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Nîmes : à Maison Albar-L’Imperator, les femmes de chambre en grève pour 87 centimes de l’heure

le mouvement de grève s'enlise


Malgré deux brèves séances de négociations, le mouvement de grève lancé voici trois mois par les femmes de chambre du cinq étoiles Maison Albar-L'imperator de Nîmes n'a toujours pas trouvé d'issue positive. CSE et CGT ont saisi l'inspection du travail. La CGT demande maintenant la médiation de la Préfecture. La direction de Centaurus Hospitality, elle, a refusé, hier, de répondre aux questions de TourMaG.


Rédigé par le Mercredi 4 Novembre 2026 à 07:32

Les grévistes de Maison Albar-L'imperator sont soutenues par la CGT © CGT
Les grévistes de Maison Albar-L'imperator sont soutenues par la CGT © CGT
Cela fait maintenant 46 jours que les femmes de chambre de Maison Albar-L'imperator, un cinq étoiles ( 54 chambres et sept villas) situé en plein cœur de Nîmes, sur le Quai de la Fontaine, ont entamé une grève perlée]b.

Huit salariées sont mobilisées : les cinq permanentes, plus trois contractuelles.

David Goslin, le délégué CGT qui se tient au côté des grévistes, s'insurge. "Le mouvement a commencé par une première journée de grève le 26 juillet. La première réunion de négociation a eu lieu seulement fin août, et elle n'a rien donné, pas plus que la deuxième. Nous sommes en attente d'une troisième séance de négociation mais la grève dure maintenant depuis le 18 septembre".

Les revendications de ces femme de chambre
qui sont payées environ 1 400 € par mois pour un temps plein ?

Une hausse de 87 centimes de l'heure. Soit un taux horaire de 13,17 € brut, contre 12,31 € actuellement. Soit environ 133 € brut par mois pour un temps plein. Mais, insiste la CGT, cela fait moins de 100 € net par mois.

Cependant, "la direction nous a dit que cette augmentation mettrait l'établissement en péril", s'insurge encore David Goslin.

Maison Albar est une marque du groupe Centaurus. Fondé en 2020 par Jean-Bernard Falco, Céline Falco, née Albar et Grégory Pourrin -avec le soutien d'un partenaire financier, Oaktree-, c'est un groupe hôtelier indépendant français positionné sur le haut de gamme. Il a développé une collection de 15 établissements à forte identité, mettant en avant une approche personnalisée de l'hospitalité.

"Notre santé est mise à l'épreuve"

Estimant que leur "santé est mise à l'épreuve" en raison d'une "organisation déficiente", les femmes de chambre de Maison Albar-L'imperator réclament davantage de personnel et de meilleures conditions de travail,]b

Elles doivent manier du matériel vétuste et des chariots pouvant peser une centaine de kilos, disent-elles. Il arrive en outre à ces employées de devoir préparer jusqu'à 12 chambres par jour. Et d'ajouter : les cadences sont trop rapides pour préparer les chambres avant 15 heures et les pauses déjeuner sont difficiles à prendre.

Au demeurant, le cabinet PREVY -il accompagne les entreprises et leurs salariés dans la prévention des risques professionnels, le suivi médical et l'amélioration des conditions de travail- qui a été sollicité, a noté, dans un rapport, que les conditions de travail des femmes de chambre et le matériel qui leur fourni "peuvent être à l’origine de douleurs, et favoriser la survenue de troubles musculosquelettiques".

Jusqu'ici, des négociations brèves et sans résultat

La direction n'est certes pas restée inerte face au mouvement des femmes de chambre. Mais ses propositions - une augmentation de 1 % à partir de janvier 2027 pour l'ensemble du personnel- a été jugée insuffisante par les grévistes.

En parallèle, dénonce David Goslin, cette direction "a détaché -par rotation- une dizaine de cadres habituellement affectés à d'autres taches au siège du groupe Centaurus pour faire -d'ailleurs fort mal- le travail des employées en grève".

Plus récemment, toujours selon la CGT, la direction de l'hôtel aurait eu recours -toujours pour nettoyer et remettre en état les chambres- "à des intérimaires recrutés pour travailler au bar".

Ces pratiques sont illégales et constituent une entrave au droit de grève, assure la CGT. Nicolas Viala, le secrétaire du CSE et David Goslin, le délégué CGT, ont d'ailleurs saisi l'inspection du travail. Celle-ci, dans un courrier en date du 27 octobre adressé à la direction de l'hôtel "analyse la situation décrite comme un prêt de main d'oeuvre non lucratif entre entreprises".

Si ce prêt n'est pas interdit, il implique toutefois aux termes de
l'article L.8241-2 du Code du travail, rappelle l'Inspection du travail]b, de respecter des règles très précises : accord du salarié concerné, rédaction en des termes très précis d'une convention de mise à disposition entre l'entreprise prêteuse et l'entreprise utilisatrice, rédaction d'un avenant au contrat de travail signé par le salarié concerné...

Sans oublier l'information et la consultation du CSE. Cela a-t-il été le cas ?, interroge l'Inspection dans un courrier.

En tous cas, l'inspection du travail n'a manifestement pas suivi l'interprétation de Romaric Blanvillain, le directeur général de l'hôtel selon lequel il n'y aurait pas eu prêt de main d'œuvre, la société Centaurus Hospitality Management assurant la direction et la gestion de l'hôtel pour le compte de Maison Albar, au titre d'un mandat de gestion.

Le directeur de l'hôtel mis en cause par la CGT

Les critiques de la CGT portent aussi sur la gestion et les pratiques de Romaric Blanvillain, le directeur général de l'hôtel.

Depuis son arrivée voici environ trois ans, énumère David Goslin, le délégué CGT, ce directeur général vit aux frais de l'hôtel dont il occupe la majorité du temps une chambre.

Toujours selon le délégué CGT, "cette pratique s'apparente à un avantage en nature qui doit être déclaré au fisc. Cela a-t-il été fait" ?

"C'est aux impôts et à l'Urssaf de creuser ce dossier", s'emporte-t-il, avant de déplorer "les importante pertes de chiffre d'affaires de l'hôtel depuis qu'il (l'actuel directeur général-NDLR) est là".

Un conflit nuisible à l'image de Maison Albar

Le conflit s'enlisant, la CGT assure avoir demandé une médiation de la préfecture du Gard, par l'intermédiaire de l'Inspection du travail. Et également un rendez-vous avec le maire de Nîmes qui serait fixé à ce vendredi 6 novembre.

Bien évidemment TourMaG a essayé de recueillir le point de vue de la direction du groupe Centaurus Hospitality Management. Malheureusement, nous nous sommes heurtée hier à une fin de non recevoir.

"Le groupe ne souhaite pas communiquer à ce sujet, qui est en cours d’échanges internes", nous a répondu par courriel électronique Maxime Dobremel, le Responsable Communication du groupe.

A défaut d'avoir recueilli ce point de vue, force nous est de constater que le conflit nuit à l'image de marque de Maison Albar Hotels, et ce d'autant plus que, si l'on croit la CGT, "il n'y a actuellement plus de clients à l'hôtel ni à son restaurant".

Les difficultés dénoncées par les femmes de chambre semblent en tous cas difficilement compatibles avec le positionnement très haut de gamme de cette marque hôtelière.

PAULA BOYER Publié par Paula Boyer Journaliste LuxuryTravelMaG - TourMaG.com
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Tags : maison albar
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