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Airbnb : une colère inédite pousse les hôtes à appeler à manifester !

Une manifestation des hôtes contre Airbnb est prévue à Paris, le 20 novembre 2026


Nous le savions déjà, Airbnb a mis fin à ses promesses des débuts il y a de nombreuses années. Terminé, le clic-clac chez l'habitant. Les boîtes à clés ont dénaturé la relation avec les voyageurs et les conciergeries ont fini d'industrialiser le marché de la location entre particuliers. Sauf que depuis maintenant quelques mois, le géant mondial du tourisme semble prendre un virage et laisser à quai les hébergeurs non professionnels. Le 20 novembre, une nouvelle obligation va entrer en vigueur et c'est la goutte d'eau qui a fait déborder la piscine du ras-le-bol des hôtes Airbnb. Guillaume Jouffre, le cofondateur de GreenGo, nous fait part de demandes d'inscription qui affluent par centaines chaque jour. Retour sur un épisode qui pourrait marquer l'histoire d'Airbnb… et de GreenGo.


Rédigé par le Mercredi 28 Octobre 2026 à 08:01

Que se passe-t-il pour que des milliers d'hébergeurs veuillent quitter Airbnb ? - dépositphotos
Que se passe-t-il pour que des milliers d'hébergeurs veuillent quitter Airbnb ? - dépositphotos
L'année prochaine, Airbnb fêtera ses 20 ans, mais que reste-t-il de la promesse initiale d'un acteur qui a façonné le tourisme du XXIe siècle et transformé les grandes villes touristiques ?

Plus rien ou presque.


Peut-être que vous ne le savez pas ou que vous l'avez oublié, mais Airbnb est la contraction de "Airbed and breakfast", soit une proposition reposant sur un "matelas gonflable" posé au sol et un "petit-déjeuner" au réveil, chez un inconnu.

Si le géant californien a rapidement étouffé le couchsurfing, son concurrent associatif et basé sur l'échange culturel, il a aussi très rapidement renié ses origines, en proposant à la location de courte durée des appartements et des logements entiers, sans la présence de leurs propriétaires.

Il a créé un nouveau marché et démocratisé le voyage.

Sauf que maintenant, Airbnb semble se détourner totalement de la singularité avec laquelle il a façonné l'industrie touristique telle que nous la connaissons aujourd'hui.

"Depuis la fin de semaine dernière, il se passe un truc sans précédent.

Il est 10 h ce mardi matin et nous avons déjà reçu 60 demandes d'hôtes pour être inscrits sur GreenGo. Et les mails n'arrêtent pas, c'est un flux continu. Nous atteindrons sûrement des milliers de demandes en seulement une semaine.

J'ai des indices très clairs pour affirmer qu'il se passe vraiment quelque chose dans la communauté des hébergeurs d'Airbnb"
, témoigne Guillaume Jouffre, le cofondateur de GreenGo, débordé et suspendu à son téléphone.

Que se passe-t-il pour que des milliers d'hébergeurs veuillent quitter Airbnb ?

L'année 2026 pourrait bien être un tournant historique pour Airbnb, du moins en France, où la grogne ne couve plus, mais s'expose désormais au grand jour.

Au-delà du témoignage du patron de la start-up française, nombreux sont les hôtes à exprimer publiquement leur mécontentement.

C'est une première. À l'origine de la colère de ceux qui ont permis à Airbnb de prendre une telle ampleur en seulement deux décennies, on retrouve la publication de sa nouvelle politique relative au règlement intérieur.

Le 21 octobre 2026, la plateforme annonce qu'il ne sera plus acceptable de "demander aux voyageurs de faire la vaisselle et de la ranger, mais vous pouvez les inviter à déposer leur vaisselle sale dans l'évier".

Sur les réseaux sociaux, les hôtes partagent leur énervement.

Certains appellent au boycott d'Airbnb, d'autres ont bloqué leurs réservations à partir du 20 novembre, tandis qu'une pétition demandant le retrait de cette disposition rassemble plus de 21 000 signataires. Un appel à manifester a même été lancé.

Le rassemblement est prévu le 20 novembre à 16 h, devant le siège d'Airbnb France.

Il est indiqué que les propriétaires de logements doivent venir avec leur "vaisselle sale" (!) afin de la remettre à Clément Eurly, le directeur général pour le marché français.

Et d'autres ont donc décidé de quitter tout simplement la plateforme pour privilégier des acteurs éthiquement plus respectueux et moins dirigistes dans leurs consignes.

C'est ainsi que GreenGo a vu affluer un nombre inédit de demandes de loueurs de gîtes et de chambres d'hôtes, le tout sans faire de démarches et encore moins dénigrer le géant mondial.

"Nous avons des retours de propriétaires excédés par les agissements d'Airbnb.

Nous sentions que quelque chose couvait depuis un moment, notamment depuis le changement du mode de prélèvement et du montant de la commission.

Nous ne nous posons pas en représentants des hôtes ou de la grogne, mais nous avons le sentiment qu'ils ont sans doute franchi une limite qui incite maintenant les hébergeurs à multiplier leurs canaux de distribution
", nous confie le cofondateur de GreenGo.

Airbnb France : une manifestation des hôtes le 20 novembre 2026 !

Les hôtes sont donc passés du ras-le-bol aux actes et la plateforme de séjours écoresponsables n'est pas la seule à profiter de ce divorce consommé.

Les Gîtes de France publient aussi des communications pour inviter les hôtes à les rejoindre autour de l'accueil, du bon sens et de l'humain.

"À l'heure où une plateforme internationale souhaite décider jusque dans les moindres détails de ce que les vacanciers peuvent ou ne peuvent pas faire dans un hébergement, nous avons envie de rappeler quelques valeurs simples.

