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Air France, French Bee, Corsair... Air Austral va devoir affronter une concurrence féroce sur La Réunion

l'interview de Didier Robert, Président de la Région Réunion



Trésorerie dégradée, mesures sanitaires, Air Austral, la compagnie basée à Saint-Denis de La Réunion aborde la saison été dans un contexte difficile. Elle devra encore compter sur l’aide de la Région pour sortir des turbulences. Dans le même temps, elle va devoir affronter pas moins de trois opérateurs sur cette ligne, dont Air France. C’est donc à coup sûr une bataille assez féroce qu’elle devra engager alors qu’elle se trouve encore dans une situation fragile.


Rédigé par Christophe Hardin le Lundi 7 Juin 2021

Didier Robert : "L'acquisition des A220 n'est pas remise en question, mais intégrée au business plan présenté en 2020, prenant en compte les impacts de la crise sanitaire" - Photo Airbus
Didier Robert : "L'acquisition des A220 n'est pas remise en question, mais intégrée au business plan présenté en 2020, prenant en compte les impacts de la crise sanitaire" - Photo Airbus
Qu’en ce début de saison été 2021, l’ensemble des compagnies aériennes françaises et particulièrement celles en dehors du groupe Air France puissent répondre présentes à l’appel de la reprise, est une bonne nouvelle.

L’Etat-providence a su jouer son rôle pour assurer leur survie. Elles vont a présent tenter de capitaliser sur cet été où la reprise des vols se fait sentir au gré des progrès de la vaccination.

Plusieurs d’entre elles comptent sur l’Outre-Mer pour reprendre des forces. Une concurrence qui fragilise particulièrement Air Austral sur l’axe entre Paris et Saint Denis de la Réunion.

La compagnie réunionnaise va devoir affronter pas moins de trois opérateurs sur cette ligne dont Air France. C’est donc à coup sûr une bataille assez féroce qu’elle devra engager alors qu’elle se trouve encore dans une situation fragile.

Elle offre une bonne qualité de service mais en face, ses concurrents sont aussi bien armés.

Air France pour commencer opèrera vers La Réunion à la fois depuis Orly et CDG pour offrir toutes les correspondances depuis ses deux Hubs. Pas moins de 21 vols par semaine avec ses Boeing 777 et Airbus A330 dont les cabines ont été rénovées.

French Bee, qui après quelques années d’existence a déjà conquis 20% de part de marché sur la destination proposera quant à elle jusqu’à 10 vols par semaines à bord de ses nouveaux Airbus A350.

Quant à Corsair, elle déploie désormais vers Saint Denis son "flagship", le tout nouvel A330 Néo flambant neuf avec une cabine confortable. Corsair proposera cet été un départ quotidien depuis Orly mais aussi, deux fois par semaine, des vols au départ de Lyon et Marseille.

Dans ce contexte très concurrentiel et après avoir subi la crise sanitaire l’ayant forcée à fermer la plupart de ses destinations, la trésorerie de la compagnie est encore en souffrance.

En mai 2020, Air Austral a bénéficié des prêts garantis par l’État, qui lui ont permis de lever 120 millions d’euros d’emprunt. Sur cette somme, 30 M€ provenaient de la Région Réunion via une société d’économie mixte, la Sematra*. En mars dernier, une nouvelle rallonge de 60 M€ a été sollicitée, partagée à 50/50 entre l’État et la Sematra.

Manifestation concrète des difficultés que connait la compagnie, elle a dû reporter une fois de plus et "sine die" la livraison de ses premiers Airbus A220-300, les tous nouveaux airbus moyen-courrier en remplacement des Boeing 737et qui devraient faire la fierté d’Air Austral, première compagnie aérienne française à mettre en ligne ces appareils.

Mais la société de crédit canadienne en charge du contrat a fait savoir qu’elle souhaitait davantage de garanties financières. Les difficultés d’Air Austral, la très forte concurrence de et vers la métropole on fait s’interroger certains sur la stratégie de la compagnie dans les mois qui viennent. Le journal local LINFO.RE croyait même savoir que la compagnie réfléchissait à la pertinence de sa présence sur long courrier.

