ont dû être annulés, certes en dehors de la volonté des transporteurs, soumis aux règles de fermeture des frontières édictés par les Etats.

Et pendant ce temps-là, les leasings et locations continuent à courir.

Oh bien sûr, il y aura des accommodements avec les propriétaires d’avions, mais ces derniers doivent percevoir leurs loyers pour payer les considérables emprunts qu’ils ont levés auprès des établissements bancaires et des fonds d’investissement.

Plus les groupes sont importants et plus ils deviennent fragiles

Alors, plus les groupes sont importants et plus ils deviennent fragiles. Et toutes les compagnies crient à l’aide auprès de leurs gouvernements.

Ce n’est d’ailleurs pas le cas des seuls transporteurs européens, les gros américains et les transporteurs du Golfe en ont fait autant, avec d’ailleurs plus de réactivité de la part de leurs pays que celle observée en Europe.

C’est maintenant que les Etats se rendent compte de l’importance stratégique du transport aérien.

Chaque pays a besoin de son drapeau et aucun gouvernement ne souhaite voir le destin de sa compagnie majeure rester aux mains des grands groupes si fragilisés.

La Commission Européenne a modifié largement sa doctrine libérale et a commencé à autoriser l’Italie à nationaliser Alitalia, en fermant les yeux sur les ratios d’endettement et de déficit du pays.

Cela ne s’arrêtera pas là. La Belgique a fait savoir qu’elle était prête à nationaliser elle aussi Brussels Airlines. Il n’y a pas de raisons pour que la Suisse et l’Autriche n’en fassent pas autant.

Les Etats ne laisseront pas tomber leurs compagnies nationales

Dans cette hypothèse, le Groupe Lufthansa serait ramené aux seuls transporteurs allemands.

Du côté franco-néerlandais, ne va-t-on pas assister aussi à la séparation de KLM et d’Air France, chaque pays se préoccupant d’abord de sauver son transporteur avant de s’occuper du voisin ?

Si cela devait arriver, l’affaire serait d’ailleurs très compliquée car le groupe appartient en grande partie à des compagnies étrangères : Delta Airlines, China Eastern ainsi qu’aux Etats français et néerlandais.

Mais d’un autre côté, les cours de bourse s’étant effondrés, toutes les transactions deviennent possibles.

D’ailleurs, il pourrait arriver aussi le même scénario au groupe IAG, d’autant plus que la partie majoritaire britannique redevient hors européenne sous le coup du Brexit. Seulement, Qatar Airways possède 25% des actions, ce qui en fait un partenaire incontournable.

La grande leçon à tirer de la situation actuelle est que les Etats ne laisseront pas tomber leurs compagnies nationales et que pour ce faire, ils sont disposés à les racheter, quitte à faire exploser les groupes auxquelles elles appartiennent.

Va-t-on revenir 20 ans en arrière ? Et cela serait-il si désastreux ?

Jean-Louis Baroux - DR
Jean-Louis Baroux - DR
Jean-Louis Baroux est l'ancien président d'APG (Air Promotion Group) et le créateur du CAF (Cannes Airlines Forum) devenu le World Air Forum.

Grand spécialiste de l'aérien, il a signé aux éditions L'Archipel ''Compagnies Aériennes : la faillite du modèle'', un ouvrage que tous les professionnels du tourisme devraient avoir lu.

Les droits d'auteur de l'ouvrage seront reversés à une association caritative. On peut l'acquérir à cette adresse : www.editionsarchipel.com.

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1.Posté par Idress le 07/04/2020 10:14 | Alerter
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Mr Baroux

Vous nous expliquiez, il y a peu de temps, l'intérêt des accords "open-sky", des 5 em et 7em libertés de l'air, bref de la libre-concurrence et de l'hyper-liberalisme......Et, aujourd'hui, vous semblez changer d'avis.

Je ne comprends pas ce revirement idéologique

Idress

2.Posté par Pierre le 07/04/2020 10:53 | Alerter
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La remise en question de l'organisation des cies aériennes parait sous son vrai jour.Le laxisme permettant la création a tout va de lowcosts et de cies plus ou moins solvables se greffant sur des réseaux existant crées par les cies nationales ont en période tendue fait paraître la fragilité du système pouvant entrainer des faillites a la suite les unes des autres.Il est donc nécessaire de garder une cie nationale,en la soutenant financièrement.Espérons voir venir de bonnes solutions,et un service aérien Français digne de ce nom.

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