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Agent de Voyages : la revalorisation du métier, une utopie ?

Salaire, éductour, conditions de travail... le tourisme doit faire sa révolution managériale



Le tourisme connaît de multiples crises : existentielle, sociale et des vocations en berne. Tous les acteurs disent que le recrutement est devenu d'une complexité folle, que soit dans le public ou le privé. Le secteur n'arrive plus à attirer de nouveaux profils. Entre la mauvaise publicité faite durant la pandémie, les faibles rémunérations et un travail nécessitant une disponibilité de tous les instants... les moutons à 5 pattes, déjà rares, ont disparu. Dans ces conditions, comment revaloriser le métier d'agent de voyages ?


Rédigé par le Jeudi 22 Septembre 2022

Salaire, éductour, conditions de travail... le tourisme doit faire sa révolution managériale - Depositphotos @ingka.d.jiw
Salaire, éductour, conditions de travail... le tourisme doit faire sa révolution managériale - Depositphotos @ingka.d.jiw
En l'espace de deux ans et d'une pandémie, le monde du travail a fait sa révolution.

Le pouvoir a basculé des employeurs aux salariés. Un changement que le secteur du tourisme n'a pas vu venir, trop affairé pour sauver sa peau.

Les rangs se sont clairsemés à mesure des restrictions et autres PSE. Sauf qu'au moment de relancer la machine, les offres d'emploi de ces acteurs sont devenues obsolètes au regard du nouveau marché du travail.

"Il faut se poser les bonnes questions, mais surtout ne pas hésiter à changer les choses. Augmenter les minima, c'est une bonne chose, mais il n'est pas normal que des personnes soient payées à de tels niveaux," déplore Frédéric d'Hauthuille, le fondateur de Monde Authentique.

Surtout que l'offre de revalorisation des minima sociaux a été refusée par les syndicats. L'intersyndical dénonce "un chantage" et le qualifie même de "la pire" des propositions des organisations patronales.

A lire : Salaires : l’intersyndicale rejette les propositions des EDV et du SETO !

Le secteur a encore perdu une bonne occasion de s'offrir une publicité positive, alors même que certains agents de voyages n'ont pas pu se rendre à l'IFTM Top Resa, faute d'effectif.

Alors que le salaire est le nerf de la guerre, la distribution et la production ont perdu une bataille.

Agents de voyages : des salaires et acquis sociaux au rabais ?

"Le sujet de la revalorisation est au cœur des préoccupations des entreprises.

La rémunération est un point fondamental dans le modèle économique de nos entreprises, puisque la masse salariale représente 60% des coûts,
" analyse Valérie Boned, la secrétaire générale des EDV.

Un recadrage permettant de mieux comprendre pourquoi les patrons sont toujours un peu fébriles au moment d'aborder les discussions autour de la rémunération.

Surtout que si le salaire de base est bien souvent bas, les acteurs n'ont pas toujours suivi les évolutions, en négligeant les variables, permettant de gonfler les fiches de paie, mais aussi la motivation des troupes.

"En reprenant Vairon Voyages, 35 salariés, il y avait très peu d’acquis sociaux. Il n’y avait pas de CSE, je l’ai mis en place pour plus de transparence.

Nous mettons en place une prime d’intéressement. Je suis un fervent partisan du salaire variable,
" témoigne Natale Scaglia, le président de Vairon Voyages.

Des avantages qui permettent aussi de faire sentir aux agents de voyages que leur employeur reconnait leurs compétences et plus-values.

Sauf que globalement, il y a une insatisfaction sur ce point et personne ne peut dire le contraire. Du côté de Monde Authentique un commissionnement a été instauré, permettant aux vendeurs de doubler leurs salaires, le tout sans voir les marges de l'agence s'effondrer.

"Si nous ne sommes pas prêts à mettre en place ce genre davantage, il faut revoir le business modèle.

J'ai refusé des voyages.
Par exemple Cuba représente 5% de mon chiffre d'affaires pour 70% de mes réclamations, alors pourquoi conserver la destination ?
" s'interroge Frédéric d'Hauthuille.

Une remise en question qu'une partie de la profession devra se poser. Alors que l’argent ne fait pas le bonheur, mais y contribue énormément, les conditions de travail participent à se sentir bien derrière son bureau.

"Le rôle que nous avons eu durant la crise nous devons le prolonger. Nous devons être ultras réactifs, des choses doivent évoluer dans les conditions de travail," prévient Myriam Tord, la cofondatrice du Helpdesk officiel des pros du tourisme.

Finalement, les agents de voyages sont devenus des assistants de voyages.

Des salariés acteurs de la vie de l'entreprise et de leur métier !

Une façon de conserver cette flexibilité et disponibilité a été de conserver le télétravail.

"N’oublions pas que dans télétravail, il y a travail, donc cela implique un cadre. Le mot doit être dédiabolisé.

Surtout que c’est une exigence voire même une évidence pour les nouvelles générations de collaborateurs qui arrivent dans le secteur
" prévient Valérie Boned.

Les Entreprises du Voyage travaillent d'ailleurs sur un accord-cadre, afin de faciliter le déploiement de cette façon de vivre sa vie professionnelle. Chez Vairon Voyages, 75% des salariés sont en télétravail.

