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Aigle Azur : une compagnie au glorieux passé et à l'avenir incertain

La chronique de Christophe Hardin



C’est à peu près la même scène qu’il y a 15 ans qui s’est rejouée en début de semaine devant le Ministère des transports à Paris. Les salariés d’Aigle Azur (j’en fus) ont remplacé ceux d’AOM Air Lib (j’en fus aussi !). Mêmes sourires de façade, même volonté d’y croire encore, même boule au ventre quant à leur avenir. Une différence cependant...


Rédigé par Christophe HARDIN le Mercredi 11 Septembre 2019

Les chinois sont au capital d'Aigle Azur et la compagnie va entamer sa lente descente - Crédit photo : Aigle Azur
Les chinois sont au capital d'Aigle Azur et la compagnie va entamer sa lente descente - Crédit photo : Aigle Azur
Rien ne change, ou presque dans le ciel français depuis Air Lib.

Parmi les pancartes fabriquées à la hâte avec des cartons, plusieurs d’entre elles rendent hommage au dirigeant historique d’Aigle Azur, Arezki Idjerouidène.

Il est rare que des patrons de compagnies aériennes restent dans le cœur des salariés. C’est le cas de ce Franco-Algérien, décédé en 2016 et qui avait repris, en 2001 la petite Aigle Azur et ses deux avions pour partir à la conquête du marché algérien.

En 10 ans, cet autodidacte a su profiter de ce marché de niche, rémunérateur puisque peu partagé, interdit aux low cost et permettant donc des recettes conséquentes grâce à un trafic ethnique très important.

Cet homme discret avait su se faire aimer de ses salariés avec une gestion familiale de son entreprise, privilégiant des rapports directs avec les salariés sans vraiment passer par les instances et les canaux traditionnels de l’entreprise.

Après Arezki, la descente...

Jusqu’en 2012, Arezki Idjerouidène a fait se développer Aigle Azur, plutôt sagement et surement, et sur des marchés de niche en Afrique : les grandes villes algériennes, les sites pétrolifères, le Mali…

Lorsqu’il souhaite prendre du recul dans une conjoncture qui se durcit, il laisse les commandes d’une compagnie fragile qui va devoir affronter une concurrence qui se développe et des coûts d’exploitation en hausse.

Les Chinois sont au capital et la compagnie va entamer sa lente descente.

Cédric Pastour, nommé président de la compagnie et connaisseur du secteur comprend très vite la nécessité de baisser les coûts pour revenir à l’équilibre et se lance dans un difficile dialogue avec les organisations syndicales et notamment celle des pilotes.

Au mois de mai 2015, c’est l’échec des négociations.

Amer, Cédric Pastour démissionne, non sans avoir rédigé, dans son mail adressé au personnel, une sévère diatribe contre les instances de la maison.

"Pensez-vous sincèrement qu'une entreprise puisse être gérée et se développer sereinement quand les Institutions Représentatives du Personnel" ne cherchent qu'une seule chose : se mettre en opposition systématique avec la direction quel que soit le sujet ?"

Et d’ajouter cette prophétie : "la confrontation et l'obstruction permanente des IRP avec la direction d'Aigle Azur mènera l'entreprise à sa perte."

L'échec Yvelin

Arrive alors aux commandes un homme des actionnaires chinois, Michael Hamelink. De nationalité hollandaise et ne parlant pas français, sa courte présidence sera celle de l’immobilisme.

Suivra Frantz Yvelin, entrepreneur pilote ayant réussi a lancer La Compagnie.

Autant sa stratégie sur un petit marché lui avait réussi, autant son désir d’expansion sur les lignes européennes en concurrence frontale avec les low cost et sur du long-courrier avec des actionnaires puissants, mais pas solidaires, fut un échec avec le résultat que l’on connait aujourd’hui.

Stratégie hasardeuse, mais aussi, il faut le dire, un accord sur les salaires des navigants signés en janvier 2018 et qui fit augmenter la masse salariale de façon déraisonnable me confiait un cadre d’Aigle Azur.

Triste situation donc pour une des plus anciennes compagnies françaises.

Des milliers de passagers bloqués mais aussi des personnels fiers de leur entreprise et s’étant beaucoup donné pour des passagers qui aujourd’hui se déchainent sur les réseaux sociaux et ont définitivement abîmé ce joli nom ‘’Aigle Azur’’ devenu en quelques heures synonyme d’arnaque et de galère.

Et maintenant quel avenir ?

Sur la dizaine d’offres de reprise celles qui peuvent être qualifiées de sérieuses se comptent sur les doigts d’une seule main.

Lionel Guérin n’a pas totalement renoncé à son rêve de second pole aérien français et a proposé dans un premier temps de reprendre le périmètre global d’opération (court et moyen-courrier). Sera-t-il tenté ensuite de se rapprocher d’autres opérateurs français pour constituer un groupe puissant ?

Le CIRI (Comité Interministériel de Restructuration Industrielle) aurait déjà confirmé 20 M€ de fonds disponibles.

Cyrus Capital Partners est un fondq d’investissement américain basé a New York et à Londres. Le projet n’est pas encore bien connu mais il a retenu l’intérêt du C.E d'Aigle Azur de par l’apport financier et le pedigree du porteur, actionnaire de grandes compagnies aériennes US.

