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Europe : "la pagaille perdure avec la réouverture..." selon Eric Drésin (ECTAA)

Interview d'Eric Drésin, le secrétaire général de l'ECTAA



Depuis trois mois, les réunions s'enchainent à Bruxelles, avec plus ou moins de réussite. Après la bataille pour les à-valoir, les discussions avec IATA pour mettre fin à des pratiques illégales des compagnies aériennes, l'ECTAA mène d'autres combats pour sauver l'industrie touristique. Nous avons fait le point avec Eric Drésin, le secrétaire général de l'ECTAA sur les dossiers chauds, mais aussi sur l'état de l'industrie touristique en Europe. Sans grande surprise ce dernier point est assez "désolant..."


Rédigé par le Lundi 15 Juin 2020

"Ce n'est pas le scénario catastrophe, ce serait trop fort de dire cela, mais celui le plus compliqué que nous avions envisagé qui se produit" - Crédit photo : Depositphotos @artjazz
"Ce n'est pas le scénario catastrophe, ce serait trop fort de dire cela, mais celui le plus compliqué que nous avions envisagé qui se produit" - Crédit photo : Depositphotos @artjazz
TourMaG.com - La dernière fois que nous avions échangé, c'était à la fin mars 2020. Le tourisme était à l'arrêt, sans perspective et vous vous battiez avec IATA pour négocier autour du BSP. Deux mois plus tard, où en sont les dossiers chauds du tourisme ?

Eric Drésin :
Nous sommes entre deux eaux, au début nous avions fait un focus sur les vouchers pour soulager les entreprises du voyage.

La Commission européenne a fait une recommandation en mars et une autre au mois de mai, en insistant sur le fait que les à-valoir devaient être volontaires, remboursables et protégés, y compris pour les compagnies aériennes.

Autant certains pays ont réalisé des changements, comme en Espagne, pour enlever le caractère obligatoire des vouchers des tour opérateurs, et qu'ils deviennent volontaires, autant du côté des compagnies aériennes, elles n’ont absolument pas bougé sur ce point.

Alors que les affaires peuvent reprendre peu à peu, nous nous retrouvons dans une situation que nous craignions après le confinement, à savoir la gestion des frontières.

Les fermetures de ces dernières ont été faites d'une façon désordonnée, chacun faisait en fonction de ses obligations sanitaires. Malgré les appels répétés de tous les métiers du tourisme, nous nous rendons compte que même si la Commission européenne essaye de cadrer cela, la pagaille perdure avec la réouverture.

En quelque sorte, les pays autorisent les vols à repartir, mais pas les passagers à rentrer dans les avions. Nous avons un vrai souci à ce niveau et nous essayons de coordonner cette problématique.

TourMaG.com - Pourtant la question des frontières semble se dissiper petit à petit...

Eric Drésin :
La Commission donne des recommandations, mais le fait est que le critère sanitaire prime, donc une industrie comme la nôtre est fortement impactée par les mesures.

Nous passons après la situation sanitaire, c'est pénalisant mais logique.

Toutefois, certains Etats membres mettent une pression assez intense pour pouvoir rouvrir le plus rapidement et permettre au tourisme de repartir.

Autant au niveau européen, cela devrait reprendre rapidement, autant à l'international cela prendra beaucoup plus de temps. Entre les USA, l'Amérique latine ou encore l'Inde, les conditions sanitaires ne sont pas du tout propices à voyager à l'extérieur de l'Europe.

"Chacun essaye de sauver sa peau dans ce contexte inédit...."

TourMaG.com - Pourquoi est-il impossible de s'accorder sur un protocole européen ?

Eric Drésin :
Les Etats membres ont tous des approches différentes, avec des problématiques propres, car certaines destinations sont dépendantes de l'aérien, d'autres du terrestre.

Il ne faut pas dire que rien n'a été fait, il y a eu des tentatives de coordination, mais la pandémie n'évolue pas au même rythme partout.

