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FUTUROSCOPIE - Les « wellness communities » : entre écologie et bien-être

Décryptage de Josette Sicsic, Futuroscopie



Le goût de l’humanité pour une vie idéalisée en communauté ne s’est jamais démenti. Depuis les réclusions érémitiques de l’antiquité en passant par les réclusions religieuses, la quête d’une nouvelle forme d’habitat autorisant confort physique et mental reste résolument ancrée dans l’iconographie du « happiness ». Le secteur touristique y répond-t-il ? Pour faire suite à l’article sur les éco-villages, abordons maintenant le concept nord américain des « wellness resorts ».


Rédigé par Josette Sicsic (Futuroscopie) le Dimanche 30 Mai 2021

Palm Beach Amrit Ocean Resort & Residences, propose un jardin dédié à la méditation, des douches de vitamines C, des studios de yoga et des cours de cuisine tandis qu’un coach disponible 24 heures sur 24, peut intervenir à tout moment pour prendre en charge des coups de stress ou de spleen - Depositphotos.com
Palm Beach Amrit Ocean Resort & Residences, propose un jardin dédié à la méditation, des douches de vitamines C, des studios de yoga et des cours de cuisine tandis qu’un coach disponible 24 heures sur 24, peut intervenir à tout moment pour prendre en charge des coups de stress ou de spleen - Depositphotos.com
A la recherche d’un monde épargné par la modernisation et la profusion de désagréments qui lui sont liés, le secteur des loisirs a d’abord inventé ces bulles de bien-être, certes réservées à la grande bourgeoisie qu’ont été les grands hôtels avec tout autour les stations touristiques.

Entièrement dédiés à la satisfaction des besoins d’une élite oisive, ils ont façonné les premiers imaginaires liés aux vacances. Bien plus tard, les villages et clubs de vacances ont apporté leur immense contribution à l’organisation d’espaces plus ouverts, plus simples, plus économiques dédiés eux aussi à un mode de vie convivial, apaisant, si possible, joyeux.

L’heure des vacances avait sonné. Imité, recopié, plagié, le modèle de société éphémère recluse dans un espace collectif limité offrant toutes sortes de prestations de loisirs, constitue probablement la plus belle réussite de ces dernières décennies.

Mais, tout semble indiquer que, la quête d’un nouveau « paradis » adapté aux exigences de l’époque contemporaine et de ses phobies est au cœur des nouvelles réflexions et initiatives liant urbanisme, habitat résidentiel, habitat touristique, travail et loisir …

Un modèle nord américain

Les USA ont-ils trouvé une solution ? En partie. A quelques encablures d’Atlanta, Serenbe par exemple se présente comme une « wellness community » exemplaire. Située en pleine nature dans un environnement exempt de toute forme de pollution, entièrement dédié au bien-être, Serenbe a bien d’autres qualités : non seulement on y vit à un rythme lent, on y respire un air pur, on se déplace à pied ou à bicyclette, loin de la circulation automobile, mais on habite des maisons entièrement intégrées dans le paysage qui présentent l’avantage de fonctionner en énergie positive.

On s’alimente bien entendu avec de la nourriture produite sur place, totalement exempte de pesticides, et l’on se soigne avec des plantes médicinales éparpillées un peu partout dans les espaces verts. Pour se distraire, outre toutes sortes d’activités sportives en lien avec la nature, on peut également s’adonner à des activités artistiques et des pratiques de bien-être et de développement personnel.

Abritant 600 personnes au bout de 14 ans d’existence, Serenbe a d’autres caractéristiques : on peut soit y vivre à l’année, soit y acquérir une résidence secondaire, soit venir de temps en temps passer quelques jours dans l’une de ces maisons ouvertes à la location !

Couronnée par divers prix, cette expérience est loin d’être unique aux USA. Désormais, après avoir inventé et modélisé des « senior cities » à l’exemple de cette pionnière que fut « Sun city » en Arizona, les Nord-Américains font fleurir à travers tous les états, ces villages d’un nouveau type combinant de l’immobilier, soit, mais surtout un décor naturel inattaquable dans lequel corps et esprits peuvent s’épanouir et trouver la paix.

Ils vont donc beaucoup plus loin que le simple « resort golfique » ou le simple « condominium ». Ils vont également plus loin que nos « Center-Parcs » et autres « resorts » signés par un groupe comme Pierre & Vacances plutôt dédiés à une clientèle touristique qu’à une clientèle résidentielle.

Ils vont, en termes de concept, bien au-delà également des multiples offres immobilières de grand luxe des destinations en plein développement comme Dubaï ou Abu Dhabi. Ou tout au moins, ils s’en démarquent par leur positionnement qui, aujourd’hui, à l’heure des grandes alertes environnementales, ne se fait plus sur une simple activité sportive et physique mais sur un mélange de wellbeing, wellness, fitness…

La notion de communauté : une notion très américaine mais pas que…

D’aucuns objecteront que ce modèle parfaitement adapté à l’esprit américain, ne rencontrerait aucun succès en Europe. Il est vrai que le concept de communauté est très ancré dans les imaginaires nord-américains dont l’histoire repose en partie sur l’arrivée et l’installation de communautés protestantes débarquant du May Flower.

