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FUTUROSCOPIE - Les grands événements sportifs devraient s’inventer un nouvel avenir

Décryptage de Josette Sicsic, Futuroscopie



Les grands événements sportifs ont toujours constitué des locomotives touristiques très prisées par les destinations nationales et locales en quête d’un complément de fréquentation et de notoriété. A l’heure du Covid, il semblerait que le vent tourne et que leur existence puisse d’autant plus être remise en question que leurs tonalités de plus en plus commerciales et promotionnelles sont contraires à l’éthique sportive et à l’éthique d’une humanité en quête de réparation. Les signaux sont au rouge...


Rédigé par Josette Sicsic (Futuroscopie) le Lundi 5 Juillet 2021

Les Jeux de Tokyo sont d’ores et déjà ceux d’un drame planétaire interminable. Certes, certains relativisent les dégâts économiques, invoquant le fait que les dépenses ont déjà été effectuées dans le cadre d’un plan de modernisation des infrastructures aéroportuaires et hôtelières qui dépasse largement le cadre des JO… Une maigre consolation. - Depositphotos.com kholyolga@gmail.com
Les Jeux de Tokyo sont d’ores et déjà ceux d’un drame planétaire interminable. Certes, certains relativisent les dégâts économiques, invoquant le fait que les dépenses ont déjà été effectuées dans le cadre d’un plan de modernisation des infrastructures aéroportuaires et hôtelières qui dépasse largement le cadre des JO… Une maigre consolation. - Depositphotos.com kholyolga@gmail.com
L’OMS s’inquiète : malgré des jauges à la baisse, les cas de contaminations de supporters se multiplient. Quand on sait que plus de 60.000 spectateurs seraient autorisés à Wembley pour les demi-finales et la finale de l’Euro contre 40.000 initialement prévus et 22.500 lors du premier tour, il y a effectivement de quoi se faire du souci. D’autant que le variant Delta plus contagieux et agressif est loin d’être maîtrisé.

Dans un tel contexte, les organisateurs des J.O de Tokyo se font également un sang d’encre. Pourront-ils, comme ils l’ont annoncé, accueillir un événement déjà repoussé d’un an ?

Ce qui n’a pas manqué d’occasionner des frais gigantesques (Le budget estimatif de 9 milliards de USD a en effet déjà été multiplié par 7 et n’en finit pas d’exploser). Rien n’est sûr, malgré les déclarations optimistes des autorités nippones. En effet, déjà 10 000 volontaires ont démissionné.


Et le gouvernement doit faire face à une opinion publique très majoritairement hostile à la tenue des Jeux (60% des Japonais seraient contre). Certes, 10 000 spectateurs domestiques seront acceptés, a déclaré le gouvernement. Mais, cette perspective ne suffit pas à calmer les opposants à une manifestation qui pourrait attiser une pandémie mal contrôlée dans un pays où le taux de vaccination reste très faible !

Quant aux spectateurs étrangers, on sait qu’ils seront exclus. Ce qui, d’ores et déjà prive la destination des 40 millions de touristes qu’elle avait espérés pour 2020 et probablement des 60 millions qu’elle comptait aussi attirer en 2030 et pour l’accueil desquels elle se préparait depuis plusieurs années !

« Jeux de la reconstruction » après le drame de Fukushima, les Jeux de Tokyo sont d’ores et déjà ceux d’un drame planétaire interminable. Certes, certains relativisent les dégâts économiques, invoquant le fait que les dépenses ont déjà été effectuées dans le cadre d’un plan de modernisation des infrastructures aéroportuaires et hôtelières qui dépasse largement le cadre des JO… Une maigre consolation.

Pékin et les J.O d’hiver en ligne de mire

Quelques mois plus tard, en février 2022, ce sera à la Chine de prouver son savoir faire en matière d’organisation avec les Jeux d’hiver.

Sauf que là encore, le danger d’une reprise internationale de l’épidémie plane et risque de contrarier leur organisation. Pour le moment, en pleine commémoration des 100 ans du Parti communiste chinois, la question n’est pas sur la table.

La Chine a construit autoroutes, une ligne de TGV, des hébergements pour les athlètes, des stations, mis les Chinois au ski, déployé sa technologie, son savoir-faire et un budget à la hauteur des enjeux : autour de 2 milliards (soit très peu par rapport aux 40 milliards USD dépensés en 2008 pour les Jeux de Pékin !).

Les droits de l’homme ne sont pas respectés

Mais le sanitaire n’est pas le seul motif d’inquiétude. Le 23 juin dernier de nombreux militants se sont mobilisés pour le boycott des JO d’hiver en Chine.

Motivée par les abus du pouvoir chinois contre la minorité Ouigour, cette manifestation qui a battu le pavé de capitales comme Berlin, Lausanne, Buenos Aires, Brisbane ne devrait pas être prise pour un événement folklorique de plus issu de marginaux soucieux de réparer la planète et les agissements criminels des pouvoirs en place. Les Jeux de Pékin constituent en effet une aberration de plus au royaume déjà très encombré des destinations accueillant de grands événements sportifs.

Plus tôt ce mois ci, Amnesty International a décrit le Xinjiang comme une véritable dystopie pour les centaines de milliers de musulmans soumis à des emprisonnements arbitraires, rééducation, tortures, contrôles abusifs qui font comparer à un génocide les méfaits du gouvernement de Pékin.

