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A Guebwiller, le charme d'une Alsace loin des clichés

A la croisée de trois routes touristiques : la route des crêtes, la route romane et la route des vins d’Alsace


Le 18 juillet, le Pays de Guebwiller, sa station de moyenne montagne du Markstein et son Grand Ballon accueillent la quatorzième étape du Tour de France. Même si l'on ne raffole pas de vélo, c'est l'occasion de découvrir ce Pays d'art et d'histoire, son patrimoine religieux et industriel, ses nombreux chemins de randonnée et son vignoble.


Rédigé par le Samedi 27 Juin 2026 à 06:00

Vue générale de Guebwiller, prise depuis le vignoble. PB
Vue générale de Guebwiller, prise depuis le vignoble. PB
Cette année, le Tour de France passe par le pays de Guebwiller (Haut-Rhin). Sa quatorzième étape sera l'un des grands moments de montagne de la "Grande Boucle" 2026. En effet, son parcours de 155 kms entre Mulhouse et la station du Markstein est ponctué par plusieurs ascensions majeures dont celle du Grand-Ballon et du col du Haag.

Au delà du Tour de France, c'est une invite à (re)découvrir Guebwiller et ses environs. Comme partout en Alsace, on y verra des cigognes. Cependant, ce territoire est assez différent de la carte postale souvent accolée à l'Alsace. Ici, pas de maisons à colombages et peu de géranium aux fenêtres.

Posté à la croisée de trois routes touristiques du Grand Est - la route des crêtes, la route romane et la route des vins d’Alsace, le Pays de Guebwiller n'en est pas moins séduisant.

Mais, puisque le Tour de France fait étape sur les hauteurs qui dominent Guebwiller, autant commencer par là.

Point culminant, le Grand-Ballon

Sur les hauteurs de Guebwiller, les sentiers ont été balisés par le Club vosgien. PB
Sur les hauteurs de Guebwiller, les sentiers ont été balisés par le Club vosgien. PB
Point le plus élevé du Massif des Vosges, le Grand-Ballon culmine à 1424 mètres. A cette altitude, les forêts de hêtres et de sapins ont disparu. En effet, dans les Vosges, le climat se fait rude des 1200 mètres.

Le Grand-Ballon est donc le royaume des chaumes dénudés, assez austères, où les troupeaux transhument à la belle saison. A son sommet, une table d'orientation et un radar de l'aviation civile voisine avec le monument des Diables Bleus érigé en hommage aux victimes des bataillons de chasseurs alpins engagés dans les combats de la guerre de 14-18.

Juste en contrebas sinue la Route des Crêtes.

Jalonnée de lieux de mémoire de la Première Guerre mondiale, cette route panoramique est l’une des plus belles de France. L’as, elle est fermée de novembre à avril, en raison de la rudesse du climat.

La fascinante Route des crêtes

Depuis le Grand-Ballon, des vues à couper le souffle. PB.
Depuis le Grand-Ballon, des vues à couper le souffle. PB.
Cette Route des Crêtes permet de s’enivrer d'air pur et de vues à couper le souffle sur les montagnes -par temps clair, on voit même les Alpes !-, les forêts, les lacs -celui du Ballon, celui de la Lauch- et les vallées environnantes ponctuées de petits villages.

L'expérience est encore plus grisante si l'on tente l'aventure à pied.

Si les 1100 mètres de dénivelé positif de la boucle Guebwiller - Grand-Ballon - Guebwiller (23 kms) sont réservés aux marcheurs aguerris , il existe bien des alternatives moins exigeantes : plus de 400 kms de chemins de randonnée ont été balisés par le Club Vosgien dans le Pays de Guebwiller. L’ensemble des circuits possibles se trouve sur un site dédié.

En chemin, les visiteurs -qu'il soient en voiture, à pied, à vélo ou même à cheval- peuvent se restaurer pour une somme raisonnable dans l'une des fermes-auberges traditionnelles au décor rustique -gros poêle alsacien en faïence, cloches pour vaches pendues aus poutres, etc. Ces « marcairies » servent de copieuses spécialités alsaciennes.

Sur le GR5, en contrebas du Grand Ballon, on en trouve deux : la ferme-auberge du Haag à 1233 m d’altitude. Et, à 1030m d'altitude, la ferme-auberge du Markstein, blottie près de la station familiale du même nom qui propose, l’hiver, 13 pistes de ski alpin, et, l’été, un circuit de luge sur rail.