Ceux qui étaient en avance sur la circonscription de la maladie, comme les Grecs ont profité de cela pour rouvrir le plus vite possible, sans attendre les autres. Pendant ce temps l'Irlande impose un système de quarantaine.

Cette situation a entraîné une grande variété de protocoles, que ce soit celle de la commission, des compagnies aériennes, etc. Pour le moment, il y a un grand flou...

Ce n'est pas le scénario catastrophe, ce serait trop fort de dire cela, mais celui le plus compliqué que nous avions envisagé qui se produit.

Dans le même temps, les régions mettent en place des exceptions, comme les Baléares qui voudraient mettre en place un corridor avec l'Allemagne. C’est dans l’intérêt logique d’un grand opérateur allemand.

Chacun essaye de sauver sa peau dans ce contexte inédit.

TourMaG.com - Quels échos avez-vous sur la reprise de l'activité en Europe ?

Eric Drésin :
Les informations sur les réservations remontent timidement. Nous avons vu quelques notes disant que lorsque le tourisme reprenait, cela était plutôt intense, il y a une demande mais il faut être prudent.

Pour vous éclairer, même pour les experts du secteur, c’est compliqué de voyager. Trouver un vol Bruxelles-Rome par exemple n’est facile et les tarifs sont parfois prohibitifs et les conditions de vols varient.

Si Alitalia a annoncé mettre en place les mesures de distanciation sociale dans ses avions, avec des sièges inoccupés dans chaque rangée, d'autres ne l'appliquent pas. Cela impacte les prix des billets également.

Aujourd'hui, en se mettant dans la peau du consommateur, la situation est tellement confuse, qu'il n'est pas inspirant de voyager.

TourMaG.com - Quelles actions menez-vous ?

Eric Drésin :
Dans ces conditions, nous travaillons sur la reprise du secteur, en concertation avec les destinations. Celles-ci viennent nous rencontrer pour que nous les aidions à promouvoir leurs territoires, notamment avec les pays du sud et pour comprendre ce dont ont besoin les tour opérateurs.

Toujours sur cette dimension, nous appuyons nos collègues du nord de l'Europe pour les aider à faire pression sur leurs gouvernements pour qu'ils leur permettent de voyager.

Aujourd'hui, les habitants des pays nordiques n'ont pas le droit de sortir de leurs pays, la Finlande annonce un relâchement des dispositions mais uniquement sur le périmètre nordique, un peu à l'image de la bulle baltique. Cela ne va pas être suffisant.

Le deuxième problème, sur lequel nous travaillons, concerne la responsabilité, notamment en cas d'annulation.

La pandémie a mis en exergue une problématique nouvelle, à savoir que les vols sont possibles, mais sur place la prestation de service ne peut se dérouler convenablement.

Par exemple, le tour-opérateur rouvre une destination, mais le client doit aller à la plage avec un masque ou alors les discothèque d'Ibiza sont toutes fermées, la piscine de l'établissement n'est pas accessible à cause du covid-19, etc.

Ce travail de lobby continuera d’ailleurs sur le plus longtemps terme.

Il y aura une question autour de l'assurance de ce métier qu'elle soit aussi au niveau du client que des tour-opérateurs et agences de voyages.

Nous sommes à un moment, où nous devons envisager le business dans les prochaines années, notamment sur les relations contractuelles BtoB et avec les assurances. Il y aura un changement à moyen terme.

"C'est la même chose partout, dans tous les pays, les clients ne se précipitent pas pour réserver"

"Je ne pense pas que le modèle du tourisme ne va pas fondamentalement changer" selon Eric Drésin - DR
"Je ne pense pas que le modèle du tourisme ne va pas fondamentalement changer" selon Eric Drésin - DR
TourMaG.com - En France l'été ne s'annonce pas nécessairement très dynamique au niveau des ventes des agences de voyages, comment évolue la situation ailleurs ?