Pas question de remettre en cause ces liaisons long-courrier

"Pas question de remettre en cause ces liaisons long-courrier d'autant plus que celles-ci viennent considérablement alimenter le trafic sur notre réseau régional" a démenti une porte-parole de la compagnie que nous avons pu interroger.

Et d’ajouter : "Il est clair qu'aux vues du contexte concurrentiel avec l'ajout qu'on pourrait presque qualifier de massif de capacité sur la liaison Réunion-Paris nous devons avoir un regard sur notre niveau d'offre".

Pour cet été en tout cas, Air Austral reprendra un programme quotidien de et vers CDG à partir de la mi-juin. Idem sur le Mayotte - Paris (1 quotidien) et la nouveauté le Mayotte - Marseille de juillet à septembre en vols directs à raison de deux fréquences par semaines.

Soutenue par la Région (actionnaire) qui, ces dix dernières années a déjà injecté plus de 150 millions d’euros, il était intéressant d’entendre son Président, Didier Robert, qui a bien voulu répondre à nos questions.

Interview de Didier Robert

Aides à Air Austral : "Cette attitude demeurera, dans le cadre des possibilités juridiques permises par la loi, cela va sans dire" selon Didier Robert - DR
Aides à Air Austral : "Cette attitude demeurera, dans le cadre des possibilités juridiques permises par la loi, cela va sans dire" selon Didier Robert - DR
TourMaG.vom - La Région, actionnaire de la compagnie Air Austral, a prêté en mai 2020 une somme de 30 millions et elle vient d’accorder une nouvelle rallonge de 30 millions en mars dernier. Dans un contexte très concurrentiel sur l’axe entre La Réunion et la métropole, la Sematra est-elle prête à injecter de nouveau de l’argent pour soutenir Air Austral ?

Didier Robert :
Aux côtés d'acteurs institutionnels locaux et de la Caisse des Dépôts et Consignations (CDC), qu'il ne faut pas oublier, la Région Réunion assume totalement son rôle d'actionnaire de référence de la SEMATRA, elle-même actionnaire historique de la compagnie Air Austral.

C'est ainsi qu'en 2020, pour faire face aux impacts de la crise sanitaire et en conformité avec les régimes d'aides temporaires autorisés par l'Union Européenne, la Région et la CDC ont apporté un prêt d'actionnaire de 30 M€ (10 M€ et 20 M€ respectivement) à Air Austral via la société d'économie mixte SEMATRA. Cet apport initial, complété par des prêts bancaires garantis par l'Etat, devait permettre à la compagnie de passer ce cap difficile dans l'attente de retrouver un niveau d'activité comparable à ce qu'il était avant la crise.

Cette belle compagnie française de l’océan Indien, par son histoire, son positionnement dans une zone géographique à fort potentiel, son rôle socio-économique et sa place clé dans le désenclavement de deux départements d'Outre-mer - les îles de la Réunion et de Mayotte-, mérite cet engagement.

Il s'agit par ailleurs de la seule compagnie aérienne basée à La Réunion, à l'aéroport Réunion Roland Garros, tout comme à Pierrefonds, qui permet d'assurer la desserte et donc les échanges économiques, touristiques et culturels entre La Réunion et l'ensemble des pays de la zone Océan Indien et d'une partie de l'Asie.

N'oublions pas qu'au-delà du contexte concurrentiel, c'est de la survie d'un outil de développement fondamental et des emplois directs et indirects qui en découlent dont il s'agit. Depuis maintenant près de 18 mois, Air Austral, comme la plupart des acteurs de l'aérien, subit la pire crise de son histoire : plus de 70% d'activité en moins, 11 destinations sur 14 fermées, des restrictions de voyage drastiques sur celles qui restent, etc. Toutes les compagnies aériennes ont été touchées et elle doivent leur survie à un soutien des actionnaires et des gouvernements, tels que le soutien apporté par l'Etat à Air France, Corsair ou Air caraïbes.

Nous devions agir et c'est ce que nous avons fait, en responsabilité. 30M€ prêtés l'an dernier, un complément de 25 M€ par la Région (soit un montant total de 35 M€ prêtés par la Région) en avril dernier, pour assurer un effet levier, encourager le soutien des autres partenaires de l'entreprise, au premier rang desquels la CDC et l’État, et l'aider à tenir pour surmonter cette crise mondiale exceptionnelle jusqu'au retour à une situation normale.

