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Laurent Abitbol : "Les TO ne doivent pas casser les prix, car ils détruisent un métier"

Laurent Abitbol estime que les crises sont des moments propices pour investir


Après trois mois de guerre au Moyen-Orient, et alors même que les deux camps donnent l’impression de s’éloigner d’une résolution diplomatique du conflit, le tourisme respire un peu. Très discret depuis les événements, Laurent Abitbol a repris la parole à l'occasion du Grand Live du Voyage Loisirs, organisé par CDS et l’école EFHT. Et le patron de Marietton a retrouvé quelque peu le sourire : les chiffres s’améliorent en juin. Il estime aussi que la crise est une bonne opportunité pour investir.


Rédigé par le Vendredi 12 Juin 2026 à 07:29

Laurent Abitbol : "C’est dans les crises qu’il faut investir. Je ne peux pas le dire encore, mais on continue de regarder" - Photo : Rebecca Xerri
Laurent Abitbol : "C’est dans les crises qu’il faut investir. Je ne peux pas le dire encore, mais on continue de regarder" - Photo : Rebecca Xerri
Le sourire est revenu sur le visage de Laurent Abitbol.

Le patron du groupe Marietton Développement affichait une mine plutôt inquiète ces dernières semaines, en voyant l’activité s’enfoncer dans le rouge à mesure que les mois défilaient.

Juin annonce, comme l’a partagé récemment Patrice Caradec, la fin de l’hémorragie. Au grand soulagement de l’entrepreneur lyonnais.

"Il y a un renversement de la dynamique en juin. On est passé de -20% depuis mars à une activité qui oscille entre -5% et +6%. Après, souvenons-nous que le mois de juin de l’année dernière n’était pas terrible.

J’estime qu’on ne rattrapera pas ce que nous avons perdu.

Il y a un blocage total des destinations et un attentisme. On ne vend pas de long-courrier, hélas, mais du moyen-courrier qui, lui, se vend correctement
, a-t-il déclaré sur le plateau du Grand Live du Voyage Loisirs, organisé par CDS et l’école EFHT.

Par contre, ce qui est inquiétant, c’est que les commandes pour 2027 n’ont pas commencé sur le long-courrier. Est-ce qu’il y aura de la dernière minute ? Je n’en sais rien. Ce n’est pas gagné, mais il faut noter l’amélioration."

On a un mois pour faire l’été, jusqu’au 14 juillet. En départs clients, jusque-là, on n’est pas vraiment en retard, mais la catastrophe va se produire à partir de juin.

Les non-prises de commandes de mars, avril et mai auront des conséquences sur les résultats de juillet, août et septembre"
, prédit Laurent Abitbol.

"La guerre des prix est une grande erreur"

Le son de cloche est le même pour Yvon Peltanche.

Après un mois de mai d’une extrême faiblesse, affichant la pire chute depuis le déclenchement de la guerre, avec un chiffre de -37%, les dix premiers jours de juin repassent dans le vert, à hauteur de +26%.

Un discours partagé par Guirec Le Morvan et Christophe Fuss, intervenus lors d'une autre conférence de ce Grand Live.

Pour le patron de Marietton, le problème n’est pas tant une question de pouvoir d’achat dans cette rétractation des commandes, mais plutôt un problème psychologique.

Il fustige le traitement médiatique des médias grand public, qui auraient entretenu une crainte vis-à-vis de possibles pénuries de kérosène.

"La guerre est la principale cause. Si, demain, le détroit d’Ormuz rouvre, on sera débordés dans les agences de voyages.

La Coupe du monde de football prend de plus en plus d’importance dans l’actualité. Même si ce n’est pas toujours très positif, on parle moins de la guerre. Et étrangement, c’est mieux pour nous depuis.

Le voyage restera toujours très important, l’expérience passera avant l’achat d’un bien. Nous avons encore quelques années comme ça, tant que l’économie tient et que les prix des séjours n’augmentent pas trop
", tempère-t-il.