Eric Drésin :
C'est la même chose partout, dans tous les pays, les clients ne se précipitent pas pour réserver.

Même après les annonces sur les réouvertures des frontières en Grèce, Italie ou Espagne, tout est plus ou moins calme. Nous nous rendons compte qu'il y a une forme de patriotisme touristique dans tous les pays.

Le secteur est réellement en difficulté dans tous les pays émetteurs, tous les grands marchés comme les Néerlandais, les Anglais ou les Allemands sont à l'arrêt.

Au mois de mai, pour la Commission européenne, nous avions établi un scénario sur les pertes équivalentes de l'ensemble du secteur.

Nous avions tablé sur un manque à gagner de 55 voire même 60% sur l’année dans toute l'Europe, finalement nous serons au moins dans cette tranche-là, car la reprise n'est pas aussi forte qu'espérée.

D'autant plus que la phase de relance de l'activité va intervenir au moment, où les Européens auraient dû partir en vacances, donc trop tard.

Certains pays vont peut-être en bénéficier comme l'Italie, l'Espagne, le Sud de la France et d'autres, car ils ont des conditions climatiques clémentes permettant une plus grande activité dans l’après-saison.

TourMaG.com - Malgré les plans d'aide aux niveaux nationaux et européens, nous nous dirigeons vers un scénario catastrophe pour de nombreux acteurs. La reprise risque de s'étaler sur de nombreux mois ou années.

Eric Drésin :
Tout à fait.

Le secteur du tourisme couvre énormément de métiers, certains vont mieux s'en sortir que d'autres comme les restaurateurs ou les hôteliers qui peuvent profiter d’un tourisme de proximité, par contre pour les agences de voyages, il est clair que la situation est très compliquée.

Nous sommes dépendants des déplacements internationaux et pour l'instant les possibilités à ce niveau sont restreintes, l'offre est toujours limitée et les solutions complexes.

Une chose est sûre, le secteur souffre et va continuer à souffrir, même s’il est assez compliqué d'évaluer le niveau des pertes des prochains mois.

En Italie, l'association représentant les agences de voyages a dit récemment que moins de 60% des agences de voyages rouvriront, suite au confinement. Ils anticipaient une réduction majeure du nombre d'agences dans le futur.

Il est clair que cette sélection va avoir lieu un peu partout, dans des proportions diverses.

Dans les pays nordiques, les acteurs sont en mode survie, d'autant plus qu'ils envoient majoritairement des clients à l'étranger, donc pour les gouvernements, l'activité est vue comme une perte de devise, ce qui n'est pas un atout en cette période.

Le voyage est pour ces gouvernements autant d'argent qui ne sera pas redistribué dans l'économie domestique. Donc il n'y a pas de plan d'aide au niveau national pour soutenir les agences de voyages.

C'est un moment particulier qui va fragiliser certains marchés et comme nous sommes seulement au milieu du gué, nous ne savons pas comment certains paramètres vont évoluer.

Vers un nouveau tourisme : "nous nous sommes très vite rendus compte que les populations reprennent très rapidement leurs vieux réflexes"

TourMaG.com - L'OMS a fait une sortie médiatique cette semaine pour dire que la pandémie s'accélérait sur la planète.

Si le virus continue de circuler pendant de nombreux mois, le tourisme international risque d'être à l'arrêt pendant un long moment, sauf si un protocole est trouvé au niveau mondial ? Comme de faire valider des tests avant d'embarquer et d'effectuer des contrôles à destination.

Eric Drésin :
Ce ne sera pas possible malheureusement, il suffit de voir la difficulté que nous avons au niveau européen, alors au niveau global c'est à mon sens impossible.

Le tourisme international va encore souffrir, mais le secteur le plus pénalisé dans tout cela sera certainement le MICE, car il n'y aura pas de congrès et salons internationaux pendant un long moment.