Cette attitude demeurera, dans le cadre des possibilités juridiques permises par la loi, cela va sans dire. Mais nous ne sommes pas seuls, les engagements pris à plusieurs reprises par le Ministre de l'Economie et des Finances en faveur d'Air Austral en attestent.

TourMaG.com - Avez-vous accompagné vos prêts d’exigences envers Air Austral sur le plan de la stratégie, du réseau et de la productivité ?

Didier Robert :
Préalablement à l'intervention de la Région et de la CDC, actionnaires majoritaires de la SEMATRA, un rapport d'analyse sur les prospectives financières a été réalisé par le cabinet d’audit Deloitte, puis actualisé pour tenir compte de la persistance de la crise sanitaire et de ses effets sur le trafic aérien.

Air Austral n'a pas attendu de demandes de contreparties pour produire ses propres efforts, avant même d'en demander aux autres. Dès le mois de mars 2020, un plan d'économie interne avait reçu l'approbation des représentants du personnel et a été présenté à son conseil d'administration : réduction de salaires pour tous, dons de congés sur la base du volontariat, accords de performance collective et de rupture conventionnelle, resserrement de l'organigramme…

Plusieurs mesures à l'impact significatif ont été prises pour réduire les coûts de l'entreprise et continuent de l'être. C'est une très bonne chose et j'encourage cette posture en ma qualité de Président de Région.

La prospective sur la stratégie et le réseau relève de la responsabilité du management, qui a toujours fait preuve de pragmatisme et d'ambition mesurée en la matière. Avec des résultats probants : sortie de la crise de 2011/2012, la société a toujours été rentable. La crise des gilets jaunes, puis celle de la Covid, ont été deux chocs successifs qui l'obligent à encore plus de performance et de productivité. Elle saura en ressortir plus forte.

TourMaG.com - Air Austral devait recevoir ses premiers Airbus A220 mais leur arrivée a été reportée. Il semble que la société de crédit canadienne en charge du contrat demande plus de garanties financières. Pouvez-vous nous dire ce qu'il en est ? Quand ces nouveaux avions arriveront ils au sein de la flotte d'Air Austral ? Y a-t-il effectivement un problème de financement ?

Didier Robert :
Je veux d’abord souligner qu’il n'y a aucun problème de financement de ces avions. Il convient également de rappeler que la décision de renouveler la flotte moyen-courrier avait été validées 2019, en amont de la crise sanitaire.

Ce changement de flotte moyen-courrier, précisément, entre dans la politique de rationalisation que poursuit l'entreprise : un seul type d’avion, plus performant, moins consommateur de carburant et au confort toujours amélioré, voilà qui est gage de performance. Et cette acquisition n'est pas remise en question, mais intégrée au business plan présenté en 2020, prenant en compte les impacts de la crise sanitaire.

Dans le contexte actuel, l'organisme prêteur demande des garanties renforcées, ce qui est tout à fait compréhensible. La direction d'Air Austral, avec le soutien plein et entier des équipes de la Région Réunion et de la Sematra, rassemble la documentation nécessaire, et cela prend toujours un peu de temps. Mais le cap est fixé et j'espère bien accueillir le premier appareil lorsqu'il se posera sur le tarmac de l'aéroport Roland Garros. Air Austral sera alors la première compagnie française à opérer sur ce type avion. Une fierté pour La Réunion.

*Air Austral est détenue majoritairement par la Région Réunion via une société d’économie mixte, la Sematra.

Tarifs constatés sur les sites des compagnies le 7 juin 2021
A/R en éco du 2 au 9 juillet avec un bagage en soute 25kg

Air Austral : 1542 €
Air France : 1074 €
Corsair : 1071 €
French Bee : 940 €


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Commentaires

1.Posté par Rangassamy Marie Armande le 08/06/2021 11:25 | Alerter
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Les prix des billets avion ont grimpé en flèche après un de confinement rapide. Donc sans aide de continuité territoriale je ne pas de profiter de mes congés d'été à la Réunion surtout après une longué année d'enfermement covid et de travail boulot dodo à Paris. C'est triste pour une originaire de la Réunion venue en France pour échapper la misère sociale de la Réunion.

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