Comme nous l’écrivions il y a quelques semaines, l’été qui se profile pourrait ouvrir une nouvelle guerre des prix chez les tour-opérateurs.

Ces derniers sont parfois engagés et, face à des carnets de commandes en net retrait, ils pourraient se retrouver à baisser leurs tarifs pour remplir à la dernière minute.

"La guerre des prix est une grande erreur. Vendre un séjour en Grèce à 450 euros, cela casse un marché. Je souhaite bonne chance à l’opérateur pour vendre l’année prochaine au tarif normal. Quand on suit, c’est dur, mais nous ne le faisons pas toujours.

Je le dis et le répète à mes confrères : les TO ne doivent pas casser les prix, car ils détruisent un métier. On a vu plein de dépôts de bilan par le passé.

J’ai parcouru l’Europe pour baisser nos engagements hôteliers, on a reporté une partie des stocks pour 2027
", poursuit Laurent Abitbol.

Guerre au Moyen-Orient : "Le groupe Marietton arrive à ne pas perdre d’argent"

Face à cette embellie et aux conditions de soutien du chômage partiel très peu avantageuses, Laurent Abitbol a décidé de reporter une possible demande. Il faut dire aussi qu’à de très rares exceptions, tous les dossiers du secteur ont été refusés par Bercy.

"Le chômage partiel coûte cher aux salariés, ce n’est pas possible de le faire à nos salariés.

Nous avons fait des économies, le groupe Marietton arrive à ne pas perdre d’argent. Je ne sais pas combien de temps cela va durer. Jusqu’en septembre, pas de chômage partiel, on verra d’ici là
, a-t-il déclaré.

Avant de rebondir : "C’est ma spécialité de gérer quand il y a une crise, et je peux aussi remercier le COMEX pour son travail.

C’est dans les crises qu’il faut investir. Je ne peux pas le dire encore, mais on continue de regarder.

L’année dernière, nous avons acheté cinq entreprises, nous allons faire quelque chose d’assez gros. Nous devons investir maintenant.

Quand ça va bien, je n’ai pas envie d’investir, ma psychologie est bizarre. Si on reste - je parle de mon groupe - à -20% d’avril à décembre, ça passe. J’ai même envisagé un scénario où le business travel était en repli de -10%"
, poursuit-il.

Par chance, il existe quelques pans de l’industrie qui résistent, comme le business travel, les groupes et le MICE. Ces deux derniers sont toujours en hausse (+13%), malgré le conflit.

"On va investir beaucoup d’argent et du personnel dans l’IA"

Pour Laurent Abitbol, les réflexes d’avant-crise vont revenir. Les voyageurs revoleront sur les compagnies du Golfe pour se rendre en Asie, car elles sont nettement moins chères, malgré l’escale, que les transporteurs européens.

En revanche, les États-Unis continuent leur chute libre. La baisse de -30% enregistrée l’année passée a laissé place à -50% en 2026.

À noter toutefois que les tour-opérateurs du groupe se portent mieux que les agences de voyages en juin, peut-être en raison d’un effet de report de l’activité sur le package au détriment des réceptifs.

Toutefois, il n’est pas question pour les tour-opérateurs de voir dans les réceptifs des concurrents, tout comme l’IA ne se substituera pas aux agents de voyages.

"On va investir beaucoup d’argent et du personnel dans l’IA, chez Marietton et Selectour. On aura des ingénieurs que nous allons engager.

J’ai sauté la révolution d’Internet, je suis passé directement à l’IA.


Je sens que c’est une étape importante, je m’en sers quotidiennement. Je crois au travel planner, je crois à notre personnel. L’IA va les aider, elle ne va pas les remplacer.

À l’époque, j’avais le regret de ne pas avoir racheté Degriftour. Maintenant, nous passons à la prochaine révolution
", a conclu le dirigeant de Marietton.


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