En parallèle on a vu émerger une réflexion pendant le confinement pour une industrie plus vertueuse, ce qui est en soi une bonne chose. Toutefois, dans beaucoup compartiments de l’économie nous nous sommes très vite rendu compte que les populations reprennent très rapidement leurs vieux réflexes.

Je ne pense pas que le modèle du tourisme ne va pas fondamentalement changer, mais il y aura des changements à la marge.

TourMaG.com - Il y aura peut-être des modifications, avec des destinations boudées, mais aucun virage à 180°. Il suffit de voir comme les Mac Do ont été pris d'assaut à l'ouverture des drives, bien plus que les restaurants, la voiture sort comme la grande gagnante, tout comme les plastiques à usage unique...

Eric Drésin :
Exactement, c'est une catastrophe au niveau de la durabilité, le monde qui s'ouvre après le confinement est pour l’instant très négatif sur le plan environnemental.

S'il y a un attentisme sur certains points au niveau du tourisme, c’est aussi parce qu’on sait que la façon de consommer de la clientèle ne va pas se transformer du jour au lendemain.

TourMaG.com - Pour en revenir au monde d'avant. Quelles sont les nouvelles que vous avez de l'aérien ?

Eric Drésin :
Nous n'avons pas vraiment d'information. Nous sommes sur une approche compagnie par compagnie, les low-cost veulent remplir au maximum et ne pas se conformer à la distanciation sociale.

Le patron de Ryanair a déclaré la semaine dernière vouloir baisser encore les prix des billets d'avion et réclame un effort salarial à ses employés, sous peine de supprimer des postes.

De l'autre, il y a des compagnies aériennes comme Alitalia qui applique à la lettre les protocoles sanitaires. Nous avançons de façon désordonnée, chaque pays appliquant sa propre partition.

Thierry Breton commissaire européen au tourisme : "Il a fait des annonces qu'il n'a pas tenues"

TourMaG.com - Thierry Breton, le commissaire européen en charge du tourisme, avait dit qu'un plan européen pour soutenir la filière était indispensable. A-t-il tenue promesse ?

Eric Drésin :
Il y a très peu de mesures prévues. Il a fait des annonces qu'il n'a pas tenues. L’Europe reconnaît l’importance du tourisme, c’est bien mais ce n’est pas assez.

Certes, le tourisme n’est pas une politique européenne, et le budget et les finances font l'objet d'une décision à l'unanimité au niveau européen, donc le consensus est difficile à trouver.

Au niveau européen, il y a eu quelques aides, des soutiens aux initiatives nationales, ils ouvrent bien les vannes par des systèmes de garantie, mais après il ne faut rien attendre de plus à ce niveau là, c’est le message implicite envoyé par la Commission.

TourMaG.com - Dans le même temps , nous n'entendons plus parler de la caisse de garantie des compagnies aériennes ?

Eric Drésin :
Au niveau de la garantie, la Commission recommande sa mise en place, mais la décision ne se fera pas au niveau européen.

C'est selon elle une responsabilité nationale et elle renvoie la patate chaude aux Etats qui s’empressent de ne rien faire.

Les compagnies aériennes évitent consciencieusement le sujet. Nous en discutons avec la IATA, mais ça en reste à ce niveau, il n'y a pas de négociations. Car quand bien même IATA voudrait mettre en place quelque chose, les compagnies aériennes le refuseraient. A noter que pour le moment il n'y a pas de faillite de compagnie aérienne en Europe.

Même si à l'heure, où nous nous parlons, il n'y a pas d'effondrement du secteur, je ne me demande comment font les compagnies aériennes qui n’ont pas reçu d’aides des gouvernements.

Pour certaines l’automne sera encore plus difficile que le printemps, nous savons très bien ce que cela signifie pour les agences de voyage.

Romain Pommier Publié par Romain Pommier Journaliste - TourMaG.com
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