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Val-de-Marne Tourisme liquidé : le symbole de la crise du tourisme institutionnel ? [ABO]

Les 12 salariés de Val-de-Marne vont être licenciés


L'année passée, Val-de-Marne Tourisme était le symbole des difficultés du tourisme institutionnel. Après quelques mois de procédures, dont un redressement, la structure a finalement été liquidée fin septembre 2026. Se pose la question de la survie de la plateforme Explore Paris et plus largement du tourisme institutionnel.


Rédigé par le Mardi 3 Novembre 2026 à 07:45

Tourisme institutionnel : "une certaine inquiétude au sein" du tourisme institutionnel - Depositphotos modifié à l'IA
Tourisme institutionnel : "une certaine inquiétude au sein" du tourisme institutionnel - Depositphotos modifié à l'IA
En octobre 2025, Val-de-Marne Tourisme et l'hypothèse de sa fermeture ébranlaient le tourisme institutionnel.

Un secteur fragilisé par les coupes budgétaires des collectivités, en raison de la cure d'amincissement du budget de l'État, et aussi par une remise en question de l'utilité des structures par certains politiques, le tout à l'heure de la montée en puissance de l'IA.

Sauf que cette fin programmée a pris du temps, puis l'inéluctable est arrivé fin septembre dernier.

"Je trouve incompréhensible qu'un département puisse fermer une institution de la sorte.

Le comité départemental du tourisme nous apportait énormément de choses. Il nous apportait des réservations, de la visibilité, puis aussi du tourisme que nous avions du mal à capter, des organisations de salons, etc.

Je ne sais pas comment, maintenant, nous allons faire sans
", peste Christophe Arietano, président du Club hôtelier du Val-de-Marne.

Avant d'en arriver là, le premier passage de l'instance au tribunal judiciaire a lieu en juillet 2026, lorsqu'une procédure de sauvegarde est ouverte. L'instance espère pouvoir trouver une solution.

Le temps passe, toujours sans argent donc pour Val-de-Marne Tourisme, jusqu'à la sentence du 29 septembre 2026.


Val-de-Marne Tourisme : 12 salariés ont été licenciés, l'écosystème fragilisé



Il a été décidé de liquider purement et simplement la structure, privée alors de sa subvention annuelle de 900 000 euros.

De plus, les 12 salariés ont tous reçu leur lettre de licenciement, sans aucune proposition de reclassement de la part du département, nous dit-on. La fin de leur contrat sera définitive dans quelques jours.

Derrière, c'est tout l'écosystème touristique départemental qui se trouve fragilisé.

"Lors de Rendez-vous en France, nous représentions les hôteliers du Val-de-Marne. À partir d'aujourd'hui, il ne nous sera plus possible d'assister à ce genre d'événement.

De toute façon, il ne va plus rien se passer et, de fait, le club hôtelier va devenir inactif.


J'avais signalé dans un courrier que, dès que le comité départemental du tourisme disparaîtrait, le club hôtelier suivrait, sauf si quelqu'un veut le reprendre. Je ne sais pas ce qu'il va développer sans son meilleur actif
", se lamente l'hôtelier.

Et le cas de Val-de-Marne Tourisme n'est pas isolé en France.

Il y a eu avant lui, celui des Pays de la Loire, et à venir de Gironde Tourisme, dont la fermeture est actée pour la fin de l'année 2026.

Un échelon en dessous, dans le Cotentin, quatre offices de tourisme parmi les moins fréquentés étaient eux aussi voués à la fermeture, mais finalement cette décision a été reportée, le temps de trouver un accord avec les communes concernées.

Le secteur institutionnel paraît durablement fragilisé. Lors du congrès d'ADN Tourisme 2025, le sujet du financement était sur toutes les lèvres et "une angoisse collective émanait aussi bien des dirigeants que des salariés".

Un an plus tard, cela ne s'est pas amélioré.

"Effectivement, les recettes des CDT et CRT proviennent très majoritairement des collectivités de tutelle.

Dans le contexte des finances publiques que nous connaissons (avec également l'accroissement des charges), le financement de nos structures est donc une réelle préoccupation avec ses impacts : disparition de structures ou nette dégradation de la capacité d'action
", résume Olivier Amblard, administrateur d'ADN Tourisme.

Le département rappelle que l’association dépendait de plus en plus de la subvention qu’il lui versait, laquelle finançait notamment l’intégralité de ses emplois.

Val-de-Marne Tourisme : où passent donc les 700 000 euros de la taxe de séjour ?

Un chiffre contesté en interne, où l’on évoque plutôt une part de 70 à 80 % selon les années, le reste provenant d’entreprises du territoire et d’autres collectivités.

La situation financière du département, en revanche, ne prête pas à discussion : sa dette atteint un niveau record de 1221 milliards d'euros.

Comme pour les ménages, quand les portefeuilles se vident et se remplissent trop lentement, dans les départements et les régions, le premier poste de dépenses à en faire les frais n'est autre que le tourisme.

"La situation est difficile pour les salariés, surtout après la longue procédure, et ça l'est aussi pour les acteurs du territoire, car le travail effectué par la structure ne sera pas repris. Le tourisme n'est pas une compétence obligatoire pour les collectivités.

Les territoires qui font face à des coupes budgétaires se recentrent sur leurs compétences obligatoires,
", analyse un salarié souhaitant conserver l'anonymat.

