Pour Bruno Le Maire, si un budget n'est pas adopté en urgence, la France n'échappera pas à la crise financière - Photo : Noah Penalva
Invité de la convention Manor, qui s’est achevée jeudi à Venise, l’ancien ministre a consacré plus d’une heure à son expérience à Bercy, aux raisons pour lesquelles la France, « alors qu’elle a tout pour réussir », peine à rivaliser avec ses voisins européens et aux réformes qu’il juge nécessaires.
Parmi elles : réduire les dépenses publiques, alléger les charges et réorienter le modèle vers la production.
« La plaie, c’est l’appauvrissement des gens. La raison profonde de ces secousses sismiques qui reviennent tout le temps, et qui reviendront, c’est tout simplement un pays où le travail ne paie pas et où les gens ne s’en sortent pas. Les pillages, c’est la gangrène mais la gangrène est sur une plaie e la plaie, c’est l’appauvrissement des gens.
Dans un pays où ceux qui bossent, à cause des charges, des taxes et des impôts, ne peuvent pas se payer des vacances chez Manor parce que ça coûte trop cher, il y a de la colère. Ces manifestations sont le produit de cette colère.
Ce qu’on attend aujourd’hui des politiques, c’est de traiter le problème de fond : b[avoir un travail qui paie, des charges qui soient moins fortes et des impôts qui soient plus bas. »
Parmi elles : réduire les dépenses publiques, alléger les charges et réorienter le modèle vers la production.
« La plaie, c’est l’appauvrissement des gens. La raison profonde de ces secousses sismiques qui reviennent tout le temps, et qui reviendront, c’est tout simplement un pays où le travail ne paie pas et où les gens ne s’en sortent pas. Les pillages, c’est la gangrène mais la gangrène est sur une plaie e la plaie, c’est l’appauvrissement des gens.
Dans un pays où ceux qui bossent, à cause des charges, des taxes et des impôts, ne peuvent pas se payer des vacances chez Manor parce que ça coûte trop cher, il y a de la colère. Ces manifestations sont le produit de cette colère.
Ce qu’on attend aujourd’hui des politiques, c’est de traiter le problème de fond : b[avoir un travail qui paie, des charges qui soient moins fortes et des impôts qui soient plus bas. »
« Sans la protection lors du Covid, il n’y aurait plus de Manor »
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« Bien sûr, j’ai une part de responsabilité dans le poids de la dette. Mais il faut prendre les bons chiffres, les 900 milliards d’augmentation ne veulent absolument rien dire.
Si vous avez une dette et qu’en face il y a de la richesse, ce n’est pas grave. Si vous avez de la dette et qu’en face il n’y a pas de richesse et que c’est uniquement pour payer votre fonctionnement, votre nourriture ou l’éducation de vos enfants, là, c’est un problème.
Le vrai moment où la dette diverge entre l’Allemagne et la France, c’est la crise financière en 2008 où nous avons pris 30% de dette. Avant, rapportée au PIB, elle était de 60 % dans les deux pays. Après la crise, elle est restée à 60 % en Allemagne et elle est montée à 100 % en France. C’est la situation que j’ai trouvée quand je suis arrivé au ministère des Finances.
Ensuite, nous avons traversé deux crises majeures, le Covid et les Gilets jaunes. Nous avons protégé, et je revendique cette protection sans laquelle il n’y aurait plus de Manor. Nous avons augmenté la dette de 15 points, de 100 à 115 pour faire face à la crise économique la plus grave depuis 1929. Cela ne me paraît pas excessif.
Le vrai problème, c’est quand il a fallu revenir à la normale. Plus personne n’était d’accord pour réduire les aides, le bouclier tarifaire sur l’électricité ou les aides sur le gaz. »
Si vous avez une dette et qu’en face il y a de la richesse, ce n’est pas grave. Si vous avez de la dette et qu’en face il n’y a pas de richesse et que c’est uniquement pour payer votre fonctionnement, votre nourriture ou l’éducation de vos enfants, là, c’est un problème.
Le vrai moment où la dette diverge entre l’Allemagne et la France, c’est la crise financière en 2008 où nous avons pris 30% de dette. Avant, rapportée au PIB, elle était de 60 % dans les deux pays. Après la crise, elle est restée à 60 % en Allemagne et elle est montée à 100 % en France. C’est la situation que j’ai trouvée quand je suis arrivé au ministère des Finances.
Ensuite, nous avons traversé deux crises majeures, le Covid et les Gilets jaunes. Nous avons protégé, et je revendique cette protection sans laquelle il n’y aurait plus de Manor. Nous avons augmenté la dette de 15 points, de 100 à 115 pour faire face à la crise économique la plus grave depuis 1929. Cela ne me paraît pas excessif.
Le vrai problème, c’est quand il a fallu revenir à la normale. Plus personne n’était d’accord pour réduire les aides, le bouclier tarifaire sur l’électricité ou les aides sur le gaz. »
Avec la dissolution, « nous sommes entrés dans le toboggan »
« Quand j’ai vu que la situation s’aggravait, je suis allé voir le président et je lui ai dit : 'Je commence à réduire l’endettement public, mais la situation est trop grave, il faut frapper plus fort.' Il fallait désindexer les pensions de retraite, geler le recrutement des fonctionnaires et faire davantage d’économies sur le fonctionnement de l’État.
Avec ce plan, nous pouvions tenir l’objectif de revenir sous les 3 % de déficit en 2027. Mais, au lendemain des élections européennes, entre le plan de rétablissement des comptes et la dissolution, le président de la République a fait le choix de la dissolution.
Nous sommes alors entrés dans le toboggan : pas de majorité, pas d’unité autour du rétablissement des comptes, des dépenses supplémentaires et aucune économie.