L'accueil, c'est aussi une histoire de respect mutuel.

Nous pensons que quand on est un vacancier, on doit profiter pleinement de ses vacances, sans contraintes excessives. Mais laisser sa vaisselle propre ou respecter les lieux qui nous ont accueillis, est-ce vraiment trop demander ?

Après tout, le savoir-vivre ne devrait pas s'arrêter à la porte des vacances
", a publié sur les réseaux sociaux la fédération d'hébergements chez l'habitant.

Des milliers d’hébergeurs sont donc à la recherche d’alternatives plus respectueuses, après avoir acté, suite à la trahison, la fin du pacte social qui animait leur relation économique.

Celui-ci consistait à accepter une professionnalisation accrue et la concurrence des hôtels, en contrepartie d’une visibilité permettant de générer une activité soutenue…

Pour le propriétaire d'un gîte que nous avons interrogé, les nouvelles "demandes sont étonnantes" et ont entraîné des remontées "très sévères".

Dans le même temps, Airbnb France serait en train d'analyser les retours effectués ces derniers jours, ne voulant pas déséquilibrer "la relation hébergeur-voyageur".

Car en se fâchant avec les propriétaires d'hébergements, la plateforme risque gros, à commencer par la perte de sa singularité. C'est sans doute cela qu'il faut regarder, sans se focaliser uniquement sur les nouvelles contraintes.

Airbnb : un virage sec vers l'hôtellerie, pour concurrencer Booking ?

Déjà cet été, le changement de rémunération d'Airbnb avait suscité des interrogations.

En effet, les équipes de Brian Chesky avaient opté pour un prélèvement fixe de 15,5 %, uniquement supporté par les… propriétaires de logements.

Ce changement ne sera pas neutre pour ces derniers, puisque leurs revenus déclarés via le géant américain vont mécaniquement augmenter et certains vont devoir faire attention au régime fiscal dont ils dépendent, comme le micro-BIC.

Depuis le 23 octobre dernier, plus de mauvaises surprises pour les voyageurs. Le prix payé comprend tout, même les frais de ménage qui permettent de dégager une marge supplémentaire. Auparavant, cette charge était distincte du prix du logement. Désormais, Airbnb prélève aussi 15,5 % dessus, soit 18,6 % TTC.

Et cela est loin d'être neutre. Brian Chesky calque le modèle de… Booking, comme l'explique Giuseppe Pentassuglia. Une stratégie mûrement réfléchie.

"On voyait bien qu'ils faisaient des tests depuis un certain temps. Et là, ils ont décidé d'accélérer franchement sur les hôtels. Petit à petit, Airbnb a demandé aux gens de professionnaliser leur accueil, le contact humain s'est estompé.

Puis on arrive à un moment charnière où Airbnb demande un niveau de prestation hôtelière. Tout va vers une standardisation à l'extrême de l'offre.

Ils sont finalement en train de mettre leur plateforme en conformité avec le segment hôtelier, et cela se fait au détriment des hébergeurs particuliers, individuels
", analyse d'un point de vue business Guillaume Jouffre.

En témoigne le recrutement en septembre dernier de Pepijn Rijvers en tant que directeur commercial, ancien conseiller stratégique auprès du directeur général de… Booking.

En France, Cécile Alexandre (ex-Best Western) rappelle le tournant pris en 2026 par Airbnb et souligne que "ce n'est que le début" concernant la commercialisation de l'offre hôtelière.

Pour accélérer, la plateforme consacre notamment une équipe entière à ce segment.

La colère contre Airbnb : une réelle aubaine pour GreenGo ?

Et si la grogne et la volonté des hôtes de se défaire de l'emprise du mastodonte US sont bien réelles, elles se heurtent à quelques limites.

La principale d'entre elles n'est pas l'absence de concurrence, car il existe une pléthore d'acteurs, mais la visibilité et le chiffre d'affaires générés par les autres plateformes, qui ne peuvent malheureusement pas rivaliser avec Airbnb.

"Nous lançons l'appel du 27 octobre 2026, nous invitons donc les hébergeurs à nous rejoindre.

Nous n'avons pas les moyens marketing des acteurs mondiaux. Nous avons même un budget marketing 20 000 fois inférieur à celui de Booking, Airbnb et Expedia réunis.

Donc j'invite les hébergeurs à nous rejoindre et surtout à rediriger le maximum de trafic vers GreenGo. Ainsi, chaque hébergeur qui parraine un voyageur sur GreenGo verra son compte crédité de 40 euros. Ce deal est gagnant-gagnant, car de l'autre côté, les voyageurs se voient offrir 20 euros.

L'alternative française existe, elle a juste besoin de la mobilisation de tous pour décoller
", affirme Guillaume Jouffre.

Au moment où nous parlons, près de 30 000 logements ont passé les filtres de sélection écoresponsables de la plateforme française.

Dans quelques semaines, ils seront plusieurs milliers de plus, de quoi augmenter mécaniquement un peu le trafic, mais aussi diversifier l'offre avec des hébergements plus urbains.

"Historiquement, on a moins d'offres en ville et c'est un segment que nous n'avions jusque-là pas vraiment attaqué, parce que c'est plus compliqué à aborder. Par contre, nous voyons venir de belles offres situées dans de grands centres urbains.

C'est une bonne opportunité pour nous de muscler un peu cette offre en ville et ça va forcément nous aider à convertir les visites en réservations.
Par contre, nous n'allons pas faire croître notre offre indéfiniment. Nous tenons à respecter notre promesse et nous privilégions la qualité plutôt que la quantité.

Face à cette hausse soudaine de l'offre, nous allons sans doute flécher nos investissements sur la demande pour générer le plus de réservations possible et transformer l'essai
", conclut un Guillaume Jouffre ambitieux.

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