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Covid-19, marée noire… l’Ile Maurice partie pour une longue traversée du désert touristique ?

Une industrie aux abois, une population en colère



L’avenir touristique de Maurice, destination-star des Français dans l’Océan Indien, s’inscrit désormais en pointillés. Après le Covid-19 qui avait mis à mal l’économie de l’Ile, la marée noire qui menace aussi désormais les eaux de La Réunion, risque de mettre en berne le tourisme à la veille de l’ouverture de la haute saison.


Rédigé par le Lundi 17 Août 2020

Près de 1 000 tonnes de carburant se sont échappé de la fissure dans la coque du vraquier. Le reste (2800 T), aurait été pompé selon les autorités.
Près de 1 000 tonnes de carburant se sont échappé de la fissure dans la coque du vraquier. Le reste (2800 T), aurait été pompé selon les autorités.
Gouverner c’est prévoir. La population et la presse mauricienne sont vent debout contre le Gouvernement mauricien à qui ils reprochent de ne pas avoir pris les mesures nécessaires pour empêcher la catastrophe.

Les faits sont implacables : le 25 juillet, le MV Wakashio vraquier japonais, battant pavillon panaméen, mesurant 300 mètres de long et 50 mètres de large, avec 3 800 tonnes de carburant dans ses réservoirs, s’est échoué sur les récifs de Pointe D’Esny.

L’échouement du MV Wakashio, qui avait appareillé de Singapour en direction du Brésil, a d’abord engendré des fuites, une semaine après le naufrage. La semaine dernière l'épave s’est brisée, causant une véritable marée noire sur toute la côte.

La pollution menace principalement des zones humides protégées, notamment deux des trois sites protégés par une convention (Ramsar ) qui recense les régions humides d'importance internationale et particulièrement le parc marin de Blue Bay et le site de la pointe d'Esny. Deux zones qui regorgent de mangroves, coraux et poissons.

Les voyagistes français inquiets de la situation...

On sait déjà que près de 1 000 tonnes de carburant se sont échappé de la fissure dans la coque. Le reste (2800 T), aurait été pompé selon les autorités.

Mais le mal est fait et irrémédiable. La population s’est immédiatement mobilisée pour essayer de sauver ce qui pouvait l’être encore. Avec les moyens (parfois dérisoires) du bord et au risque de sa santé et sécurité physiques.

En attendant que l’enquête progresse et qu’on essaye de savoir pourquoi le vraquier naviguait si près des côtés, une chose est sûre : le Gouvernement a mis beaucoup trop longtemps (une dizaine de jours) avant de prendre les mesures nécessaires face à la menace potentielle. Surtout que deux événements du même type s’étaient déjà produit en 2011 et 2016.

Cette marée noire est une catastrophe peut-être encore plus grande (si c’est possible) que celle du Covid-19. En effet, elle va aussi priver une partie de la population de ses ressources piscicoles, parfois les seules disponibles.

Et cela même si “le Cabinet s’est engagé à fournir un soutien financier aux pêcheurs, aux poissonniers et aux exploitants/travailleurs de bateaux de plaisance commerciaux qui n’ont pas pu poursuivre leurs activités en raison du déversement d’hydrocarbures”.

Ces éléments ont déchaîné les critiques contre le premier ministre Pravind Kumar Jugnauth, qui décline toute responsabilité de son gouvernement dans cette affaire et estime avoir pris les mesures qui s'imposaient.

Des plaintes pour “omission coupable” déposées

Des solutions et des moyens de fortune pour lutter contre la marée noire /capture d'écran OT
Des solutions et des moyens de fortune pour lutter contre la marée noire /capture d'écran OT
Ce n'est pas l'avis de tout le monde.

Des sources portuaires déplorent une « négligence totale » des autorités en ce qui concerne les actions qui auraient pu être prises dès le premier jour, souligne lemauricien.com.

« Un tel drame aurait pu être évité. Le vraquier Wakashio ne portait pas de fissures quand il a fait naufrage à Maurice dans la nuit du samedi 25 juillet. Dès le lendemain, soit le 26 juillet, on aurait pu prendre une série de mesures pour éviter les dégâts que nous voyons aujourd’hui », affirment des sources autorisées.

Des plaintes pour “omission coupable” ont même été déposées par certains activistes comme Bruno Laurette, qui a mis en cause la responsabilité des ministres de la de l’Environnement, Kavydas Ramano, le ministre de la Pêche, Sudheer Maudhoo et Sunil Kumar Nandeshwar, le capitaine du MV Wakashio et son équipage.

En France aussi, les voyagistes sont inquiets de la situation. (Cf Infra) La crise du Covid-19 et la valse-hésitation du pouvoir mauricien sur l’ouverture des frontières, avaient déjà suscité pas mal d’interrogations.

« Cette catastrophe environnementale sur le rivage d’un des pays aux côtes parmi les plus belles au monde n’est que la répétition régulière d’accidents environnementaux, déplore Jean-François Rial, PDG de Voyageur du Monde et grand défenseur de l’environnement.

