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D’anciens de BlaBlaBus lancent PACO pour concurrencer FlixBus [ABO]

rencontre avec Arthur Bertrand, le cofondateur de PACO


En avril dernier, BlaBlaBus annonçait l'arrêt de son activité dans les mois à venir. Une décision qui entraînera la suppression de 40 postes et de 400 lignes, laissant la seule FlixBus en situation de monopole. Finalement, des anciens de BlaBlaCar Bus ont annoncé lancer PACO, une plateforme qui entend proposer une alternative à la compagnie de bus longue distance allemande. Interview avec Arthur Bertrand, son cofondateur.


Rédigé par le Mercredi 4 Novembre 2026 à 07:21

PACO : "négociation avec une douzaine d'autocaristes français" - Depositphotos
PACO : "négociation avec une douzaine d'autocaristes français" - Depositphotos
Finalement, FlixBus ne se retrouvera pas en situation de monopole en France très longtemps.

Alors qu'il y a quelques mois, BlaBlaBus annonçait l'arrêt de son activité le 4 janvier 2027, à cause de "pertes d’exploitation récurrentes et importantes", différents acteurs ont imaginé reprendre le flambeau, mais ce sont finalement des anciens de la maison qui sont à l'origine de l'initiative.

En effet, depuis hier, les premiers billets d'autocar de PACO sont en vente, pour des circulations qui commenceront le 15 janvier 2027.

Créé en 2015 par l'ouverture à la concurrence des lignes nationales d'autocar, décidé par Emmanuel Macron, très rapidement plusieurs acteurs se lancent.

Très rapidement un duopole se forme à la faveur des arrêts d'activité et des rachats, jusqu'à avril 2026, où BlaBlaBus, qui avait d'ailleurs racheté Ouibus à la SNCF, annonce vouloir stopper l'hémorragie financière.

Une annonce qui fait office de déclencheur pour Arthur Bertrand et ses acolytes.

"À l'été 2025, nous avons commencé à réfléchir à créer une entreprise dans la mobilité. La déclaration de BlaBlaBus a rebattu les cartes.

Le soir même, j'ai eu des messages de plusieurs autocaristes et d'entreprises du secteur. Nous avons beaucoup échangé et après de nombreuses discussions, je me suis dit qu'il y avait une place à prendre.


Même si BlaBlaBus perdait de l'argent, l'entreprise transportait 6 millions de passagers par an, donc c'est un gros marché. Cette opportunité s'est surtout matérialisée par la volonté des autocaristes de continuer à opérer des lignes régulières à longue distance
", nous explique-t-il.


PACO : quel financement pour remplacer BlaBlaBus ?

Le cofondateur de Paco.fr n'est pas un novice dans le secteur.

Il a travaillé près de 3 ans au sein de BlaBlaBus, comme directeur des opérations, mais aussi pour les Autocars Pays de Savoie.

Autour de lui, nous retrouvons Olivio Bugosen, lui aussi un ancien de la maison qui a été responsable du développement commercial, et Louis Carron-Cabaret, ex-responsable de la technologie et du produit de Japhy, une marque française d’alimentation pour animaux de compagnie.

Les trois amis planchent tout l'été sur leur business plan. Le leitmotiv "Passagers Contents" va devenir le nom de l'entreprise, par la contraction des deux mots (PACO).

"Pour l'instant, on se finance uniquement sur les fonds propres des trois associés.

Nous avons pris contact avec les autocaristes qui travaillent avec BlaBlaBus, qui nous ont réservé un accueil plutôt chaleureux. C'est un marché qui est assez particulier, car tout le monde se connaît. Nous connaissons aussi des autocaristes qui veulent tenter l'aventure des bus Macron.

Nous avons contractualisé nos premières lignes
", précise Arthur Bertrand.

Le démarrage va se faire en douceur, avec une dizaine d'autocars programmés pour sillonner une quinzaine de grandes villes françaises, que ce soit Lyon, Rennes, Marseille, Bordeaux, Nice, etc.

Paris n’est pas desservie pour l’instant. La capitale fait pourtant partie des priorités de la jeune entreprise, en raison de l’importance de son bassin de population et de son attrait touristique.

PACO : "négociation avec une douzaine d'autocaristes français"

L'enjeu est d'étoffer rapidement le réseau afin d'avoir un lancement progressif au cours du premier trimestre 2027.

"Nous sommes en cours de discussion et de négociation avec une douzaine d'autocaristes français pour ouvrir de nouvelles lignes.

Nous connaissons le secteur, puisque nous avons travaillé 3 et 5 ans pour BlaBlaBus. Cela nous permet d'avoir une légitimité, pour ma part sur la partie opérationnelle et pour Olivio sur l'aspect commercial
", estime le jeune homme.

A lire : Fermeture de BlaBlaCar Bus : les autocaristes sont "très inquiets"

Le développement du réseau national se fera crescendo.

Outre l'ouverture de lignes pour mieux mailler la France et couvrir le plus de villes possible, PACO nourrit des ambitions et pas seulement sur le plan national.