Air France propose le transfert et l’exploitation des lignes Aigle Azur en les intégrant dans son réseau mondial. Air France récupèrerait ainsi les créneaux horaires et proposerait aux salariés opérationnels d’Aigle Azur en France (pilotes, PNC, personnels de maintenance) de rejoindre la compagnie, à condition de réussir les recrutements.

LU AZUR avec à sa tête Gerard HOUA qui avait tenté de prendre le pouvoir a proposé une reprise du secteur moyen-courrier sans que l’on sache a l’heure où nous parlons si les fonds avancés (24 M€ ) ont été validés par le CIRI.

Enfin le Groupe Dubreuil vise une reprise des slots et de l’activité et se propose de ne reprendre que certaines routes du réseau long-courrier et d’opérer avec un nouveau CTA (Certificat de Transporteur Aérien) en réembauchant les personnels affectés à l’activité long-courrier ‘’à des statuts conformes aux conditions d’emploi actuellement pratiquées par les nouvelles compagnies".

En clair, une "French Bee bis" sur un autre réseau que La Réunion et la Polynésie.

Pragmatiques ou ambitieuses, sujettes encore à amélioration, le C.E donnera son avis sur ces offres vendredi et les salariés seront fixés le 16 septembre prochain, date à laquelle le tribunal de commerce statuera.

Que le meilleur gagne pour sauver ce qui peut l’être encore.

Christophe Hardin - DR
Christophe Hardin - DR
Christophe Hardin a, à son actif, de nombreuses heures de vol en tant que personnel navigant commercial.

Il est Président de l'Association des Cadres Navigant Commerciaux (A.C.N.C) et s'investit dans la formation à la Relation Client.

Il est adhérent à l'Association des journalistes professionnels de l'aéronautique et de l'espace (AJPAE) ainsi qu'à l'Association des journalistes du Tourisme (AJT).

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1.Posté par jean pierre le 12/09/2019 08:51 | Alerter
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super ce texte comme je l'ai déjà dit la grenouille qui voulait être plus grosse que le boeuf!!!!il y avait un marché captif l'Algèrie avec beaucoup de destinations et des avions pleins et un service à bord impeccable,aigle azur n'était pas une low coast!!!!pourquoi diable ses dirigeants(mauvais)ont voulu d'autres destinations très concurrentielles,alors que le marché sur l'Algèrie était profitable et il l'est toujours,qui va reprendre les lignes sur l'Algèrie ?l'un des 5 déjà indiqué,en tout cas il ne faut pas que celà soit un financier!!!!!

2.Posté par STO le 12/09/2019 09:32 | Alerter
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Comment aigle azur a t’il pu faire des sélections en avril? Et proposer un stage d intégration en juillet ?
Les pnc retenus lors de ses sélections deviennent quoi? Merci de me répondre...🙏🏽

3.Posté par TLM le 12/09/2019 09:49 | Alerter
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L'Algérie était plus le marché aussi profitable pour Aigle Azur qui se faisait bouffer petit à petit par les low-cost et Air Algérie

Et puis 700€ un billet d'avion (Paris-Tlemcen) alors qu'Air Algérie proposait le même billet à 350€ c'était se tirer une balle dans le pied

Le modèle de petite compagnie française de niche est mort soit regroupement soit tous le monde finira par se faire bouffer par la concurrence déloyale européenne mais Guérin n'a pas d'argent je vois pas pourquoi l'Etat doit lui emprunter 20 ou 30 millions d'euros pour son projet

@Jean Pierre vu comment Aigle Azur a baissé la voilure en Algérie c'était pas aussi rempli que ça leurs vols mais bon pour le savoir faut déjà y aller en Algérie

4.Posté par idress le 12/09/2019 09:58 | Alerter
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bonjour


ce qui est interessant, c'est de savoir pourquoi AIGLE AZUR gere le marché Algerien hors Alger, avec AIR ALGERIE. Pour cela, il faut revenir à la prise d'otage de l'airbus d'AF en 1994 qui a provoqué l'arret des vols AIRFRANCE à l'exception d'Alger. Que doit faire AIRFRANCE ? prendre ses reponsabilités et reprendre les liaisons vers Bejaia ( evidemment),Setif, Oran, Tlemcen, Annaba etc ........

5.Posté par jean pierre le 12/09/2019 11:22 | Alerter
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à TLM : c'est étonnant que vous mettiez ma parole en doute,celà fait 14 ans que je vais en algèrie : une fois sur Alger et les autres fois sur bejaia,annaba,constantine,setif!!!!et sur ces destinations les avions sont pleins et pourtant je voyage en hiver ou au printemps avec des tarifs tout à fait abordable!!!il est vrai plus chers que sur la tunisie ou le maroc!!!!et le marché sur l'Algérie est prometteur surtout qu'il n'y a comme concurrent sur mes destinations sauf Alger que air algèrie

6.Posté par TLM le 14/09/2019 16:12 | Alerter
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@Jean-Pierre Si vous y allez très souvent comme vous dites vous auriez su qu'il y a plusieurs compagnies qui relie Paris à Alger et surtout vous aurez commencé a prendre Air Algérie. On parle de billets a 700€ chez Aigle Azur tandis qu'Air Algérie proposait 350€ a moins que vous préférez dépenser deux fois plus cher pour un moins bon service

Et encore une fois Oran il y a ASL et ailleurs il y a TUI fly, Transavia ou Tassili

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