Toujours présentes, bien que moins nombreuses, les communautés religieuses dont les plus connues sont les « Amish » (parmi lesquels on a découvert un gène particulier leur permettant de vivre 10 ans de plus que la moyenne des Américains), font partie de ces modèles sans cesse réinventés. Parmi les autres communautés populaires, on retrouve dans les années soixante les « communautés hippies » qui ont bel et bien repris le chemin des forêts pour s’y établir et affirmer leur rejet de la société de consommation et dont quelques-unes subsistent.

On trouve aussi désormais en Amérique du nord, des modèles comme l’éco-village d’Ithaca et ses 90 maisons et 15 appartements économes en énergie, proposant une vie sociale et solidaire, une gouvernance fondée sur la coopération et le consensus, 22 hectares d’espaces verts protégés, deux fermes biologiques qui permettent à la communauté de manger local…

Un laboratoire à ciel ouvert en somme qui devrait inspirer une Amérique qui consomme un quart des ressources du globe tout en abritant 4,5 % de sa population !

740 communautés dans le monde

En fait, d’ores et déjà, d’autres pays ont développé ce modèle. On estime aujourd’hui les “wellness communautés” à environ 750 dans le monde et on leur prévoit un développement fulgurant dans les années à venir. En particulier dans des pays en voie de développement comme l’Inde où il devrait fournir une alternative à la vie dans des mégapoles trop vétustes pour être restaurées et modernisées.

Pour en revenir aux USA, selon le cabinet GWI, on estime à 350 le nombre de projets en cours de développement, pour lesquels les acquéreurs sont prêts à débourser 10 à 15% de supplément afin de pouvoir vivre au plus près de la nature et au plus loin de la pollution. Mais, tous ne sont pas calqués sur le même modèle. On trouve dans l’éventail des « wellness communautés » des unités de luxe et d’autres beaucoup plus modestes.

On en trouve en bord de mer et en pleine nature. On en trouve près des villes afin de permettre à leurs habitants d’aller y exercer leurs activités professionnelles alors que d’autres sont isolées. On trouve enfin des communautés thématiques sur l’art, la création ou encore le développement personnel allié à la technologie : ainsi à Palm Beach Amrit Ocean Resort & Residences, propose un jardin dédié à la méditation, des douches de vitamines C, des studios de yoga et des cours de cuisine tandis qu’un coach disponible 24 heures sur 24, peut intervenir à tout moment pour prendre en charge des coups de stress ou de spleen.

Un remède contre la solitude

Enfin, comme le souligne une chercheuse, l’aspect le plus important de ces communautés consiste dans la sociabilité et la convivialité qui est offerte à leurs habitants, qu’ils soient de passage ou qu’ils soient résidents réguliers.

« L’ingrédient le plus important réside dans la perspective de pouvoir évoluer du « moi » vers le « nous ». Le « moi » consistant à se nourrir sainement, et à respirer de l’air pur, ainsi qu’à faire de l’exercice et à avoir un sommeil réparateur ».

En fait, quand on parle de communauté, il s’agit aussi d’intégrer le fait que nous ne sommes pas tout seuls mais entourés d’autres individus capables de fournir la dose de convivialité dont chacun d’entre nous a besoin pour vivre. Le combat contre la solitude qui commence à émerger dans des sociétés avancées occupe de plus en plus de place. Les Britanniques n’ont-ils pas créé un ministère dédié à la lutte contre l’isolement ? Lequel tue plus que la maladie.

Enfin, une étude réalisée par Gallup indique que les habitants de communautés de ce type présentent des taux d’obésité moindres. Ils fument moins qu’ailleurs, ont moins de diabète et de tension, moins de cholestérol et sont moins sujets à la dépression.

Autre exemple, à Serenbe, aucun enfant ne souffre d’asthme alors qu’un enfant américain sur 10 est victime de cette maladie. Un dernier argument à retenir, surtout quand on sait à quel point la génération des Millennials est concernée par sa santé.

Estimée à quelques 134 milliards de dollars US, l’industrie de l’ « immobilier de bien-être », très développée aux USA, est encore quasiment inconnue en Europe. Pourtant, l’offre pourrait rencontrer une demande constituée par une population jeune et moins jeune très soucieuse de préserver sa santé physique et mentale, composée de résidents et de touristes. De quoi s’agit-il ?
Sources : Global Welness institute

Josette Sicsic
Josette Sicsic
Journaliste, consultante, conférencière, Josette Sicsic observe depuis plus de 25 ans, les mutations du monde afin d’en analyser les conséquences sur le secteur du tourisme.

Après avoir développé pendant plus de 20 ans le journal Touriscopie, elle est toujours sur le pont de l’actualité où elle décode le présent pour prévoir le futur. Sur le site www.tourmag.com, rubrique Futuroscopie, elle publie plusieurs fois par semaine les articles prospectifs et analytiques.

Contact : 06 14 47 99 04
Mail : touriscopie@gmail.com

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