Le sport washing : un nouveau concept à surveiller de près

Si le terme de « green washing » est populaire, gageons que celui de « sport washing » ne va pas tarder à le devenir. Traduisant la capacité de certains états à concourir et remporter l’organisation de grands événements sportifs, le « sport washing » est devenu une habitude et une technique de communication particulièrement efficace.

Dés les Jeux olympiques de Munich en 1936, l’Allemagne tentait de rassurer l’humanité en organisant les Jeux les plus exemplaires du monde. Elle y parvint mais l’on connaît la suite.

Quelques décennies plus tard, quand la Chine voulant s’ouvrir au monde et afficher son entrée dans la modernité et son engagement dans la voie de la démocratie, elle parvint à rassurer sur ses bonnes intentions en matière de droits de l’homme.

Les Jeux Olympiques de 2008 signifièrent l’entrée officielle du pays sur la scène internationale et concrétisèrent l’espoir de voir s’assouplir le régime de Pékin. Or, dix ans plus tard, on ne peut pas dire que la mise sous surveillance de la société chinoise aille dans ce sens.

Le Qatar en ligne de mire

« Derrière la joie de jouer au ballon rond et de soutenir son équipe, un drame est en train de se jouer pour l’organisation de la prochaine compétition internationale : la Coupe du monde au Qatar du 21 novembre au 18 décembre 2022 » soulignait une tribune du journal Le Monde le 21 juin dernier. Dénonçant les 6500 morts de travailleurs immigrés que le chantier pharaonique a causées, Le Monde répétait ce que tout le monde sait : cette coupe du monde est une aberration d’autant plus révoltante que les amitiés du Qatar avec des groupes terroristes n’est plus à démontrer tandis que les droits de la communauté LGTB sont totalement bafoués comme ceux des femmes…

Parmi ces entreprises qui exploitent ces travailleurs se trouvent de nombreuses entreprises européennes : au moins 11 d’entre elles opèrent sur les chantiers de la Coupe du Monde.

L’association Sherpa tirait déjà la sonnette d’alarme en 2015 avec une première plainte pour travail forcé et réduction en servitude contre Vinci et les dirigeants français de sa filiale qatarie QDVC. Le Comité contre l’esclavage moderne (CCEM) a depuis rejoint le combat, ainsi que plusieurs anciens travailleurs de QDVC…

Quant à l’Arabie saoudite, elle s’est découvert une passion pour le sport et les événements sportifs en 2016.

Après avoir créé le Saudia Arabia’s General Sports Authority elle s’est offert les services d’une agence internationale : le Churchill Ripley Group basée à Los Angeles pour prendre des contacts avec toutes sortes de firmes susceptibles d’organiser des événements de haut niveau dans un royaume pourtant peu connu pour ses passions sportives. Moto, golf, boxe sont déjà à son agenda. Il faut dire qu’il y a une guerre au Yémen et des millions de personnes affamées à faire oublier outre quelques actes criminels de la part de ses services secrets…

Le monde change, les événements sportifs aussi

Pour en revenir aux JO d’hiver, le seul moyen d’être efficace serait d’isoler la Chine de la communauté internationale donc de ne pas envoyez d’athlètes à Pékin.

Une démarche risquée que les USA en particulier ne soutiennent plus complétement. Mais, comme le déclarait Nancy Pelosi devant le congrès « l’Amérique ne peut pas faire comme si tout allait bien » ! Car effectivement, tout ne va pas bien… L’heure des bilans est arrivée et il va de soi que les événements tels que pensés et réalisés depuis des décennies glorieuses, ne peuvent continuer sur leur lancée.

D’autant que l’exaspération de l’opinion publique vis à vis des dégradations environnementales pèsera de plus en plus lourd. Même la France, engagée dans les J.O de 2024 devrait d’ores et déjà réviser sa copie : 2024 c’est demain et la manifestation pourrait bel et bien subir elle aussi le contrecoup de la crise sanitaire actuelle ou d’une prochaine crise… climatique par exemple ?

Quand on sait l’enfer dans lequel est plongé le Nord Ouest canadien où la canicule tue des dizaines de personnes, on comprend la fragilité immense du monde de demain et déjà d’aujourd’hui.

Les événements dispersés

Alors que l’Euro 2021 a choisi de se jouer dans 11 villes, il semblerait que la solution de la « dispersion » ne soit pas mauvaise et puisse devenir pérenne. Certes, elle existe déjà. Mais, on pourrait faire de cette stratégie une règle permettant d’éviter les concentrations humaines, donc les risques sanitaires, écologiques et … terroristes ?

On devra en tous les cas repenser l’avenir de ces formidables catalyseurs de déplacements touristiques sur le ciel duquel les nuages se sont bel et bien amoncelés. L’ambiance de résilience ambiante y contribuera.


Josette Sicsic
Josette Sicsic
Journaliste, consultante, conférencière, Josette Sicsic observe depuis plus de 25 ans, les mutations du monde afin d’en analyser les conséquences sur le secteur du tourisme.

Après avoir développé pendant plus de 20 ans le journal Touriscopie, elle est toujours sur le pont de l’actualité où elle décode le présent pour prévoir le futur. Sur le site www.tourmag.com, rubrique Futuroscopie, elle publie plusieurs fois par semaine les articles prospectifs et analytiques.

Contact : 06 14 47 99 04
Mail : touriscopie@gmail.com

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