Quand cela devient aussi régulier ce n’est plus des accidents mais une faute. Il faut nous décarboner et fissa. Ainsi, l'utilité de ces tankers, véritables bombes écologiques flottantes, disparaîtra... »

En attendant, il va falloir gérer la crise écologique et ce ne sera pas une mince affaire, estime Vincent Florens, professeur agrégé en écologie au département de biosciences et d’études océaniques de l’université de Maurice.

En effet, la complexité de l’aire concernée qui comprend beaucoup de faune et de flore particulièrement sensible, va demander un travail complexe et de longue haleine aux intervenants.

Cet accident pourrait aussi rendre inopérables plusieurs des plus belles plages de l’île. Et cela ne pouvait plus mal tomber, alors que la haute saison se profile et que l’Ile Maurice espérait se refaire une santé après la crise sanitaire…

Gilbert Cisneros (Exotismes) : Les Maldives et les Seychelles prennent le leadership du « haut de gamme » dans l’Océan Indien

Covid-19, marée noire… l’Ile Maurice partie pour une longue traversée du désert touristique ?
Chaque année, Gilbert Cisneros, patron du tour opérateur Exotismes à Marseille, envoie en moyenne près de 20 000 français en vacances à Maurice, dont il est en France l'un des principaux voyagistes après le Club Med. Nous lui avons demandé son sentiment sur les événements qui frappent le pays.

"Je suis particulièrement inquiet de la dégradation rapide de l’image de l’Ile Maurice en Europe en général et en France en particulier sur le plan sanitaire mais aussi sur le plan du business.
 
Ce pays a eu dès le départ une très bonne gestion de l’épidémie sur place qui a donné d’excellents résultats par rapport à l’Europe, puisque finalement Maurice n’a eu que très peu de cas et a parfaitement contenu la maladie.
 
Or, avec une fermeture du pays qui dure beaucoup plus longtemps que tous ceux de l’Océan Indien, l’Europe commence à avoir une image nettement contraire qui laisse à penser que l’épidémie n’est pas vraiment maîtrisée à l’Ile Maurice, que le pays n’arrive pas à avoir un encadrement sanitaire « safe » et que donc le gouvernement cache même peut-être des choses...
 
Ce sont les Maldives et les Seychelles qui rouvrent leurs frontières aux touristes qui nous donnent l’image d’une épidémie qu'ils ont réussi à maîtriser pour leur compte avec un encadrement sanitaire professionnel.
 
Par cette communication d’ouverture, ces deux destinations sont en train de prendre le leadership des destinations « haut de gamme » de l’Océan Indien au détriment de Maurice qui donne le sentiment d’une perte de qualité.
 
Par ailleurs, la faillite d’Air Mauritius rajoute une tâche dans ce tableau et déstabilise tous les touristes potentiels qui pensent que le pays est au bord de la faillite et changent de projet de vacances de peur de perdre leurs voyages ou de ne pas pouvoir en revenir, de manière brutale, si la compagnie cessait brutalement d’opérer.

Absence de prise de décision des autorités et perte de confiance

Les ennuis venant toujours en escadrille, l'épisode de la récente marée noire n'arrange rien et laisse à penser qu'il y a une absence de prise de décision des autorités.
 
Ces éléments entraînent une perte de confiance qui bloque non seulement les bookings à court terme mais surtout sur la période de haute saison d’octobre à mars (qui est donc en train de prendre un retard important !
 
A mon avis, dans la situation actuelle les inconvénients du maintien d'une fermeture du pays l'emportent maintenant très largement sur une ouverture avec, bien sûr, toutes les garanties sanitaires nécessaires.

Pour le tourisme, je pense que par exemple le test pcr 72h00 avant le voyage comme cela est pratiqué au départ de France vers les Dom est une solution qui limite les risques au maximum, tout en gardant un message clair et facile d'utilisation.

Le maintien d'une ère de non décision rend la situation nuisible et dangereuse pour tout l'écosystème mauricien, dont 25% du PIB dépend du tourisme : hôtels, réceptifs, métiers connexes transporteurs, pêcheurs, agriculteurs, commerces etc...
 
Mais quel gouvernement aura le courage de dire qu'il va falloir vivre avec ce virus et le maîtriser pendant quelques temps tout en continuant à vivre et à fonctionner ?

Comme le dit une mauvaise blague qui court dans les réseaux sociaux, il ne faudrait pas qu'après l'épidémie du covid19, il y ait d'autres , encore pires telles : Pochevid20, Frigovid20, Ventrevid20..."

Nous reviendrons prochainement sur cette information avec une interview de Vincent Florens, professeur agrégé en écologie au département de biosciences et d’études océaniques de l’université de Maurice.

Jean Da Luz Publié par Jean Da Luz Directeur de la rédaction - TourMaG.com
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