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Japan Airlines : la leçon japonaise servira-t-elle à Air France ?

la chronique de Jean-Louis Baroux


En janvier 2010, c’est-à-dire il y a moins de 3 ans, on ne donnait pas cher de la peau de Japan Airlines. Cette dernière venait en effet de déposer son bilan. Elle croulait sous 20 milliards d’euros de dettes. 32 mois plus tard, le 19 septembre exactement, la compagnie fera son retour en bourse. Et celui-ci s’annonce tonitruant. De quoi donner des idées à la compagnie tricolore ?


Rédigé par Jean-Louis Baroux le Mercredi 19 Septembre 2012

Japan Airlines aurait très bien pu disparaître dans la tourmente. Mais le dépôt de bilan a gelé les 20 milliards d’euros de dettes qui pesaient sur elle - Photo DR
Japan Airlines aurait très bien pu disparaître dans la tourmente. Mais le dépôt de bilan a gelé les 20 milliards d’euros de dettes qui pesaient sur elle - Photo DR
La quasi-totalité du capital va être mise sur le marché à un taux de 37 à 38 € l’action. Ceci représentera une injection de 6,6 milliards d’euros dans les comptes de la compagnie laquelle est évaluée à 6,9 milliards d’euros.

Finalement voilà un désastre qui s’est traduit par une très bonne affaire de la part de l’ETIC (Enterprise Turnaround Initiative Corp Japan) qui a financé la restructuration de la compagnie à hauteur de 3,5 milliards d’euros et qui va non seulement récupérer sa mise mais réaliser une plus-value de près de 100%, le tout rappelons-le en moins de 3 ans.

Comment en est-on arrivé là ?

Comme dans toutes les compagnies vieillissantes, Japan Airlines s’était un peu trop engraissée.

Trop de salariés, trop de lignes déficitaires pour compléter un réseau qui se voulait mondial, une flotte vieillissante composée pour l’essentiel à l’âge d’or du transport aérien japonais, c’est à dire dans les années 1990.

le dépôt de bilan a gelé les 20 milliards d’euros de dettes

Et puis, le transporteur national n’avait pas vu ou pas voulu voir l’arrivée de concurrents redoutables même s’ils étaient voisins.

All Nippon Airways est résolument sortie des frontières japonaises et s’est affrontée rudement à Japan Airlines. Les deux transporteurs y ont laissé des plumes, mais celles de Japan Airlines étaient plus vitales que celles de son concurrent.

Or la nécessaire restructuration ne pouvait pas se faire à l’amiable, à l’intérieur de l’entreprise. Il a donc fallu se résoudre à déposer le bilan de la compagnie ce qui a été fait le 19 janvier 2010.

Cela représentait une perte de face inimaginable, mais à laquelle il a bien fallu se résoudre.

Japan Airlines aurait très bien pu disparaître dans la tourmente. Mais le dépôt de bilan a gelé les 20 milliards d’euros de dettes qui pesaient sur elle.

La flotte a été largement recomposée.

Le problème a simplement été transporté sur les créanciers. Et puis l’état japonais dispose d’un outil performant pour recapitaliser momentanément les entreprises vitales qui doivent se réorganiser, l’ETIC mentionné plus haut.

Libérée des entraves majeures, la compagnie a entrepris en 2 ans une restructuration proprement incroyable.

1/3 des salariés, c’est-à-dire 15700, a été prié de partir volontairement ou non. La compagnie a coupé brutalement dans son réseau : pas moins de 31 destinations nationales ou internationales sont passées à la trappe.

La flotte a été largement recomposée.

Japan Airlines qui était le plus gros utilisateur de Boeing 747 les a tout simplement sortis de sa flotte, de même que tous les Airbus 300-600 lesquels étaient tout de même un peu vieux.

Un retour en bourse en fanfare

Le résultat ne s’est pas fait attendre.

Le dernier bilan du transporteur Japonais fait apparaître un résultat net positif de 1,8 milliards d’euros, excusez du peu.

Cela prouve assez qu’il n’est pas nécessaire d’être gros pour être profitable. Et du coup, il annonce un retour en bourse en fanfare avec une action mise sur le marché entre 37 et 38 euros ce qui au dire des analystes est extrêmement raisonnable.

A ce stade il n’est pas inintéressant de comparer la situation de la compagnie japonaise et d’Air France/KLM.

Au dernier cours, l’action du groupe franco-néerlandais était de 4,667 €, ce qui pour un peu plus de 300 millions d’actions le valorise à 1,400 milliards d’euros, soit 1/5ème de la valeur de Japan Airlines.

Air France/KLM pourra-t-elle se recomposer sans passer par un scénario identique ?

Or Air France/KLM transporte 2 fois plus de passagers, dispose d’une flotte de 586 avions contre 150 à son homologue nippon et dessert 230 destinations alors que Japan Airlines a réduit son périmètre à 103 destinations.

Tout cela fait réfléchir, même s’il faut regarder à deux fois une seule comparaison à partir des cours de bourse.

Cela prouve également que les compagnies que l’on croit mortes ne le sont pas forcément. Mais les efforts de restructuration sont colossaux et il est bien rare de pouvoir les faire sans le passage par le dépôt de bilan.

Les américains disposent du Chapter 11, qui est bien utile et moins contraignant que la législation française.

Petite question à quelques centaines de millions d’euros : Air France/KLM pourra-t-elle se recomposer sans passer par un scénario identique ?

Jean-Louis Baroux, est l'ancien président d'APG (Air Promotion Group) et le créateur du CAF (Cannes Airlines Forum) devenu le World Air Forum.

Grand spécialiste de l'aérien, il a signé aux éditions L'Archipel ''Compagnies Aériennes : la faillite du modèle'', un ouvrage que tous les professionnels du tourisme devraient avoir lu.

Les droits d'auteur de l'ouvrage seront reversés à une association caritative. On peut l'acquérir à cette adresse : www.editionsarchipel.com

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