Ce n'est pas le seul héritable de la pandémie. Comme l'a bien dit Gaël Chatelain-Berry, spécialiste du management, les rapports de force se sont inversés avec la crise.

"La crise a rebattu beaucoup de cartes, les salariés ont de réelles exigences. Sur le management, nous devons évoluer, en initiant une relation de confiance avec l’ensemble des salariés," recadre Natale Scaglia.

Si le modèle économique doit changer, le management a l’obligation de suivre cette pente.

Pour le dirigeant de l'agence de voyages Monde Authentique, les patrons doivent aller vers une plus grande transparence avec leurs employés.

"Ils doivent participer à la vie de l'entreprise, pas seulement la subir. Je ne prends aucune décision sans les consulter.

Les équipes ne peuvent pas faire les mêmes tâches toute la journée : ils doivent s'ouvrir à d'autres choses et s'épanouir
" indique celui qui est aussi formateur dans différentes écoles.

Un de ses collaborateurs part régulièrement faire du guidage en Afrique. Si les plannings peuvent être sportifs à composer, les compétences emmagasinées servent l'image et le chiffre d'affaires du point de vente.

"80% de nos formations sont faites sur notre temps personnel !"

Autre point de crispation qui ne date pas d'aujourd'hui mais remonte inexorablement année après année : les éductours.

"Rappelons que c’est de la formation et non des vacances.

Dans le tourisme 80% de nos formations (éductour, workshop, cocktails…) sont faites sur le temps personnel, les patrons doivent s’en rendre compte,
" avertit Myriam Tord.

Parfois offerts comme récompenses et faisant partie des rares avantages des vendeurs, les éductours se sont raréfiés et raccourcis dans le temps. Des employeurs exigent que les agents posent des jours de congé pour pouvoir y participer.

Ces séjours doivent aussi être considérés non pas comme un cadeau, mais bien comme une montée en compétence.

"C’est un énorme point positif pour l’employeur, car le salarié va gagner en connaissances et mieux vendre la destination.

Cela reste une formation, le débat sur les congés payés ne doit pas être éludé dans les structures, bien au contraire
" affirme Augustin Vuillard, créateur de voyages pour Monde Authentique.

Une chose est sûre, un agent de voyages ne peut pas devenir un super vendeur d'une destination, sans bouger du bureau.

Et tant que le métavers ne remplacera pas le monde réel, les éductours resteront indispensables au développement de l'activité économique de la distribution.

"Le sujet des éductours nous allons l'aborder à la prochaine réunion des EDV. Si dans notre métier nous ne voyageons plus, alors il perd en attractivité.

Surtout qu'ils génèrent des ventes,
" affirme Valérie Boned.

Agent de Voyages : "ce n’est pas un métier passion, mais un métier !"

Nous sommes revenus sur les quelques points de crispation souvent énumérés dans les conférences traitant du sujet, il en est un autre intéressant, aussi bien sociologiquement que lexicalement.

A chaque fois que les patrons ou les observateurs parlent des différentes professions composant le panorama du tourisme, le qualificatif "métier passion" revient inexorablement.

Une expression permettant de valoriser le personnel, sans vraiment s'attarder sur les réelles problématiques.

Le salaire est bas "c'est normal, il fait un métier passion", le compteur des heures défile "c'est obligatoire pour ceux qui font un métier passion"... La même excuse pour tous les maux.

Alors que Kylian Mbappé fait lui aussi son boulot par amour, les fins de mois ne le tracassent pas vraiment. D'ailleurs les arbitres n'ont pas le même maillot, mais la même passion et ont aussi un confort de vie, bien au dessus de la moyenne.

"Aujourd’hui, ce n’est pas un métier passion, mais un métier. Nous étouffons les idées, elles ne remontent pas, la loyauté auprès de l’entreprise n’est plus la même," redoute même Natale Scaglia.

Le secteur a vu ses meilleurs éléments le quitter pour tenter leurs chances dans l'immobilier, les assurances et les mutuelles. Dorénavant les employés n'ont plus peur de quitter le tourisme, comme par le passé.

L'industrie ne peut plus faire l'économie des réflexions sur sa raison d'être et son existence, sous peine de disparaitre.

"J’espère que cette dernière crise est venue rappeler que l’attractivité du métier repose pas seulement sur un seul point," conclut Augustin Vuillard.

Romain Pommier Publié par Romain Pommier Journaliste - TourMaG.com
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Commentaires

1.Posté par Hervé le 22/09/2022 08:59 | Alerter
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Quand on lit cet article, on sait que rien n'a changé et que rien ne changera...

2.Posté par MARTINE ECK BURY le 22/09/2022 10:02 | Alerter
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Bonjour à tous
Retraitée du tourisme depuis le 01/07/2021, les différentes remarques de votre sujet ci-dessus sont véridiques depuis des années. Le Covid a fait qu'accroître ses vérités. Il serait judicieux de trouver au plus vite les bonnes alternatives entre le patronat et les employés pour que cette profession reprenne et retrouve ses vraies valeurs en respectant notre planète si fragile. Que l'Europe harmonise les formalités administratives (frontière, fuseau horaire, etc ...) et que les Cies aériennes retrouvent une activité plus sereine.

Martine ECK BURY, retraitée du groupe LKTOURS/EUROPATOURS (ALSACE)

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