Guebwiller, au coeur de la "vallée du Florival"

Guebwiller, l'hôtel de ville. PB
Guebwiller, l'hôtel de ville. PB
Après cette escapade sur les hauteurs, retour à Guebwiller. Cette ville d'aujourd'hui 12000 habitants, mentionnée dès 774 sous le nom de Genbunvillare, a débuté son existence comme un modeste domaine agricole offert à l’abbaye bénédictine de Murbach.

Au XIIe siècle, elle était devenue une ville fortifiée et prospère, capitale de la principauté ecclésiastique de Murbach. Dès cette époque, les vins en avaient fait l’une des villes les plus importantes d’Alsace.

La superbe maison gothique construite en 1514 pour un riche marchand de draps, qui abrite aujourd’hui l’Hôtel de ville (rue de la République), témoigne de cette prospérité.

En témoigne également à Soultz -une petite ville de 7000 habitants aux portes de Guebwiller, côté plaine d'Alsace-, les belles demeures Renaissance à tourelles d’escaliers, oriels et contreforts.

Très vite après la Révolution française, la vallée de Guebwiller -encore appelée "Vallée du Florival"- a vu se multiplier filatures et usines textiles, pour l'essentiel à l'initiative de protestants venus d’Allemagne ou de Suisse. Parmi eux, la future dynastie des Schlumberger.

Ville "aux trois églises"

Guebwiller. L'église Saint-Léger. PB
Guebwiller. L'église Saint-Léger. PB
L'époque où Guebwiller était la deuxième ville industrielle d’Alsace -derrière Mulhouse- est révolue depuis plusieurs décennies. La mondialisation est passée par là. Malgré tout, cette ancienne sous-préfecture du Haut-Rhin a su conserver un certain dynamisme et quelques usines.

Dans cette jolie -et paisible- cité de caractère, il fait bon vivre et musarder. Les maisons souvent trapues et colorées, parfois couvertes de tuiles en forme de biberschwanz (queue de castors) se distinguent par des tours de portes et de fenêtres qui font la part belle aux multiples nuances du grès rose.

Cette pierre précieuse de l'Alsace atteint souvent le sublime dans l'architecture nobiliaire ou religieuse.

Surnommée « la ville aux trois églises », Guebwiller en compte trois qui sont remarquables quoique de styles différents : l'église Saint-Léger est de style roman tardif; l'ancien Couvent des Dominicains fondé en 1306 –c'est aujourd’hui un centre culturel-, est gothique. Quant à l’imposante Notre-Dame, c’est une collégiale du XVIIIe.

Le grès est également présent dans le palais de Neuenbourg. Construit au XIVe siècle pour les riches princes-abbés de Murbach soucieux afficher leur puissance, ce palais a été vendu comme Bien national après la Révolution.

Puis, au XIXe, il est devenu la résidence des célèbres Schlumberger. Ce sont ces derniers qui ont transformé les jardins "à la française" aménagés par les princes-abbés, en un vaste jardin "à l'anglaise" - peuplé d'une magnifique collection d’arbres rares- désormais parc public.

L'ancien palais de Neuenbourg abrite aujourd'hui l’Office de tourisme et sa jolie boutique de produits locaux. Au premier étage du bâtiment principal, le Centre d’interprétation de l’architecture et du patrimoine local présente des panneaux explicatifs et un petit film didactique. Idéal pour parfaire sa connaissance du Pays de Guebwiller !

Sublime grès rose

L'ancienne abbaye de Murbach. PB
L'ancienne abbaye de Murbach. PB
Le grès sublime également le patrimoine religieux des vallées environnantes.

Prenons l'abbaye bénédictine de Murbach, nichée dans le vallon solitaire du même nom. On imagine difficilement qu'elle a été l'une plus puissantes du Saint-Empire-Romain-Germanique. Et pourtant ! Malheureusement, ne restent plus que le transept et deux tours ajourées hautes de 30 mètres de ce magnifique édifice roman.

A 11 km de Murbach, dans la commune de Jungholtz, Notre-Dame de Thierenbach affiche une clocher à bulbe d'inspiration baroque. L'intérieur est tout à fait baroque.