A terme, l'entreprise pourrait franchir les frontières pour desservir Genève, Barcelone ou Bruxelles.

"Nous voulons pourquoi pas aller à l'international. Le marché de l'autocar longue distance est assez jeune, il est un peu archaïque et il y a peu d'innovation en France dans l'exploitation des lignes et les nouveaux business models.

Par exemple, nous pourrions vendre les sièges vides des autocaristes. Un autocariste basé à Annecy doit faire une prestation au départ de Lyon. Nous pourrions commercialiser ses sièges entre Annecy et Lyon. C'est un marché assez énorme que nous voudrions adresser.

La troisième piste, plus lointaine, serait un peu de revenir à notre idée initiale, qui était celle des autocars de nuit premium
", nous dévoile Arthur Bertrand.

Un peu à l'image des autocars qui existent en Amérique latine et en Asie, des opérateurs tentent de faire bouger les autorités en Europe.

Il y a le cas de Twiliner qui transporte des passagers en Europe dans des autocars proposant 21 sièges inclinables à plat et des snacks-bars à bord, dans l'ambiance d'une première classe aérienne.

PACO : un modèle économique très différent de celui de BlaBlaBus

"L'idée, ce serait d'avoir des autocars qualitatifs, avec peu de personnes à bord et de commercialiser des trajets d'environ 1 000 kilomètres pour pouvoir faire le trajet d'une traite de nuit.

À l'été 2025, nous avions bossé ce sujet, nous avions rencontré des constructeurs de véhicules, mais nous étions trop limités par la législation. Reste à savoir si celle-ci ne va pas évoluer dans les prochaines années.
"

Alors que cette façon de voyager est interdite en France et en Allemagne, outre-Rhin, la fédération allemande des autocaristes a demandé début octobre l'ouverture d'une procédure permettant d’autoriser des places allongées.

Là n'est pas la priorité pour les cofondateurs de PACO.

L'enjeu est de réussir le lancement et de s'implanter durablement. Car le défi à relever est immense, même si les comptes de BlaBlaBus n'ont jamais été publiés, tout comme ceux de BlaBlaCar, les pertes sont importantes, de l'ordre de plusieurs dizaines de millions d'euros.

Comment la jeune start-up y arrivera-t-elle à faire mieux qu'une entreprise implantée et dotée d'équipes aguerries ?

"Notre business model est un peu différent.

BlaBlaCar Bus payait dans son contrat un forfait kilométrique fixe au transporteur. Donc, que le véhicule soit plein ou vide, le transporteur gagnait le montant qui était indiqué dans le contrat et BlaBlaCar empochait tout l'argent des ventes. Ils avaient de fait des coûts fixes assez importants.

Nous avons décidé de prendre une commission sur les billets.
Si l'autocar est plein, tout le monde gagne de l'argent. S'il est vide, tout le monde serre les dents
", résume l'entrepreneur.

Les trois jeunes hommes gardent les pieds sur terre et savent que le défi à relever est important, même si FlixBus démontre qu'il est possible de gagner de l'argent en France.

Le premier objectif va donc être de convaincre les autocaristes de tenter l'aventure sans la garantie d'obtenir une rémunération minimale.

PACO : un prix attractif et une prestation moderne

"Le transporteur prend le risque de l'exploitation de la ligne.

C'est pour ça qu'on est très précautionneux et très vigilants dans le choix des lignes que nous ouvrons. Nous avons bien scruté les moments de l'année et les autocaristes pour être sûrs de la rentabilité du tronçon avant le lancement.

Et cela, nous le savons de par notre expérience, mais aussi celle des transporteurs. Nous avons construit ensemble l'offre, donc les lignes, les fiches horaires, les heures de départ, d'arrivée, les passages en station, etc., pour être sûrs de garantir la rentabilité sur une année
", nous explique-t-il.

Le développement paraît mesuré et pragmatique, afin de permettre aux entreprises de s'y retrouver financièrement, d'autant que le contexte est assez peu propice, en raison des cours du pétrole.

Malgré tout, pas question de revenir sur les tarifs accessibles qui restent le cœur de l'offre de PACO, comme de ses prédécesseurs et de son unique concurrente.

"Nous voulons répondre à un besoin qui existe, c'est-à-dire se déplacer en France avec un billet à un prix compris entre 5 et 30 euros.

Les passagers sont évidemment très attentifs au prix et le moindre euro compte.
L'idée, c'est de garder des prix attractifs pour les voyageurs qui ont un pouvoir d'achat modeste, tout en proposant une prestation qui est au niveau de ce qu'on peut attendre en 2026 dans un car.

Pour cela, nous travaillons avec les meilleurs transporteurs de BlaBlaBus, ceux qui ont une excellente satisfaction client, grâce aux conducteurs, à la propreté du véhicule, aux toilettes et aux prises électriques qui fonctionnent. Notre mantra, c'est l'autocar en mieux,
" conclut Arthur Bertrand.

Bonne route à PACO !


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