En 2024, le président du Val-de-Marne, Olivier Capitanio, évoquait déjà une « asphyxie » financière de la collectivité, confrontée à la chute des droits de mutation à titre onéreux (DMTO), perçus sur les transactions immobilières.

Dans le même temps, de nombreuses dépenses incombent maintenant à cet échelon administratif.

Depuis, le plus gros de la crise financière semble passé, même si le budget 2026 en hausse (de plus de 28 millions d'euros) reste "sous pression" et sans "aucune visibilité", toujours selon les appréciations de son président.

Un redressement qui n'a donc pas permis de sauver le comité départemental du tourisme (CDT) et ses 900 000 euros de subvention.

Il aurait bien été possible de rediriger vers Val-de-Marne Tourisme l'argent de la taxe de séjour, évalué à environ 800 000 euros, mais ce n'est pas le chemin pris par les politiques.

Val-de-Marne : "construire une nouvelle organisation de la politique touristique"

Il y a eu plusieurs débats en conseil d'administration et ailleurs au département sur le sujet, mais cette proposition n'a jamais été retenue.

D'ailleurs, l'usage de la taxe de séjour n'a jamais été clairement explicité par les équipes de l'hôtel départemental.

"Le comité départemental du tourisme touchait une subvention du département. Mais une partie de cette somme était financée par les taxes de séjour, du moins c'est ce qui est prévu sur le papier.

On voudrait bien savoir ce qui va être fait de cet argent-là. J'ai l'impression que c'est un impôt pour un impôt, alors qu'il doit servir à l'attractivité touristique.

Alors quand je pose la question, on me dit que l'argent servira à financer les pistes cyclables, des parcs, des événements, des festivals, etc.
", déplore Christophe Arietano, président du Club hôtelier du Val-de-Marne.

Et ce fléchage de l'argent collecté par la taxe de séjour est au cœur des débats parlementaires qui entourent actuellement le PLF 27.

Du côté de la collectivité territoriale, il ne serait pas question de perdre la compétence tourisme, ni d'abandonner l'animation touristique du territoire, mais de rationaliser les dépenses.

Mais comment faire cela, alors que les collaborateurs vont donc se retrouver au chômage dans les prochains jours ?

"La question qui se pose désormais est celle de l’organisation de ces missions et de leur financement, dans un contexte où la compétence tourisme est partagée entre les communes, les établissements publics territoriaux et les différents niveaux de collectivités.

La priorité est désormais de construire une nouvelle organisation de la politique touristique, en lien avec les communes, les EPT et les autres partenaires concernés, avec un modèle qui soit à la fois efficace pour le territoire et soutenable financièrement
", nous indique-t-on depuis Créteil.

En attendant que la réflexion débouche sur une nouvelle proposition, le secteur touristique va devoir faire sans son comité départemental, dans un territoire où il n'y a "pratiquement pas d’offices de tourisme, si ce n’est celui intercommunal des Boucles de la Marne", soulignait sur TourMaG.com, Hélène Sallet-Lavorel, l’ancienne directrice de Val-de-Marne Tourisme.

Tourisme institutionnel : "une certaine inquiétude au sein de la profession"

Dorénavant, les 90 hôtels, les infrastructures comme le château de Vincennes, Rungis et les entreprises qui proposent des activités vont devoir se débrouiller par eux-mêmes à l'ombre de l'envahissante... Paris.

Car si la Ville Lumière est un formidable aimant à touristes pour la France, elle invisibilise aussi ses voisins.

A lire : Crise du tourisme institutionnel : et si la solution venait du privé ?

"Ils sont obligés de se débrouiller un peu par eux-mêmes pour trouver des solutions, notamment pour la commercialisation des offres. Il y a donc une partie du chiffre d'affaires de ces acteurs qui disparaît du jour au lendemain.

Au-delà de la communication, notre rôle était de les accompagner et de les professionnaliser pour qu'ils gagnent en compétences, surtout pour les petites structures, comme les hôtels familiaux.

L'enjeu était aussi d'intégrer notre offre dans une destination Paris un peu plus élargie
", poursuit cette personne que nous avons interrogé.

Se pose la question de l'avenir de la plateforme Explore Paris, un GIE fondé conjointement avec le Département de la Seine-Saint-Denis.

Le financement du Val-de-Marne étant supprimé, il a été proposé par Mélanie Nowak que l’EPT 10, Paris-Est-Marne et Bois, et tout autre établissement public territorial (EPT) intéressé et doté de la compétence tourisme remplacent le CDT 94 au sein du GIE. Ce qui paraît complexe.

En somme, Val-de-Marne Tourisme pourrait être préfigurateur des temps à venir, alors qu'un parti politique menace de supprimer toutes les agences de l'État et de faire la chasse aux coûts.

"Il y a une certaine inquiétude au sein de la profession.

L'action publique en termes de tourisme devient très compliquée, en tout cas en termes de financement, notamment des structures comme les CDT et les CRT.

On considère en France que le tourisme marche tout seul, ce qui n'est pas le cas ou du moins pas partout. Notre rôle auprès des habitants était aussi un rôle de communication et, quelque part, d'identité, pour qu'ils se sentent appartenir à un territoire.
" conclut cet ex-salarié.


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