Avec ses précieuses reliques et son intéressante de collection de 350 ex-voto, Notre-Dame de Thierenbach est un important centre de pèlerinage qui attire 130 000 visiteurs par an, venus de toute l'Alsace, mais aussi de l'étranger.

A une dizaine de kilomètres de Thierenbach, mais cette fois-ci en prenant la D430 en direction du Markstein, après avoir traversé de charmants villages et hameaux (Buhl, Linthal, Remspach) enchâssés dans la verdure du Parc Naturel Régional des Ballons des Vosges, on tombe sur Lautenbach.
Ce bourg doit surtout sa renommée à sa collégiale Saint-Michel et saint-Gangolphe. La nef à trois vaisseaux (fin XIe), le chœur (XIIIe), le porche (XIIe) sont un festival de grès rose sculpté !

Pays de savoir-faire, Guebwiller n'a pas seulement excellé dans l'architecture religieuse. En témoigne, à Guebwiller même, le musée Théodore Deck (1823-1891).

Cet enfant du pays qui a dirigé la prestigieuse Manufacture Nationale de Porcelaine de Sèvres, est passé à la postérité pour avoir découvert une nuance de bleu turquoise proche de celui des miniatures persanes, appelé « bleu Deck », encore utilisé aujourd’hui. Il a été un talentueux maître en céramique comme le montre la collection de belles pièces raffinées (plats, assiettes, vases, décors muraux ) exposées au musée...

Etape de la Route des vins d'Alsace

Sur la route des vins d'Alsace. PB
Sur la route des vins d'Alsace. PB
Guebwiller est aussi une étape de la célèbre Route des vins d'Alsace.

Accroché, à ses portes, à des collines, son vignoble est vertigineux : les pentes y affichent jusqu’à 60 % de dénivelé !

Fruit d'un dur labeur répété au cours des siècles, il s'étage entre 250 et 390 m, sur des terrasses soutenues par 50 km de murs de pierre , soit 2,5 fois le volume de pierres nécessaires à l’édification de la cathédrale de Strasbourg. Leur entretien nécessite le travail de quatre maçons spécialisés tout au long de l’année !

Sillonné de chemins, ce vignoble se prête à de belles randonnées à pied et, pour partie, à vélo, tout en profitant d’une vue éblouissante sur Guebwiller, Soultz, la vallée du Florival et, au-delà, sur la plaine d’Alsace, la Forêt Noire et sur les Alpes bernoises !

Des domaines viticoles accueillants

Un vignoble aux pentes saisissantes !
Un vignoble aux pentes saisissantes !
En 1983, la qualité des terroirs viticoles du Pays de Guebwiller, a été officialisé par le classement en Grand crus.

Guebwiller est même la seule commune d’Alsace à en compter quatre : Kessler, Kitterlé, Saering et Spiegel, issus des cépages Riesling, Muscat, Pinot gris et Gewurztraminer.

Le dernier Domaine viticole encore basé à Guebwiller porte le nom célèbre des Schlumberger. b[Il est dans cette famille depuis sept générations.

C’est aussi le plus grand domaine familial d'Alsace avec 130 hectares d'un seul tenant dont la moitié répartie sur les quatre Grands Crus. Ceux qui randonnent dans le vignoble de Guebwiller, traversent donc forcément ses parcelles .

Sur réservation, le Domaine Schlumberger propose plusieurs formules, plus ou moins sophistiquées et onéreuses, de visites, suivies d'une dégustation de ses vins. Bien sûr, on achète aussi sur place.

Ce Domaine n'est pas une exception. A Wuenheim, Soultz, Bergholtz, Bergholtz-Zell, Orschwhir et Soultzmatt, les viticulteurs accueillent aussi dans leurs caves.

Autant d’occasions d'apprécier la complexité des vins d’Alsace, la minéralité du Riesling, l’expressivité du Gewurztraminer, la subtilité du Pinot Gris que l'on peut également retrouver à Guebwiller, à La Taverne du vigneron (7, Pl. St-Léger).

Cette adresse est incontournable pour qui veut déguster à des prix très honnêtes de bons plats traditionnels. On en ressort fan de la cuisine alsacienne !

PAULA BOYER Publié par Paula Boyer Responsable rubrique LuxuryTravelMaG - TourMaG.com
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Tags : alsace
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