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Air France vs SNCF : du mauvais usage du mot “cadeau”

L'édito de Christophe Hardin


L’abandon de sa créance détenue sur Air France-KLM et Air France concernant une dette qui ne devait jamais être remboursée est-il un cadeau que l’État a fait à la compagnie aérienne ? Cela se discute, et si l’on devait tout ramener à des « cadeaux » chaque fois que l’État intervient au sujet de la situation financière d’une entreprise, il y aurait une « championne » sans contestation. Les choses sont plus complexes que ces caricatures.


Rédigé par le Lundi 23 Février 2026 à 06:00

Du mauvais usage du mot “cadeau” - Crédit : Depositphotos.
Du mauvais usage du mot “cadeau” - Crédit : Depositphotos.
Subventions, prises en charge de coûts, garanties, recapitalisations, aides sectorielles… il y a pourtant beaucoup de mots et d’expressions dans notre belle langue, à disposition des observateurs, pour expliquer les interventions de l’État dans la vie des entreprises.

Sur l’affaire de l’amendement dans le PLF 2026 pour l’abandon des créances détenues sur la société Air France-KLM au sujet des titres super-subordonnés (TSS) souscrits par l’État en 2023 à hauteur de 727,8 millions d’euros en capital, à chacun sa version et son cadrage.

Sans surprise, opposants et adversaires du transport aérien - « pollueur, élitiste, etc. » - n’ont pas manqué de se précipiter sur l’information pour, sur les bancs de l’Assemblée nationale, à la gauche extrême ou ailleurs, nous servir leur sempiternelle et dogmatique vision des choses.

La morale en bandoulière, ils dénoncent les « cadeaux », les « super-cadeaux », les « largesses », les complaisances de l’État envers Air France.

Libre à eux.

Un amendement pour appliquer une décision de Bruxelles

À ceux qui considèrent comme des « cadeaux » les aides, les prêts de liquidité ou encore cet amendement sur l’effacement de créances, on se permettra de rappeler ce qui a été remboursé, ce qui relève d’une compensation de dommage ou d’un abandon comptable.

Les prêts, très encadrés et validés par la Commission européenne - PGE et prêts directs - ont été remboursés, avec en plus un chèque pour l’État estimé entre 330 et 450 millions d’euros. Un « super-cadeau » d’Air France à l’État ? Non : les intérêts.

Rappelons aussi que le dernier dividende versé par Air France-KLM remonte à juillet 2008, au titre de l’exercice 2007. Depuis 2009, le groupe n’a plus versé aucun dividende à ses actionnaires.

Concernant cette « largesse », l’effacement de ces obscures créances détenues par Air France-KLM au sujet des titres super-subordonnés (TSS) souscrits par l’État en 2023 à hauteur de 727,8 millions d’euros en capital, de quoi parle-t-on ?

Un TSS est un titre super-subordonné, un instrument financier pouvant être considéré comme de la dette perpétuelle, mais plus souvent assimilé à des fonds propres.

Il n’a pas d’échéance et, en cas de faillite, n’est remboursé qu’après tous les autres créanciers, donc pratiquement jamais.

En 2023, la Commission européenne a autorisé l’État français à indemniser Air France au titre du premier confinement. Une décision qui n’a jamais été contestée. Cet amendement permet techniquement à l’État d’activer ce qui a été rendu possible par la Commission européenne. C’est la traduction comptable et juridique de l’indemnisation validée par Bruxelles, que seul un amendement du Parlement peut activer.

Alléger des charges

Oui, cet effacement permet de supprimer les intérêts annuels de cette créance - les « coupons », comme on les appelle - plus élevés que dans un prêt classique, soit un allègement de charges de l’ordre de 60 millions d’euros par an.

D’un autre côté, dans le PLF 2026, et en plus des taxes, la contribution exceptionnelle pour les grandes entreprises, qui ne devait durer qu’un an, revient finalement une deuxième année et coûtera quelques millions, « for sure », à Air France.

La compagnie a annoncé qu’elle allait embaucher plus de 2 000 personnes cette année, dont de nombreux jeunes. Elle devra aussi consacrer plus d’un milliard d’euros par an à la décarbonation.

Est-il à ce point scandaleux que l’État fasse en sorte d’appliquer les décisions de Bruxelles pour réduire un peu les charges ? Vous jugerez par vous-même.

Une entreprise qui croule sous les « cadeaux »

Et maintenant, adoptons à notre tour cette logique un peu populiste et démagogique qui consiste à tout simplifier avec le mot « cadeau » quand il s’agit de dépenses publiques, et voyons ce que cela donnerait en nous penchant sur dame SNCF, à la lumière de la dernière note « FIPECO* » que nous a proposée récemment François Écalle, spécialiste des finances publiques :

Subventions de fonctionnement
Quatre cadeaux : contributions d’exploitation des Régions, d’Île-de-France Mobilités, subventions de l’État (Intercités, etc.), redevances d’accès au réseau payées par l’État (TER, Transilien, fret), pour un total de 11 milliards d’euros.

Subventions d’investissement
Trois cadeaux : subventions d’investissement SNCF Voyageurs, SNCF Réseau, subvention pour la régénération du réseau, pour un total de 7,4 milliards d’euros.

Intérêts de la dette
Là aussi un petit cadeau, puisque l’État a décidé de payer les intérêts à la place de la SNCF, soit 800 millions d’euros.

Retraites

Un coup de pouce, un cadeau : une subvention d’équilibre au régime spécial de 3,3 milliards d’euros.

Voilà. Si l’on retire les dividendes que la SNCF a versés à l’État, le « cadeau » est de 20,8 milliards d’euros, soit pour cette seule année, 30 fois plus que l’effacement du TSS d’Air France.

Et bien sûr, pour un service impeccable, des billets pas chers et jamais de grèves.

Ah, j’oubliais. En 2025, les recettes totales de la TSBA, la taxe que paient les compagnies aériennes (créée à l’origine pour financer la recherche médicale), ont rapporté 3 milliards d’euros. 20 % de cette somme sera versée à l’AFITF, l’Agence de financement des infrastructures de transport de France, qui finance en grande partie le réseau ferroviaire.

Et donc, chaque année, l’aérien fait un chèque de plusieurs centaines de millions d’euros pour le ferroviaire… Allez, c’est cadeau.

La SNCF conteste vivement la note de FIPECO. « En rapprochant les coûts financés par la puissance publique pour le fonctionnement, l’investissement et la protection sociale, FIPECO ne fait qu’additionner des choux et des carottes », dit-elle.

Elle n’a pas tout à fait tort, et sur ces sujets comme sur les autres, un peu de nuance ne ferait pas de mal, plutôt que des caricatures.

« Voyez ces largesses, ces "super-cadeaux" au secteur aérien, élitiste, tuant la planète, engraissant les actionnaires avec des dividendes indécents… »

Dans le monde de la vérité alternative, qui hélas gagne du terrain, tout est si simple.

* chiffres 2024

Christophe Hardin Publié par Christophe Hardin Journaliste AirMaG - TourMaG.com
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Tags : air france, sncf
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