Nous sommes en train de foncer dans le mur en klaxonnant. J’espère que les parlementaires comprendront qu’il est urgent d’adopter un budget, même avec peu d’économies. Sinon, nous n’échapperons pas à la crise financière. »
Avec ce plan, nous pouvions tenir l’objectif de revenir sous les 3 % de déficit en 2027. Mais, au lendemain des élections européennes, entre le plan de rétablissement des comptes et la dissolution, le président de la République a fait le choix de la dissolution.
Nous sommes alors entrés dans le toboggan : pas de majorité, pas d’unité autour du rétablissement des comptes, des dépenses supplémentaires et aucune économie.
Nous sommes en train de foncer dans le mur en klaxonnant. J’espère que les parlementaires comprendront qu’il est urgent d’adopter un budget, même avec peu d’économies. Sinon, nous n’échapperons pas à la crise financière. »
« Diminuer le droit d’amendement des parlementaires sur le budget »
« Si vous voulez adopter un budget avec des économies, la première chose à faire est de limiter le droit d’amendement des parlementaires sur le budget. À chaque budget, j’avais entre 70 et 100 milliards d’euros d’amendements dépensiers, et pas un centime d’économie.
Il faut aussi réduire la durée des débats. Un budget, c’est 70 jours de débat : réduisez cela à deux semaines ou à 30 jours, comme en Grande-Bretagne, et vous aurez trois fois moins de temps pour faire des bêtises.
Enfin, le ministre des Finances doit avoir un droit de veto sur toute dépense publique supplémentaire. Aujourd’hui, tout le monde décide de tout et plus personne n’est responsable de rien. »
Il faut aussi réduire la durée des débats. Un budget, c’est 70 jours de débat : réduisez cela à deux semaines ou à 30 jours, comme en Grande-Bretagne, et vous aurez trois fois moins de temps pour faire des bêtises.
Enfin, le ministre des Finances doit avoir un droit de veto sur toute dépense publique supplémentaire. Aujourd’hui, tout le monde décide de tout et plus personne n’est responsable de rien. »
« Ne pas passer à côté de la révolution de l’IA »
« Je fais le choix de la croissance. Je ne crois ni à la stabilité ni à la décroissance, qui conduirait à notre appauvrissement.
Pour cela, il faut d’abord revoir le modèle éducatif : raccourcir les études, privilégier l’apprentissage et la voie professionnelle, et faire passer le taux de chômage des jeunes de 25% à 15%.
Il faut ensuite privilégier la production, alléger les impôts de production et simplifier les règles qui pèsent sur les producteurs. La révolution de l’IA n’est pas seulement une intelligence au-dessus de nos cerveaux.
C’est aussi de la production manufacturière : des terres rares, des minéraux, des plaques de silicium, des circuits intégrés et des machines complexes. Il y a beaucoup d’argent et de technologie dans cette révolution.
Tous les pays qui resteront à côté ou qui ne seront que consommateurs de cette révolution seront les grands perdants du XXIe siècle. Ma proposition est que six États européens investissent massivement dans les semi-conducteurs et les logiciels. »
Pour cela, il faut d’abord revoir le modèle éducatif : raccourcir les études, privilégier l’apprentissage et la voie professionnelle, et faire passer le taux de chômage des jeunes de 25% à 15%.
Il faut ensuite privilégier la production, alléger les impôts de production et simplifier les règles qui pèsent sur les producteurs. La révolution de l’IA n’est pas seulement une intelligence au-dessus de nos cerveaux.
C’est aussi de la production manufacturière : des terres rares, des minéraux, des plaques de silicium, des circuits intégrés et des machines complexes. Il y a beaucoup d’argent et de technologie dans cette révolution.
Tous les pays qui resteront à côté ou qui ne seront que consommateurs de cette révolution seront les grands perdants du XXIe siècle. Ma proposition est que six États européens investissent massivement dans les semi-conducteurs et les logiciels. »
« Plafonner l’indemnisation chômage à 2 000 euros »
« L’assurance chômage devait vous protéger si vous perdiez votre emploi et vous permettre de vivre dignement jusqu’à ce que vous retrouviez un travail. Ce n’est plus vraiment cela : c’est devenu un système qui permet de rester des mois au chômage et de ne reprendre un emploi que s’il vous convient.
Ma proposition, c’est de plafonner l’indemnisation à 2 000 euros, le salaire médian. Si vous voulez davantage, vous prenez une assurance privée. L’assurance chômage doit être un filet de sécurité en cas de coup dur, pas une assurance générale.
Pour l’assurance maladie, il faut protéger contre les grands risques : Alzheimer, le diabète, le cancer. Pour les petits accidents de la vie, les médicaments de confort ou les analyses que l’on refait, c’est à chacun de payer. On peut ainsi faire des économies tout en gardant un système solidaire.
A nous collectivement d’inventer un autre modèle plus juste, plus efficace et plus soutenable. »
Ma proposition, c’est de plafonner l’indemnisation à 2 000 euros, le salaire médian. Si vous voulez davantage, vous prenez une assurance privée. L’assurance chômage doit être un filet de sécurité en cas de coup dur, pas une assurance générale.
Pour l’assurance maladie, il faut protéger contre les grands risques : Alzheimer, le diabète, le cancer. Pour les petits accidents de la vie, les médicaments de confort ou les analyses que l’on refait, c’est à chacun de payer. On peut ainsi faire des économies tout en gardant un système solidaire.
A nous collectivement d’inventer un autre modèle plus juste, plus efficace et plus soutenable. »






Publié par Laurent Guéna 












