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Le tourisme LGBT est-il menacé ?

La chronique de Josette Sicsic (Touriscopie)



Grande avancée du secteur du tourisme, le tourisme « gay friendly » a conquis une grande partie du monde, notamment les pays occidentaux où la communauté gay peut vivre sa différence tout en profitant d’un accueil et de prestations adaptés. Hélas, les temps changent. Le climat ouvertement homophobe dans lequel nous évoluons va jusqu’à menacer cette forme de tourisme.


Rédigé par Josette SICSIC le Lundi 3 Juin 2019

La vague homophobe peut coûter cher au tourisme - DR : DepositPhotos, nito103
La vague homophobe peut coûter cher au tourisme - DR : DepositPhotos, nito103
Sur la planète tourisme, il va de soi que la prise en compte de la clientèle gay n’est pas une nouveauté.

En Europe, selon la Gay European Tourism Association (GETA), le chiffre d’affaires du tourisme LGBT représenterait environ 8% du chiffre d’affaires total, soit 65 milliards de dollars.

Pour signifier sa bienveillance envers cette population, l’affichage d’une posture "Gay friendly" est devenu un must.

Le "gay friendly" n’est pas un label officiel, mais la marque d’une attitude non discriminatoire et d’un engagement vis-à-vis de cette communauté. Il s’agit donc, entre autres, de proposer une offre touristique concrète.

En France, les villes affichant leur intérêt pour cette clientèle sont aujourd’hui une trentaine. Nantes, Marseille, Lyon, Deauville Montpellier, Bordeaux… se retrouvent régulièrement dans les palmarès établis par des géants de l’Internet touristique comme Tripadvisor ou Expedia, ainsi que sur toutes sortes de sites dédiés à la communauté LGBT.

Mais, selon l’IGLTA, la branche tourisme de la puissante association internationale LGBT, née en 1983, la ville de Nice reste la plus dynamique.

Paris, première "Gay Travel Approved City" en Europe

La capitale azuréenne ne se contente pas d’offrir une palette importante d’opérateurs, elle a mis au point un véritable référentiel définissant les règles de base de l’hospitalité vis-à-vis de la communauté gay et lesbienne, qui, quand elles sont satisfaites, permettent d’obtenir le véritable label "Nice irisée naturellement", lequel inclut aussi des formations proposées par l’Office du tourisme et toutes sortes de prestations indiquant le sérieux de la démarche.

De plus, en matière d’événements, Nice organise la "Pink Parade" en juillet, le festival "In&Out" en avril, le festival "Polychromes", en septembre, et la ville a organisé son premier "Carnaval gay" en février 2018.

Quant à la capitale française, ajoutons qu’elle a obtenu cette année une récompense prestigieuse : elle devient la première "Gay Travel Approved City" en Europe.

Une distinction décernée par un jury composé de toutes sortes d’experts et d'influenceurs.

La menace homophobe s’étend

Dans ce contexte où tout semblait aller pour le mieux, les menaces homophobes ont surgi. Et pas des moindres.

Ainsi, selon des propos rapportés par le magazine brésilien Exame, puis relayés par The Guardian, le président brésilien J. Bolsonaro a récemment déclaré à des journalistes que "le Brésil ne peut pas être le pays de tous les gays du monde".

Une nouvelle déclaration homophobe qui vient après tant d’autres et qui n'a pas manqué de faire réagir les associations LGBT.

A Bali aussi, les coups de semonce du gouvernement indonésien contre la communauté gay ne sont pas de bon augure.

Paradis du tourisme gay et lesbien, l’île des dieux est obligée de prévenir ses touristes contre les risques qu’ils courent. D'ores et déjà, des peines sont encourues par les homosexuels indonésiens.

Le ministre du tourisme de Malaisie, pour sa part, prend ouvertement partie pour l’éviction des touristes gay de son pays. Les gay et les juifs !

A Cuba, l'annulation sans raison du traditionnel défilé de la Gay pride a provoqué une levée de bouclier de la communauté LGBT, qui a appelé à une marche alternative désapprouvée par les autorités.

Même en Israël, où la ville de Tel-Aviv est réputée pour son attractivité pour la clientèle gay, on s’émeut de l’augmentation des agressions homophobes : plus de 50% cette année.

Homophobie : les chiffres effrayants à retenir

Selon une étude IFOP, les deux tiers des LGBT ont déjà évité de tenir la main (62%) ou d’embrasser (63%) un partenaire de même sexe en public, sachant que, c’est parmi les récentes victimes d’une agression physique (78% à 80%) et les LGBT appartenant aux minorités ethniques (80% à 81%), que cette forme de dissimulation de son identité sexuelle est la plus répandue.

L’intériorisation du risque d’agression homophobe contraint également un nombre croissant de LGBT à adapter leurs déplacements dans l’espace public en évitant par exemple de se rendre dans certaines zones/rues (37%, +3 points en un an), de rentrer seuls à leur domicile (33%) ou d’adopter une tenue vestimentaire susceptible de révéler leurs préférences sexuelles (28%, +4 points).

Le désir d’échapper à un entourage trop homophobe a déjà amené plus d’un(e) homosexuel(le) sur dix (12%) à changer de ville. Le souhait d’en changer aujourd’hui pour cette raison (16% en moyenne) étant très fort dans les banlieues populaires (22%) et chez les LGBT de confession musulmane (50%).

* Enquête en ligne du 12 au 24 avril 2019.

L’insécurité sexuelle devient un phénomène de santé publique

Selon l’auteur de cette étude réalisée par Ifop, tout comme pour les violences faites aux femmes (ex : harcèlement de rue), l’impunité des agressions LGBTphobes contribue de manière indéniable à un sentiment d’insécurité  qui pousse les LGBT à adapter leurs déplacements quotidiens en dissimulant leur sexualité, à éviter les territoires les plus dangereux ou à changer de lieu de résidence : certains LGBT pouvant voir par exemple dans le centre-ville des grandes agglomérations un lieu d’émancipation où leur transgressions des normes en vigueur est moins sanctionnée socialement.

L’impact de l’homophobie sur la vie quotidienne des LGBT et notamment sur leur possibilité d’afficher leur vie de couple comme les autres est donc très important, en particulier sur les victimes d’agressions qui intègrent plus que les autres les risques d’« insécurité sexuelle » auquel l’affichage de leur sexualité les expose.

Car les victimes d’agressions ne sont pas rares.

Pire ! Selon cette étude, 80% des LGBT agressés physiquement au cours des derniers mois, sont violemment affectés. 60% d’ailleurs ont pensé au suicide au cours des derniers mois (soit 12 fois plus que pour l’ensemble des Français).

Le gay friendly n’a qu’a bien se tenir !

Josette Sicsic - DR
Josette Sicsic - DR
Dans ce contexte terrifiant de régression, les membres de la communauté gay se sentent moins protégés dans les zones et établissements gay friendly.

Et cela quoiqu’en dise le patron de Misterb&b. Mathieu Jost, qui a créé ce site créé en 2014 à partir de deux plates-formes : Sejourning et Mister ten, ne peut que légitimer leur existence.

« Mieux vaut que les gay puissent préserver leur tranquillité dans des hébergements dédiés » affirme-t-il, « car, malgré des progrès, la discrimination demeure malheureusement très vivace et très pénalisante pour les touristes gay soucieux, comme les autres, de pouvoir profiter pleinement de leurs vacances. Nous accueillons même des filles hétérosexuelles qui viennent chez nous par sécurité », conclut-il.

Dédiée ouvertement aux touristes gay, cette plate-forme de location d’appartements particuliers offre aujourd’hui 200 000 appartements dans 165 pays, dont 20 000 en France !

Mais, il y a les autres. Ceux qui, fragilisés dans leur vie quotidienne n’ont guère envie de s’exposer à de nouvelles menaces pendant leurs vacances. Que faire pour les protéger ? Le débat est entier et commence sans doute bien au-delà de la sphère touristique, mais il doit avoir lieu.

Pour en savoir plus, abonnez-vous à Touriscopie www.touriscopie.fr

Contact : touriscopie@gmail.com

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